EST UN PRINCIPE SOCIAL
StRMON PRÊCHÉ A L’ÉGUSE DE FEDERAL-STREET, BOSTON, 10 DÉCEHBRE 1820.
Jacqcis I, 27. « La pure religion devant Dieu et le Père, e'cst de visiter les orphelins et les veuves, et de se garder des souillures du monde. >
Qu’est-ce que la religion? Voici une question qui intéresse tout homme qui réfléchit, non -seulement à cause de l’importance qui s’y attache, mais à cause de la variété des réponses qu’on y a faites. Cette question ne peut se résoudre qu’en en proposant une autre, sa- \oir, qu’est-ce que Dieu? Car, par religion, nous entendons le culte dû à l’Être suprême, et ce culte doit nécessairement répondre à la nature de Dieu; de sorte que nos idées, en fait de religion, seront vraies ou fausses , suivant que nous comprendrons bien ou mal le caractère divin.
Les religions du paganisme, au milieu de leur immense variété, s’appuyaient, en général, sur une idée de la Divinité qu’elles empruntaient aux souverainetés de
la terre. Ou supposait que les dieux étaient dominés comme les hommes par l’amour des louanges, des hommages, des distinctions. L’adorateur cherchait donc à se rendre les dieux favorables par des offrandes, des honneurs, des respects; il cherchait à calmer leur colère par les moyens qui apaisent ici-bas les blessures de l’orgueil. line pareille religion avait peu de force pour purifier les âmes , encore bien que dans les temps même de la plus grande ignorance, la conscience apprit aux hommes u regarder la Divinité comme la vengeresse du crime.
L’idée de Dieu, que nous donne la révélation et que la réflexion confirme, est bien plus noble. Dieu est un être parfait, infini, suffisant à son propre bonheur, et n’ayant besoin de rien de la part de ses créatures. S’il a créé l’univers, ce n’est pas pour avoir des esclaves qui lui rappelassent sa supériorité, c’est pour avoir des enfauts qui connussent ses perfections et qui en jouissent, qui reçussent le bonheur de sa plénitude, qui partageassent ses bienfaits et y rendissent témoignage ici-bas et ailleurs. La communication du bien sur la terre et dans l’éternité , voilà ce que la révélation nous offre comme l’objet où Dieu se complaît. 11 est donc évident que la vraie religion, celle qui répond à la nature divine doit consister en deux choses : d’abord à favoriser ces sentiments d’amour et de reconnaissance qui sont dus à une bonté infinie, et ensuite à seconder activement les desseins de cette bonté , c’est-à-dire à faire tout ce qui peut servir au bien-être présent et futur des autres et de nous-mêmes. Un respect plein d’affection et de reconnaissance envers Dieu, considéré comme la bonté pure et infinie . et des efforts pour assurer à nous-
mémos et aux autres tout le bonheur pour lequel Dieu nous a créés , ce sont là les deux grandes branches d’une religion éclairée. La première en est la part intérieure , la seconde en est l’action et l’expression dans la vie.
Dans le texte, l’apôtre ne cherche pas à nous donner la définition complète de la religion, mais seulement à décrire les actes par lesquels elle se manifeste; et ces actes répondent à ce que je viens d’établir. Ils consistent à faire du bien aux autres et à nous en faire à nous -mêmes. La religion pure et sans tache, c’est de visiter les orphelins et les veuves dans leur affliction. C’est d’être prêt à toute bonne parole, à toute bonne œuvre ; c’est aussi de se conserver pur des souillures de ce monde, c’est-à-dire, d’éviter ces excès de convoitise et de passion qui souillent notre honneur et nous privent des plus nobles jouissances. Ces vues pratiques ont un prix infini, et quand elles prévalent, elles font de la religion un bienfait. L’abandon où on les a laissées et le faux zèle avec lequel on a exalté d’autres formes de piété sont au nombre des traits les plus affligeants dans l’histoire de la religion.
Dans cette définition générale, je choisis un trait particulier pour en faire l’objet de notre étude. La religion pure et sans tache, nous dit-on, consiste à faire le bien; car, visiter les orphelins et les veuves dans leurs afflictions, est employé par l’apôtre comme la partie pour le tout, afin de désigner toutes les manières de faire dû bien aux hommes. Ce langage nous apprend que la religion est un principe social, intimement lié aux devoirs sociaux, et qui nous touche comme étant faits pour la société. J’insiste sur cette façon d’envisager la religion,
afin de combattre une maxime trop généralement admise, c’est que la religion est une affaire particulière entre l’homme et son Créateur, où le prochain n’a aucun intérêt. C’est un retour à la vieille doctrine qui faisait abandonner la société pour adorer Dieu dans les déserts, et il nous étonne de voir que quelques-uns de ceux qui se prétendent supérieurs aux préjugés vulgaires adoptent cette erreur des fanatiques les plus renforcés.
La religion, nous dit-on, est chose particulière et personnelle, c’est une question qui n’intéresse que l’individu et Dieu. Les tiers et l’État ne doivent pas s’en mêler. Que l’individu ait une religion ou qu’il n’en ait pas, qu’elle soit bonne ou mauvaise, cela ne regarde que lui.
Ce langage vague, qui. semble dire que la religion de l’individu n’intéresse pas la société, et qu’en ce point elle n’a pas le droit d’user de son influence, peut faire beaucoup de mal ; je veux combattre cette idée en maintenant que la religion est éminemment un principe social, que ce principe entre dans la vie sociale, qu’il a une influence considérable. sur le bien public, que la société a ici un grand intérêt, et qu’elle ne peut dédaigner la religion sans manquer à ce qu’elle se doit. On ne tient pas assez compte du caractère social de la religion ; c’est un sujet sur lequel il faut insister.
I. Observons d’abord que la religion est fondée sur notre nature sociale et sort de nos relations sociales. Votre religion, dites- vous, est un intérêt particulierqui ne touche que vous. Mais d’où vous est-elle venue? Est-elle née avec vous? Non. En un sens important elle est un présent de la société. Vous l’avez reçue de vos parents, et encore plus de l’État; car, si le Christianisme ne florissait pas dans l’État, si des institutions publiques, si
de continuelles obsenances ne le rendaient pas visible , combien peu de nous seraient chrétiens! Nous sommes des êtres religieux parce que nous sommes des êtres sociables. Comment nous formons-nous l'idée des attributs de Dieu, surtout de sa bonté et de sa justice, ces principaux fondements de la religion , si ce n’est parce que nous en voyons la manifestation chez nos semblables et dans la vie sociale? Et les affections que nous éprouvons pour Dieu, telles que le respect, la reconnaissance et l’amour, n’ont-elles pas eu d’abord nos semblables pour objet? La société est l’école où le cœur se forme pour le Créateur. On peut dire en vérité que notre religion tout entière nous vient par la société ; elle est le produit et le fruit de la vie sociale. Il est donc impossible que la société n’exerce pas ici son influence, et qu’elle laisse l’individu se faire seul sa religion.
H. La religion est un intérêt social, car en ce point les hommes ont un penchant à penser et à agir de concert, et elle est par conséquent un lien d’union. La religion n’est pas un secret à enfermer dans nos cœurs, c’est un sentiment fait pour être communiqué, partagé, fortifié par la sympathie, et dont tous doivent jouir en commun ; c’est la nature même de la religion; car qu’est-ce que Dieu, le grand objet du culte? Est-il seulement le Père de tel ou tel individu, ou le Père et le chef de cette grande famille dont chaque individu est un membre? Si d’autres hommes ont le même intérêt que moi à connaître l’Être suprême, s’ils ont le même rapport avec lui, si Dieu est l’objet et le centre commun de leur âme comme de la mienne, nous avons donc en Dieu le lien d’union qui nous rattache les uns aux autres. La religion a toqjours montré son caractère social en encou-
rageant les associations qui pouvaient exprimer et fortifier le sentiment religieux . Chez toutes les nations, et surtout chez les chrétiens, on s’est réuni pour un objet religieux. Quelques-uns des engagements les plus forts ont leur source dans le respect de l’être suprême. La religion est donc un intérêt social, puisqu’elle est un des grands liens de l’État.
III. La religion est un intérêt public et social aussi bien qu’un intérêt privé, parce que le rapport commun de Dieu avec les hommes n’est pas seulement , comme nous venons de le dire, un motif de sympathie et d’attachement, mais parce qu’en outre ce rapport nous impose Je devoir de reconnaitre Dieu publiquement. Ce n’est pas assez d’adorer Dieu en particulier, car ce n’est là que la reconnaissance que nous lui devons comme à notre bienfaiteur particulier; il doit y avoir des actes et des offrandes pour le Père et le Seigneur universel. La nature et le devoir nous poussent à témoigner notre reconnaissance publique aux bienfaiteurs des peuples, aux souverains, aux chefs de nations; la société qui est l’œuvre et le royaume de Dieu, et qui tire de lui tout son bonheur, n’est-elle pas tenue envers lui à une reconnaissance publique? Sans cela le véritable caractère de Dieu, celui qui lui donne sa majesté, c’est-à-dire son règne universel, ne serait- il pas méconnu? La religion de la société a le même fondement que la religion particulière; car Dieu est aussi bien le créateur de la société que de l’individu ; c’est même là que sa grandeur et sa bonté se manifestent le mieux; la société est donc tenue de rendre hommage à Dieu par son organe et son représentant, qui est le gouvernement.