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pas aii récit des victoires de l’églisp catholique. L'esprit du christianisme est plus fort que les papes et les conciles. Sa vénérable et divine beauté fait honte aux dignités et aux pompes de Ja hiérarchie ; et on recpnnaitra (le plus en plus qqe cet esprit seul est essentiel au salut.
De toute cette discussion, il vous est aisé de conclure comment je comprends l’Église, et quelle est l’importance que j’y attache. Envisagée dans su véritable idée, ou regardée comme l’union de ceux qui ont part à l’esjirit de Jésus-Christ, je la révère comme la plus noble de toutes les unions. ïSos associations ordinaires ne sont rjen en comparaison. Dans le monde nous formons des liens d’intérêt, de plaisir, d’ambition. Créatures du temps et des sens, nous nous réunissons pour un amusement passager ou par ostentation; mais, à l’église nous nous réunissons comme enfants de Dieu ; nous reconnaissons ep nous quelque chose de plus noble que cette vie mondaine. Nous allons au temple pour que la piété gagne d’un cœur à l’autre. L’Église, c’est un refuge contre le monde. Pn y entre, afin de s’unir avec les saints, et de gagner la force nécessaire pour résistera la société des impies. On y entre pour adorer pieu, pour ouvrir son âme à l’esprit divin, pour reconnaître un Père commun, pour publier toutes les distinctions, pour embrasser tous les hommes comme des ffères. Cette union spirituelle avec Jps saints qui ne sont plus et avec ceux qui vivent enpore, c’est 1 q commencejnent de cette fraternité parfaite qui constitue le ciel. Elle survivra à tous les liens. Les liens de mari et d’épouse, de père et d’enfant sont brisés par la mort; l’union des vertueux amis de Dieu et de j’humanité est éternelle coinme la vertu , et cette union est l’essence de la véritable éebse.
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Entendue de cette façon large et spirituelle l’église est un lien d’une dignité et d’une importance suprêmes. Mais quant à l’union avec une secte particulière pour avoir une instruction commune et un culte public, quelque importante qu’elle soit, je ne la regarde pas comme le principal moyen d’obtenir la grâce. Pour chercher du secours pour nous -mêmes, et pour aider les autres, il nous fout sans doute maintenir des institutions religieuses, « en nous rassemblant au nom du Christ. » L'influence du christianisme se perpétue et s’étend par les devoirs de piété remplis en public, par la « communion visible des saints. » Mais il n’en est pas moins vrai que ces secours publics ne viennent qu’au second rang. La piété particulière est quelque chose de plus eflicaee. Le grand œuvre de la religion doit s’accomplir, non pas en société mais en secret . dans l’âme solitaire . dans le silence du cabinet. La communion avec Dieu est le moyen par excellence, c’est la nourriture et la \ie de l’âme, et nous communiquons avec Dieu dans la solitude mieux que partout ailleurs. C’est là que la présence divine se fait le mieux sentir. C’est par le soupir d’une âme que rien ne gêne, c’est par l’ouverture du coeur tout entier à « Celui qui voit ce qui est caché ; » c’est en passant en revue l’histoire de notre âme, c’est en rentrant en nous- même, c’est par la réflexion, c’est en nous consacrant à une nouvelle vertu, de nous-même et par le propre effort de notre esprit, c’est par là que nous avançons dans la vie religieuse bien plus qu’avec des réunions publiques.
C’est chose ordinaire que de parler du temple comme d’un lieu saint; mais il n’y a pas là une sainteté exclusive. L’endroit le plus saint sur la terre est celui où l’âme
exhale ses vœux les plus purs et conçoit ou exécute ses plus nobles résolutions; ainsi donc, s’il me fallait chercher l’endroit le plus saint de votre ville, je n’irais pas à vos splendides sanctuaires, mais à quelque réduit où l’on prie en secret. Peut-être que le « Saint des saints » au milieu de vous est quelque chambre étroite et sombre, que la plupart d’entre nous auraient horreur d’habiter ; mais Dieu séjourne là. Il entend là une harmonie qui lui est plus agréable que celle de vos orgues, il voit là une beauté telle que la nature n’en déploie jamais dans ses robes de printemps, car là il trouve, il voit, il entend le plus hum- * ble, le plus reconnaissant, le plus fidèle de ses adorateurs ; il voit les plus dures épreuves soutenues avec calme, les injures les plus cruelles pardonnées ; il voit des fatigues et des sacrilîces supportés avec joie, et la mort abordée avec une foi triomphante au travers de la pauvreté, de la maladie et de l’abandon. La consécration que de pareilles vertus donnent à l’endroit le plus obscur, n’est pas et ne peut pas être communiquée par ces rites extérieurs qui consacrent à Dieu nos splendides édifices.
Tous voyez le rang qui appartient à l’Église, qu’elle soit réunie en un seul endroit ou répandue sur toute la terre. C’est une union sainte et bénie: mais il ne faut pas la placer au-dessus des autres secours religieux. Les grands secours de la piété sont secrets et non publics. Le chrétien ne peut pas vivre sans prier; il peut vivre et avancer sans une église particulière. La Providence peut nous placer loin de nos frères dans la foi, là où l’on n’entend pas le son de la cloche du Dimanche, loin de tout office: et nous pouvons trouver des Dimanches et des offices dans notre cœur. La maladie peut nous séparer de l’église extérieure aussi bien que du monde des vivants, et
cependant l’ûine peut être saine et prospérer. 11 y a eu des hommes d’une piété éminente qui. par conscience, se sont tenus à l’écart de toute comjn union et de tout culte extérieur. Dans les dernières années de sa yie, Milton, cette grande âme. avait renoncé à tous les temples élevés par la main des hommes, et n’adorait plus que dans le sanctuaire intérieur. Ainsi lit William Law, l’auteur d’un livre remarquable : l’Appel sérieux à une sainte vie. Son excès de dévotion (car chez lui la dévotion fut excessive) lui faisait dédaigner tous les actes de piété à heure fixe, il vécut dans la solitude afin de faire de sa vie une prière perpétuelle. Je ne cite pas ces hommes comme des mo- • dèles en ce point. Ils se sont mépris sur les besoins de l’àrae, ils ont mal compris les Écritures. Malgré toute leur spiritualité, ils eussent trouvé de la force morale et de saintes impulsions dans l’association religieuse. Mais ces exemples nous apprennent à n’exclure personne de la grâce de Dieu, parce qu’on s’est séparé de l’Église extérieure.
La morale de ce discours est claire. La sainteté intérieure, l’amour pur, un attachement désintéressé à Dieu et à l’homme, la simplicité du cceur et de la vie, la vraie grandeur du caractère, voici la seule chose nécessaire. voici l’essentiel en religion ; tout le reste : ministres, églises, ofiiees, lieux consacrés au culte, ne sont que des moyens, des secours, des influences secondaires sans aucune valeur quand ils sont séparés de cet essentiel. S’imaginer que Dieu regarde autre chose que cela, qu'il considère autre chose que le cœur, c’est lui faire injure, c’est montrer une triste ignorance du caractère divin.
La bonté, la pureté, la vertu, voilà quelle est la seule distinction (devant Dieu. Voilà ce qui, en soi, par es-
sence, est et sera éternellement aimable, beau, glorieux, divin. Voilà qui ne doit rien au temps, aux événements, aux choses extérieures. Voilà qui brille de son propre éclat. C'est le soleil de l’univers spirituel. C’est Dieu luimême habitant l’ûme humaine. Peut-on en parler logement, parce que tout cela n’a pas grandi dans une certaine église? Peut-on exalter une église au-dessus de cela? Mes amis, l’une des plus grandes vérités de la religion, c’est l’importance suprême du caractère, delà vertu, de l’esprit divin qui a brillé dans le Christ. La grande hérésie c’est d’y rien substituer : symbole, forme, église, peu importe. Un des plus grands outrages qu’on puisse faire au Christ, c’est de mépriser son caractère et sa vertu dans un disciple qui, par hasard, porte un nom diflcrend du nôtre.
Quand je me représente la véritable vertu ou la véritable bonté, non pas celle qui se compose de qualités extérieures et de calculs prudents, mais celle qui choisit le devoir pour lui -même, et comme le premier intérêt; qui respecte les droits de tout être humain, qui travaille et souffre avec courage et patience pour la vérité et pour le bien-être d’autrui; qui joint l’énergie à la douceur, et une humilité profonde au respect de soi-même; qui met toute sa foi en Dieu, qui communie intimement avec lui, qui s'efforce de soumettre à la sainte volonté toutes ses pensées, ses rêves, ses désirs; qui s’attache à la promesse de la vie éternelle, et, forte de cet espoir, endure avec calme et fermeté les maux les plus cruels de la vie; alors, devant un tel spectacle disparaissent pour moi toutes les distinctions dont les hommes s’enorgueillissent. La richesse est misérable, l’honneur du monde est mesquin, sa pompe est d’un mendiant. Condition, pays, église, tout
perd son importance. Devant cette grandeur simple, je m'incline et j’admire. Le prêtre sous ses ornements, l’autel étincelant . la foule, l’orgue retentissant, tout l’extérieur de la religion s’efface ù mes yeux quand je vois l’homme grand et vertueux, l’àme sainte et désintéressée. Moimême, avec une vue si faible, un cœur si froid, je vois, je sens la divinité, la grandeur de la véritable vertu. Comment Dieu doit-il donc la regarder! Qu’elle doit être belle à ses yeux si purs! Est-il possible que personne s’en détourne parce que de l’eau n’a pas été versée sur le front de l’homme vertueux, ou du pain mis entre ses lèvres par un ministre, ou parce qu’on ne lui a pas appris à répéter quelque symbole mystérieux ordonné par une église ou un concile.
Mes amis, révérez la vertu, la sainteté, la volonté droite qui sans jamais fléchir s’attache au devoir et à la pure loi de Dieu. INe révérez rien en comparaison de cette vertu. Regardez-la comme la fin, et toutes les cérémonies comme des moyens. Par elle jugez les hommes. Que l’église à laquelle appartient un individu ne vous donne de lui ni une meilleure, ni une plus mauvaise opinion. Jugez-le d’après ses fruits. Chassez de vos cœurs le démon de secte, d’étroitesse, de bigotisme, d’intolérance. Ce n’est pas un péché léger, comme nous sommes portés à le croire. C’est la négation de la souveraineté de la vertu. C’est mettre quelque chose : une forme, un dogme, au-dessus de la pureté du cœur et de la vie. Le sectaire se mure dans son église comme dans un donjon, et là il perd l’air pur, la lumière brillante, la vue fortifiante, la céleste beauté de l’église universelle.
Mes amis, je sais que je parle à des gens qui différant d’opinion sur plus d’un point de théologie et de con-
traverse. i\ous avons grandi sous des influences diverses. ]\ous portons des noms différents. Mais, si nous nous proposons solennellement de faire la volonté de Dieu, et si nous suivons les préceptes et l’exemple du Christ, nous sommes une même église ; que rien donc ne nous sépare. Des diversités d’opinion, de goût ou d’habitude, peuvent nous empêcher d’adorer Dieu sous le même toit, avec les mêmes formes; mais ces variétés ne sont pas des schismes; elles ne brisent pas l’unité de l'église du Christ. Nous pouvons toujours nous respecter, nous aimer les uns les autres, nous réjouir de notre vie et de notre progrès spirituels, tout aussi bien que si nous avions été jetés dans un seul et même moule. Dieu aime la variété dans la nature et dans l’àme humaine, et il ne la rejette pas dans le culte chrétien. Nous sommes, je l’espère, tous d'accord sur beaucoup de grandes vérités, sur celles qui vivifient, qui purifient et consolent le mieux. Il y a aussi un terrain commun, la pratique, un terrain placé en dehors de toute controverse, sur lequel nous pouvons tous nous rencontrer. Nous pouvons tous unir nos cœurs et nos mains afin de faire le bien, afin de répondre à l'amour que Dieu a pour les hommes. Travailler et souflrir pour la cause de l’humanité, propager l’intelligence, la liberté et la vertu, faire connaître Dieu , le faire respecter, aimer, imiter par ses créatures, résister aux abus et à ki corruption des siècles passés, rechercher et tarir les sources de la misère, sauver de l’intempérance ceux qui sont tombés, secourir la veuve et l’orphelin, éclairer et élever les malheureux, briser le joug des opprimés et des esclaves, combattre l’esprit et les horreurs de la guerre, envoyer la parole de Dieu aux bouts de la terre, racheter le monde du péché
et de lu souffrance; voici notre œuvre commune. Les anges et les purs esprits qui visitent la terre n’y viennent pas pour se joindre à uue secte, mais pour faire du bien à tous. Puisse cette charité universelle descendre sur nous et posséder nos cœurs, puisse notre étroitesse, notre esprit d’exclusion et de bigotisme fondre sous la douceur de ce feu céleste 1 C’est ainsi que nous nous unirons nonseulement à l’ église universelle du Christ sur la terre, mais encore à l’Église invisible, à l’innombrable compagnie des justes devenus parfaits, dans les demeures de la pureté et de la paix éternelles.