CHAPITRE VIL
De l'estimatiou des plaisirs et des peines.
Des plaisirs à répandre, des peines à écarter ^ \''oilà l'unique but du législateur : il faut donc que leur valeur lui soit bien connue. Des plaisirs et des peines , voilà les seuls instrumens qu'il ait à employer : il faut donc qu'il ait bien étudié leur force.
Si on examine la valeur d'un plaisir considéré en lui-même, et par rapport à un seul individu, on trouvera qu'elle dépend de quatre circonstances.
a" Son intensité.
2° Sa durée.
3° Sa certitude.
4° Sa proximité.
La valeur d'une peine dépend des mêmes circonstances.
Mais en fait de peines ou de plaisirs , il ne suffit pas d'en examiner la valeur comme s'ils étaient isolés et indépendans : les peines et les plaisirs peuvent avoir des conséquences qui seront ellesmêmes d'autres peines et d'autres plaisirs. Si donc on veut calculer la tendance d'un acte dont il résulte une peine ou un plaisir immédiat, il faut
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faire entrer dans restimation deux nouvelles circonstances.
5" Sa fécondité.
6" Sa pureté.
Plaisir fécond : — celui qui a la chance d'être suivi de plaisirs du même genre.
Peine féconde : — celle qui a la chance d'être suivie de peines du même genre.
Plaisir pur : — celui qui n'a pas la chance de produire des peines.
Peine pure : — celle qui n'a pas la chance de produire des plaisirs.
Lorsqu'il s'agit de faire cette estimation par rapport à une collection d'individus, il faut ajouter une autre circonstance.
7° L'étendue : c'est-à-dire , le nombre de personnes qui doivent se trouver affectées par ce plaisir ou par cette peine.
Veut-on évaluer une action? il faut suivre en détail toutes les opérations que l'on vient d'indiquer. Ce sont les élémens du calcul moral, et la législation devient une affaire d'arithmétique. Mal qu'on inflige , c'est la dépense ; bien qu'on fait naître, c'est la recette. Les règles de ce calcul sont les mêmes que de tout autre.
C'est là une marche lente, mais sûre : au lieu que ce qu'on a])pelle sentiment est un aperçu prompt, mais sujet à être fautif Au reste, i! ne
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s'agit pas de recommencer ce calcul à chaque occasion : quand on s'est familiarisé avec ses procédés, quand on a acquis la justesse d'esprit qui en résulte, on compare la somme du bien et du mal avec tant de promptitude, qu'on ne s'aperçoit pas de tous les degrés du raisonnement. On fait de l'arithmétique sans le savoir. Cette méthode analytique redevient nécessaire , lorsqu'il se présente quelque opération nouvelle ou compliquée , ou lorsqu'il s'agit d'éclaircir un point contesté, d'enseigner ou de démontrer des vérités à ceux qui ne les connaissent pas encore.
Cette théorie du calcul moral n'a jamais été clairement exposée; mais elle a toujours été suivie dans la pratique, au moins dans tous les cas où les hommes ont eu des idées claires de leur intérêt. Qu'est-ce qui fait la valeur d'un fonds de terre, par exemple? n'est-ce pas la somme des plaisirs qu'on peut en retirer? Cette valeur ne varie-t-clle pas selon la durée plus ou moins longue qu'on peut s'en assurer, selon la proximité ou la distance de l'époque où l'on doit entrer en jouissance, selon la certitude ou l'incertitude de la possession ?
Les erreurs dans la conduite morale des hommes ou dans la législation se rapportent toujours à l'une ou à l'autre de ces circonstances qui ont été méconnues, oubliées, ou mal appréciées dans le calcul des biens et des maux.
CAUSJi DES DrFFERENCES