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tout sentiment de bienveillance : il n'a plus de respect pour lui-même ni pour les autres, il brave les bienséances et les égards ; il n'est pas insensible â la crainte ni aux bons traitemens; on le subjugue parla fermeté, en même temps qu'on l'ap- /— « privoisc par la douceur, mais il n'a presque point d'avenir dans l'esprit, et l'on n'agit sur lui que par des moyens immédiats.
1 5° LéCS circonstances pécuniait^es. Elles se composent de la somme totale des moyens comparée à la somme totale des besoins.
Les moyens comprennent i" la propriété, ce qu'on possède indépendamment du travail ; 2° les profits résultant du travail; 3° les secours pécuniaires qu'on peut attendre gratuitement de ses parens ou d'amis.
Les besoins dépendent de quatre circonstances: 1° les habitudes de dépense; au-delà de ces habitudes est le superflu, en deçà sont les privations : la plupart de nos désirs n'existent que par le souvenir de quelque jouissance antérieure; 2" les personnes dont on est chargé par les lois ou par l'opinion, des enfans,des parens pauvres, de vieux serviteurs; 3° des besoins imprévus : telle somme peut avoir beaucoup plus de valeur dans tel moment qu'en tel autre; par exemple, si elle est nécessaire pour un procès important, pour un voyage dont dépend le sort d'une famille; 4" les expecta-
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tives d'un profit, d'un héritage, etc. 11 est évident que dès espérances de fortune, à proportion de leur force , sont de vrais besoins, et que leur perte peut affecter presque autant que celle d'une propriété dont on aurait eu la jouissance.
SECTION II
Circonstances secondaires qui influent sur la sensibilité.
Les auteurs qui ont voulu rendre compte des différences dans la sensibilité les ont rapportées à des circonstances dont nous n'avons pas encore fait mention : ces circonstances sont le sexe, l'âge, le rang, l'éducation, les occupations habituelles, le climat, la race, le gouvernement, la religion : toutes choses très apparentes, très faciles à observer, très commodes pour expliquer les divers phénomènes de la sensibilité. Mais cependant ce ne sont là que des circonstances secondaires; je veux dire qu'elles ne rendent pas raison par ellesmêmes, qu'on a besoin de les expliquer par les circonstances premières qui s'y trouvent représentées et réunies; chacune des circonstances secondaires contenant en elle-même plusieurs des circonstances premières. Ainsi, parle-t-on de l'influence du sexe sur la sensibilité? c'est pour rappeler par un seul mot les circonstances premières de force, de lumière, de fermeté d'âme, de persévérance, des idées d'honneur, des sentimens de
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sympathie, etc. Parle-t-on de l'influence du rang? on entend par là un certain assemblage des circonstances premières, telles que le degré de con^ naissance , les idées d'honneur, les liaisons de famille, les occupations habituelles, les circonstances pécuniaires. Il en est de même de toutes les autres; chacune de ces circonstances secondaires peut se traduire par un. certain nombre des premières. Cette distinction , quoique essentielle, n'avait pas encore été analysée. Passons à un examen plus détaillé.
1° Le sexe. La sensibilité des femmes paraît plus grande que celle des hommes. Leur santé est plus délicate. Relativement à la force du corps, au degré de lumières, aux facultés intellectuelles, à la fermeté d'âme, elles sont communément inférieures. La sensibilité morale et religieuse est plus vive; les sympathies et les antipathies ont plus d'empire sur elles ; mais l'honneur de la femme consiste plus dans la chasteté et la pudeur, celui de l'homme dans la probité et le courage ; la religion de la femme dérive plus aisément vers la superstition, c'est-à-dire, vers des observances minutieuses. Ses affections sont plus fortes pour ses propres enfans durant toute leur vie , et pour tous les enfans en général durant leur première jeunesse. Les femmes sont plus compatissantes pour les malheureux qu'elles voient souffrir, et s'atta-
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chent par les soins mêmes qu'elles leur donnent, mais leur bienveillance est resserrée dans un cercle plus étroit, et moins gouvernée par le principe de l'utilité. Il est rare qu'elles embrassent dans leurs affections le bien-être de leur pays en général , encore moins celui de l'humanité, et l'intérêt même qu'elles peuvent prendre à un parti dépend presque toujours de quelque sympathie privée. Il entre dans leurs attachemens et leurs antipathies plus de caprice et d'imagination, tandis que l'homme a plus d'égard à l'intérêt personnel ou à l'utilité publique. Leurs occupations habituelles du genre amusant sont plus paisibles et plus sédentaires. En résultat général, la femme vaut mieux pour la famille, mais l'homme est plus propre aux affaires d'état. L'économie domestique est mieux placée entre les mains de la femme, et l'administration principale entre les mains de l'homme. 2° Uâge. Chaque période de la vie agit différemment sur la sensibilité : mais il est d'autant plus difficile d'en rendre compte que les limites des divers âges varient selon les individus, et sont même arbitraires à l'égard de tous. On ne peut dire que des choses vagues et générales sur l'enfance, l'adolescence, la jeunesse, la maturité, le déclin , la décrépitude , en les considérant comme des divisions de la vie humaine. Les différentes imperfections de l'esprit dont nous avons parlé
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sont si frappantes clans l'enfance, qu'elle a besoin d'une protection vigilante et continuelle. Les affections de l'adolescence et de la première jeunesse sont promptes et vives , mais peu gouvernées par le principe de la prudence. Le législateur est obligé de garantir cet âge contre les écarts où l'entraîneraient le défaut d'expérience et la vivacité des'passions. Quant à la décrépitude , elle est à plusieurs égards le retour des imperfections de l'enfance.
y Le rang. Cette circonstance dépend tellement pour ses effets de la constitution politique des états, qu'il est presque impossible de faire aucune proposition universellement vraie. On peut dire en général que la somme de la sensibilité est plus grande dans les conditions supérieures que dans les dernières classes , surtout les idées d'honneur y sont plus dominantes.
4° Jy éducation. On peut rapporter à l'éducation physique \2i santé, la force, la robusticité > — à l'éducation intellectuelle , la quantité des connaissances, leur qualité, et jusqu'à un certain point, la fermeté de l'âme, la persévérance : — à l'éducation morale , la pente des inclinations, les idées d'honneur, de religion, les sentimens de sympathie, etc. On peut rapporter à toute l'éducation en général les occupations habituelles , les amusemens, les liaisons, les habitudes de dépense, les ressources pécuniaires. — Mais quand on parle
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d'éducation, il ne faut pas oublier que son influence est modifiée à tous égaids, soit par un concours de causes extérieures, soit par une disposition naturelle qui en rend les effets incalculables.
5° LéCs occupations habituelles y soit de profit, soit d'amusement et de choix. Elles influent sur toutes les autres causes, santé, force, lumières, inclinations, idées d'honneur, sympathies, antipathies, fortune, etc. Aussi voit- on des traits communs de caractère dans certaines professions , sur-, tout dans celles qui constituent un état à part; ecclésiastiques, militaires, matelots, avocats, magistrats , etc.
6*^ Le climat. D'abord on a fait jouer à cette cause un trop grand rôle , ensuite on l'a réduite à rien. Ce qui rend cet examen difficile, c'est qu'une comparaison de nation à nation ne peut s'établir que sur de grands faits qu'on peut expliquer de différentes manières. Il paraît incontestable que dans les climats chauds les hommes sont moins forts, moins robustes ; ils ont moins besoin de travailler, parce que la terre est plus fertile : ils sont plus portés aux plaisirs de l'amour, dont la passion se manifeste plus tôt et avec plus d'ardeur. Toutes leurs sensibilités sont plus exaltées, leur imagination est plus vive, leur esprit plus prompt, mais moins fort , moins persévérant. Leurs occu-
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pations habituelles annoncent plus d'indolence que d'activité. Ils ont probablement à leur naissance une organisation physique moins vigoureuse, une trempe d'âme moins ferme et moins constante.
7° La race. Un nègre né en France ou en Angleterre est un être bien différent , à plusieurs égards, d'un enfant de race française ou anglaise. Un enfant espagnol né au Mexique ou au Pérou est à l'heure de la naissance bien différent d'un enfant mexicain ou péruvien. La race peut influer sur le fonds naturel qui sert de base à tout le reste» Dans la suite elle opère bien plus sensiblement sur les biais moraux et religieux, sur les sympathies et les antipathies.
8° Le gouvernement. Cette circonstance influe de la même manière que l'éducation. Le magistrat peut être considéré comme un instituteur national ; et même, sous un gouvernement prévoyant et attentif, le précepteur particulier, le père lui-même, n'est, pour ainsi dire, que le député ^ le substitut du magistrat, avec cette différence que l'autorité du premier a son terme, et que celle du dernier se prolonge sur toute la vie.
L'influence de cette cause est immense : elle s'étend presque à tout , ou plutôt elle embrasse tout, excepté le tempérament, la race et le climat. Car la santé même peut en dépendre à plusieurs égards,