CHAPITRE XXI
De l’âge.
Quoique l’on ait attribué à l’âge une influence absurde sur l’état des idiots, ce n’est pas une raison pour négliger les conditions d’âge dans lesquelles se trouvent les sujets
(1) Chargé, entre autres sujets de cette sorte, de l’éducation d’une jeune idiote, Marie de B — , âgée de 7 ans et demi, pour laquelle j’ai désiré le concours de M. le docteur Trousseau, nous avons pu faire disparaître les phénomènes inflammatoires, les végétations, l’écoulement, la douleur ; la mémoire est revenue, l’intelligence s’est développée ; mais il est probable qu’au fond tous les moyens que nous avons employés n’ont abouti qu’à éloigner la fréquence des actes solitaires ; et pourtant, que n’avons-nous pas fait, et que n’avait-on pas osé avant nous, puisque la famille avait trouvé en Italie un médecin pour exécuter l’ablation du clitoris ; opération barbare, qui n’avait produit aucune amélioration. Cependant Grafe, de Berlin, fût plus heureux
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que l’on est chargé d’observer. L'âge est à considérer, tant pour le pronostic de leur amélioration que pour leur traitement moral , et pour reconnaître la partie d’éducation qui leur peut être le plus fructueusement applicable.
Dire, comme on l’a fait, comme on le fait encore à des parents, votre enfant marchera, parlera, lira, écrira, etc,, etc. , à 3, à 7, à 14, à 18 ans, c’est le propre des charlatans, c’est remplacer la prévoyance par la fatalité, la logique par l’absurde. Si l’homme, à l’état sain, n’apprend rien seul, comment l’idiot, par la seule puissance de l’âge, apprendra-t-il? Pour l’enfant ordinaire, est-ce l’âge qui l’enseigne, ou la chanson de sa nourrice, le conte de sa grand’mère, la leçon de son précepteur ? Si l’idiot n’est pas accessible aux premières leçons de l’enfance, par quel procédé mystérieux les années lui ouvriraient-elles les portes d’or de l'intelligence ?
Sortons donc au plus tôt de cette hypothèse mensongère (qui flatte les familles, et les frappe en même temps dans ce qu’elles ont de plus cher), pour entrer dans la réalité de la question.
Oui, l’âge est un fait important à considérer dans un idiot ; d’abord parce que plus il est jeune et plus on a de temps devant soi pour modifier sa constitution ; et ensuite parce que, selon l’âge* certains moyens de développement, commencent ou cessent de devenir possibles.
§ I. — De la première enfance.
Dès les premiers temp après la naissance, l’enfant ordinaire commence à tenir sa tête, puis à voir, puis à entendre, puis à étendre et à élever ses petits bras ; et enfin, il
tUne jeune fille était arrivée à l’âge de quatorze ans, sans avoir donné le moindre signe d’intelligence, par suite de la masturbation qui avait commencé dés la plus tendre enfance. Grafe, imitant la pratique de Levret, opéra l’excision du clitoris. A la suite de cette opération l’intelligence de la jeune fille prit son essor, l’éducation pût être commencée, et au bout de trois ans, elle sût parler, lire, compter, exécuter plusieurs travaux manuels et même jouer quelques morceaux faciles de piano » (Lallemand, Des pertes séminales, t. I, p. 425).
A résultats égaux, pour le moins, ne doit-on pas préférer mon traitement moral et gymnastique à une mutilation ?
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peut déjà serrer avec force un objet d’un volume et d’un poids relatifs à la dimension de sa main. Comment suis-je obligé de faire remarquer à des mères, à des médecins, que ces premiers signes font défaut dans tous les cas d’idiotie congéniale ? Ici, la tète, avec tout le reste du corps souvent, manque de soutien, sans compter qu’elle peut affecter et conserver des formes anormales ; l’enfant ne recherche point la lumière, ne s’agite point au bruit ; et plus tard, ses dents de lait ont précédé ou suivi de loin l’époque assignée par la nature à leur éruption : les dents suL vantes, incisives, moyennes et latérales, petites et grosses molaires se présenteront aussi irrégulièrement.
Vers le douzième mois l’enfant ne s’essaye ni à marcher, ni à émettre des sons. L’ossification des os, celle du crâne et de l’épine dorsale en particulier, est lente ; les menbres sont souvent maigres, faibles et mous, l’abdomen est dur, l’appétit irrégulier, la salivation abondante et continuelle, les coliques apparaissent, la diarrhée ou la dysenterie sont fréquentes, les convulsions possibles. Et rien de tout cela n’est prévu ! Et il faut prévoir et conjurer tous ces symptômes !
Quelques-uns d’entre eux, il est vrai, sans présenter un caractère d’imminence, ne sont que comminatoires ; d’autres, comme la dentition trop hâtive ou trop lente, ne laissent rien à faire pour les combattre; mais, symptômes accessoires d’un mal possible, si non certain, que n’éveiL lent-ils l’attention, que ne fixent-ils la surveillance sur le terrible en cas dont les signes dévastateurs sont recélés souvent pendant un et plus dans les organes avant de se produire sous leur désolante physionomie : Je veux parler des convulsions.
Les convulsions ne paraissent pas toujours dès les premiers temps de la vie ; et, quoiqu’il ne faille pas confondre avec elles les mouvements spasmodiques dont les bras et la face des nouveau-nés sont affectés très souvent, ces mouvements doivent être surveillés avec soin, et faire redoubler les soins que l’on porte au vêtement, au coucher, à la nourriture de l’enfant surtout ; car ils sont souvent précurseurs des désordres nerveux qui éclatent plus tard.
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Donc les convulsions proprement dites, qu’elles éclatent peu après la naissance -ou plus tard, sont un des maux les plus redoutables dans le bas -âge ; les enfants qu’elles ne tuent pas restent presque toujours frappés par elles d’une grande somme d’incapacité, et quelquefois d’une idiotie complète.
Legrand malheur en pareil cas vient de ce que les parents ouïes nourrices n’ont rien fait pour prévenir cette perturbation ou l’ont provoquée par leur ignorance et leurs soins mal entendus. Le manque d’air respirable, l'air humide surtout, le lait rendu malsain par la gestation de la nourrice ou par ses violences, ses chagrins, son état d’ivresse; les couchers humides ou fétides, la compiession dans des langes trop exigus, une chute sur la colonne vertébrale on sur la tète, la titillation, trop fréquente hélas ! des organes de la génération des jeunes enfants par les bonnes et les nourrices qui cherchent à les endormir etàselesaffectionner presque toutes par cet odieux moyen et sans penser à mal, telles sont les principales causes externes, et je dirai presque volontaires, des convulsions du premier âge : autant de circonstances favorables au développement de l’idiotie, circonstances que l’on peut éloigner sans peine, sans dépense et sans le secours du médecin.
Mais il est juste d’ajouter que toutes les convulsions du premier âge ne tirent pas leur origine d’une de ces causes extérieures, et que j’appelle volontaires à dessein d’appeler sur elles l’attention des personnes responsables de l’avenir de l’enfant : personnes de qui il dépend, jusqu’à un certain point de les éviter. Nul doute, en effet, que certains enfants n’arrivent au monde avec les germes de ces redoutables crises. De ce nombre sont ceux qui ont des tubercules dans les intestins et dans le cerveau principalement, ceux qui sont hydrocéphales ou microcéphales à un degré prononcé, et enfin ceux qui ont participé utérinement aux secousses nerveuses que leur mère a pu subir pendant la gestation : circonstances mentionnées dans la première partie de cet ouvrage. A ces convulsions on doit opposer un bon régime, peu ou peint de drogues, de l’exercice, des distractions variées et plaisantes, de l’air, de la
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chaleur, du mouvement. En somme, les convulsions idiopathiques ou consécutives peuvent se produire accidentellement ou périodiquement, faire tomber l’enfant dans l’idiotie, l’épilepsie ou l’hémiplégie, lentement ou tout d’un coup ; abandonnées à leur propre cours, elles cessent rarement seules et prennent un caractère épileptiforme avant l’âge de sept ans.
Aussi est-ce une désolante erreur de croire qu’il ne faut rien faire, que l’on a le temps, que les convulsions cesseront d’elles-même, que l’enfant se développera plus tard, etc. , etc... Laissez le système nerveux en proie à ces désordres, ne les combattez, ni par un régime aussi toniqne que le permettra l’irritabilité du sujet, ni par des exercices qui fortifient les tissus et activent la circulation dans les poumons, au cerveau, partout, ni par d’autres qui développent les facultés somnolentes encore, et les désordres se succéderont, s’aggraveront, se multiplieront, comme il arrive aux femmes qui ont pris en quelque sorte l’habitude des syncopes, et qui ne peuvent presque plus se passer de s’évanouir une ou deux fois par jour. Mais pour l'enfant cette habitude est, quoiqu’analogue, bien autrement funeste. A cette époque de la vie où prédomine l’encéphale, où l’activité cérébrale doit être plus développée qu’à nul autre âge, en ce moment où l’homme apprend la majeure partie de ce qu’il aura besoin de savoir pour vivre, en ce temps d’éducation pratique de la vie, vous ne trouvez rien à apprendre à un idiot, vous ne croyez pas bon de lui enseigner à regarder, écouter, toucher, sentir, tenir, goûter, flairer, marcher, monter, descendre, parler, imiter, etc., etc... Vous êtes bien aveugle, si vous n’êtes pas cour pable !
Lorsqu’un enfant est arrivé au terme de sa première année sans donner les premiers signes d’intelligence et d’activité qu’une mère épie avec tant d’inquiétude passionnée, elle ne doit sans doute pas le regarder comme un idiot; mais, dans une sage prévoyance de l’avenir, il est bon qu’elle se tienne en garde contre ce retard, qui peut n’être qu’insignifiant, ou qui peut être le précurseur de beaucoup d’autres ; et elle devra dès lors user de tous les
moyens qui sont à sa disposition pour mettre en jeu les organes inactifs de son enfant. Dès ce temps-là, en effet, ce qui se pratique d’enseignements, presqu’à l’insu des personnes proposées à la garde et à la nourriture de l’enfant, doit être précisé et tenté rationnellement. Et par exemple, s’il ne bégaie pas encore les premiers sons articulés, on doit les lui faire entendre souvent, bien accentués, rhythmés, répétés de façon à ce que les plus graves ou les plus aigus, frappent les premiers ou les derniers son oreille inattentive. Si le regard de l’enfant n’est pas vague, on choisira, pour faire cet exercice, un lieu éclairé et des syllabes labiales, et l’on attirera le regard de l’enfant sur les mouvements énergiques que l’on devra faire pour prononcer, et répéter chaque syllabe à satiété. Si le regard est vague, en même temps que l’audition (ou attention de l’ouïe) est impossible, on fera bien de dédoubler cet exercice qui en comporte deux. On transportera les exercices de paroles dans un lieu obscur et silencieux ; on les exécutera principalement le soir et le matin, avant et après le sommeil de l’enfant, de manière à ce que le sens que l’on veut éveillerhie soit pas distrait par l’activité diurne des autres sens. Pour le regard, on tentera également peu de choses le jour, sinon qu’on lui présentera des objets vivement et diversement colorés ; qu’on l’habillera et l’entourera de couleurs éclatantes, claires et gaies. On réservera pour le soir la présentation devant la pupille d’une lumière vive et dont on aura soin de modifier la couleur ; car tel enfant remarquera une flamme orangée ou violette, qui n’en verra pas une bleue ou blanche, à vivacité égale d’ailleurs. Si l’on réussit à fixer ainsi le regard, on éloigne la lumière, puis on la déplace, puis on la transporte d’un point à un autre lentement, de manière à ce que l’œil de l’enfant puisse la suivre ; puis on en éteint l’éclat, on en modifie la couleur ; enfin, on familiarise le regard de l'enfant avec les perceptions visuelles les plus normales.
Pour les mouvements, on les fait exécuter ou d’imitation, ou sur commandement, ou par incitation, ou par besoin, ou en se substituant à la volonté de l’enfant même,
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faisant à la main mouvoir toutes ses articulations, et tous ses muscles moteurs, comme il pourrait le faire lui-même s’il en avait l'intelligence, l’aptitude ou l’intention.
Toute cette partie de l’hygiène du nouveau-né est infinie dans ses prescriptions particulières comme dans les objets qu’elle embrasse selon chaque sujet; mais je ne saurais entrer dans les détails de sa pratique sans dépasser de beaucoup les bornes que je me suis prescrites ; et d’ailleurs, elle touche à l’éducation par tant de points, qu’il me suffira plus tard d’en poser les principes généraux, pour que les mères, qui ont l’intelligence du cœur, en comprennent toutes les applications. Je ne saurais non plus qu’indiquer la nature des soins que réclame l’enfant qui, postérieurement à la première année de sa vie, continue à rester en retard sur les progrès qu’accomplissent les enfants de son âge : autant de sujets, autant de variétés d’arriération. De 12 à 18 mois, l’enfant doit s’ètre dressé sur ses petites jambes et essayer de marcher; il a vu, reconnu les personnes et les choses qui l’entourent, qui le servent ou qui lui servent; il localise déjà les objets, les approprie à leur usage, établit entre eux des rapports tantôt exacts, tantôt bizarres ; sa curiosité à s’enquérir est extrême ; sa main suit tous les contours, pénètre toutes les profondeurs ; ses doigts cherchent à s’insinuer dans les moindres fissures'; il prend véritablement à cette époque possession du monde réel. Les personnes n’ont encore pour lui qu’un attraifi médiocre et relatif à ses besoins; il ne recherche l’inconnu que dans l’ordre matériel, ne regarde, ne caresse, n’aime, ne fréquente avec plaisir que les individus avec lesquels une longue suite de rapports, qui tous lui ont été utiles, l’a familiarisé; mais déjà il sait le nom de ces dernières, les reconnaît à leur présence et à leur appellation, regrette leur absence, essaye de les nommer. Sa parole ne se compose encore que d’une succession de sons bisyllabiques ; mais ces sons, si peu variés qu’ils soient, sont déjà appliqués juste aux choses et aux personnes, et les personnes qui les entendent journellement commencent à les comprendre. Les sentiments d’affection, d’équité, d’autorité, de devoir, ne font pas défaut non plus,
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si l’on a soin de les cultiver ; les instincts sem ontrent déjà et, avec eux, l’accaparement et la destruction des choses, la violence ou la douceur naturelle à l’enfant, la colère, les ruses de toutes sortes se donnent carrière ; enfin la petite politique de l’enfant dresse déjà ses batteries pour subjuguer l’autorité paternelle (1).
Chez les enfants plus ou moins arriérés, chez ceux qui sont destinés à rejoindre les autres, comme chez ceux qui resteront toujours inférieurs, ces manifestations de l’intelligence et, avec elles, toutes les manifestations régulières de l’activité, demeurent comme suspendues, ounese montrent que de la façon la plus obscure. Les uns ne saisissent pas encore les aliments avec leurs premières incisives ou avec leurs lèvres, ne les pétrissent point sous la double pression delà langue et du palais, sont incapables de déglution des solides, ne savent ou ne peuvent même rien porter à leur bouche que leur poing pour le sucer ou le mordre ; les autres ne servent de leurs mains que pour porteries objets répugnants à leur bouche, qui bave incessamment ; beaucoup ne peuveut encore se tenir debout ou assis, et vivent couchés ou portés à bras ; il faut aux uns et aux autres, à tous, des moyens particuliers de commencer l’exercice de ces fonctions absentes, et d’entrer en rapport utile avec ce qui les entoure, et avec ce dont ils ont déjà besoin.
A deux ans, nouveaux retards et nouveaux procédés à employer; à trois, à quatre, à cinq ans, d’autres différences, plus tristes à reconnaître, isolent l’enfant de ses camarades, et commandent de nouveaux moyens d’alimenter son activité languissante ou distraite. Toutes les ressources de l’hygiène sont nécessaires alors : sucs nourrissans, action répétée, air et habitation sains, exemples heureux et frappants, incitations de toutes sortes, tel est l’appareil des moyens que l’on peut opposer à l’état d’arriération d’un enfant, moyens qne l’hygiène prescrit et que l’éducation physiologique précisera, moyens qui devront varier, d’ailleurs, selon les circonstances de lieux, de saison, de personnes, de fortune, etc Mais en ce temps-là,
(1) Les enfants au berceau, dit saint Augustin, sont déjà pleins d’artifices.
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surtout si l’enfant a eu des convulsions et y est encore sujet, que l’on se garde bien de chercher à lui donner une éducation prétendue intellectuelle : le ^lus souvent on n’y réussirait pas, tandis que, d’autres fois, on surexciterait les masses nerveuses, on aggraverait, on provoquerait de fâcheux symptômes. Que de choses, d’ailleurs, n’a-t-on pas à lui apprendre avant de lui faire répéter la fable du Renard, et du corbeau : triste et fréquente allusion à son état ? Car, tandis qu’on développe en lui la mémoire, faculté inutile, et nuisible même si elle n est la compagne de facultés de l’ordre rationnel, on laisse échapper le moment de remédier au désordre ou à l’inaction des fonctions essentielles, sans lesquelles les aptitudes cérébrales ne se développent jamais complètement plus tard. A cet âge donc, et c'est d’abord pour cela que l’âge est à considérer dans un idiot, on peut, concurremment à l’hygiène spéciale que réclame l’état de l’enfant, commencer son éducation physiologique, régulariser ses fonctions, lui créer des habitudes et des aptitudes, le rendre en partie aux usages, à la vie commune, à lui-même.
§ II. — De la seconde enfance.
Cet âge, qui commence à sept ans pour les enfants ordinaires, a pour signe précurseur, la chute des dents de lait. Chez l’idiot, cette seconde phase de la dentition est encore moins régnlière que la précédente. En outre plusieurs conservent le tissu cellulaire graisseux du premier âge, tandis que dans le plus grand nombre, ce tissu s’affaisse, sans que pour cela le système musculaire ait acquis plus de fermeté et de contractilité ; c'est en vain que l’appareil digestif et l’appareil circulatoire se sont enrichis j pour ces pauvres êtres, l’âge des sauts, des courses, des promenades et des jeux sans relâches, sans fin, est l’époque de l’appétit vorace et malpropre, des digestions laborieuses et somnolentes, le moment où l’inaptitude, se repliant sur elle-même, commence à se plaire dans son néant.
Vraiment il serait fâcheux de.troubler ces joies de l’abdomen, cruel de faire lever l'enfant avec ou avant le jour
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selon la saison, marcher qui veut rester accroupi, travailler qui ne veut rien faire ; attendez l’adolescence, attendez la puberté ; les voici venir qui compléteront de leurs doigts vigoureux la statue repoussante que votre aveuglement a ébauchée.
Ce n’est pas moi, Dieu merci! qui enseigne cette doctrine fataliste, c’est tout le monde ; et pourtant, que de ressources n’offre pas la nature à cet âge où l’existence est si vivace. Tous les exercices du corps sont bons, sauf ceux qui peuvent immobiliser l’idiot impassible, et ceux qui pourraient ajouter à l’excitabilité des idiots agités de mouvements mécaniques ou spasmodiques.
L’arsenal du colonel Amorose peut donc être mis, mais non entier, au service de l’enfant, d’une part, tandis que les exercices et le régime que j’ai prescrits, comme favorables au premier âge, peuvent être appliqués à celui-ci, s’ils ne l’ont déjà été antérieurement ; et d’autre part : l’éducation des fonctions doit alors être donnée comme le principe, comme la base de l’éducation intellectuelle ; à chaque notion on doit attacher une idée, un besoin, un devoir ; et de plus encore, le régime alimentaire peut, sans inconvénient, être amélioré, rendu plus tonique, plus fortifiant, parce que la croissance continue et ascendante du sujet le réclame ainsi, et que les accidents inflammatoires, si fréquents dans le premier âge, ont presque cessé de devenir menaçants. Le régime hygiénique que comporte cette seconde période de l’enfance, doit donc différer de celui que réclame la première, 1° en ce qu’il sera plus fortifiant; 2° en ce que l’éducation physiologique y tiendra une plus large place ; 3° en ce que surtout l’éducation intellectuelle, pourra commencer à y être mêlée sous les formes les plus sensibles et les plus facilement perceptibles par l’idiot. Il y a loin, comme on le voit, de ce traitement assis du au laissez faire , laissez passer , des docteurs fatalisants : mais est-ce ma faute ?
§ III — De l’adolescence et de la puberté.
L’adolescence est comme une ligne variable en étendue,
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un point de repos long ou imperceptible, placé par la Providence entre l’enfance qui croît et la puberté qui veut déjà produire.
Loin des émotions hâtives de la vie civilisée ou loin des ardeurs du soleil vertical, l’adolescence, qui a pour effet une sorte de maturation de l’enfance, dure quelques années pour les garçons et un peu moins pour les filles. Cette époque, particulièrement propre au développement de l’esprit, a été choisie à bon droit par les pédagogues comme la plus favorable à l’incubation de leurs leçons. Elle pourrait être avantageuse aux idiots qui auraient été négligés jusqu’à cet âge, si on savait la mettre à profit : par l’éducation morale on les assouplirait à des règles qui permettraient pour le moins plus tard de les conserver sans dégoût et sans danger au coin du foyer domestique ; par l’éducation intellectuelle on les rendrait aptes à devenir utiles, agréables à leurs proches ; mais telle n’est pas l’opinion reçue, et j’ai tort sans doute. Car, voici la puberté qui s’empare de votre œuvre informe, et jugez si vous n’avez pas bien fait d’attendre tout du Temps , ce grand maître qui fait tant de choses.... ! quand on ne se croise pas les bras pour le regarder passer.
L’idiotie se confirme alors dans tous ces caractères. Plus de paralysies imprévues, plus d’épilepsie soudaine, plus de crainte à avoir, mais aussi plus d’espérance. Si l’aspect des sujets de cet âge varie, si les uns inspirent de la pitié et les autres du dégoût, cela tient uniquement au plus ou moins de soins et d’affection dont ils ont été entourés ; si l’on n’a rien fait pour eux, si on les a maltraités, négligés, repoussés, il sont brutaux, entêtés, malpropres, impudemment salaces et hideux : si on les a choyés, rappropriés, flattés, ils se montrent astucieux, exigeants, caressants et colères selon le besoin, rangeurs et propres quelquefois jusqu’à la minutie, ils poussent même très loin la pudeur du vice , sinon celle de la vertu , et on ne les surprend pas facilement dans leurs actes solitaires si fréquents qu’ils soient ; en un mot, leur présence, supplice constant des personnes de la famille qui se sont faites leurs très humbles serviteurs, est presque indifférente aux
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étrangers avec lesquels ils n’aiment guère à communiquer.
De 1a une différence dans la forme, non de l’idiotie, mais de l’idiot, qui a séduit plus d’un Brid’oison de la science. Mais au fond, et non dans la forme, routine de salon ou routine d’hôpital, lemalheureuxn’en estpas moins idiot; ses instincts sont impérieux, violents, exclusifs; son intelligence se ferme à la plus légère provocation à la pensée, (comme les yeux de plusieurs se ferment quand on veut les contraindre à regarder) ; les passions, non de l’homme, mais delà brute, entretenues par une alimentation énergique dans un être qui ne dépense ses forces, ni par l’activité musculaire, ni par l’activité cérébrale débordent en un flux hideux, dont on a hâte de cacher la source impure, quand elle ne se relègue pas elle-même dans l’ombre, où elle se tarit avec la vie.
§ IV. — De la virilité.
Car il n’y a pas de virilité pour l’idiot (vir de vis ), la virilité, la force, leur sont étrangères ; et la puissance musculaire, que est le rare attribut de quelques-uns, ils n’en ont pas conscience, et ne s’en servent que dans les moments de violences où ils ne se connaissent plus et où il faut les lier ou les fuir.
Que faire alors pour eux sinon les plaindre et les secourir, satisfaire à toutes leurs légitimes exigences pour leur créer un bonheur que les animaux n’envient pas quand ils appartiennent à un bon maître, et que les idiots envieraient pour la plupart, s’ils avaient conscience de ce qui leur manque et de ce qu’ils souffrent. Heureusement pour eux, le Temps, que l’on a évoqué en leur faveur, arrive enfin, non pour les guérir, comme on espérait ou feignait d’espérer de lui, mais pour trancher de bonne heure un fil donc letissu inégal et inutile a traîné au hasard dans les bas fonds de la matière organisée.
§ V. —* Pronostic à tirer de l’âge d’un idiot.
Les règles de l’hygiène doivent être suivies en ce qui
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regarde mes élèves, d’abord parce qu’ils sont homme, ensuite parce qu’ils sont idiots; d’abord dans leurs principes généraux, ensuite dans les détails qui leur sont spécialement applicables ; d’abord comme condition sine quânon de santé et de longévité, ensuite comme condition première de traitement moral et d’éducation.
C’est pourquoi l’hygiène des enfants dont il s’agit devra varier selon leur âge comme selon leur tempérament, et aussi selon la phase d’éducation et de traitement moral à laquelle on sera arrivé.
C’est ainsi que la nourriture, le vêtement, l’aération seront toujours donnés dans un rapport exact avec la nature des travaux auxquels l’enfant sera soumis ; c’est ainsi que, dans le premier âge, on se gardera d’exciter, par des exercices longs et violents, une transpiration trop abondante; que, dans la seconde enfance, on évitera les longues abstractions de l’intelligence, surtout pendant les grandes chaleurs ; que l’on évitera les aliments excitants aux approches de la puberté ; c’est, enfin, en suivant les règles les plus logiques de l’hygiène, que l’on secondera puissamment (par les efforts de l’organisme se régénérant) le développement et la régularisation des fonctions et des aptitudes normales : en somme, plus l’idiot est je une, etplus est grande l’influence d’un régime suivi de bonne heure et longtemps.
Pour nous résumer sur cette importante question Nde l’âge, sur laquelle nous ne pourrons plus revenir quand il s’agira de déduire les principes de notre méthode d’éducation positive, répétons d’abord que l’hygiènedoit varier avec l’âge de chaque sujet, et ajoutons que plus l’enfant est jeune, plus l’hygiène spéciale aura d’action, plus l’éducation sera facile et pourra être complète. Au premier âge, les jeux et les mouvements libres, faciles, volontaires; au second, les notions précises, les connaissances positives, bases de l’éducation positive ; à la jeunesse, les déductions logiques, les applications réelles et utiles des aptitudes et des connaissances acquises précédemment; et, dans tout le cours de cette progression, les habitudes normales, les sentiments moraux, humains, généreux, compatissants, aimables, tel est, en quelques mots, le programme du traite-
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ment qui doit corroborer en quelque sorte l’hygiène spéciale à chaque époque de Tendance des idiots.