‹ Traités religieuxChapitre 11 sur 21 · MS · texte numérisé non relu

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vives impressions que nous donnent les sens, en ce qui touche la matière, jointes à notre expérience de la régularité de la nature et à notre confiance instinctive dans sa constance, obscurcissent cette souveraineté de Dieu ; elles nous poussent à attribuer une espèce d’omnipotence aux lois de la nature, et à borner nos espérances aux biens que ces lois nous promettent. 11 y a dans le cœur humain un penchant à attacher l’idée de nécessité à la régularité d’une action qui ne change pas, et à imaginer des bornes à un être qui suit toujours la môme route ou qui se répète continuellement. Voilà pourquoi je me réjouis des miracles. Us montrent et affirment la suprématie de l’Esprit dans l’univers. Us sont la manifestation d’un pouvoir spirituel, qui n’est j>oint enchaîné par les lois de la matière. Je me réjouis de ces témoignages rendus à une si grande vérité. Je îne réjouis de tout ce qui prouve que cet ordre de la nature, qui si souvent pèse sur moi comme une chaîne, et qui ne contient pour moi aucune promesse de perfection, n’est pas un ordre suprême et immuable, et que le Créateur n’est pas restreint aux modes d’action qui me sont familiers.

La forme ordinaire de l’objection qu’on fait aux miracles est celle-ci : « U est dérogatoire à la sagesse de Dieu, dit le sceptique, qu’il interrompe l’ordre de ses propres ouvrages. U n’y a que l’ouvrier inhabile qui soit obligé de mettre la main à la machine pour en corriger les défauts, ou pour lui donner une nouvelle impulsion par une action immédiate. » A cette objection je réponds qu’elle procède d’idées fausses sur Dieu et sur la création. Dieu n’est pas un ouvrier, mais un père et un gouverneur; et la création n’est pas une machine. Autrement on pourrait soutenir avec apparence que les

miracles ne sont ni nécessaires ni utiles. Mais ce qu’il y a de plus frappant dans la création , c’est le contraste ou l’opposition des éléments dont elle se compose. Ce qu’elle comprend, ce n’est pas seulement la matière, mais l’esprit, ce n'est pas seulement des masses inanimées et sans conscience , mais des êtres raisonnables, des agents libres; et ces derniers forment la partie la plus noble et l’objet souverain de la création. C’est pour eux que l’univers matériel a été créé. Ce n’est pas pour lui-même que l’ordre du monde a été fixé ; il a été établi pour instruire et améliorer des êtres plus élevés , des intelligences, des enfants de Dieu; et, toutes les fois qu’un écart de cet ordre, c’est-à-dire, toutes les fois qu’une action miraculeuse peut contribuer au progrès et à la perfection des créatures intelligentes, cet écart est demandé par la sagesse et la bonté divines. Si l’Être suprême ne s’était proposé que ce que le mécanisme peut produire, sans doute il aurait fabriqué une machine si parfaite et si sûre qu’il n’eût jamais fallu en suspendre les mouvements ordinaires. Mais Dieu s’est proposé un but plus noble. Le grand objet qu’il s’est proposé, c’est d’instruire, de délivrer du mal, de porter toujours en avant l’àme libre et raisonnable ; et qui donc, après avoir compris ce que c’est qu’un esprit libre, et quelle variété d’enseignement et d’éducation il lui faut, qui donc aura la hardiesse d’affirmer que, pour le développer, il n’y a pas besoin d’autres lumières ni d’autres secours que ceux qu’on trouve dans l’ordre invariable de la nature?

La plupart de ces difficultés disparaîtraient si nous considérions que la principale distinction des êtres intelligents, c’est la liberté morale, la faculté de se déterminer au mal comme au bien, et par conséquent le pouvoir

de se plonger dans de grandes misères. Lorsque Dieu créa l’homme, il ne fit pas une machine, mais un être libre qui devait s’élever ou tomber, suivant le bon usage ou l’abus qu’il ferait de ses facultés. Ce pouvoir, à la fois le plus glorieux et le plus effrayant qu’on puisse imaginer, nous montre comment' l’espèce humaine peut se trouver dans un état où l’enseignement de la nature ne soit pas suffisant. En fait, plus on considère la liberté des êtres intelligents, plus on révoque en doute la possibilité d’établir un ordre immuable qui réponde à tous leurs besoins; car des êtres qui ont une sphère d’action aussi grande se trouvent dans mille conditions diverses, et, par conséquent, ils peuvent avoir besoin d’un àecours qui n’est pas dan§ les ressources de la nature. L’histoire de l’humanité prouve ces vérités. A l’origine du christianisme, la famille humaine était plongée dans une erreur grossière et dégradante, et, depuis tant de siècles, la lumière de la nature ne l’avait pas ramenée à la vérité. La philosophie avait fait de son mieux, et elle avait échoué.. Il semble que, pour le progrès de l’humanité, il y eut besoin d’un nouvel élément, d’une nouvelle puissance.

Que dans cette nécessité un secours miraculeux ait été donné, cela s’accorde avec nos meilleures idées sur Dieu.

Je le répète, si les hommes étaient des machines, l’ordre immuable de la nature pourrait répondre à tous leurs besoins. Mais ce sont des êtres libres qui tiennent à Dieu par un lien moral, et, à ce titre, iis peuvent avoir besoin d’un soin plus varié et plus spécial que celui qui s’étend j au reste de la création.

Quand j’étudie la nature, je vois des raisons qui me font croire que Dieu n’en a pas fait l’unique moyen d’instruction et de progrès pour le genre humain. Je

île

vois des raisons qui justifient la suspension de son cours régulier, et qui demandent que la révélation se joigne à la nature pour aider au progrès de l’humanité. Je ne puis présenter que quelques réflexions sur ce point, mais elles méritent une sérieuse attention.

La première, c’est qu’un ordre de la nature, un ordre fixe et invariable, ne nous donne pas de Dieu certaines idées qui sont d’un grand intérêt et d’une grande importance, ou du moins il ne les donne pas avec la clarté que nous désirons tous. Cet ordre révèle Dieu comme le souverain universel qui pourvoit au bien général , mais il ne nous le présente pas assez comme un tendre père qui s’intéresse à l’individu. Dans cette fixité je vois le soin que Dieu prend des hommes, mais je n’y vois pas l’intérêt constant, infini qu’il me porte. La nature parle d’une divinité générale, mais non pas de l’aini et du bienfaiteur de chaque âme vivante. C’est là un défaut nécessaire qui tient à une administration inflexible agissant par des lois générales; aussi semble-t-il que, pour faire avancer l’humanité, Dieu doive se révéler autrement que par des lois générales. Pour le progrès de l’humanité, il n’y a rien de meilleur que de croire que Dieu prend un intérêt paternel à chacun de nous; et comment ferait- il naître cette persuasion d’une manière plus efficace qu’en suspendant l’ordre de la nature , pour nous enseigner son amour paternel par un messager inspiré?

Ma seconde remarque c’est que, tout en donnant d’importantes leçons, la nature ne les donne pas de façon directe et pressante. Les vérités qu’elle enseigne ne ressortent pas, et, par conséquent, on peut les négliger, et échapper à leur influence. Par exemple, la nature ♦annonce un seul Dieu, mais elle ne force pas notre

attention sur ce point. Le nom de Dieu n’est pas écrit sur le firmament en lettres de lumière que toutes les nations puissent lire; il n’est pas répété avec une voix profonde et terrible comme celle du tonnerre, de façon à ce que tous l’entendent. La nature est une maîtresse douce et timide, qui demande au disciple patience et réflexion, et, par conséquent, on peut ne pas l’écouter. On peut aisément fermer ses oreilles et endurcir son cœur au témoignage qu’elle rend à Dieu. Aussi voyonsnous qu’à la venue du Christ presque tous les peuples avaient perdu la connaissance de la véritable gloire du Créateur, et s’étaient abandonnés à de grossières superstitions. L’enseignement indirect et peu imposant de la nature n’est pas fait pour une pareille condition du monde, et cela justifie un enseignement plus immédiat et plus frappant. Dans ces ténèbres morales, n’était-il pas digne de Dieu de faire luire un rayon plus vif? Lorsque le langage répété et presque monotone de la création n’était pas entendu, était-il indigne de Dieu de parler avec une voix nouvelle et plus sonore ? Pour réveiller ceux que ne pouvait instruire la régularité paisible de la na ture, quelle méthode valait mieux que d’en interrompre le cours ordinaire?

Une autre raison nous dit encore pourquoi la révélation devait se joindre aux lumières de la nature. La nature, ai-je dit , ne donne pas ses leçons d’une manière directe ni pressante; on peut se tenir hors de la portée de sa voix. J’ajoute qu’il y a un point que nous avons grand intérêt à connaître, et qui, cependant, est enseigné si obscurément par la nature qu’on ne peut parvenir à une conviction complète.

Quelle est la question qui nous touche le plus? C’est

celle -ci : Devons -nous revivre, ou cette vie est -elle tout? Le principe de la pensée périt-il avec le corps, ou lui survit-il? Et, s’il survit, où survit-il? comment? dans quelle condition? sous quelle loi? Il y a une voix intérieure qui parle d’un jugement à venir. Ce jugement viendra-t-il, et, s’il en est ainsi, que devons nous craindre ou espérer? L’état futur de l’homme, c’est la grande question que ramènent sans cesse les vicissitudes de la vie et l’approche de la mort. Je ne dis pas que la nature ne jette aucune lumière sur ce point. Je crois, au contraire, que cette lumière devient de plus en plus brillante pour ceux dont la révélation a éclairci et fortifié la vue. Mais la nature seule ne répond pas à nos besoins. Je pourrais le prouver en vous renvoyant aux temps qui précédèrent le Christ , lorsque l’inquiétude humaine cherchait sans cesse à pénétrer l’obscurité qui règne au delà du tombeau, lorsque l’imagination et la philosophie plongeaient également dans l’avenir, mais sans y trouver une place où se reposer. Qui ne sent qu’avec la nature seule pour guide, on s’égare dans le doute? D’où saurai -je ma destinée sinon de Dieu lui- même? Je demande a la tombe ce que font ceux qui sont partis, et la tombe ne répond pas. J’interroge la nature, mais je ne vois pas comment peut se rétablir le corps tombé en poussière, et je ne trouve nulle trace de l’ascension de l’âme vers une autre sphère. Je sens le liesoin d’un pouvoir supérieur a la nature pour rendre ou perpétuer la vie après la mort; et si Dieu a voulu nous donner l’assurance de cette vie, je ne vois pas comment il pouvait le faire sinon par un enseignement surnaturel, une révélation. Des miracles sont le vrai et peut-être le seul moyen de placer au-dessus du doute

l’immortalité de l’homme ; et l’on ne peut concevoir de miracles mieux calculés pour cet effet que ceux mêmes qui tiennent la première place dans le Christianisme, je veux dire la résurrection de Lazare, et plus encore la résurrection de Jésus. Personne ne niera que, de toutes les vérités, la plus encourageante pour la vertu et la plus consolante pour l’humanité, c’est la certitude de la vie à venir. Est-il donc au-dessous de Dieu d’employer des miracles pour éveiller cette espérance ou pour la confirmer? Ne doit -on pas même s’y attendre, alors que la nature ne répand qu’une faible lumière sur la plus intéressante de toutes les vérités?

J’ajoute une dernière considération pour montrer que la nature n’a pas été le seul moyen par quoi Dieu se soit proposé d’instruire les hommes. En examinant l’esprit humain , nous y découvrons un principe qui le dispose singulièrement à tirer profit des miracles et à en recevoir l’action ; un principe qui nous porte à compter sur une pareille intervention. Je veux parler de ce principe de notre nature qui nous rend insensibles et indifférents à ce qui nous est familier, tandis que ce qui est singulier, étrange, surnaturel, excite en nous une attention et un intérêt profonds. Cet étonnement est une part de notre constitution. Que Dieu l’emploie dans l’œuvre de notre éducation, c’est chose à quoi la raison peut s’attendre. Je vois donc dans notre intelligence un fondement pour les miracles ; et lorsque je considère que l’intelligence est le plus noble ouvrage de Dieu, je dois la regarder comme l’interprète de ses desseins. II est clair que nous sommes constitués de telle façon que plus l’ordre de la nature est fixe, et moins il nous excite. Notre intérêt est émoussé par cette constante uniformité; au contraire, de brusques

changements agissent fortement sur l’âme, Ja tirent de son sommeil et de ses habitudes , la tournent avec une nouvelle sollicitude vers le Tout-Puissant médiateur, et la préparent à recevoir avec respect les communications de sa volonté. Etait-il indigne de Dieu, qui nous donna le goût du merveilleux, d’en appeler à ce sentiment pour ramener à lui ses créatures?

Je termine ici mes remarques sur la grande objection du scepticisme, que les miracles sont incompatibles avec les perfections divines; que l’Être suprême, ayant établi un ordre régulier, on ne peut admettre qu’il s’en écarte. Pour moi, ce raisonnement n’est d’aucun poids. Je vois le rapport paternel et moral de Dieu avec l’humanité, et l’intérêt que Dieu prend à nos progrès; je vois combien il est conforme au caractère de Dieu de se faire connaître aux hommes par les moyens les plus propres à éveiller le sentiment de sa bonté dans notre esprit et dans notre cœur; je sens le besoin que nous. avons de lumières plus claires et plus complètes que celles que nous fournit la création sur la vie future; et lorsque je considère la constitution et la condition de l’homme, sa liberté, et la corruption où il était tombé ; lorsque je sens combien peu de profit un être si dépravé eût pu tirer d’un ordre de la nature qui lui était devenu familier, et combien l’esprit est fait pour être excité par une intervention miraculeuse; je dis que lorsque j’examine toutes ces choses, j’y voisun fondement naturel pour une lumière et un secours surnaturels, et je vois dans la révélation miraculeuse du Christianisme une mesure qui répond à la constitution et aux besoins de l’âme humaine, ainsi qu’aux perfections de son Créateur.

Il y a d’autres objections aux miracles, qui pour être

moins avouées n’en ont pas moins d’influence, et qui agissent quelquefois sur l’esprit si secrètement qu’elles ne sont pas aperçues. J’examine rapidement deux de ces objections.

Bien des gens doutent des miracles parce qu’ils n’en voient pas maintenant. Si leur scepticisme parlait , il dirait : « Montrez-nous des miracles et nous y croirons. Ils nous sont suspects parce qu’il n’y en a que dans le passé.» Cette objection est puérile. Elle aboutit à ce principe qu'il n’y a de croyable dans le passé que ce qui se répète aujourd’hui. Admettez cela, où s’arrêtera l’incrédulité? Combien de formes et d’institutions sociales dont nous parle l’histoire et qui ont disparu ! L’histoire ne méritet-elle donc aucun respect? Si l’humanité restait immobile, si un siècle n’était que la copie des siècles précédents, si les besoins étaient toujours les mêmes, alors les miracles nécessaires à une époque se seraient reproduits dans toutes. Mais qui ne sait qu’il y a un progrès dans les choses humaines? qu’ autrefois l’humanité était dans une condition différente de celle que nous traversons aujourd’hui? que, par conséquent, son éducation doit varier? et que des miracles, jadis importants, peuvent être à présent superflus ? Enchaînerons - nous le Créateur à des modes invariables d’éducation pour une race dont les facultés et les besoins subissent un changement perpétuel? Parce qu’à une époque de ténèbres Dieu a introduit une nouvelle' religion au moyen d’œuvres surnaturelles, nous attendrons-nous à voir répéter ces mêmes œuvres lorsque les ténèbres sont dissipées et que le but a été atteint? Qui ne voit que les miracles, d’après leur nature même, doivent être rares, accidentels, limités? La multiplicité n’en affaiblirait -elle pas la

puissance? etl’eftqj n'en serait-il pas entièrement détruit s’ils étaient multipliés au point de sembler une partie de l’ordre naturel?

Cette objection nous montre le vrai caractère du scepticisme. Le scepticisme est une étroitesse d’esprit, qui, du moment présent fait la mesure du passé et de J’avenir. C’est la création des sens. Au milieu d’un univers sans bornes, il ne peut concevoir d’autre mode d’action que celui qui tombe sous l’observation immédiate. Ce qui est visible, ce qui est présent est tout pour l’incrédule. Qu’il élève ses vues; qu’il porte ses regards sur l’immensité de l’univers qui l’entoure; qu’il considère l’infini de ressources que comprend la toute-puissance; qu’il se représente les degrés divers par où l’humanité doit passer; qu’il se rappelle que l’éducation d’un esprit qui grandit toujours doit exiger une grande variété d’enseignement, et, surtout, qu’il admette une pensée sublime dont le germe se trouve dans la nature, c’est que l’homme a été créé pour une existence plus haute : que le sceptique fasse cela, et alors il sentira combien il est puéril de faire de son expérience rétrécie la mesure des choses passées et à venir.

Il est étrange que des savants tombent dans cette erreur. Le progrès de la science leur montre que notre globe, qui semble si peu sujet au changement, n’est pas ce qu’il était il y a quelques milliers d’années. En creusant la terre, on trouve la preuve que ce globe était habité avant l’homme, par des races d’animaux qui ont péri, que l’océan était peuplé par des espèces maintenant inconnues, et que nous occupons un monde établi sur des ruines. Les savants devraient s’affranchir de cet esprit étroit et vulgaire qui, dans le passé, ne voit que le

présent, et ils devraient aussi reconnaître la variété infinie et étonnante des dispensations de Dieu.

Il y a une autre objection qu’on oppose aux miracles, la dernière à examiner en ce moment ; elle est tirée du fait bien connu que les pages de l’histoire ancienne sont remplies de prétendus miracles. Il n’y a pas eu, dit-on, de mensonges plus communs que les récits de prodiges, et , par conséquent , le caractère miraculeux du christianisme est une présomption contre la vérité. Cet argument a de la valeur, et j’avoue que si je ne savais rien du christianisme, sinon que ce fut une religion pleine de miracles; si je ne savais rien de ses doctrines, de ses fins, de ses influences, de toute son histoire, je douterais comme l’incrédule. Il y a une forte présomption contre les miracles, quand on les considère seuls, ou abstraction faite de leur objet et de toutes les circonstances qui les expliquent et les appuient. Il y a une semblable présomption contre les événements qui , sans être miraculeux, ont un caractère extraordinaire. Mais ce n’est là qu’une raison pour examiner de plus près et pour ne croire que des preuves fortes et multipliées, ce n’est pas une raison pour tout rejeter. Je ne blâme pas celui qui doute des miracles quand il en entend parler pour la première fois. L’ignorance et le fanatisme ont inventé des milliers de prodiges absurdes , et l’imposture en a créé bien davantage. Je vous engage donc à étudier avec soin les miracles du Christianisme; et s’ils portent la marque des légendes superstitieuses et des fausses religions, traitez-les sans ménagement. Je demande seulement que vous en écoutiez le récit sans prévention et que vous les examiniez avec calme.

Il est clair que ce n’est pas une raison suffisante pour

rejeter tous les miracles que de dire qu’on en a cru beaucoup qui étaient faux. Si vous remontez aux temps où les histoires miraculeuses étaient acceptées avec le plus de facilité , et si vous lisez les livres qu’on écrivait alors sur l’histoire, la géographie et les sciences, vous les trouverez tous remplis d’erreurs; mais, pour cela, ne contiennent-ils rien qui soit digne de foi? Est-ce qu’il n’y a pas une veine de vérité au milieu de cet amas de faussetés? Et un esprit pénétrant ne peut-il pas souvent détacher la réalité de la fiction, expliquer l’origine de plus d’une méprise , distinguer le narrateur sincère et judicieux du narrateur crédule ou intéressé, et , en comparant les témoignages, découvrir la vérité cachée? Où s’arrêter si l’on commence par ne rien croire des points sur lesquels se sont trompés les siècles qui nous ont précédés? Il faut déclarer que toute religion et toute morale sont une illusion, car on a grossièrement erré sur ces deux sujets. Rien n’est moins digne d’un philosophe que d’établir une censure universelle sur un petit nombre de faits déplorables. C’est ressembler au misanthrope, qui, parce qu’il voit beaucoup de vices, en conclut qu’il n’y a pas de vertu, et qui, parce qu’il a été quelquefois trompé, déclare que tous les hommes sont des hypocrites.

Je soutiens que la multiplicité des faux miracles, loin de réfuter ceux sur lesquels s’appuie le Christianisme, vient, au contraire, les confirmer; car, d’abord, la fausseté a d’ordinaire quelque fondement, surtout lorsqu’elle obtient une croyance générale. L’amour de la vérité est un principe essentiel de la nature humaine; en général, on accepte l’erreur parce que quelque vérité précieuse s’y trouve mêlée, et qu’on ne sait pas l’en séparer. La croyance universelle que les siècles passés accordaient

aux interventions miraculeuses, est pour moi une présomption qu’il y a eu (les miracles. Le sceptique dira-t-il que cela ne montre que la soif insatiable de l'esprit humain pour le surnaturel? Je réponds que ce raisonnement donne une arme contre lui, car un principe qui est aussi fort dans l’àme humaine, et qui pousse les hommes à chercher une intervention miraculeuse et à s’y attacher, est une présomption que notre Créateur, en nous donnant ce goût pour le surnaturel , avait l’intention de l’occuper, et de lui assigner une place dans l’éducation de l’humanité.

Observons ensuite, et c’est une observation qui a une grande importance, que les miracles des anciens temps, miracles qu’on méprise, non-seulement fournissent une présomption en faveur de miracles vrais, mais sont une forte preuve de la vérité de ceux sur lesquels repose le Christianisme. Je réponds au sceptique : Vous dites vrai en déclarant que l’histoire est remplie de faux miracles ; je suis d’accord avec vous pour rejeter ces événements surnaturels dont les anciennes religions se font gloire. Mais comment savons-nous qu’ils sont faux? Ce n’est pas sans preuves. Nous y découvrons des marques de tromperie. Or, je vous prie d’examiner ces marques, et de me répondre franchement si vous les trouvez dans les miracles du Christianisme. N’y a-t-il pas un abime entre les œuvres du Christ et celles que nous repoussons d’un commun accord? Je maintiens que cette différence existe, et que l’ignorance seule peut confondre les miracles chrétiens avec les prodigeâ du paganisme. Le contraste est si fort que nous ne pouvons les rapportera une commune origine.

Les miracles de la superstition portent le cachet du

mensonge, et sont réfutés par les circonstances au milieu desquelles ils furent imposés à la multitude. Les causes qu’on leur donne n’exigent ni ne justifient une intervention divine. Il y en a d’absurdes, de puérils, d’extravagants, qui trahissent une intelligence faible ou une imagination malade. Il y en a qui s’expliquent par des causes naturelles. Il y en a qui sont attestés par des personnes qui vécurent dans d’autres pays et à d’autres époques, et ne purent avoir occasion de rechercher la vérité. Il en est dont nous pouvons voir l’origine dans l’intérêt personnel de ceux qui les inventèrent, et nous pouvons en expliquer l’acceptation par la condition du monde. En d’autres termes, ces faux miracles furent le résultat naturel de l’ignorance, des passions, des préjugés et de la corruption du temps', et ne tendaient qu’à fortifier ces vices. Or, ce n’est pas assez de dire que ces différentes marques de fausseté, on ne peut pas les trouver dans les miracles du Christianisme. Nous y voyons des caractères tout opposés. Ces miracles ont été faits à une époque de lumières ; ils portent la marque d’une majesté, d’une bienfaisance, d’une simplicité et d’une sa- * gesse qui les séparent des rêves d’une imagination déréglée ou des inventions de l’imposture. On ne les explique ni par des intérêts , ni par des passions , ni par des préjugés. Ils forment partie d’une religion qui était en contradiction avec les idées et les espérances de l’époque, qui respire la pureté et la bienveillance, qui était supérieure au siècle, *et, par conséquent, portait avec elle la présomption d’une origine divine. D’où vient cet abîme entre les deux classes de miracles? Les attribuerez-vous toutes deux à une seule source, et à une source impure? Attribuerez-vous à un seul esprit des œuvres aussi diffé-

rentes que la lumière et les ténèbres , le ciel et la terre ? Ma foi n’est donc pas ébranlée par les faux miracles des autres religions. Je ne désire nullement les laisser dans l’ombre; je les prends à témoin. Ils me montrent comment l’imposture et la superstition laissent leur empreinte sur leurs fictions. Ils montrent comment l’homme trahit son impuissance et sa folie quand il aspire à contrefaire l’action de Dieu. Lorsque je mets en regard les œuvres de Jésus et les prodiges du paganisme, je vois qu’on ne peut pas plus les comparer qu’on ne peut comparer les machines et le tonnerre d’un théâtre aux forces terribles et bienfaisantes de l’univers.

Dans ces remarques, j’ai voulu surtout répondre à ces objections générales qui préviennent souvent contre les interventions surnaturelles, et qui empêchent d’examiner les preuves dont on les appuie. J’ai prouvé que ce scepticisme peu solide n’est fondé ni sur la nature ni sur la raison; montrons maintenant comment les miracles attribués à Jésus et aux premiers apôtres ont été faits pour attester la vérité du Christianisme.

Pour les faits il y a deux espèces de preuves : les présomptions et les preuves directes, toutes deux appuient les miracles du Christianisme. D’abord, il y a de fortes présomptions en sa faveur. A ce genre de preuves appartient ce que nous avons dit sur l’accord de la révélation et des miracles avec les besoins et les principes de la nature humaine, avec les perfections de Dieu, avec son amour pour les créatures, et ave? sa providence ordinaire. Je n’ai pas besoin de me répéter. Je ferai seulement remarquer que l’importance de notre religion fournit une grande présomption en faveur des miracles. Si l’on me parlait de faits surnaturels accomplis pour

prouver que trois sont plus qu’un, ou que la nourriture est nécessaire à la vie de l’homme, la présomption contre ces prétendus miracles serait irrésistible. L’auteur de la nature ne peut pas en interrompre l’ordre sage et merveilleux pour enseigner ce qui tombe sous l’intelligence d’un enfant. Une intervention extraordinaire suppose qu’il s’agit de vérités extraordinaires par leur grandeur et par leur utilité. Or, dans le Christianisme, je trouve des vérités d’un ordre transcendant, devant lesquelles pâlissent toutes les découvertes de la science, et qui donnent à notre existence un nouveau caractère, un nouveau but et un nouvel intérêt. Voilà une raison fondée pour une intervention surnaturelle. Il existe une présomption en faveur des miracles sur lesquels s’appuie une religion si digne de Dieu .

Mais une présomption en faveur des faits ne suffit pas. Elle ajoute, il est vrai, beaucoup de force aux preuves directes; mais, néanmoins, ces dernières sont nécessaires, et le Christianisme n’en manque pas. Les preuves directes des faits sont de deux espèces : elles consistent dans le témoignage oral ou écrit, et dpns les effets, les traces et les monuments que ces faits ont laissés derrière eux. Ces deux espèces de preuves appuient les miracles du Christianisme.

Nous avons d’abord le moins contestable de tous les témoignages, celui des contemporains et des témoins oculaires, celui des compagnons de Jésus et des premiers propagateurs de sa religion. Nous avons le témoignage d’hommes qui n’ont pas pu être trompés sur les faits qu’ils rapportent, qui les ont attestés au milieu des dangers et des persécutions ; qui les ont attestés sur le lieu même où avait vécu et où était mort leur maître;

qui n’avaient rien à gagner et qui avaient tout à perdre si leur témoignage était faux ; ces hommes dont les écrits respirent l’amour le plus vrai de la vertu et de l’humanité, ont fini par sceller de leur sang leurs attestations. On ne peut ni produire ni imaginer de témoins plus irrécusables.

Dira-t-on : « 11 y a des siècles que ces témoins ont vécu; si nous pouvions entendre ces récits de leur bouche, nous serions convaincus? » A cela je réponds que vous avez quelque chose de mieux que leur parole, vous avez leurs écrits. 11 est possible que vous soyez surpris d’entendre dire qu’un livre peut être un meilleur témoin que son auteur; il n’y a rien cependant de plus vrai, et je le démontrerai par une supposition de notre temps.

Supposons qu’un homme, qui se prétend témoin oculaire, me raconte les événements des trois mémorables journées de Juillet, pendant lesquelles s’accomplit la dernière révolution française ; supposons ensuite qu’un livre, une histoire de cette révolution, publiée et reconnue comme vraie en France, me fût envoyée de ce pays. Où sera la meilleure preuve des faits? Je dis qu’elle sera dans le livre. Un seul témoin peut en imposer; mais qu’un auteur publie en France l’histoire d’une nouvelle révolution qui n’y a pas eu lieu, ou qu’il s’éloigne essentiellement de la vérité, c’est chose improbable au plus haut point; et il est impossible qu’une pareille histoire ne soit pas à l’instant signalée comme un mensonge. Une histoire qu’un peuple reçoit comme vraie ne nous donne pas seulement le témoignage de l’auteur, il y joint celui de la nation chez qui cette histoire obtient crédit. C’est la concentration de milliers de voix , de milliers de témoins. Je dis donc que les écrits des pre-

miers apôtres ayant été reçus par la masse des chrétiens de leur temps et des temps qui suivirent immédiatement, sont le témoignage de cette foule aussi bien que celui des apôtres. Des milliers d’individus, contemporains des événements, s’unissent pour attester les miracles du Christianisme.

Mais il y a une autre espèce de preuves , quelquefois plus puissante que les témoins directs , et cette espèce appartient au Christianisme. Les faits sont souvent mis hors de doute par les traces qu’ils laissent après eux. C’est le cas pour les miracles du Christ. Expliquons ce genre de preuves. Pendant que je suis absent et éloigné de votre cité, on me raconte qu’à un certain jour, une marée telle qu’on n’en avait jamais vue a monté dans votre port, a inondé vos quais et s’est précipitée dans vos rues; je doute du fait; mais, à mon arrivée, je vois ce qui autrefois fut des rues couvert d’herbes marines et de coquillages, et les maisons écroulées ; je cesse de douter. Un témoin peut tromper, mais les choses ne peuvent mentir. Tous les grands événements laissent des effets, et ces effets parlent directement de leur cause. Quelles sont, demanderai-je, les preuves de la révolution américaine? N’avons-nous que des témoignages oraux ou écrits? Notre constitution, notre état social, l’esprit et le langage de nos lois , tout atteste notre origine anglaise, et la lutte victorieuse par laquelle nous avons conquis notre indépendance. Les miracles du Christianisme ont laissé des effets qui en attestent également l’existence, et qu’on ne saurait expliquer sans eux.

Je remonte à Jésus-Christ, et, aussitôt, j’admire le commencement et la rapidité de la révolution la plus remarquable dont fassent mention les annales du monde.

Je vois une nouvelle religion qui a un caractère tout à elle, qui n’a de ressemblance avec aucune autre, se propager en quelques années chez toutes les nations civilisées, et commencer une nouvelle ère, un nouvel état social , une révolution dans l’esprit humain qui distingue tous les siècles suivants. Voici un fait évident que le sceptique ne saurait contester, de quelque façon qu’il l’explique. Cette religion sort du sein d’un peuple obscur, méprisé, détesté. Son fondateur est mort sur la croix, supplice aussi ignominieux que le sont aujourd’hui le pilori ou la potence. Les prédicateurs de cette religion sont de pauvres gens qui n’ont ni rang, ni fonctions, ni éducation, qu’on a pris à leur bateau ou à d’autres métiers qui n’ont jamais fourni d’instituteurs à l’humanité 1 Ces hommes se mettent à l’œuvre à l’endroit même où le saug de leur maître a été répandu comme celui d’un malfaiteur vulgaire ; et je les entends qui appellent d’abord ses meurtriers, et puis toutes les nations et tous les hommes, le souverain sur son trône, le prêtre dans son temple, les grands et les savants, aussi bien que les pavres et les ignorants, à renoncer à la foi et au culte que la vénération de tous les siècles avait consacrés , et à prendre le joug du Crucifié. La passion et le préjugé, le glaive du magistrat, la malédiction du prêtre, le dédain du philosophe, la furie de la populace, tout s’unit pour écraser l’ennemi commun; et, cependant, sans une seule des armes dont se servent les hommes, et malgré tous les pouvoirs humains, je vois les humbles apôtres de Jésus gagner du terrain, vaincre le préjugé, disperser les rangs de leurs adversaires, changer leurs ennemis en amis, inspirer à la foule l’esprit calme du martyre, et porter jusqu’aux bornes de la civilisation, et même dans les

contrées barbares , une religion qui a contribué plus que tout le reste au progrès de la société ! Voilà reflet. Voilà un monument plus durable que des colonnes ou des arcs de triomphe. Je demande qu’on m’explique ces effets. Si Jésus-Christ et ses apôtres ont été vraiment les envoyés de Dieu, s’ils ont lait des miracles pour attester leur mission, l’établissement du Christianisme est expliqué. Mais supposons qu’ils aient été des fanatiques insensés ou des imposteurs égoïstes, placés seuls en face de toute la force de l’opposition humaine, n’ayant pour eux que leur puissance ou plutôt leur faiblesse, l’effet étonnant que j’ai décrit n’a plus de cause. De pareils hommes n’auraient pas pu renouveler la face du monde, pas plus qu’ils n’auraient pu faire remonter les fleuves vers leur source, changer les montagnes en vallées, ou élever les vallées jusqu’aux cieux. Le Christianisme n’a donc pas seulement pour lui des témoins dont les paroles sont irrécusables, il a encore le témoignage des faits ; preuve qui prendra une force nouvelle si on le compare aux autres religions, telles que le mahométisme, qui, sorties des passions humaines, ont dû leur succès à la force.

IV. Après avoir exposé mes idées sur les miracles du Christianisme, j’aborde le dernier pomt de ce discours. Son étendue et son importance m’engageront à le traiter plus tard dans un autre discours ; mais il manquerait quelque chose à line discussion sur les preuves du Christianisme s’il ne trouvait pas ici sa place. Je veux parler de la preuve du Christianisme tirée du caractère de son fondateur.

Le caractère de Jésus fut unique. Il ouvre une ère nouvelle dans l’histoire morale de l’humanité . Sa vertu ne fut pas celle de son époque, ni une copie de cette

grandeur qui axait longtemps absorbé l’admiration du monde. Jésus n’était point comme les autres hommes. Il n’empruntait rien à personne et ne s’appuyait sur personne. Entouré d’hommes à pensées basses, il s’éleva jusqu’à la conception d’une vertu plus noble que celle qu’on avait jamais imaginée, et cette idée il se consacra tout entier à la répandre ; ce fut l’objet souverain de sa vie et de sa mort. Avec la conscience qu’il était né pour ce grand œuvre, il parlait avec une dignité calme, une élévation vraie, qui le distinguèrent de tous les autres prédicateurs. Sans appui, il ne chancela jamais ; il se suffît à lui -même; il refusa de s’allier à la richesse ou au pouvoir. Cependant, avec cette existence toute tirée de lui- même, et cette énergie inébranlable, son caractère fut le plus doux, le plus indulgent, le plus séduisant qu’aient jamais vu les hommes. Ce n’est pas là une fiction ; qui donc aurait imaginé cette vie, ces actions, ces paroles, ces manières si naturelles et si peu étudiées, si vraies, si dignes du Fils de Dieu?

Ce qui distingue Jésus, c’est une charité infinie et sans mélange ; une charité où la grandeur s’unit de façon admirable à la douceur; une charité aussi sage qu’elle était ardente, qui comprenait les vrais besoins et le vrai bien de l’homme, qui avait de la compassion pour les souffrances qui nous viennent du dehors, mais qui voyait dans l’âme la source profonde de nos malheurs, et travaillait, en régénérant cette àme, à lui créer un bonheur pur et durable. La bonté de Jésus était tellement particulière, tellement unique, que le monde en a gardé l’empreinte. De lui sont sorties une vertu, une . influence bienfaisante qui agissent encore aujourd’hui. Depuis la mort du Christ, un esprit d’humanité, jusqu’à-

lors inconnu, s’est insensiblement répandu sur la terre. Un nouveau type de vertu s’est, par degrés, emparé du respect des hommes. Une nouvelle force a agi sur la société, et elle a plus fait que -tout le reste pour désarmer les passions égoïstes, et pour unir fortement l’homme à Dieu. Quelle preuve de la vertu de Jésus! Si le Christanisme a eu un pareil fondateur, il est venu du ciel.

Il y a d’autres preuves remarquables de la puissance et de l’élévation morale du Christ. Son caractère a touché et lui a concilié plus d’un adversaire de sa religion. L’incrédulité, tout en portant sans merci la main sur le système, en a épargné l’auteur. Souvent même les incrédules ont rendu témoignage aux célestes et douces vertus de Jésus; et je me plais à le rappeler, non-seulement comme une chose qui fait honneur au Christianisme, mais parce que cela prouve que l’incrédulité ne dessèche pas toujours le sentiment moral, et ne respire pas toujours la haine du bien. Ce n’est pas tout. Le caractère du Christ a résisté au plus mortel et au plus irrésistible ennemi de l’erreur, je veux dire au temps. Il n’a rien perdu de son élévation par le progrès des siècles. Depuis son apparition, la société a marché, les idées de l’homme ont grandi, et la philosophie s’est élevée à la conception de vertus plus pures que celles dont se glorifiait l’antiquité. Mais, quelque progrès qu’ait fait l’esprit humain, il faut encore qu’il porte ses regards en haut s’il veut voir et comprendre le Christ. Le Christ est encore audessus de lui. Rien de plus pur, de plus noble, n’éclaire encore la pensée de l’homme. Le Christianisme est donc vrai. Le portrait de Jésus dans les Évangiles, si vivant, si beau, si grand, a demandé l’existence d’un original. Supposer que ce caractère fut inventé par des hommes

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sans principes, au milieu des ténèbres du Judaïsme et du Paganisme, et fut ensuite imposé comme une vérité à l’époque même du fondateur du Christianisme, cela indique un excès de crédulité et une étrange ignorance de la nature humaine. Le caractère de Jésus est vrai ; Jésus a dû être ce qu’il déclarait être, le Fils de Dieu, celui qui révélait à l’humanité la miséricorde et la volonté divines.

J’ai terminé ce que je m’étais proposé dans ce discours. Je vous ai présenté quelques-unes des preuves principales du Christianisme. J’ai cherché à les exposer sans exagération. Qu’un esprit sincère, qui les comprend à fond , puisse en nier la force, cela ne me semble pas possible. On peut certainement concevoir des preuves plus fortes, mais il est douteux que ces preuves s’accordent avec notre nature morale, et avec le gouvernement moral de Dieu. Ce gouvernement exige que la vérité ne soit pas imposée à l’esprit, mais que nous restions libres d’y atteindre par le droit usage de notre intelligence, et en nous conformant à ce que nous avons déjà appris. Dieu pourrait certainement nous jeter une lumière irrésistible, de manière à ce qu’il nous fût impossible de nous égarer; mais, en agissant ainsi, il anéantirait une grande partie de l’épreuve à laquelle nous sommes maintenant soumis. Ce n’est donc pas une objection contre le Christianisme que de dire que ses preuves ne sont pas les plus fortes possibles , et qu’elles ne commandent pas un assentiment universel. Sous ce rapport, il ressemble aux autres vérités, elles ne sont pas imposées à notre croyance. Qui le veut, peut fermer les yeux, lorsqu’on lui en présente les preuves, et leur opposer des objections. Dans la mesure des preuves dont le Christianisme est accompagné, je vois un juste respect pour

la liberté de l’esprit, et un rapport plein de sagesse avec notre nature morale, que cette religion se propose avant tout de perfectionner.

Je finis comme j’ai commencé. Je ne rougis pas de l’Évangile du Christ; car il est vrai. Il est vrai, et sa vérité brillera d’un éclat de plus en plus grand. C'est une chose dont je ne doute pas. Je sais que notre religion a été mise en doute même par des hommes intelligents et vertueux; mais ma foi dans sa divine origine et dans son triomphe final n’en est pas ébranlée. De pareils hommes en ont douté parce qu’ils n’en ont vu que les corruptions. Quand sa simplicité primitive lui sera rendue, ces doutes s’évanouiront. Je ne crains rien de l’incrédulité; surtout de cette forme d’incrédulité, que quelques individus s’efforcent en ce moment de répandre dans notre pays ; je veux parler de cette incrédulité insensée, audacieuse, qui cherche à éteindre la lumière de la nature aussi bien que celle de la révélation, et à nous laisser, non-seulement sans Christ, mais sans Dieu. Je ne redoute pas plus cette incrédulité que je ne craindrais les efforts qu’on ferait pour arracher le soleil de sa sphère, on pour prendre d’assaut les cieux avec l’artillerie de la terre. Nous avons été faits pour la religion; et, à moins que les ennemis de notre foi ne changent notre nature, le fondement de la religion est inébranlable. L’àme humaine a été créée pour voir plus loin que la terre. Elle a besoin d’un Dieu pour son amour et sa foi, d’une immortalité pour son espérance. Elle a besoin de consolations que la philosophie ne donne pas dans la tentation, dans la douleur et dans la mort; elle a besoin d’une force que la sagesse humaine ne peut fournir. Sachant, comme je le sais, que

le Christianisme répond à ces profonds besoins de l’humanité, je suis sans crainte sur son triomphe. Les hommes ne peuvent vivre longtemps sans religion. En France l’esprit sceptique de la génération passée excite de plus en plus un sentiment de répugnance. Dans ce pays un philosophe rougirait aujourd’hui de citer Voltaire comme une autorité en matière de religion. Déjà l’athéisme se tait là où jadis il semblait régner en maître. Les plus grands esprits, en France, s’efforcent de revenir à la lumière de la vérité. Il en est, il est vrai, beaucoup qu’on ne peut pas encore appeler des chrétiens ; mais la route qu’ils suivent, comme celle des sages qui vinrent jadis de l’Orient guidés par l’étoile, les conduit au Christ. Je ne rougis pas de l’Évangile du Christ. II a une vie immortelle et se fortifiera par la violence même de ses ennemis. 11 Tépond à tous les besoins de l’humanité. Les plus grands esprits y ont trouvé la lumière; les âmes les plus affligées, les plus brisées, y ont trouvé un baume salutaire pour leurs douleurs. Il a inspiré les plus sublimes vertus et les plus nobles espérances. Les corruptions d’une pareille religion , je les déplore, et je rougirais de m’en faire le défenseur; mais de l’Évangile lui-méme je ne rougirai jamais.

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