PEINES SIMPLES
ment l'objet de la malveillance ou du mépris du monde qui l'environne, ou exposé à le devenir. C'est ce qu'on peut appeler aussi peines du déshonneur, peines de la sanction populaire.
6° Peines de la piété. Elles résultent de la crainte d'avoir offensé l'être suprême , et d'encourir ses châtimens, soit dans cette vie, soit dans une vie avenir. Si on les juge bien fondées, on les appelle craintes religieuses^ si on les juge mal fondées, on les appelle craintes superstitieuses.
'f Peines de la bienveillance. Ce sont celles que nous éprouvons par l'aspect ou la pensée des souffrances, soit de nos semblables, soit des animaux. Les émotions de la pitié font couler nos larmes pour les maux d'autrui comme pour les nôtres. On peut les appeler également yîe2WC5 de sympathie , peines des affections sociales.
8° Peines de la malveillance. C'est la douleur qu'on éprouve en songeant au bonheur de ceux qu'on hait. On peut les a^i^eXer peines d'antipathie, -peines des affections anti-sociales.
9, lo , II" Les peines de la mémoire, celles de X imagination , celles de la crainte , sont exactement le revers et la contre-partie des plaisirs de ce nom.
Lorsqu'une même cause produit plusieurs de ces peines simples, on les considère comme une seule peine complexe. Ainsi l'exil , l'emprisoiinement, la
PLAISIRS ET PEIlVES SIMPLES. 4?
confiscation , sont autant de peines complexes qu'on peut décomposer, en suivant ce catalogue des peines simples.
Si le travail de dresser ces catalogues est aride, en récompense il est d'une grande utilité. Tout le système de la morale, tout le système de la législation portent sur cette base unique, la connaissance des peines et des -plaisirs. C'est le principe de toutes les idées claires. Quand on parle de vices et de vertus, d'actions innocentes ou criminelles, de système rémunératoire ou pénal, de quoi s'agit-il? de peines et de plaisirs, et pas autre chose. Un raisonnement en morale ou en législation qui ne peut pas se traduire par ces mots simples^c/we et^/a*Wr, est un raisonnement obscur et sophistique , dont on ne peut rien tirer.
Vous voidez, par exemple, étudier la matière des délits y ce grand objet qui domine toute la législation. Cette étude ne sera au fond qu'une comparaison, un calcul de peines et de plaisirs. Vous considérerez le crime ou le»i«/de certaines actions, c'est-à-dire, les peines qui en résultent pour tels ou tels individus : le motif du délinquant, c'est-à-dire, l'attrait d'un certain plaisir qui l'a porté à le commettre : le profit du crime, c'est-à-dire, l'acquisition de quelque plaisir qui en a été la conséquence : la 'punition légale à in-
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fliger, c est-à-dire , quelqu'une de ces mêmes peines qu'il faut faire subir au coupable. Cette théorie des peines et des plaisirs est donc le fondement de toute la science.
Plus on examine ces deux catalogues, plus on y trouve la matière première de la réflexion.
Je vois d'abord qu'on peut diviser les plaisirs et les peines en deux classes : plaisirs et peines relatifs à autrui^ — plaisirs et feines purement personnels. Ceux de bienveillance et de malveillance composent la première classe : tous les autres appartiennent à la seconde.
J'observe en second lieu que plusieurs espèces de plaisirs existent sans avoir des peines correspondantes : 1° Les plaisirs de la nouveauté : la vue des objets nouveaux est une source de plaisirs, tandis que la simple absence d'objets nouveaux ne se fait pas sentir comme une peine. 2** Les plaisirs de l'amour : leur privation n'entraîne point de peines positives^ lorsqu'il n'y a pas de désir trompé : quelques tempéramens pourraient en souffrir, mais la continence en général est une disposition au plaisir, qui n'est rien moins qu'un état pénible. 3*^ Les plaisirs de la richesse et de r acquisition ; ils n'ont point de peines correspondantes , lorsqu'il n'y a pas d'attente trompée : acquérir est toujours un sentiment agréable; la simple non-acquisition n'est pas sentie comme
une peine. 4° î^es plaisirs du pouvoir sont dans le même cas. Leur possession, est un bien ; leur simple absence n'est pas un mal ; elle ne peut se faire sentir comme un mal que par quelque circonstance particulière, telle que la privation ou l'attente trompée.
5o DES SANCTIONS DE LA MORALE.