DU CHRISTIANISME
« Je ne rougis pas de l’évangile du Christ. > Au» Kouai.vs I, 16 ,
PRœiHlÈl^E PARTIE.
Ces paroles de Paul sont digues de cet esprit résolu et désintéressé. En les prononçant U n’était pas l’écho de la iouie, il ne répétait pas servilement des doctrines éta* blies. La grande majorité de ceux qui l’entouraient rougissait de Jésus. L'infamie alors s’attachait à la croix. Le nom du Christ était honni comme celui d’un malfaiteur, et, professer la religion du Christ, c’était partager son ignominie. Depuis lors quels changements! La croix est maintenant suspendue comme un ornement au cou de la beauté. Elle brille sur le pavillon des vaisseaux et les étendards désarmées. Des millions d’hommes s’inclinent en adoration devant elle, comme si elle était le sanctuaire de la divinité. Aussi la tentation de rougir de Jésus a- 1- elle bien diminué, cependant elle n’a pas tout à lait disparu. La plupart des hommages qu’on rend aujourdhui à la religion sont extérieurs, politiques, mondains, et s’adressent aux corruptions du
christianisme bien plus qu’à son noble et pur esprit; des dm* tiens consciencieux et intrépides ne doivent donc pas s’étonner de rencontrer de la froideur ou des reproches. Nous pouvons encore être tentés de rougir de notre religion quand nous sommes jetés parmi des sceptiques qui la nient et la raillent. Nous pouvons être tentés de rougir des doctrines simples et raisonnables du Christ, quand nous vivons avec d’aveugles fanatiques, qui font de leurs singularités obscures et peut-être dégradantes, la condition essentielle du salut. Nous pouvons être tentés de rougir de ces préceptes purs, doux et désintéressés, quand nous sommes jetés au milieu d’hommes licencieux, égoïstes et vindicatifs. 11 faut être toujours armé contre ces périls. Rester fidèle à la vérité et à la conscience au travers de toutes ces épreuves, c’est une des preuves les plus éclatantes de la vertu. Personne ne mérite le nom de chrétien, sinon celui qui garde ses principes au milieu des incrédules, des intolérants et des pervers.
« Je ne rougis pas de l’évangile du Christ. » Voilà ce que disait Paul; voilà ce que je voudrais dire. Plût à Dieu qu’il me fût donné de prendre l’esprit comme les ] tardes de l’apôtre, et de rendre témoignage au christianisme avec le même héroïsme! Me demande-t-on pourquoi je m’unis à ce témoignage rendu à l’Évangile? Je me propose de vous en donner les raisons ; et en même temps je demande la permission de parler à la première personne. comme l’apôtre l’a fait, de parler en mon nom, de découvrir mon âme dans le langage le plus direct. Il y a des cas où l’expression franche d’un sentiment individuel répond le mieux au but qu’on se propose dans un discours public; et, dès lors on ne doit pas mettre au compte de l’égoïsme cette façon de parler.
J’expose les raisons pour lesquelles je ne rougis pas de l’Évangile du Christ; et je commence par une raison si importante qu’elle fera le sujet de ce discours tout entier.
Je ne rougis pas de l’Évangile parce qu’il est vrai. C’est là ma première raison. La religion est vraie, et il n’y a point d’autre considération qui pourrait me porter à la défendre. Je l’adopte, non parce qu’elle est populaire, car des systèmes faux et funestes ont été populaires; non parce qu’on pense qu’elle soutient l’ordre social , car je crois que rien n’est utile au fonds si ce n’est la vérité. L’Évangile est vrai; et je ne le dis pas à la légère. Je ne répète pas les mots dont on m’a bercé. Je n’afiirme pas la vérité du christianisme parce qu’on m’apprit à le faire avant que je fusse en état de juger, ou parce que j’ai été élevé dans une société attachée à cette croyance. Il se peut qu’on attribue à ces motifs mon zèle et ma foi; mais, l’amour de la vérité m’oblige à repousser ces imputations sans fondement. Ma naissance et mon éducation chrétiennes, loin de m’avoir disposé à une foi implicite, ont été souvent pour moi une occasion de doutes sérieux. A voir combien il est ordinaire aux hommes de tous les pays et de toutes les croyances, Chrétiens, Juifs ou Mahométans, de recevoir la religion de leurs pères, je me suis maintes fois demandé si moi aussi je n’étais pas un esclave, si moi aussi je ne suivais pas en aveugle le sentier de la tradition, si je ne cédais pas aussi passivement que les autres, à une foi héréditaire. Je me défie du nombre, et je crains que l’opinion n’entraine mon jugement; rien ne m’excite davantage à repousser une doctrine que les efforts même que fait l’intolérance pour me l’imposer.
— ao —
l’eut être que mon éducation chrétienne et mes rapports avec des chrétiens m’ont Incliné aq scepticisme plutôt qu’ils n’ont plié mon esprit devant l’autorité.
On dira peut-être que l’orgueil, les préjugés et l’intérêt de ma profession comme ministre chrétien rendant suspects mes raisons et mon jugeipent. Je réponds que je me crois aussi libre de ces travers que la personne la plus indifférente. Je n’ai pas de préoccupations sacerdotales. Je suis et j’avoue que les fonctions du ministère ont été altérées, perverties, dès les premiers temps de l’église. Je réprouve la tyrannie que le ministère exerce souvent sur l’âme humaine. Je ne reconnais pas desain- . teté particulière dans epux qui le remplissent. Je crois donc que je ppis examiner le christianisme avec aussi peu de partialité et d’aveuglement que personne. Certes, je ne me prétends pas a l’abri de l’erreur; je ne demande pas qu’on accorde une foi implicite à mes raisonnements; peu m’importe qu’on approfondisse et qu’on examine mes arguments avep un soin jalpux. La seule chose que je demande c’est qu’on ne méjugé pas d'avance comme un partisan servile et intéressé du christianisme. Je demande qu’on m’écoute comme un ami de la vérité, qui désire aider ses frères à décider une question d’un grand et universel intérêt. Si je me présente comme l’avocat du christianisme, p’est qu’jl s’offre à ma rajson comme une révélation de Djeu, comme la lumière la plus pure et la plus brillante que l)ieu ait versée sur l’âme humaine. Je repousse tout autre motif. Nulle politique, nul vasselage de l’opinion, nulle crainte de blâme, même de la part des gens dg hicn, nul intérêt privé, nul désir de soutenir une superstition utile, rjen en un mot, ripn que la conviction réfléchie de la vérité du christianisme, ne m’engage à
— ap-
prendre place parmi ses défenseurs. J’en rougirais, si je ne le croyais pas vrai.
J’exprimerai fortement mes convictions; je parlerai de l’incrédulité comme d’une erreur grossière et dangereuse. Mais qu’on sache bien que je ne condamne pas le caractère des individus. Je montrerai que lu religion chrétienne est vraie, qu’elle est de Dieu; mais je n’en conclus pas que tous ceux qui la rejettent soient des ennemis de Dieu, et qu’il faille les couvrir d’infamie. Je veux soutenir la vérité sans manquer à la charité. Le crime, la perversité de l’incrédulité dans toutes les circonstances possibles, est une thèse que je crois insoutenable, et. comme je suis convaincu que cette opinion nuit à la cause du christianisme en créant une antipathie entre ceux qui l’aiment et ceux qui l’attaquent, antipathie qui nuit aux uns et aux autres, et rend les derniers plus hostiles à la vérité, je crois qu’avant d’aller plus loin, il est bon de dire quelques mots à ce sujet.
Je pose en principe que l’incrédulité, considérée en soi, n’a pas de qualité morale; ce n’est ni une vertu ni un vice; ce qui la qualifie en bien comme en mal, ce sont les motifs qui l’amènent. De simples actes de l’entendement ne sont ni bons ni mauvais. Quand je parle de la foi comme d’un principe saint et vertueux, j’étends ce terme au-delà du sens primitif, et, outre l’assentiment de l’intelligence, j’y comprends la volonté qui détermine et confirme cet assentiment; c’est de même, en attachant à l’incrédulité un sens aussi étendu que je la déclare un crime. Le fait est que l’àme humaine, quoique divisée par notre philosophie en plusieurs facultés distinctes, ne les exerce point séparément; en général elle les réunit dans un même acte. Ainsi , en formapt un jugement,
l’individu exerce sa volonté et ses affections ou les principes moraux de sa nature, tout autant que sa pensée. Nos passions et nos intérêts se mêlent aux décisions de notre intelligence. Dans les Écritures, qui usent du langage librement, et sans chercher l’exactitude philosophique. la foi et l’incrédulité sont des actes qui ont ce caractère complexe, «lies sont le produit de l’esprit et du cœur; et, c’est à cause de cela seulement qu’elles méritent notre approbation ou notre blême. Je pense que les chrétiens réfléchis de toutes les confessions partagent cette façon de voir.
On ne peut donc considérer les opinions comme des signes invariables, infaillibles, de vertu et de vice. La même opinion peut être vertueuse chez l’un et vicieuse chez l’autre, si l’on suppose, ce qui est très possible, qu’elle tienne à des motifs différents. Par exemple, si, par envie ou malignité, j’accepte sans réflexion les preuves les plus légères de la faute qu’on impute à mon prochain, le jugement que je porte est mauvais moralement. Mais qu’une autre personne arrive à la même conclusion après un examen impartial et fait avec l’amour de la vérité, sa décision sera moralement bonne. Bien plus, à considérer ainsi les choses, il est possible que la foi au christianisme soit aussi coupable que l’incrédulité. Certes, l'adoption d’un système aussi pur que l’Évangile est une présomption favorable. Mais si quelqu’un adopte cette religion parce qu'elle sert à ses intérêts et à sa popularité, s’il ferme son esprit aux objections de peur qu'elles n’ébranlent sa foi dans un système qui lui profite, s’il transige avec sa raison, et que, dans une intention basse et égoïste, il s’épuise à défendre la croyance dominante, il est alors tout aussi coupable en croyant au
christianisme que celui qui repousserait l’Évangile par des motifs aussi bas. Aujourd’hui des multitudes d’hommes adoptent avec furie notre religion et la défendent avec le môme orgueil, le même amour du monde et de la popularité, le même aveugle dévouement aux préjugés héréditaires, qui à l’origine poussèrent les juifs et les païens à rejeter le Christianisme; la foi des uns manque autant de vertu que l’incrédulité des autres.
Pour juger du caractère de la foi et de l’incrédulité, il faut examiner les circonstances et les temps. Quand on commença de prêcher l’Évangile, croire au Christ, c'était la marque d’un esprit vertueux; s’enrôler parmi ses disciples, c’était renoncer au repos, à l’honneur, aux succès du monde ; confesser le Christ, c'était un acte d’insigne fidélité à la vérité, à la vertu, à Dieu. Aujourd’hui croire au Christ n’a pas la même signification. Le confesser ne prouve point de courage. Ce peut même être l’indice d’une ûme servile et terrestre. Ces remarques s’appliquent aussi à l’incrédulité. A différentes époques, et dans différentes conditions de la société, l’incrédulité peut exprimer des dispositions très-différentes. Avant d’en faire un crime, et de la damner, il faudrait connaître les circonstances qui l’ont produite, et rechercher s'il n’y a pas là un palliatif ou une excuse. Quand Jésus-Christ était sur la terre, quand il faisait ses miracles sous les yeux des hommes, quand sa voix retentissait à leurs oreilles, quand l’ombre d’un doute ne pouvait pas être jetée sur ses œuvres surnaturelles, quand la corruption humaine ne s’était pas encore mêlée à sa doctrine, il y avait les plus fortes présomptions contre la droiture et la sincérité de ceux qui le repoussaient. Jésus connaissait aussi le cœur et la vie de ceux qui l’en-
touraient; il voyait clairement la source de leur incré* dulité, dans lfeur envie, leur ambition, leur intérêt, leur sensualité, et, bar conséquent, cette incrédulité, il la déclarait un crime. Depuis lors quels changements se sont opérés ! Jésus-Christ a quitté cê monde. Ses miracles sont des événements d’un âge éloigné, et leurs preuves, si nombreuses qu’elles soieht, sont tout à fait inconnues pour la plupart des hommes ; ce qui est niille fois plus grave, sa religion a été corrompue, altérée, changée de façon désastreuse; elle rie ressemble plus à son fondateur Cotnrne autrefois. La vérité claire et vivifiante qui sortait de la bouche dé Jésus , a été changée en un rauque jargon et de vains bavardages. L’onde si pure à sa source a été souillée et empoisonnée dans tout son cours. Ce ri’est pas seulement d’absurdités qu’on a surchargé le christianisme , on l’a encombré de doctrines impies, qui font du Père universel, tantôt un faible et vain despote qu’on se rend propice par des cérémonies et des flatteries , et tantôt un bourreau tout-puissant qui par avance condamne au mal la foule de ses créatures, et glorifie sa justice dans leur malheur éternel. Quand je songe à ce que le Christianisme est devenu dans la main des politiques et des prêtres; comment on en a fait un instrument de pouvoir, comme il a écrasé l’Ame humaine pendant des siècles, comme il a paralysé l’intelligence et effrayé l’imagination par les fantômes de la superstition, comme il a rompu au joug des nations entières , et flétri toute pensée libre ; quand je songe comment , dans toute communion, les ministres se sont constitués les gardiens de la religion, comment ils l’ont taillée puis comprimée en symboles rigides , menaçant de la damnation éternelle quiconque mettrait en doute
la divinité de ces ouvrages de leurs mains; quand je considère, ëri un mot, comment, sous l’empire de pareilles influences, le christianisme a été présenté et l’est encore sous des formes qui choquent la raison, la conscience et le cœur, je sens , avec une douleur profonde, combien nous sommes loin de ce que Jésus enseigna, et je n’ose appliquer à l’incrédulité d’aujourd’hui la condamnation qui atteignait l’infidélité des premiers temps.
Peut-être devrais-je aller plus loin; peut-être devrais-je dire que rejeter le christianisme dans quelquesunes de ses corruptions, c’est plutôt une vertii qu’un crime. Aujourd’hui je le demande, est-ce donc un crime que de mettre en doute la vérité du christianisme tel qu’il se montre en Espagne et en Portugal ? Daris ces pays de ténèbres, quand un patriote, qui ne connaît le christianisme que comme le boulevard du despotisme, comme le promoteur de l’inquisition, comme un geôlier barbare qui enferme de malheureuses femmes dans urt couvent, comme un bourreau que souille le sang des amis de la liberté ; je le demande, quand ce patriote, qui voit dans notre religion l’instrument de ces crimes et de ces douleurs, croit et affirme qu’elle ne vient pas de Dieu, avons- nous lé droit de mettre son incrédulité sur le compte de l’impureté et de la corruption de son âme, et de le flétrir comme un coupable? N’est -ce pas peut-être l’esprit même du christianisme qui, régnant au fond de son cœur l’enhardit à protester des lèvres contre ce qui porte le nom du Christ ? Et s’il proteste par une profonde sympathie pour ceux qui sont opprimés et qui souffrent, n’est-il pas plus près du royaume de Dieu que le prêtre et l’inquisiteur qui s’instituent fièrement chrétiens à l’exclusion des autres? Jésus-Christ nous a dit : « Ce qui condamne les
— 9 fi —
incrédules, c’est qu'ils préfèrent les ténèbres à la lumière ; » et qui ne voit que ce motif de condamnation disparaît suivant que la lumière se trouve éteinte, ou que la vérité chrétienne est ensevelie dans les ténèbres et dégradée par {'erreur ?
On dira, je le sais, qu’un homme placé dans les circonstances que nous supposons n’en serait pas moins coupable d’être incrédule, puisque les Écritures sont à sa portée, et qu’elles suffisent pour mener à la véritable doctrine du Christ. Mais, dans les pays dont je parle, les Écritures ne sont pas communes ; et quand bien même elles le seraient, je crains que ce ne fût trop demander de la force humaine, que d’exiger qu’au milieu de tant de difficultés, on puisât la vérité à cette seule source. Qu’un homme né et élevé dans les ténèbres les plus épaisses, et parmi les plus grossières corruptions du christianisme, habitué à entendre déprécier les Écri tures , habitué à joindre des idées fausses à leurs principaux termes, et ne possédant pas nos moyens de critique les plus communs, puisse détacher de la masse d’erreurs qui se parent du nom de l’Évangile, les principes simples de la foi primitive, c’est ce qu’il est bien difficile d’espérer. N’exigeons pas trop de nos semblables. Dans notre zèle pour le Christianisme , n’oublions pas son esprit d’équité et de miséricorde.
Je viens de me placer dans un cas extrême. J’ai supposé un individu dans les circonstances les plus désavantageuses, pour ce qui est de la connaissance du Christianisme. Mais l’incrédule peut trouver son excuse dans des obstacles moins sérieux. Le fait est que personne d’entre nous ne peut tracer la ligne qui dans ce cas sépare l’innocence et le crime. Pour apprécier la respon-
sabilité d’un homme qui doute du Christianisme ou qui le nie, ii faudrait connaître l’histoire de son esprit, la force de son jugement, les premières influences et les premiers préjugés auxquels il a été exposé, les formes sous lesquelles la religion et ses preuves ont d’abord fixé ses pensées, et les occasions qu'il a eues plus lard pour déraciner des erreurs qui s’étaient emparées de sa raison avant qu’il eut la faculté de les examiner. Nous ne sommes pas ses juges. C’est à un autre tribunal qu’il rendra compte, à un tribunal infaillible.
Je ne puis donc m’unir au cri général qui fait de l’incrédulité la marque certaine d’une âme corrompue. Que l’incrédulité ait souvent sa source dans de mauvaises dispositions, je n’en doute pas. Par son caractère, l’incrédule nous force souvent à reconnaître, que s’il rejette le christianisme, c’est pour en fuir les reproches; la pureté de la religion est ce qui en fait le crime ; on cherche un refuge dans l’incrédulité contre la crainte et les lois que la vertu impose. Mais imputer ces motifs impies à un homme dont la vie est pure, c'est juger avec témérité et peut-être avec injustice. Je ne puis regarder l’incrédulité comme étant par essence et toujours un crime. Mais je la considère comme un des plus grands malheurs. Être incrédule, c'est perdre le principal secours de la vertu , la force qui dompte la tentation, la vue vivifiante de Dieu, la seule lumière qui ne manque pas, la seule espérance qui soit certaine. L'incrédule ferait un bénéfice inexprimable s’il renonçait à tout ce qu’il possède pour acquérir les vérités qu’il repousse. Mais comment le gagneronsnous à la foi? Ce ne sera pas par des reproches, par le dédain, par un ton de supériorité , mais en respectant , comme on le doit, sa raison, ses vertus, le droit qu’il a
de juger par lui-même; c’est en plaçant devant lui le christianisme dans sa simple majesté, dans sa sagesse, dans son merveilleux accord avec les besoins de notre âme ; en exposant les preuves de la religion dans toute leur force mais sans exagérer; et surtout, en montrant par notre caractère et notre vie, qu’il y a dans le christianisme une force qui purifie, élève, console, une force qu’on ne trouve dans aucun enseignement humain. Voilà les vrais moyens de conversion.
Des menaces et des reproches peuvent pousser des ignorants et des superstitieux à adopter une religion ; mais l’incrédule qui réfléchit ne peut que se défier d’une cause qui accepte dé pareilles armes. 11 faut qu’on raisonne avec lui, comme avec un homme, un égal et un frère. Peut-être pourrions-nous lui imposer silence pour quelque temps, en répandant dans la société une excitation fanatique et en poussant à la haine et à la persécution de l’infidélité. Mais comme par de pareils moyens le christianisme prendrait une forme moins aimable et moins raisonnable, ses ennemis secrets augmenteraient en nombre ; ses preuves les plus claires seraient obscurcies, ses fondements minés, sa force affaiblie; et quand \ tendrait le moment de jeter le masque, et ce moment \ient toujours, on apprendrait que, dans les rangs mêmes des disciples, il s’est formé une armée d’ennemis, qui brûle d’abattre une foi intolérante et qui trop longtemps, leur a fermé la bouche en foulant aux pieds les droits et la liberté de l’esprit humain.
Voilà pourquoi je ne condamne pas l’incrédule, à moins qu’il ne porte témoignage contre lui-même par une vie immorale et irréligieuse. Il ne m’est pas donné de scruter son cœur. Mais cette faculté il la possède et
Digilized by GoogI
c’est en ami que je l’exhorte à en user. Qu’il examine sincèrement son âme, qu’il interroge sa vie passée, qu’il juge les causes de son incrédulité. Qu’il se demande, s’il a examiné les principes et les preuves du christianisme sérieusement et avec l’amour de la vérité; qu'il voie si le désir de connaître et de remplir ses devoirs envers Dieu et le prochain a dirigé son examen ; s’il ne s’est pas abandonné à des passions ou à des occupations que lu religion et la conscience réprouvent, qui aveuglent l’esprit et qui ferment le cœur à la vérité. Si, après s’ètre uinsi interrogé , son cœur l’absout , que personne ne le condamne, et qu’il dédaigne toute condamnation humaine. Mais si sa concience témoigne contre lui, son incrédulité doit lui être un sujet de doute et d’effroi. 11 a raison de craindre qu’elle ne soit le fruit d’une âme dépravée, et qu’en mûrissant elle n’achève la corruption d’où elle est sortie.
Je sais que cette douceur pour l’incrédulité, on l’appellera une trahison envers le christianisme. 11 y a des gens qui pensent que les hommes cesseront de s’attacher à l’Évangile si l’on ne met le scepticisme au nombre des crimes les plus horribles, si l’on ne fait de l’incrédule un objet d’horreur et d’effroi. Les amis du Christianisme ne peuvent pas avancer une opinion qui lui soit plus défavorable. C’est supposer que les preuves de notre religion ne peuvent convaincre que sous l’influence de la terreur; que l’Évangile ne peut, comme toute autre vérité, être soumis au jugement calme et impartial de l’humanité. C’est montrer une défiance du Christianisme, pour la quelle je n’ai point de sympathie. Et c’est ici l’occasion de remarquer que les plus grands abus de notre religion sont sortis de cette lâche défiance. Les amis
de la religion ont craint qu’elle ne put se soutenir, sans tous ses appuis artificiels. Ils ont imaginé qu’il fallait tantôt attirer les hommes à la foi en y attachant des privilèges temporels, tantôt les y soumettre par les menaces et les inquisitions, parfois les séduire par des cérémonies pompeuses, et parfois les terrifier par des mystères et des superstitions; en un mot, qu’il fallait en imposer à la foule sans quoi la religion tomberait. Je ne me défie pas ainsi du Christianisme; j’ai foi dans sa force invincible. Il est fondé sur notre nature. Il répond à nos plus profonds besoins. Ses preuves comme ses principes sont à la portée d’une intelligence ordinaire; et ne demandent pas qu’on les appuie par un appel à la force ou à toute passion qui arrête l’examen et trouble le jugement. Je ne crains rien pour le christianisme, si on lui laisse parler son langage, s’il peut approcher des hommes sans voile, et dans toute la splendeur de sa bonté. Je crains beaucoup les armes de la politique et de l’intimidation qui ont été inventées pour soutenir la faiblesse imaginaire de la vérité chrétienne.
J’aborde maintenant le grand objet de ce discours, l’exposition des preuves du christianisme; et je commence par un point qui est nécessaire pour préparer quelques personnes, à apprécier ces preuves à leur valeur véritable. Je commence par cette proposition, qu’il n’y a rien dans l’idée générale de révélation qui choque la raison, rien qui soit incompatible avec les vérités établies, ou avec les vues les plus justes sur Dieu et la nature. Ceci répond à un préjugé très-commun. Je répète donc que la révélation n’a rien d’incroyable, rien de contradictoire, rien qui renverse les données de la raison ou de l’expérience. Quand on nous dit que Dieu