DE LA CULTURE DES ARTS ET DES SCIENCES
balan<j\ant leur influence, ils établiraient une espèce d'équilibre dans ce fluide d'opinions sujet à de si dangei'euses tempêtes.
On poiu-rait imaginer un cas bien malhem-eux*, celui d'un peuple à qui le législateur- défendrait l'exercice public de sa religion, en lui impo.sant en même temps l'obligation de salarier ime religion qu'il regai'dei-ait comme l'ennemie de la sienne. Ce serait une double violation de la sûreté. On verrait se forme]* dans ce peuple un sentiment habituel de haine contre son gouvernement, im désir de nouveauté, un courage féroce, un secret profond. Le peuple, privé de tous les avantages d'ime religion pubKque, de guides connus, de prêtres avoués, serait livré à des chefs ignorants et fanatiques ; et comme le maintien de ce culte serait une école de conspiration, la foi du serment, au lieu d'être la sauve-gai'de de l'Etat, en deviendrait la terreiu' : au lieu de lier les citoyens au gouvernement, il les unirait contre lui. En sorte que ce peuple deviendi'ait aussi redoutable par ses vertus que par ses \-ices.
SECTION III
DE LA CrLTUUE DES AKTS ET DES SCIENCES.
Je ne parlerai pas ici de ce qu'on peut fidre pom- ce qu'on appelle les arts et les scioiccs utiles : personne ne doute que des objets d'ime utilité publique ne doivent être soutenus par des contributions publiques.
Mais quand il s'agit de la culture des beaux-arts, de l'embellissement d'un pays, des édifices de luxe, des objets d'ornement et de plaisir-, en un mot, de ces œu^Tes de surérogation, doit-on lever des contributions forcées ? Peut-on justifier l'établissement des impôts qui n'auraient que cette destination bi-illante, mais superflue ?
Je ne veux pas faire ici le plaidoyer de l'agréable contre l'utile f, ni justifier qu'on mette le peuple à l'étroit pour donner des fêtes à une cour, ou des pensions à des l:)aladins. Mais on peut présenter une ou deux réflexions par manière d'apologie.
1. La dépense qu'on fait et qu'on peut faire pour ces objets est ordinaii-ement bien peu de chose, comparée à la masse des contributions nécessaires. Qu'on s'avisât de restituer k chacun sa quote-
* Ce n'est point un cas imaginaire : c'est en pai-ticulier celui de l'Irlande.
t Je n'entends pas qu'il y ait une opposition réelle entre l'utile et l'agi-éable : tout ce qui donne du plaisir est utile : mais dans le langage ordinaire, on appelle exclusivement ufik ce qui produit une utilité éloignée ; cifjrvahle, ce qui a une utilité immédiate, ou se borne au plaisir présent. Bien des choses auxquelles on conteste le nom d'^tf/ks ont donc une utilité plus certaine que celles auxquelles on approprie cette dénomination.