‹ Traités religieuxChapitre 1 sur 21 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Les Œuvres Sociales et les Traités sur l'Esclavage ont fait connaîtrcChanning comme réformateur et comme philanthrope ; ce nouveau volume le montrera sous un jour nouveau, comme chrétien éclairé et fervent. C’est sous cet aspect qu’il est le plus intéressant de considérer celte belle figure, car c’est la foi qui a fait de Çhanning un réformateur, et c’est le Christianisme qui a inspiré toussesécrils. On ne le connaîtvraiment que quand on saitcommentrÉvangile était la règle de toute S|i vie, et c’estcequ’a démontré tout récemment, avgç une grande vérité, l’auteur de l’excellent livre qui porte le titre de Çhanning, sa vie et sa doctrine. C’est à cette biographie que nous renvoyons le lecteur qui veut connaître en détail cette existence si belle par son unité. Croire, penser, agir, sont trop souvent pour nous trois choses distinctes ; c’en est une seule pour ce vrai chrétien.

Ce 110m de vrai chrétien donné à Channing surprendra peut-être quelques lecteurs. On sait que le pasteur américain était unitaire , c’est-à-dire qu’il n’admettait pas que Jésus-Christ fût une des trois personnes divines, et il nous est difficile de comprendre qu’on puisse être chrétien en repoussant ce que nous regardons comme le dogme fondamental et la pierre angulaire de notre religion.

Je n’entendspas défendre Channing surce point, mais je voudrais montrer seulement comment les opinions dogmatiquesdeChanning nesontpas tout à fait celles qu’on lui prête, et comment ces opinions ont d’ailleurs peu d’influence sur sa façon d’envisager le Christianisme. On sentira dès lors eomment , sans être de la secte unitaire , on peut cependant lire avec intérêt et profit les discours que contient ce volume.

Channing rejette le dogme de la Trinité parce que, dit-il, il ne le trouve pas dans l’Évangile, et que sa raison le repousse, mais il admet que Jésus-Christ est le fils de Dieu, sans vouloir pénétrer tous les mystères que ce nom peut cacher. « Plus j’avance en âge, écrit-il à madame Joanna » Baillie, moins je m’inquiète d’assigner un rang » précis à Jésus-Christ. La puissance du Christ » est pour moi dans sa pureté sans tache, dans sa » perfection morale. J’attache moins d’impnr-

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» tance à ce rang parce que j’ai appris que toutes » les âmes sont de même famille, et que la na- » ture angélique et la nature humaine sont essen- » liellement une. Cette conviction fait que je ne » suispointehoquéparlesystèmehumanitaire(i).

» 11 me semble cependant que ce système prête » à de sérieuses objections , et je ne suis point » touché par l’argument favori de ce parti, que » leur système rapproche Jésus de nous. La per- » fection morale me parait la grande distinction » du Christ, et le sépare de tous les hommes. » Cette distinction reste la même dans tous les » systèmes, et elle est plus inexplicable dans » le système humanitaire que dans tous les au- » très » (2).

Avec de pareils sentiments on comprend comment Channing pouvait dire qu’il y avait en lui très-peu d’unitaire, qu’il n’avait point de sympathie pour la doctrine de Priestley, et qu’il se rapprochait, au contraire, de tous ceuxqui attendaient une nouvelle et plus pure effusion de la vérité chrétienne. Il se proclamait membre de l’Église universelle, formée des amis de Dieu et des amis des hommes. Le dogme le repoussait, la morale

(l) C’est le système qui fait de Jésus -Christ un homme comme les autres.

(ï) Memoir of W. K. Channing, p. ISO.

l’attirait, et sans essayer de définir ce qu’était Jésus-Christ, il avait un amour ardent pour celui qu’il considérait comme l’envoyé de Dieu.

Qu’on ne cherche donc pas dans ce volume le symbole d’une secte ; tout au contraire, on n'y trouvera qu’une admiration profonde pour l’Évangile et pour la personne du Christ. 11 n’est donc pas de chrétien qui ne puisse lire avec fruit les discours sur les Preuves du Christianisme , et sur le Caractère du Christ. On n’y verra rien qui puisse blesser de respectables convictions.

Ceci reconnu, disons maintenant ce que Channing voyait dans le Christianisme. Ces idées en ce point ne sont pas nouvelles, mais elles sont exposéesavec tant de force, etsi bien suivies dans tous les détails qu’il est difficile de n’en être pas touché, comme d’une vue plus juste et plus vive que tout ce qu’on nous a présenté jusqu’à présent.

Pour Channing, le Christianisme n’est pas un symbole, une collection de dogmes, c’est une doctrine morale qui vient du ciel; notre intelligence comme notre cœur y trouvent la solution de tous les problèmes qui nous agitent. Mais les bienfaits de l’Évangile ne nous appartiennent qu’à unecondition. Il fautnouslesappropricr par le libreeffort de notre esprit; il faut que cette vérité entre, pour ainsi dire, dans notre substance, et devienne notre

propre vie. Les symboles, les professions de foi, les églises meme ne sont que des secours extérieurs, en qui Channing a peu de confiance; c’est à chacun de nous à se faire chrétien. Dieu nous appelle individuellement, notre salut est chose personnelle, c’est à nous d’agir. La religion, c’est l’amour de Dieu et des hommes; on se donne un pareil sentiment, on ne le reçoit pas.

11 faut donc que chacun de nous raisonne librement sa croyance, écarte ce qu’il croit l’erreur, embrasse ce qu’il croit la vérité. Sans doute il y a dans cette voie plus d’un danger et plus d’une difficulté, mais la vérité est à ce prix ; elle n’existe pour nous que quand nous la comprenons. La professer des lèvres, ce n’est pas la posséder.

Au reste, je laisse Channing exposer lui-môme sa façon de comprendre le Christianisme ; il le fait avec une conviction qui porte le lecteur au respect, et force à réfléchir.

Février 1840 (1).

J’ai lu votre communication avec beaucoup de sympathie. Elle m’a reporté au début de ma propre histoire religieuse. Non pas que j’aie jamais souffert comme vous; mais personne ne peut réfléchir sur un sujet religieux sans rencontrer des difficultés. Les gens qui n’out pas de doute doivent souvent ce privilège à l’absence de pensées.

(1) Memoir of W. E. Channing, page 121.

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