Pétition de principe n'est pas raison
La pétition de principe est un des sophismes qui ont été signalés par Aristote ; mais c'est un Protée qui se reproduit sous plusieurs formes, et se cache avec artifice.
La pétition de principe, ou plutôt l'usurpation de principe, consiste à se servir de la proposition
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même en dispute, comme si elle était déjà prouvée.
Cette fausse manière de raisonner s'insinue en morale et en législation, sous le voile des termes sentimentaux ou passionnés.
Les termes sentimentaux ou passionnés sont ceux qui, outre leur sens principal, emportent avec eux une idée accessoire d'approbation ou de blâme. Les termes neutres sont ceux qui expriment simplement la chose en question, sans rien faire présumer en bien ou en mal , sans emporter aucune idée étrangère de blâme ou d'approbation.
Or, il faut observer qu'un terme passionné renferme ou enveloppe une proposition non exprimée, mais sous-entendue, qui accompagne toujours l'emploi du mot , à l'insu de ceux qui l'emploient : cette proposition sous-entendue est de blâme ou de louange , mais vague et indéterminée.
Ai-je besoin de lier une idée d'utilité avec un terme qui emporte communément une idée accessoire de blâme ; je parais avancer un paradoxe et tomber en contradiction avec moi-même.
Veux-je dire, par exemple, que tel objet de luxe est bon? La proposition étonne ceux qui sont accoutumés à attacher à ce mot un sentiment de désapprobation.
Que dois-je faire pour examiner ce point particulier, sans réveiller cette association dangereuse? Il faut avoir recours à un mot neutre; je dirai,
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par exemple : Telle manière de dépenser son revenu est bonne, etc. Cette tournure ne trouve point de préjugé contre elle , et permet l'examen impartial de l'objet en question.
Lorsque Helvétius avança que toutes les actions avaient pour motif i'/w/ere/^ on se souleva contre lui sans vouloir même l'entendre. Pourquoi? C'est que lé mot intérêt avait un sens odieux , une acception vulgaire dans laquelle il semblait exclure tout motif de pur attachement et de bienveillance.
Combien de raisonnemens, en matière politique, ne sontfondésque sur des termes passionnés!
On croit donner une raison en faveur d'une loi, en disant qu'elle est conforme 2l\i principe de la monarchie ou de la démocratie; mais cela ne signifie rien. S'il est des personnes pour qui ces mots soient liés à des idées accessoires d'approbation , il en est d'autres qui leur attachent des idées contraires. Que les deux parties se mettent aux prises, la dispute ne peut finir que par la lassitude des combattons; car pour commencer le véritable examen, il faut renoncer à ces termes passionnés, et calculer les effets de la loi dont il s'agit, en bien ou en mal.
Blackstone admire, dans la constitution britannique, la combinaison des trois formes de gouvernement, et il en conclut qu'elle doit posséder
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toutes les qualités réunies de la monarchie, de IV ristocratie et de la démocratie. Comment ne voyaitil pas que, sans rien changer à son raisonnement, on en pouvait tirer une conclusion diamétralement opposée et tout aussi légitime ; savoir, que la constitution britannique devait réunir tous les vices particuliers à la démocratie, raristocratie et la monarchie?
Le mot indépendance est uni à des idées accessoires de dignité et de vertu ; le mot dépendance est uni à des idées accessoires d'infériorité et de corruption. D'après cela, les panégyristes de la constitution britannique admirent Yïndépendance des trois pouvoirs qui composent la législation : c'est à leurs yeux le chef-d'œuvre de la politique, le plus beau trait de ce gouvernement. D'un autre côté, les détracteurs de cette même constitution ne manquent pas d'insister sur la dépendance de l'une ou de l'autre branche de ces pouvoirs. Ni l'éloge ni la censure ne contiennent des raisons.
A considérer le fait , l'indépendance n'est pas vraie. Le roi et la plupart des lords n'ont-ils pas une influence directe dans l'élection delà chambre des communes? Le roi n'a-t-il pas le pouvoir de la dissoudre en un instant, et ce pouvoir n'est-il pas très efficace? Le roi n'exerce-t-il pas une influence directe parles emplois honorifiques et lucratifs qu'il donne et ôte à son gré? D'un autre
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côté , le roi n'est-il pas dans la dépendance des deux chambres, et plus particulièrement des communes, puisqu'il ne saurait se maintenir sans argent et sans armée, et que ces deux objets principaux sont absolument dans la main des députés de la nation ? La chambre des pairs est-elle indépendante , tandis que le roi peut en augmenter le nombre à son gré , tourner les suffrages en sa faveur par l'accession de nouveaux lords , et qu'il exerce une autre influence par les perspectives de rang et d'avancement dans le corps de la pairie , et par les promotions ecclésiastiques dans le banc des évéques?
Au lieu de raisonner sur un mot trompeur, considérons les effets. C'est la dépendance réciproque de ces trois pouvoirs qui produit leur concorde , qui les assujétit à des règles fixes , qui leur donne une marche systématique et soutenue. De là la nécessité de se respecter, de s'observer, de se ménager, de s'arrêter, de se concilier. S'ils étaient indépendans d'une manière absolue, il y aurait entre eux des chocs continuels. Il faudrait souvent en appeler à la force , et autant vaudrait en venir d'abord à la pure démocratie, c'est-à-dire, à l'anarchie.
Je ne puis me refuser à donner encore deux exemples de cette erreur de raisonnement fondée sur des termes abusifs.
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Si on fait une théorie politique sur la représentation nationale, en s'attachant à tout ce qui paraît une conséquence naturelle de cette idée abstraite, on arrive bientôt à prouver qu'il faut établir un droit de suffrage universel; et, de conséquence en conséquence, on arrive également à prouver que les représentans doivent être renouvelés aussi fréquemment que possible , afin que la représentation nationale puisse mériter ce titre.
Pour soumettre cette question au principe de l'utilité, il ne faut pas raisonner sur le mot, mais il faut regarder uniquement aux effets. Quand il s'agit d'élire une assemblée législative , on ne doit accorder ce droit d'élection qu'à ceux qui peuvent être censés avoir la confiance de la nation pour l'exercer.
Des choix faits par des hommes qui ne pourraient pas avoir la confiance de la nation affaibliraient sa confiance dans l'assemblée législative.
Les hommes qui n'auraient pas la confiance de la nation sont ceux en qui l'on ne saurait présumer l'intégrité politique et le degré de connaissance nécessaire.
On ne saurait présumer l'intégrité politique dans ceux que le besoin expose à la tentation de se vendre, dans ceux qui n'ont point de demeure fixe, dans ceux qui ont été flétris en justice pour de certains délits déterminés par la loi.
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On ne saurait présumer le degré de connaissance nécessaire dans les femmes que leur condition domestique éloigne du maniement des affaires nationales, dans les enfans et les adultes audessous d'un certain âge, dans ceux qui, par leur indigence, sont privés des premiers élémens de l'éducation, etc.
C'est sur ces principes et d'autres semblables qu'on pourrait établir les conditions nécessaires pour être électeur , et c'est également d'après les avantages et les inconvéniens du renouvellement qu'il faut raisonner pour établir la durée des assemblées législatives, sans y faire entrer des considérations tirées d'un terme abstrait.
Le dernier exemple que j'ai à donner est pris des contrats , je veux dire, de ces différentes fictions politiques imaginées sous le nom de contrats. Je les ai déjà condamnés comme fictions, je les condamne encore comme pétition de principe.
Quand Locke ou Rousseau raisonnent sur ce contrat prétendu , quand ils affirment que le contrat social ou politique renferme telle ou telle clause, pourraient-ils le prouver autrement que par l'utilité générale qui est supposée en résulter? Accordons-leur, si on veut, que ce contrat, qui n'est pas même rédigé, est en pleine existence. De quoi dépend toute sa force? n'est-ce pas de
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son utilité ? Pourquoi faut-il garder ses engagemens? Parce que la foi des piomesses est la base de la société. C'est pour l'avantage de tous que les promesses de chaque individu doivent être sacrées. Il n'y aurait plus de sûreté entre les hommes, plus de commerce, plus de confiance, il faudrait retourner dans les forêts, si les engagemens n'avaient plus de force obligatoire. Il en serait de même de ces contrats politiques. C'est leur utilité qui ferait leur force ; s'ils devenaient nuisibles, ils n'en auraient plus. Car si le roi avait pris l'engagement de rendre son peuple malheureux, cet engagement serait-il valide? Si le peuple s'était lié à obéir à tout événement, serait-il tenu de se laisser détruire par un Néron ou un Caligula, plutôt que de violer sa promesse? S'il résultait du contrat des effets universellement nuisibles, y aurait-il une raison suffisante pour le maintenir? On ne saurait donc nier que la validité du contrat ne soit au fond la question de l'utilité, un peu enveloppée , un peu déguisée , et par conséquent plus susceptible de fausses interprétations.
I o. Loi imaginaire n'est pas raison.
Loi naturelle , droit naturel : deux espèces de fictions ou de métaphores, mais qui jouent un si grand rôle dans les livres de législation , qu'elles méritent un examen à part.
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Le sens primitif du mot loi, c'est le sens vulgaire, c'est la volonté d'un législateur. La loi de la nature est une expression figurée; on se représente la nature comme un être , on lui attribue telle ou telle disposition , qu'on appelle figurativement loi. Dans ce sens, toutes les inclinations générales des hommes, toutes celles qui paraissent exister indépendamment des sociétés humaines , et qui ont dû précéder l'établissement des lois politiques et civiles, sont appelées lois de la nature. Voilà le vrai sens de ce mot.
Mais on ne l'entend pas ainsi. Les auteurs ont pris ce mot comme s'il avait un sens propre, comme s'il y avait un code de lois naturelles ; ils en appellent à ces lois, ils les citent, ils les opposent littéralement aux lois des législateurs, et ils ne s'aperçoivent pas que ces lois naturelles sont des lois de leur invention , qu'ils se contredisent tous sur ce code prétendu , qu'ils sont réduits à affirmer sans prouver , qu'autant d'écrivains , autant de systèmes , et qu'en raisonnant de cette manière il faut toujours recommencer , parce que sur des lois imaginaires chacun peut avancer tout ce qui lui plaît , et que les disputes sont interminables.
Ce qu'il y a de naturel dans l'homme, ce sont des sentimens de peine ou de plaisir , des penchans : mais appeler ces sentimens et ces penchans
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des lois, c'est introduire une idée fausse et dangereuse; c'est mettre le langage en opposition avec lui-même : car il faut faire des lois, précisément pour réprimer ces penchans. Au lieu de les regarder comme des lois, il faut les soumettre aux lois. C'est contre les penchans naturels les plus forts qu'il faut faire les lois les plus réprimantes. S'il y avait une loi de la nature qui dirigeât tous les hommes vers leur bien commun, les lois seraient inutiles. Ce serait employer un roseau à 11*''*' soutenir un chêne; ce serait allumer un flambeau ir<M<, pour ajouter à la lumière du soleil,
Blackstone, en parlant de l'obligation des parens de pourvoir à l'entretien de leurs enfans, dit que : « C'est un principe de la loi naturelle, un « devoir imposé par la nature elle-même , et par « leur propre acte en les mettant au monde.... Et « Montesquieu , ajoute-t-il , observe avec raison « que l'obligation naturelle du père de nourrir '< ses enfans est ce qui a fait établir le mariage « qui déclare celui qui doit remplir cette obliga- « tion. » {hiv. I, ch. i6.)
Les parens sont disposés à élever leurs enfans , les parens doivent élever leurs enfans : voilà deux propositions différentes. La première ne suppose pas la seconde; la seconde ne suppose pas la première. Il y a sans doute des raisons très fortes pour imposer aux parens l'obligation de nourrir
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leurs enfans. Pourquoi Blackstone et Montesquieu ne les donnent-ils pas? Pourquoi se réfèrent-ils à ce qu'ils appellent la loi de la nature? Qu'est-ce que cette loi de la nature qui a besoin d'une loi secondaire d'un autre législateur? Si cette obligation naturelle existait, comme le dit Montesquieu, loin de servir de fondement au mariage, elle en prouverait l'inutilité , au moins pour le but qu'il assigne. Un des objets du mariage est précisément de suppléer à l'insuffisance de l'affection naturelle. Il est destiné à convertir en obligation cette inclination des parens qui ne serait pas toujours assez forte pour surmonter les peines et les embarras de l'éducation.
Les hommes sont très disposés à pourvoir à leur propre entretien ; on n'a pas fait de loi pour les y obliger. Si la disposition des parens à pourvoir à l'entretien de leurs enfans était constamment et universellement aussi forte , il ne serait jamais venu dans l'esprit des législateurs d'en faire une obligation.
L'exposition des enfans, si commune autrefois chez les Grecs, l'est encore plus à la Chine. Pour faire abolir cet usage, ne faudrait-il pas alléguer d'autres raisons que cette prétendue loi de la nature qui est évidemment en défaut?
Le mot droit, de même que le mot loi, a deux sens, un sens propre et un sens métaphorique.
EN MA.T1ÈRE DE LÉGISLAT10]?f. ll\'J
Le droit proprement dit est Ja créature de la loi proprement dite : les lois réelles donnent naissance aux droits réels. Le droit naturel est la créature de la loi naturelle : c'est une métaphore qui dérive son origine d'une autre métaphore.
Ce qu'il y a de naturel dans l'homme, ce sont des moyens, des facultés, mais appeler ces moyens, ces facultés, des droits naturels, c'est encore mettre le langage en opposition avec lui-même : car les droits sont établis pour assurer l'exercice des moyens et des facultés. Le droit est la garantie, la faculté est la chose garantie. Comment peut-on s'entendre avec un langage qui confond sous le même terme deux choses aussi distinctes? Où en serait la nomenclature des arts, si l'on donnait au métier qui sert à faire un ouvrage le même nom qu'à l'ouvrage même ?
Le droit réel est toujours employé dans un sens légal, le droit naturel est souvent employé dans un sens anti-légal. Quand on dit, par exemple, que la loi ne jt eut pas aller contre le droit naiurely on emploie le mot droit dans un sens supérieur à la loi : on reconnaît un dî'oit qui attaque la loi, qui la renverse et l'anmdle.
Dans ce sens anti-légal , le mot droit est le plus grand ennemi de la raison et le plus terrible destructeur des gouvernemens.
On ne peut plus raisonner avec des fanatiques
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armés d'un droit naturel , que chacun entend comme il lui plaît, applique comme il lui convient, dont il ne peut rien céder, rien retrancher, qui est inflexible en même temps qu'inintelligible, qui est consacré à ses yeux comme un dogme , et dont on ne peut s'écarter sans crime. Au lieu d'examiner les lois par leurs effets, au lieu de les juger comme bonnes ou comme mauvaises, ils les considèrent par leur rapport avec ce prétendu droit naturel : c'est-à-dire qu'ils substituent au raisonnement de l'expéiience toutes les chimères de leur imagination.
Ce n'est pas une erreur innocente, elle se glisse de la spéculation dans la pratique. « Il faut obéir « aux lois qui sont d'accord avec la nature, les « autres sont milles par le fait , et au lieu de leur « obéir , il faut leur résister. Dès que les droits « naturels sont attaqués, tout citoyen vertueux « doit être ardent à les défendre. Ces droits évi- « dens par eux-mêmes n'ont pas besoin qu'on les « prouve; il suffit de les déclarer. Comment prou- « ver l'évidence? Le simple doute implique un dé- « faut de sens ou un vice de l'âme , etc. »
Mais pour qu'on ne m'accuse pas de prêter gratuitement des maximes séditieuses à ces espèces d'inspirés politiques, je citerai un passage positif de Blackstone; et je choisis Blackstone, parce qu'il est, de tous les écrivains, celui qui a montré le
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plus profond respect pour l'autorité des gouveriiemens. (i Comm. p. 42.) En parlant des préten^»dues lois de la nature et des lois de la révélation : a On ne doit pas souffrir, dit-il, que les lois hu- « maines contiedisent celles-là : si une loi humaine « nous ordonne une chose défendue par les lois « naturelles ou divines, nous sommes tenus de « transgresser cette loi humaine, etc. »
N'est-ce pas mettre les armes à la main de tous les fanatiques contre tous les gouvernemens? Dans l'immense variété des idées sur la loi naturelle et la loi divine, chacun ne trouvera-t-il pas quelque raison pour résister à toutes les lois humaines ? Y a-t-il un seul état qui pût se maintenir un jour, si chacun se croyait en conscience tenu de résister aux lois, à moins qu'elles ne fussent conformes à ses idées particulières sur la loi naturelle et la loi révélée? Quel horrible coupe-gorge entre tous les interprètes du code de la nature et toutes les sectes religieuses?
« La poursuite du bonheur est im droit natu- « rel. » La poursuite du bonheur est certainement im penchant naturel ; mais peut-on déclarer que c'est un droit? Cela dépend du mode de la poursuite. L'assassin poursuit son bonheur par un assassinat; en a-t-il le droit? S'il ne l'a pas, pourquoi déclarer qu'il l'a? Quelle tendance y a-t-il dans
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cette déclaration à rendre les hommes plus heureux et plus sages?
Turgot était un grand homme, mais il avait adopté l'opinion commune sans l'examiner. Les droits inaliénables et naturels étaient le despotisme ou le dogmatisme qu'il voulait exercer sans s'en apercevoir. S'il ne voyait point de raison pour douter d'une proposition, s'il la jugeait d'une vérité évidente, il la référait, sans aller plus loin, au droit naturel, à la justice éternelle. Il s'en servait dès-lors comme d'un article de foi qu'il n'était plus permis d'examiner.
L'utilité ayant été souvent mal appliquée, entendue dans un sens étroit , ayant prêté son nom à des crimes, avait paru contraire à la justice éternelle; elle était dégradée, elle avait une réputation mercenaire , et il fallait du courage pour la remettre en honneur, et pour rétablir la logique sur ses véritables bases.
J'imagine un traité de conciliation avec les partisans du droit naturel. Si la nature a fait telle ou telle loi , ceux qui la citent avec tant de confiance, ceux qui ont pris modestement sur eux d'être ses interprètes , doivent penser qu'elle a eu des raisons pour la faire. Ne serait-il pas plus sûr, plus persuasif et plus court de nous donner directement ces raisons , que de nous présenter la vo-
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lonté de ce législateur inconnu , comme faisant autorité par elle-même ?
Il faudrait encore signaler ici les fausses routes où l'on est particulièrement entraîné dans les assemblées délibérantes, les personnalités, les imputations de motifs, les longueurs, les déclamations ; mais ce qu'on a dit suffit pour caractériser ce qui est raison et ce qui ne l'est pas sous le principe de l'utilité-
Toutes ces fausses manières de raisonner peuvent toujours se réduire à l'un ou à l'autre des deux faux principes. Cette distinction fondamentale est d'une grande utilité pour rendre les idées plus nettes en épargnant les mots. Rapporter tel ou tel raisonnement à un des faux principes, c'est relier l'ivraie en faisceau pour la jeter au '
feu.
Je finis par une observation générale. Le langage de l'erreur est toujours obscur, chancelant et variable. Une grande abondance de mots sert à couvrir la disette et la fausseté des idées. Plus on varie dans les termes, plus il est aisé de donner ï^ ^b»*^ change aux lecteurs. Le langage de la vérité est uniforme et simple : mêmes idées, mêmes termes. Tout se rapporte à des plaisirs et à des peines. On évite tout ce qui peut masquer ou intercepter cette notion familière : De tel ou tel acte résulte telle impression de peine ou de plaisir. Ne m'en.
1 D2 FAUSSES MAÎfliîRES DE RATSONNEU , ETC.
croyez pas, croyez-en l'expérience, et surtout la vôtre. Entre deux façons d'agir opposées, voulezvous savoir celle à qui lapréférence est due? Calculez les effets en bien ou en mal, et décidez-vous pour ce qui promet la plus grande somme de bon~ heur.
PRINCIPES