‹ Traités de législation civile et pénale;Chapitre 93 sur 299 · DE LA CULTURE DES ARTS ET DES SCIEXCKS · texte numérisé non relu

DE LA CULTURE DES ARTS ET DES SCIEXCKS

part de cette dépense supei-flue, ne serait-ce pas un objet impalpable ?

2. Cette partie surérogatoii-e des contributions étant confondue avec la masse de celles qui sont nécessaires, la levée en est imperceptible : elle n'excite auctme sensation séparée qui piusse donner Heu à une plainte distincte. Et le mal du premier ordre, limité à une somme si modique, ne suffit pas pour produire un mal du second ordre.

3. Ce luxe d'agrément peut avoii' une utilité palpable, en attii'ant un concoui'S d'étrangers qui versent leui's capitaux dans le pays : peu à peu les nations deviennent tributaires de celle qui tient le sceptre de la mode.

Un pays fertile en amusements peut être envisagé comme \in grand tbéâtre qu'une foule de spectateui's curieux, attirés de toutes parts, soutiennent en partie à leurs fi-ais.

Il se peut même que cette prééminence dans les objets d'agrément, de littérature et de goût, tende à concilier à une nation la bien^iellance des autres peuples. Athènes, qu'on appelait l'œil de la Grèce, a été sauvée plus d'ime fois par ce sentiment de respect qu'inspii-ait cette supériorité de civilisation. Une aui'éole de gloire, qid environnait cette patrie dos beaux-arts, servit longtemps à couviir sa faiblesse, et tout ce qui n'était pas barbare s'intéressait à la conservation de cette ville, le centre de la politesse et des plaisirs de l'esprit.

Après tout cela, il faut bien convenir que cet objet séduisant pourrait être abandonné sans risque à la seule ressource des contributions volontaires. Il faudrait au moins n'avoir rien négligé d'essentiel avant que de se li^Ter aux dépenses de piu' ornement. On pourra s'occuper des comédiens, des peintres et des architectes, quand on aui'a satisfait à la foi publique, quand on aura dédommagé les individus des pertes oecasionées pai' les guerres, les délits et les calamités phj'siques, quand on aui'a poui-vu à la subsistance des indigents : jusque-là cette préférence accordée à de brillants accessoires sur des objets de nécessité ne saui'ait être justifiée.

EUe est même bien contraire à l'intérêt du souverain, attendu que les reproches seront toujours exagérés, parce qu'il ne faut point d'esprit pom- les trouver, mais seulement de la passion et de l'humeur. On sait à quel point on s'en est scr%-i de nos joiirs, dans des écrits d'ime éloquence vulgaire, poxu- échauffer le peuple contre le gouvernement des rois. Cependant, quoiqiie tout conspire à cet égard à jeter les princes dans l'iUusion, sont-Us jamais tombés pour le luxe des amusements dans les mêmes excès que plusieiu-s républiques ? Athènes, à l'époqiie de ses plus grands dangers, dé-

daignant également et l'éloquence de Démosthène et les menaces de Philippe, connaissait nn besoin plus pressant que celui de sa défense, un objet plus essentiel que le maintien de sa liberté. La plus grave des prévarications consistait à détourner, même poui' le bien de l'Etat, les fonds destinés à l'entretien du tbéâti'e. Et à Rome, la passion des spectacles ne fut-elle pas portée jusqu'à la fiu-eiir? Il fallut prodiguer les trésors du monde et les dépouilles des nations pour captiver les suffrages du peuple-roi. La terreur •se répandait dans tout un pays, parce qu'un proconsul avait une fête à donner à Rome ; une heure des magnificences du cirque jetait dans le désespoir cent mille habitants des provinces.

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