CHAPITRE "PREMIER
Des droits et des obligations.
Tous les objets que le législateur est appelé à distribuer parmi les membres de la communauté peuvent se réduire à deux classes :
1° Les droits.
2° Les obligations.
Les droits sont en eux-mêmes des avantages, des bénéfices pour celui qui en jouit. Les obligations au contraire sont des devoirs, des charges onéreuses pour celui qui doit les remplir.
Les droits et les obligations , quoique distincts et opposés dans leur nature, sont simultanés dans leur origine , et inséparables dans leur existence. Dans la nature des choses, la loi ne peut accorder un bénéfice aux uns , sans imposer en même
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temps quelque fardeau à d'antres. Ou , en d'autres termes , on ne peut créer un droit en faveur des uns, qu'en créant ime obligation correspondante imposée à d'autres. Comment me confèret-on un droit de propriété sur une terre? En imposant à tous autres que moi l'obligation de ne pas toucher à ses produits. — Comment me confére-t-on un droit de commandement? En imposant à un district ou à un nombre de personnes l'obligation de m'obéir.
Le législateur doit conférer les droits avec plaisir, puisqu'ils sont en eux-mêmes un bien : il doit imposer les obligations avec répugnance, puisqu'elles sont en elles-mêmes un mal. D'après le principe de l'utilité , il ne doit jamais imposer une charge que pour conférer un bénéfice d'une ^lus grande valeur.
En créant des obligations la loi retranche de la liberté dans la même proportion ; elle convertit en délit des actes qui autrement seraient permis et impunissables. La loi crée un délit , soit par un commandement positif, soit par une prohibition.
Les retranchemens de liberté sont inévitables. Il est impossible de créer des droits , d'imposer des obligations, de protéger la personne, la vie, la réputation , la propriété , la subsistance , la liberté même, si ce n'est aux dépens de la liberté.
Mais chaque restriction imposée à la liberté est
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sujette à être suivie d'un sentiment naturel de peine plus ou moins grand, indépendamment d'une variété infinie d'inconvéniens et de souffrances qui peuvent résulter du mode particulier de cette restriction. 11 s'ensuit donc qu'aucune restriction ne doit être imposée, aucun pouvoir conféré, aucune loi coercitive sanctionnée, sans une raison suffisante et spécifique. Il y a toujours une raison contre toute loi coercitive, et une raison qui, au défaut de toute autre, serait suffisante par elle-même, c'est qu'elle porte atteinte à la liberté. Celui qui propose une loi coercitive doit être prêt à prouver non-seulement qu'il y a une raison spécifique en faveur de cette loi, mais encore que cette raison l'emporte sur la raison générale contre toute loi.
Cette proposition claire jusqu'à l'évidence, que toute loi ' est contraire à la liberté, n'est point généralement reconnue : au contraire, les zélateurs de la liberté , plus ardens qu'éclairés , se font un devoir de conscience de la combattre : et comment s'y prennent-ils? ils pervertissent le langage, ils ne veulent pas se servir de ce mot dans son acception commune, ils parlent une langue qui n'est celle de personne. Voici comment ils défi-
' II faut excepter les lois par lesquelles on révoque des lois restrictives , dos lois qui permettent çq que d'autres lois avaient défendu.
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Dissent la liberté : La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui. Mais est-ce le sens ordinaire de ce mot? La liberté de faire du mal n'est -elle pas liberté? Si ce n'est pas liberté, qu'est-ce donc ? et quel est le mot dont on peut se servir pour en parler? Ne dit-on pas qu'il faut ôter la liberté aux fous et aux méchans , parce qu'ils en abusent?
D'après cette définition, je ne saurais donc jamais si j'ai la liberté de faire ou de ne pas faire une action, jusqu'à ce que j'eusse examiné toutes ses conséquences? Si elle me paraissait nuisible à un seul individu , quand même la loi me la permet ou même me l'ordonne , je ne serais pas en liberté de la faire ! Un officier de justice n'aurait pas la liberté de punir un voleur , à moins d'être sûr que cette peine ne peut pas nuire à ce voleur. — Voilà les absurdités impliquées dans cette définition.
Que nous dit la simple raison? Cherchons dès le début à rédiger des propositions vraies.
L'unique objet du gouvernement doit être le plus grand bonheur possible de la communauté.
Le bonheur d'un individu est d'autant plus grand , que ses souffrances sont plus légères et en plus petit nombre, et que ses jouissances sont plus grandes et en plus grand nombre.
Le soin de sa jouissance doit être laissé presque entièrement à l'individu. La principale fonction