Métaphore n^est pas raison
J'entends ici, soit une métaphore proprement dite , soit une allégorie dont on se sert d'abord pour éclaircir le discours ou l'orner , et qui peu-à-peu devient la base d'un raisonnement.
Blackstone ', tellement ennemi de toute réforme, qu'il a été jusqu'à blâmer l'introduction de la langue anglaise dans les rapports des cours de justice, n'a rien négligé pour inspirer le même préjugé à ses lecteurs. Il représente la loi comme un château , comme une fortere&se à laquelle on ne peut faire aucun changement sans l'affaiblir. 11 ne donne pas, j'en conviens, cette métaphore comme un raisonnement ; mais pourquoi l'emploie-t-il ? Pour s'emparer de l'imagination , pour prévenir ses lecteurs contre toute idée de réforme, pour leur donner un effroi machinal de toute innovation dans les lois. Il reste dans l'esprit une idée fausse qui produit le même effet qu'un faux raisonnement. Il aurait dû
* 3' Coinm. ch. xvii.
ia4 FAUSSES MANIÈRES DE RAISONNER
penser au moins qu'on pouvait tourner cette allégorie contre lui-même. Quand il a fait de la loi un château , n'est-il pas naturel à des plaideurs ruinés de se le représenter comme peuplé de harpies?
La maison d'un homme, disent les Anglais, est son château. Une expression poétique n'est pas une raison; car si la maison d'un homme est son château de nuit, pourquoi ne le serait-il pas de jour? Si c'est un asile inviolable pour le propriétaire, pourquoi ne le serait-il pas pour toute autre personne qu'il jugerait à propos d'y recevoir? — Le cours de la justice est quelquefois entravé en Angleterre par cette puérile notion de liberté. Il semble que les criminels doivent avoir leurs terriers, comme les renards, pour le plaisir des chasseurs.
Un temple , dans les pays catholiques , est la maison de Dieu. Cette métaphore a servi à établir les asiles pour les criminels. C'était manquer de respect à Dieu que d'arracher de force ceux qui venaient se réfugier dans sa maison.
La balance du commerce a produit une multitude de raisonnemens fondés sur la métaphore. On a cru voir les nations s'élever et s'abaisser dans leur commerce réciproque , comme les bassins d'une balance chargés de poids inégaux. On s'est inquiété de tout ce qu'on regardait comme un défaut d'équilibre. On imaginait que l'une devait
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perdre et l'autre gagner, comme si on avait ôté d'un bassin pour ajouter à l'autre.
Le mot de mère-patrie a fait naître un grand nombre de préjugés et de faux raisonnemensdans toutes les questions concernant les colonies et les métropoles. On imposait aux colonies des devoirs; on leur supposait des crimes tous également fondés sur la métaphore de leur dépendance filiale.