‹ Traités religieuxChapitre 13 sur 21 · POUR L’INSTALLATION DU RÉV. M. J. MOTTE · texte numérisé non relu

POUR L’INSTALLATION DU RÉV. M. J. MOTTE

Boston. 1828.

II Tibotbée, 1-7 : Car Dicn ne nous a pas donné un esprit de timidité, mais de force, de charité et de prudence.

Pourquoi le Christianisme a-t-il été donné ? Pourquoi le Christ l’a- 1- il scellé de son sang? Pourquoi doit -on le prêcher? Quel est le grand bonheur qu’il procure? Quelle est la bénédiction qui en fait le prix ? Quelle en est la plus grande gloire, le premier titre à la reconnaissance du genre humain? Ce sont là de grandes questions. Je désire y répondre clairement, suivant les lumières et le talent que Dieu m’a départis. A toutes ces questions je trouve une réponse dans le texte ci-dessus. Là, j’apprends le grand bien que Dieu nous accorde par l’intermédiaire de Jésus- Christ. « Il nous a donné, non pas un esprit de timidité, mais un esprit de force, de charité et de prudence. # La gloire du Christianisme c’est l’activité pure et élevée qu’il communique à l’àme ; il n’inspire pas un esprit timide et abject. S’il en était

autrement le Christianisme ne mériterait nulle louange. Mais à la volonté il donne la puissance, l’énergie, et la constance; au cœur qu’il agrandit, il donne l’amour, le désintéressement; au jugement il donne la solidité, la clarté et la vigueur. Il délivre celui qui le reçoit de l’empire du péché et des passions, il lui donné l’usage libre et complet de ses meilleures facultés; il lui montre en pleine lumière l’image divine d’après laquelle il a été créé ; et, c’est ainsi que non-seulement il promet le ciel , mais encore qu’il en fait goûter les premières délices. Telle est l'excellence du Christianisme. ' ’’’” M Voilà le sujet que je me propose de traiter, Permettezmoi une remarque dont je m’abstiendrais volontiers, mais qu’exigent les circonstances où je mè trouve. N’oubliez point que c’est éh mou nom seul que je parle. Ce ne sont pas les opinions d’une secte que je vous donne, ce sont les miennes; je suis seul responsable de mes paroles. Que personne ne m’écoute afin d’apprendre la pensée d’autrui. J’appartiens, il est vrai, à cette société de chrétiens dont le caractère distinctif est de croire qu’il y a un Dieu, c’est-à-dire le Père, et que Jésus- Christ n’est pas ce seul Dieu, mais son fils, dépendant et soumis. Mais ma conformité d’idées avec ces chrétiens est loin d’être absolue, et je n’éprouve aucun désir de l’étendre. J^a croyance des autres a pour moi peu d’importance ; j’écoute avec plaisir leurs raisons ; je reste libre d’accepter ou dé repousser leurs conclusions : je n’ai nulle envie de porter la livrée d’un parti. Je prends avec joie le nom d’Unitaire, parce qu’on ne se lasse pas de soulever contre lui le cri populaire, et je n’ai pas appris le Christ pour reculer devant le blâme qu’on jette

à ce que je crois sa vérité. Si ce nom d’Unitaire était

plus honoré, j’y renoncerais sans peine, car je crains les fers qu’imposent les partis. J’aime à me regarder comme appartenant, non point à une secte, mais à la communauté des âmes libres, des amis de la vérité, des disciples du Christ , tant sur la terre que dans le ciel. Je désire échapper aux murailles étroites d’une église particulière, et vivre à ciel ouvert , au grand jour, portant de tous côtés mes regards, voyant avec mes yeux, entendant avec mes oreilles, et suivant la vérité humblement, mais avec résolution, quelque difficile ou solitaire que soit la route où elle conduit. Je ne suis donc pas l’organe d’une secte ; je parle pour moi seul , et je remercie Dieu de vivre dans un temps et dans une condition qui me font un devoir de dire toute ma pensée avec liberté et sincérité.

J ’ai demandé quelle était la fin principale et la gloire du Christianisme? Et j’ai répondu que cette fin est de donner, non point un esprit de crainte, mais un esprit de force, de charité et de prudence. Voilà sa gloire. En d’autres termes, c’est l'influence qu’il exerce sur l’àme humaine qui en fait la grandeur et la beauté. J^e Christ est un grand Sauveur, car il rachète et affranchit l’àme en la purifiant du mal, en lui inspirant l’amour de la vertu, en éveillant nos facultés et nos affections les plus nobles, en nous douant de force morale, en nous rendant la paix, la santé et la liberté. Tel fut le but que Jésus se proposa. Faire comprendre ces vues du Christ est l’objet de ce discours.

En lisant le Nouveau Testament je vois partout le but que j’attribue à Jésus-Christ. Il est venu, comme on me l’enseigne, pour être non pas un libérateur extérieur, mais un libérateur intérieur ; non pas pour élever uu

trône mondain , mais pour établir en nous son royaume. Il est venu , suivant le langage formel et le sens évident des auteurs sacrés , pour nous sauver du péché, pour nous rendre heureux en nous détournant de l’iniquité, pour nous délivrer de la corruption que la tradition avait transmise, pour former une Église glorieuse et sans tache, pour nous créer de nouveau à l’image de Dieu , pour nous faire participer à la nature divine, par ses promesses, et pour nous donner le pardon et le ciel en nous appelant au repentir et à la vertu. En lisant le Nouveau Testament, je vois à chaque page que le Christ vécut, enseigna, mourut et ressuscita pour purifier et élever l’âme humaine ; pour nous faire triompher du péché, de nous-mêmes, de la tentation et du mal, pour nous unir à Dieu par l’amour filial, et, surtout, par un rapport de nature, par la participation à l’esprit divin. Voilà ce qui est consigné dans le Nouveau Testament comme étant la fin suprême que le Christ se proposa.

Peut-on, je le demande, peut-on attribuer un but plus noble à Jésus? J’aflirme qu’il ne peut y avoir au monde d’œuvre plus grande que de purifier l’âme du péché, et d’y allumer une lumière nouvelle, la vie, l’énergie, l’amour. La vraie mesure de gloire pour une religion, c’est l’esprit, c’est la force qu’elle communique .à ses disciples. La raison nous le dit clairement. Pour une créature intelligente, le bien suprême, celui auprès duquel tous les autres ne sont rien , c’est l’amélioration de son âme. L’homme est considérable et heureux, non pas par ce qu’il a , mais par ce qu’il est. Il ne peut lui arriver rien de meilleur ni de plus noble que de développer son âme. Ce qu’il y a de plus grand dans l’univers c’est l’esprit; car Dieu est esprit; et le développement du principe qui nous

rend semblables à Dieu doit être notre bien suprême. Nous avons raison de croire que le Créateur tout-puissant ne peut rien accorder de plus grand que l’intelligence, l’amour, la justice, l’énergie de volonté, la bienfaisance, car ce sont là les splendeurs de la nature divine. C’est pour elles que nous l’adorons. En nous les donnant, Dieu se donne lui -môme.

Nous ne sommes que trop enclins à chercher le bien au dehors. Mais le seul vrai bien est en nous. Dans cet univers, tout magnifique qu’il soit, dans le jour brillant et la nuit étoilée, sur la terre et dans les cieux, nous ne découvrons rien d’aussi vaste que la pensée, d’aussi fort que le devoir, d’aussi sublime que le désintéressement et l’abnégation. Un cœur qui. plutôt que de s’écarter de la justice, résiste à toutes les forces de l’univers, à toutes les peines que le fer, le feu et la tempête peuvent infliger, est plus noble que l’univers. Pourquoi ne pas reconnaître la gloire de l’ûme? Nous cherchons un bien étranger, quand nous avons en nous ce qui vaut plus que le monde extérieur. Car ce monde est le produit de l’esprit. Toute son harmonie, toute sa beauté, tous ses bienfaits sont le fruit et l’expression de la pensée et de l’amour. Posséder ces facultés qui ont créé l’univers, et auxquelles il doit sa splendeur, n’est -ce donc pas chose plus noble, plus heureuse que de posséder l’univers luimême? Ce n’est pas ce que nous avons, mais ce que nous sommes qui fait notre gloire et notre félicité. Les seules richesses vraies et durables appartiennent à l’esprit. Une âme étroite et avilie peut étendre ses possessions jusqu’au bout de la terre, et, néanmoins, elle est pauvre et misérable. C’est par la santé intérieure que nous jouissons des choses extérieures. Les philosophes

nous enseignent que l'esprit crée la beauté qu’il admire dans la nature, et nous savons tous que lorsque l’âme s’abandonne aux mauvaises passions, elle peut ternir cette beauté, et répandre les ténèbres d’un cachot sur les objets les plus éclatants. Nous savons tous que le vice empoisonne le bonheur social, et du sort le plus heureux fait une malédiction.

Ceçi nous apprend que l’ami et le sauveur véritable n’est pas celui qui agit pour nous au dehors, mais celui qui agit intérieurement, qui affranchit l’âme, ouvre les source^ de la pensée et de l’amour, nous unit à Dieu, et, en nous rendant semblables au Créateur, nous met en harmonie avec la création. Le but que nous avons attribué au Christ est donc le plus glorieux et le plus noble qu’aucune puissance puisse atteindre sur la terre comme au ciel.

Que la fini la plus haute du Christianisme soit celle que nous venons de dire, c’est ce qu’il serait aisé de démontrer par un examen des doctrines et des préceptes de l’Évangile. On verrait que toutes les fonctions dont Jésus-Christ est investi ont été destinées à lui donner action sur le caractère de l’homme, et que ce qui Ve distingue surtout, c’est la grandeur et la générosité de son influence sur l’âme Mais une discussion de cette étendue ne saurait trouver place dans un seul discours. Au lieu d’une revue générale du sujet, je me bornerai à un trait principal et important, et je tâcherai de montrer que la grande fin que Jésus s’est proposée, c’est d’exciter l’âme à vivre d’une vie plus élevée, à exercer plus noblement ses facultés et ses affections.

Le trait dominant du Christianisme c’est la connaissance qu’il nous donne du caractère de Dieu. Jésus-

Christ est venu pour révéler le Père. Dans les prophéties de l’Ancien Testament, ce qui le désigne le plus souvent , c’est qu’il répandra la connaissance de Dieu . Maintenant, je le demande, en quoi consiste l’importance d’une pareille révélation? Pourquoi le Créateur a-t-il envoyé son fils pour se faire connaître? C’est que Dieu mérite d’être connu avant tout, parce qu’il est l’objet le plus capable de vivifier, de purifier et d’élever l’âme. Son dessein, en se révélant lui -même aux hommes , c’est d’ennoblir et de perfectionner la nature humaine. Dieu, tel qu’il est manifesté par le Christ, c’est, sous un autre nom, l’excellence morale et intellectuelle; et c’est dans la connaissance de Dieu que notre intelli gence et notre cœur, trouvent leur élément, leur nourriture, leur force, leur expansion et leur bonheur. Connaître Dieu, c’est atteindre à la plus sublime de toutes les conceptions. Aimer Dieu, c’est nous attacher à Celui qui peut seul pénétrer et émouvoir notre cœur tout entier ; l’aimer, c’est nous élever; l’aimer, c’est aimer ce qui est grand, ce qui est bon, ce qui est beau, ce qui est infini. Sous cette influence, l’âme se développe comme la plante aux doux rayons du soleil. Voilà ce qui fait la gloire de la religion ; voilà ce qui ennoblit l’âme. C’est en cela que consiste l’excellence de sa dignité et de ses bienfaits.

le crains que dans le monde on ne croie que la religion soit une chose bien différente de ce que je viens d’exposer. Trop de gens la considèrent comme un devoir qui abaisse plutôt qu’il n’élève, qui humilie plutôt qu’il n’ennoblit ; comme une loi qui nous enseigne à plier devant un être tout-puissant; et j’avoue que la religion , comme on l’a généralement enseignée, est peu faite pour élever l’àme. On s’en est servi pour faire peur

à l’enfant et pour épouvanter l’adulte. On a appris aux hommes à glorifier Dieu en le flattant , plutôt qu’en devenant eux-mêmes excellents , et en honorant ainsi leur Créateur. On nous a enseigné notre dépendance de manière à éteindre le sentiment de notre liberté et de notre force morale. La religion, sous une forme ou une autre, a toujours été un engin pour écraser l’âme humaine. Mais telle n’est pas la religion du Christ. Si elle était cela, elle ne mériterait point de respect. Nous ne sommes pas , nous ne pouvons pas être tenus de nous prosterner devant une divinité qui nous avilit et qui nous abaisse. L’élément moral que nous avons en nous, et qui nous appelle à veiller sur nos âmes et à les perfectionner, est une inspiration que nulle prédication ne peut remplacer ni détruire. Non, il m’est impossible de parler du Christianisme comme si Dieu se plaisait à rabaisser et à dégrader l’âme humaine. Le Christ nous a révélé Dieu comme le Père, et comme un père dans la plus noble acception du mot. Il nous l’a révélé comme le créateur et l’ami de toutes les âmes, comme celui qui désire les racheter toutes du péché, et graver dans toutes son image ; comme celui qui offre à toutes le plus précieux de tous les dons, son saint Esprit; comme celui qui a envoyé son Fils bien -aimé pour nous préparer à l’héritage incorruptible et éternel qui nous attend dans les deux. Tel est le Dieu de Jésus- Christ; il ne brise pas l’esprit, il inspire la confiance, le courage, la constance, la magnanimité, en un mot tous les sentiments qui forment une âme élevée.

Que la connaissance de Dieu, telle que le Christ nous la donne, soit noble et importante , parce qu’elle vivifie et élève l’âme, voilà ce qu’il faut expliquer clairement et

fortement. La plupart des chrétiens ne comprennent pas ce qui les oblige à être religieux. Demandez-leur pourquoi ils doivent connaître et adorer Dieu? Je crains la réponse. C’est, dira-t-on, que Dieu peut faire de nous ce qu’il veut, et que, par conséquent, notre premier intérêt est de nous assurer sa faveur. La religion est un calcul d’intérêt, un moyen de salut. On adore trop souvent Dieu comme on prodigue aux grands la flatterie ; l’adorateur s’inquiète peu de sa servilité, pourvu qu’il se rende favorable le pouvqir auquel il ne peut résister. C’est avec douleur que je vois cette perversion du plus noble principe de F âme. Mes amis, on ne doit pas adorer Dieu parce qu’il peut beaucoup donner, car, d’après ce principe, un despote qui serait magnifique pour ses esclaves mériterait qu’on lui rendit hommage. Dieu ne doit pas être adoré à cause de sa seule puissance, car on doit résister à la puissance quand elle est unie à l’égoïsme et au crime, et, plus est grand le pouvoir de la méchanceté, plus est saint et grand celui qui refuse de s’incliner devant elle. La vraie reügion est le culte d’un être parfait, qui donne la perfection à ceux qui l’adorent. Voilà le fondement de la religion, et il n’y en a pas d'autre.

Pourquoi, chers auditeurs, Dieu a-t-il montré tant de souci , si je puis me servir de ce mot, pour se faire connaître de nous et pour obtenir notre culte? Croyez- vous que s’il demande qu’on l’adore, ce soit par amour des hommages et des cérémonies? Est-ce que Dieu a notre ambition, notre soif d’applaudissements, le même désir que nous d’entendre son nom répété par la foule? Est-ce que les acclamations de l’univers réunies en un seul cri de louange donneraient à notre Créateur un sentiment

nouveau ou plus vif de sa majesté et de sa bonté? Oh! non! Dieu s’est révélé à nous parce que c’est dans la connaissance et l’adoration de ses perfections que se trouve notre perfection intellectuelle et morale. Ce qu’il désire, ce n’est pas notre servitude, mais notre excellence. Dieu n’a point soif de louanges; il veut que nous honorions la vertu chez les autres aussi bien qu’en luimême, et s’il exige un honneur suprême, c’est parce qu’il surpasse tous les êtres, et qu’à l’esprit qui le reçoit il communique une lumière, unq force, une pureté que lui «eul peut donner. Dieu n’a pas la passion de l’empire. Quand des millions d’adorateurs useraient de leurs genoux les marches de son trône, il n’en éprouverait aucun plaisir. C’est pour faire de nous ses enfants, dans la plus haute acception du mot , c’est pour nous rapprocher de sa propre nature, et non pas pour multiplier des esclaves, qu’il a envoyé son Fils aûn de se faire connaître. Il est dit, il est vrai, que Dieu cherche sa propre gloire; mais la gloire d’un créateur consiste dans la gloire de ses œuvres. Soyons sûrs que Dieu ne désire d’autre témoignage que la perfection de son œuvre la plus noble et la plus élevée : l’âme immortelle.

N’oubliez pas, mes amis, pourquoi le Christ nous ordonne d’adorer Dieu. Ce n’est pas pour nous mettre dans les bonnes grâces d’un maître tout-puissant , dont le regard donne la mort. C’est pour nous mettre en communion avec une intelligence et une vertu qui surpassent infiniment la nôtre ; c’est pour nous élever au-dessus des créatures imparfaites et finies ; c'est pour nous attacher avec amour et respect à l'Être le meilleur qu’il y ait dans l’univers; c’est pour que. notre respect et notre amour fassent descendre en notre âme la perfection, le désinté-

ressèment, la sagesse, la pureté et la puissance que nous adorons. Recevoir ces divins attributs, c’est la fin la plus glorieuse pour laquelle Dieu se révèle. Le louer ne suffit pas. L’hommage qui ne nous rapproche pas de lui n’a point de prix. L’admiration la plus vraie est celle qui nous fait recevoir l’esprit que nous admirons. La véritable ' louange, c’est Famour de ce qui est excellent , amour qui se fortifie en s’exprimant. Voilà la louange que Dieu demande. La révélation de Dieu par le Christ n’a donc atteint son but que lorsque, pénétrés de la doctrine d’un Dieu paternel , nous sommes encouragés à « le suivre comme des enfants qui lui sont chers , » que nous sommes « remplis de sa plénitude, # que nous devenons « ses temples , » et que « nous habitons en Dieu et qu’il habite en nous. #

J’ai tâché de montrer le dessein de la révélation par rapport à Dieu, et ce qui en fait l'importance et la gloire.

Si j’en avais le temps, je montrerais que toutes les doctrines de notre religion vont au même but. Je montrerais surtout combien le caractère, l’exemple, la vie, la mort, et la résurrection du Christ, sont faits pour purifier l’âme, pour l’exciter, l’élever, et en faire l'image de la Divinité; et je prouverais que ce sont là les influences que la vraie foi trouve èn Jésus-Christ , et par lesquelles il opère notre salut. Mais je ne puis traiter ce vaste sujet.

Qu’il me soit au moins permis de dire que, dans le Christianisme, je vois partout le dessein d’affranchir et d’élever l’àme. Je n’y vois rien d’étroit ni d’humiliant, rien de la petitesse des moyens que la crainte, la ruse et l’ambition des hommes ont inventés. Point de lois minutieuses, point de détail rigoureux, point d’injonctions arbitraires, point de joug cérémoniel, point de

religion extérieure. Tout y respire la liberté et la grandeur. Point de symbole formel et rigide qui enchaîne l’intelligence, point de répétition mécanique et passive des mêmes mots et des mêmes idées pendant tous les siècles; mais de grandes vérités, des vérités universelles, qui sont données à l’âme pour qu'elle les développe et qu’elle en fasse l’application, qui lui sont données comme la graine au semeur, afin que la pensée, l’amour, l’obéissance les cultivent et en tirent des fruits de sagesse et de vertu de plus en plus beaux. Partout le Christianisme enseigne un large esprit de piété et de charité, laissant chacun de nous libre de manifester cet esprit suivant les avis de sa conscience. Partout il appelle l’âme à la liberté et à la puissance, en la mettant en garde contre les sens, les passions, les appétits qui l’enchaînent, l’affaiblissent et la détruisent. Partout il veut que l’âme domine le monde extérieur, partout il veut la mettre au-dessus des événements , de la souffrance, de la chair, de la persécution , de la mort. Partout il veut que l’âme soit maîtresse d’elle-même, partout il veut l’investir d’une souveraineté intérieure, et exciter en nous un puissant effort pour notre propre élévation.

Je ne vois dans le Christianisme rien qu’un principe immense, infini, fait pour donner à l’âme de l’énergie et de l’expansion. La doctrine d’un Père universel renverse toutes ces barrières de secte, de parti, de rang et de nation, où les hommes ont emprisonné leur amour. Cette doctrine nous fait membre d’une famille infinie, et établit des sympathies entre l’homme et la création intelligente tout entière. Le personnage du Christ nous présente la perfection morale, le miracle le plus grand et le plus fécond de l'histoire, une pureté sans tache, une excellence

infinie, qui ne porte le cachet d’aucune époque ni d’aucune nation, l’image même du Père universel. En nous assurant l’assistance miséricordieuse de Dieu , le Christianisme nous propose cette grande et pure vertu comme le modèle et le bonheur de notre âme. La croix du Christ nous prêche le sacrifice avec une énergie jusque là inconnue, et , en crucifiant l’égoïsme, la religion affranchit l’âme de sa plus triste chaîne. La résurrection du Christ rattache à l’éternité cette vie passagère. Dans le présent qui fuit, le Christ nous montre le germe d’un avenir éternel , l’âme humaine montant vers d’autres mondes , respirant un air plus libre, contractant de plus nobles liens, et il nous appelle à la sainte résolution qui convient à une pareille destinée. Partout et toujours le Christ nous montre Dieu comme une grâce infiniment généreuse et féconde, comme une clémence « que le mal ne peut surmonter, mais qui surmonte le mal à force de bien; » et qui de nous pourrait concevoir une vérité mieux faite pour animer et ennoblir? Je n’ai fait que jeter un coup d’œil sur ce que le Christianisme contient ; mais qui ne voit qu’il a été envoyé du ciel pour réveiller et élever l’âme humaine, et que c’est là sa plus grande gloire ?

Je me suis proposé dans ce discours d’exposer une grande vérité : la vérité centrale du Christianisme, celle qui comprend toutes les autres. Quiconque l’adopte avec intelligence et sincérité a une règle pour juger toutes les autres doctrines, et mesurer l’importance de toutes les autres vérités. Est-ce ainsi qu’on la comprend? Je crains que non; je crains que ceux mêmes qui la reconnaissent ne l’entrevoient qu’obscurément. Je vois que dans toutes les communions chrétiennes ce sont d’autres idées qui prévalent, et ces idées me semblent au nombre des pires

erreurs de notre époque; j’en signalerai quelques-unes.

I. IL est des chrétiens qui, au lieu de placer la gloire du Christianisme dans l’énergie puissante et pure qu’il donne à l’âme, semblent croire que la religion est faite pour substituer à notre action une activité étrangère. Le bienfait de la religion serait ainsi de nous donner le secours d'un être puissant qui ferait tout pour nous. Déprécier l’effort humain semble l’essence de la piété. On croit que la gloire du Christ consiste, non point à encourager des êtres libres pour qu’ils agissent sur euxmêmes, mais à les changer par un coup irrésistible. Ce n’est pas dans les facultés et les affections développées dans notre propre cœur qu’ils placent le bonheur du chrétien , c’est dans une main étrangère qui s’étend sur nous, dans une sagesse étrangère qui remplace notre inintelligence. Cependant la fin du Christianisme n’est pas de procurer à l’àme un ami sur qui elle se repose, mais de rendre l’âme elle-même sage, forte et active. Son but n’est pas qu’une sagesse et qu’une force étrangères fassent tout pour nous, mais que la sagesse et l'énergie se développent continuellement dans notre âme. Suivant le Christianisme nous ne sommes pas un poids inerte emporté par une force étrangère; c’est Dieu qui, par des moyens appropriés à notre nature morale, nous engage à marcher seuls et nous fortifie. La grande fin du Christianisme est d’édifier dans nos âmes une puissance capable de résister, de souffrir et de triompher. La force intérieure, voilà à quoi il tend : Que nous fassions le plus possible pour nous-mêmes et le plus possible pour les autres, c’est là sa gloire, et c’est le bonheur qu’il procure.

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