L'IMMORTALITE DE L’AME
• Notre Sauveur Jésus-Christ , qui a aboli la mort et qui a mis en lumière la vie et l’immortalité par l’évangile. (3 F.p. de Paul a Tihothée I, (6. »
« Honorez tous les hommes.» (I Pibare 11, t7.)
L’immortalité est la glorieuse découverte du Christianisme. Je dis découverte, non pas qu’une vie à venir fût absolument inconnue avant le Christ, mais parce qu’elle a été révélée par lui de façon à devenir une doctrine nouvelle. Avant le Christ , l’immortalité était une conjecture ou une vague espérance. Jésus, par son enseignement et sa résurrection, en a fait une certitude. D’ailleurs, avant le Christ la vie future aidait peu à la vertu. L’imagination et les passions s’en emparaient et la pervertissaient de façon à servir le vice. Dans le Christianisme, cette doctrine est toute morale; et l’avenir n’est révélé que pour donner des raisons, du courage et de la force à qui se combat lui -même et veut mener une sainte vie.
Mon objet, dans ce discours, est de confirmer votre conviction de l’immortalité, en démontrant que cette grande vérité nous est aussi enseignée par la nature;
que la raison, bien qu’impuissante à l’établir, s’accorde cependant avec elle et l’adopte; qu’enfîn elle est également écrite dans la Bible et dans notre âme. Il est raisonnable de penser que si l’homme a été fait pour l’immortalité, on trouvera dans sa constitution même, des marques de cette destinée, et que ces marques se dessineront davantage à mesure que nos facultés se développeront. Je veux montrer que cette attente est juste, et que notre nature confirme l’enseignement de la révélation.
Ce point est d’autant plus important, que, dans la nature, il y a des choses qui semblent inconciliables avec l’immortalité. Le dépérissement constant de tous les ouvrages de la création, la dissolution de toutes les formes animales et végétales donnent à penser que la destruction est la loi universelle à laquelle nous sommes soumis ainsi que tous les êtres.
Les sceptiques ont souvent dit que les races sont seules perpétuelles , que tous les individus qui les composent sont destinés à périr. Mais plus nous connaissons l’âme, plus nous voyons de raisons pour la distinguer des animaux et des végétaux qui croissent et périssent autour de nous. Sa nature même, l’exempte de la loi de destruction. J’appelle votre attention sur ce point.
Quand on regarde sur la terre, on voit, il est vrai, que tout change, tout décroît, tout passe, et nous sommes si enclins à raisonner d’après l’analogie ou la ressemblance, qu’il n’est pas étonnant que la dissolution de tous les corps organisés ne semble nous annoncer notre propre destruction. C’est oublier les distinctions qui existent entre la matière et l’esprit, et ces distinctions sont si grandes qu’elles justifient une conclusion
toute contraire. J’indiquerai quelques-unes de ces distinctions.
I . Quand on considère les corps organisés , on voit qu’il ne leur faut qu’un temps limité, et souvent trèscourt, pour arriver à leur perfection, et remplir leur destinée. Prenons, par exemple, l’arbre, cette noble production. Lorsqu’il a atteint une certaine hauteur, qu’il s’est couvert de feuilles, de fleurs et de fruits, il n’a plus rien à faire. Sa puissance est complètement développée; il n’a pas de forces cachées dont ses bourgeons et ses fruits ne soient que le commencement et la promesse. Sa destinée est achevée, le principe de vie qu’il contient ne peut rien faire davantage, n n’en est pas de même de l'esprit. î^ousne pouvons jamais dire de lui comme, de l’arbre en automne : Il a rempli la fin qui lui était assignée , il a accompli sa tâche ; sa force est usée. La nature, les facultés, les désirs, les desseins de l’àme sont indéfinis. Quand une grande intelligence s’est élevée à une pensée originale ou à une vaste découverte, nous ne sentons pas qu’elle soit épuisée, qu’elle ait atteint sa limite, et qu’elle ne puisse plus produire d’autres et de plus nobles fruits. Au contraire, l’idée que nous avons de sa puissance grandit; nous sentons mieux son affinité avec l’inépuisable intelligence de celui qui l’a créée. A chaque pas en avant nous voyons une nouvelle force gagnée, et l’espoir d’une conquête encore plus no^e. Qu’une ûmc vertueuse et résolue fasse quelque grand sacrifice à la vérité et au devoir, qu’elle prouve ainsi son attachement à Dieu et aux hommes, nous ne sentons pas que toute l’énergie de la vertu soit dépensée, que la mesure de l’excellence soit comble, que les fruits les plus mûrs aient été produits, et que,
dorénavant, l’àme ne puisse plus que se répéter. Nous sentons au contraire que la vertu, par d'illustres efforts, se fortifie au lieu de s’épuiser; qu’en persévérant dans le bien, l’àme, au lieu de tomber dans une habitude mécanique, devient capable de concevoir des devoirs plus élevés, se trouve armée d’une plus noble audace, d’une charité plus puissante. En avançant, l’âme ne trouve pas devant elle les murs infranchissables d’une prison , elle vpit que ses facultés sont sans bornes, comme la route pour laquelle elle a été créée.
Un autre point de vue nous montrera mieux le contraste de l’esprit et de la matière. On dit que l’arbre a atteint sa fin la plus élevée quand il a produit son fruit. On juge de sa perfection d'après un produit fixe, positif, déterminé. Mais à mesure qu’elle s'améliore, l’âme sent que la perfection ne consiste pas pour elle dans des effets fixes , dans des conquêtes exactes et limitées, c’est une énergie créatrice, que rien ne peut borner, qui produit sans cesse, qui transporte la pensée dans de nouveaux mondes, et pousse à de nouveaux efforts pour la religion et l’humanité. Cette vérité est si claire que le plus ignorant la peut discerner. Vous sentez tous que l’esprit le plus parfait n’est pas celui qui suit un chemin tracé , qui pense et agit suivant des règles prescrites, c’est celui qui a une source d’action en lui-mème, qui combine les connaissances qu’il a reçues d’autrui, qui en approfondit les rapports nombreux et cachés, et qui exprime ce qu’il apprend sous des formes neuves et meilleures. La perfection de l’arbre consiste dans un produit déterminé, celle de l’âme consiste dans une énergie sans bornes. La première implique l’idée de limites. Fixer des limites à l’fesprit, ce
serait détruire l’énergie même qui en fait la perfection . * Voilà donc une différence entre la matière et l’esprit.
De la destruction de la matière qui achève sa destinée dans un temps limité, on ne peut pas inférer la destruction de l’esprit, qui possède la capacité d’un développement sans fin.
II. Voici un nouveau contraste. A la différence de l’esprit, la matière a des bornes naturelles. L’arbre accomplit sa fin en s’élevant et en s’étendant dans un court espace. La nature demande qu’il n’aille pas plus loin. S’il poussait toujours, il ferait un mal infini. Une seule plante qui croîtrait toujours finirait par couvrir le monde, exclurait toute autre production, et épuiserait la fertilité de la terre. Il faut donc que toutes les choses matérielles aient d’étroites limites, et leur utilité exige qu’elles soient souvent arrêtées dans leur vie et leur développement avant même qu’elles aient atteint les bornes que la nature leur a fixées. Mais l’expansion illimitée de l’esprit, au lieu de contrarier la création, s'harmonise avec elle et la perfectionne. Un seul arbre, s’il poussait toujours, détruirait les autres végétaux. Lu seul esprit qui grandit anime et, jusqu’à un certain point, crée d’autres esprits. Il multiplie, au lieu de l’épuiser, la nourriture dont les autres intelligences ont besoin. Plus un homme a de vie morale et intellectuelle, plus il répand de vie et de puissance autour de lui. C’est une source de pensée et d’amour qui s’élargit sans cesse. Ajoutez que l’esprit, par son développement illimité, ne produit pas seulement une somme de bien plus considérable dont tous les êtres profitent, mais qu’il produit continuellement de nouvelles espèces de bien. C’est encore une différence importante. Si l’arbre s’étendait indéfiniment ,
il fournirait plus de fruits, mais ces fruits seraient toujours de la même espèce; et, en étouffant toute autre végétation, il détruirait cette variété de productions qui servent à notre santé et à nos jouissances. Mais l’esprit, dans son progrès, produit sans cesse de nouveaux fruits, de nouvelles formes de pensée, de vertu, de sainteté. Il contient toujours en lui-même des germes d'influences plus élevées que celles qu’il a jamais montrées, les germes de fruits qu’il n’a pas encore portés. C’est ainsi que la raison même ou le bien général, qui exige la limitation des choses matérielles, semble exiger le développement illimité de l’esprit.
III. Une autre distinction entre la matière et l’esprit, c’est que, pour la matière, la destruction n’est pas un dommage. Les choses matérielles existent pour autrui et nullement pour elles -mêmes; les autres seuls peuvent en regretter la perte. L’homme, au contraire, a un intérêt dans sa propre existence. En ce point il diffère de l’animal autant que du végétal. Pour l’animal, le passé et l’avenir n’existent pas. Le présent est tout. Mais, pour l’âme, le présent n’est rien. Nos grandes sources de bonheur sont la mémoire et l’espérance. L’âme a pouvoir sur le passé, pouvoir de’ se le rappeler, pouvoir d’en mettre à profit les expériences, les erreurs et les souffrances, aussi bien que les succès. L’âme a pouvoir sur l’avenir, pouvoir de pressentir, pouvoir de faire agir le présent sur cet avenir, et de jeter les semences d’une riche moisson. Pour un esprit capable de se rattacher ainsi à tous les temps, de s’étendre au fond du passé comme de l’avenir, l’existence devient infiniment chère, et, ce qui vaut mieux, l’intérêt qu’il a de vivre augmente comme ses facultés et sa vertu. Un esprit
cultivé comprend mieux la grandeur de sa nature et le prix de l’existence. L’idée de la destruction est pour lui celle d’une ruine dont une âme brutale ne peut comprendre l’étendue. Que des facultés comme la raison, la conscience et la volonté s’éteignent , que des forces qui se rapprochent de l’énergie divine soient anéanties par celui qui les créa, que la vérité et la vertu, ces images de Dieu, soient effacées, que le progrès soit arrêté à son origine, c’est là une pensée faite pour accabler une âme en qui le sentiment de sa nature spirituelle s’est développé. En d’autres termes, plus l’âme est fidèle à elle -même et à Dieu, et plus elle s’attache à l’existence, [dus elle recule devant le néant comme devant un mal infini. Sa destruction ne serait-elle pas différente de la destruction des êtres matériels, et peut-on conclure «le l’une à l’autre? Cette soif d’existence qui grandit d’autant plus qu’on obéit davantage à la volonté du Créateur, est pour moi la preuve irrésistible que l’àme a été faite pour l’immortalité.
IV. J’ajoute une nouvelle différence de l’esprit et de la matière. Je reviens à l’arbre. Nous disons qu’il est détruit; nous disons que la destruction est dans l’ordre de la nature , et on prëtend que l’homme ne peut pas échapper à la loi universelle. Mais ici les mots nous trompent : il n’y a pas de destruction dans le monde matériel. Il est vrai que l’arbre se résout dans ses éléments; mais ces éléments survivent, et pour la même fin qu’ils ont déjà remplie. Pas une force de la nature n’est perdue. Les particules de l’arbre détruit vont former de nouvelles combinaisons, peut-être plus belles et plus utiles. Elles peuvent repousser dans un plus riche feuillage, ou entrer dans la structure des plus nobles ani-
maux. Mais, si l’àme périssait, il y aurait alors une destruction absolue, irréparable; car l’âme est, par sa nature, quelque chose d’individuel, une essence simple qui ne peut ni se résoudre en parties ni entrer dans la composition d’autres âmes. Je suis moi-même, et je ne puis pas devenir un autre. Mon expérience, mon histoire, ne peuvent pas devenir celles de mon voisin. On ne peut transmettre à un autre ma conscience, ma mémoire, l’intérêt qu’a pour moi ma vie passée, mes affections. Si j’ai résisté à la tentation, et si, par cette résistance, j’ai acquis de l’empire sur moi-même et quelque droit à l’approbation de mes semblables, cette résistance, cet empire, ces droits sont à moi; je ne puis faire qu’ils soient à un autre. Je puis donner ma fortune et mon corps ; mais ce qui constitue mon moi , en d’autres termes, ma conscience, mes souvenirs, mes sentiments, mes espérances , tout cela ne peut jamais appartenir à un étranger. Dans l’extinction d’un être pensant et moral, qui a conquis la vérité et la vertu, il y aurait donc une destruction absolue. Cet événement ne serait pas comme le coucher du soleil, qui n’est que le passage de la lumière dans de nouvelles contrées; ce serait la nuit. Ce serait une ruine comme on n’en voit pas dans la nature, la ruine de ce qui est infiniment plus précieux que l’univers, et par conséquent on ne peut l’inférer d’aucun des changements du monde matériel .
Je sais que ces considérations, faites pour nous montrer que l’àme porte en soi la marque de son immortalité, n’entraînent pas toujours la conviction, et cela par plusieurs motifs. Aux gens accoutumés à regarder les fautes et les crimes de la société, l’homme ne parait guère supérieur à la brute; aussi est-ce avec une
secrète incrédulité qu’ils entendent parler des caractères et des facultés qui montrent l’immortalité de l’âme.
C’est une disposition vicieuse que de s’attacher exclusivement aux défauts de la nature humaine ; eomme il est criminel de ne songer qu’aux misères de la vie, et de ne voir que du mal dans l’ordre de la création et dans la providence de Dieu. Mais accordons que la nature humaine abonde en crime, cela ne détruit pas ma conviction de sa grandeur et de son immortalité. Dans le crime même, je vois des preuves de la grandeur humaine et d’une nature immortelle. Cette proposition parait étrange, et, cependant, il est aisé de la soutenir.
Considérez d’abord ce que le crime implique. Considérez d’où il tire son origine. C’est du principe le plus noble, c’est-à-dire de la liberté morale. Il n’y a pas de crime sans liberté d’action, sans pouvoir moral. Si l’homme était une machine, la créature des sens et de l’instinct comme la brute, il ne pourrait mal faire. C’est parce qu’il a la raison, la conscience et l’empire sur luiméine qu’il peut commettre un crime. Ainsi, un grand crime est un témoignage rendu aux puissantes facultés de l’âme.
En second lieu, d’où vient que l’homme pèche? c’est parce qu’il est exposé à la tentation. Or, la' grande fin de la tentation, c’est que l’àine, en résistant, se fortifie, se développe, et mérite ainsi la récompense céleste. On pèche parce qu’on est exposé à une épreuve qui doit conduire vers la perfection; la cause du crime indique l’immortalité.
En troisième lieu , il y a dans le crime une voix particulière qui proclame une vie future. Le crime porte avec lui la menace d’un châtiment; sa compagne naturelle
c’est la crainte. Un instinct moral pressent la liaison du malheur et du crime; et alors même que l’homme sans principes échappe à la souffrance présente, on songe davantage à une condition future, où cette injustice apparente sera redressée, où la prospérité d’aujourd’hui ne sera qu’une aggravation de douleur. Le crime parle quelquefois d’une vie future plus haut et d’une voix plus solennelle que ne fait la vertu même. On l’a vu accabler l’esprit d’horribles présages, et trouver dans ces pressentiments l’enfer qu’il redoutait. Ainsi, loin de détruire les preuves d’immortalité que J’ûmc renferme, le crime les confirme.
Une dernière réflexion. Les fautes qui abondent dans le monde et qu’on cite trop souvent, pour refroidir notre foi dans les forces et dans l’avenir de la nature humaine, servent à mieux faire ressortir, à placer sous un jour plus brillant les exemples de piété et de vertu qu’on trouve au milieu des crimes de la foule. Une âme qui, dans un monde pareil, au milieu de tant d’influences corruptrices, s’attache à la vérité, au devoir et à Dieu, est plus noble que celles qui se formeraient en l’absence de la tentation. C’est ainsi que la corruption du monde, ne rend la vertu que plus glorieuse; et les luttes mômes • que l’homme de bien soutient contre les séductions et les persécutions préparent à une récompense plus haute. Pour moi ces idées sont pleines d’intérêt et de consolation. J’aime à voir le témoignage que le crime luimême rend à la grandeur et à l’immortalité de l’homme. Sans doute je vois beaucoup de crime sur la terre ; mais je vois aussi que le crime sert à développer la force morale, le dévouement et la vertu des gens de bien; l’éclat qu’il répand sur l’humanité fait plus que
d’en compenser la laideur. Je ne suis pas aveugle. L’histoire nous montre la méchanceté humaine si grande, si implacable, qu’elle poursuit de ses tortures les meilleurs d’entre les hommes , et les condamne à la mort la plus horrible. Mais, lorsque je vois ces victimes, fermes douces, calmes au milieu des supplices, pardonnant au milieu de leurs souffrances, supérieures à la mort, et plus nobles que jamais à leur dernière heure', alors, dans mon admiration pour la vertu, j’oublie le crime qui la persécute. Dans cette constance sublime je vois une preuve du prix et de l’immortalité de la nature humaine et cette preuve l’emporte sur la méchanceté des bourreaux; je sens, avec une certitude que rien ne peut m’enlever, je sens que la vertu , qui est ainsi expulsée de la terre, trouvera une demeure, et une patrie éternelle dans son ciel natal. Le crime lui-même rend donc témoignage à notre immortalité.
J’ai essayé de montrer que plus on étudie notre nature, plus on y distingue le sceau de l’immortalité. Je ne prétends pas que cette preuve remplace toutes les autres. Par sa nature même elle ne peut être bien comprise que par les esprits purs et cultivés. La preuve de l’immortalité qui est à la portée de toutes les intelligences se trouve dans l’Évangile, scellée du sang du Christ et confirmée par sa résurrection. Mais cette preuve devient plus frappante lorsqu’on démontre qu’elle s’accorde avec les enseignements de la nature. Pour moi la nature et la révélation n’ont qu’une seule voix quand elles parlent de la vie future. Puisse ce témoignage commun être entendu !
Quelles sont complètes, qu’elles sont brillantes ies preuves de cette grande vérité! Qu’ils sont faibles les arguments dont l'incrédulité se sert pour les combattre !
Quant à moi, je ne vois qu’une objection contre l’immortalité, si, toutefois, l’on peut l’appeler de ce nom, c’est la grandeur même de la vérité. Mon âme succombe sous le poids, elle s’abîme devant cette immensité; j’ai peine à croire qu’un pareil bien soit à ma portée. Penser que j’existerai dans tous les temps à venir, survivant à cette terre et à ce ciel , exempt de toutes les imperfections et de toutes les erreurs de la vie, revêtu de la gloire d’un ange, comprenant par mon intelligence, et embrassant, dans mon amour, une étendue de création auprès de laquelle la terre n’est qu’un point; penser que je verrai l’univers avec des veux nouveaux qui me révéleront une beauté, une harmonie et un ordre dont je n’ai pas d’idée, que j’approcherai des hommes sages et vertueux, de façon à ce que leur esprit devienne presque le mien; penser que je contracterai des liens d’amitié avec des êtres innombrables doués de l’intelligence la plus riche et de la plus noble vertu, penser que je serai admis dans la société du ciel, que je m’y trouverai avec ceux qui sont grands dans l’histoire, que je serai réuni aux justes devenus parfaits dans un ministère de bonté toujours croissant, que je converserai avec Jésus-Christ comme un ami, et surtout que je serai en commerce direct avec Dieu, commerce dont la plus étroite intimité ne peut donner qu’une faible idée; penser à cet infini me trouble; j’espère et je crains; le bonheur me semble trop grand; le sentiment de ma faiblesse et de mon indignité surmonte l’espoir. Mais, lorsque je regarde la création et que j’y vois les marques d’une bonté à qui rien n’est impossible, et de qui on peut tout attendre; lorsque je sens partout la main d’un Père infini qui doit désirer le progrès perpétuel de ses créatures
intelligentes; lorsque je considère ensuite l’esprit humain , que je vois quelles forces s’y développent en peu d’années, et que j’y discerne la capacité d’un progrès éternel; et surtout lorsque je considère Jésus, le vainqueur de la mort , l’héritier de l’immortalité, celui qui est parti pour les demeures de lumière et de pureté comme précurseur du genre humain, j’admets cette pensée qui m’accable, je crois à la vie, au progrès, à la félicité éternelle de l’âme humaine.
Mes amis, cette félicité est offerte à chacun de nous; c’est un bien devant lequel la splendeur de la plus grande fortune perd son éclat et sa grandeur. Je dis qu’elle nous est offerte. Elle ne peut pas nous être imposée; il nous faut la conquérir. Le bonheur immortel n’est pas autre chose que le développement de notre esprit . l’exercice complet de nos plus nobles facultés; et ces facultés ne se développeront jamais ici ni dans l’autre monde que par notre libre action. Espérer une existence plus élevée, tout en négligeant notre âme, c’est une illusion aussi contraire à la raison qu’à la révélation. Tse rêvez pas un ciel où vous puissiez entrer quelle qu’ait été votre v ic ici-bas. A ceux qui perdent leur vie présente, l’avenir n’apportera pas et ne peut pas apporter le bonheur. 11 n’v a rien de commun entre eux et ce inonde, où règne la pureté. Celui qui a vécu sans Dieu , et sans vertu, ne peut pas plus jouir du ciel qu’un cadavre, tiré de la tombe, et placé au milieu d’un site admirable, ne peut jouir de la lumière par ses yeux dé truits, ou sentir l’air embaumé qui dissipe, sa poussière. L’immortalité est une glorieuse doctrine: mais elle ne nous est pas donnée pour rester à l’état de. théorie ou pour servir à notre amusement. Le bonheur qu’elle
promet ne peut se réaliser qu’en luttant contre nousmêmes, qu’en acquérant une vertu et une piété nouvelles. Pour être unis au Christ dans le ciel, il faut icibas nous unir avec lui par l’esprit, par la résistance à la tentation, par la charité, par le bien. L’immortalité commence ici-bas. C’est maintenant qu’il faut jeter la semence qui doit se développer à jamais. « Ne vous fatiguez donc pas de bien faire; nous moissonnerons au temps convenable si nous ne faiblissons pas. »