‹ Traitment moralChapitre 42 sur 97 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

De l’hérédité.

Aux causes connues de l’idiotie, ou aux circonstances fréquentes dans lesquelles on la voit se produire, on ne

DE l’HÉRÉDILÉ.

saurait refuser de joindre l’hérédité ; non pas toujours dans le sens direct et précis de la filiation, c’est-à-dire du père au fils ; mais dans un sens plus étendu dont je vais donner l’explication. On ne conteste plus l’influence que la santé des parents exerce certainement sur l’organisation des enfants, et les influences héréditaires ne sauraient être l’objet de la moindre hésitation; la forme du visage et des extrémités des membres en sont les signes les plus sensibles pour le vulgaire ; l’analogie dans la voix, les gestes, la tournure, bien qu’accrue par l’influence de l’imitation journalière, la décèlent également; cette influence se retrouve dens les prédispositions morbides telles que le rachitisme, la scrofule, la phthisie, les dartres, la manie, la pierre (voirie chapitre de Montaigne sur lui-même à ce sujet); elle jette et étend les vastes racines des infirmités les plus hideuses dans les vallées de la Suisse et des Pyrénées, où la configuration du sol réunit forcément des couples qui devraient être divisés ; elle produit ici des types d’une beauté inaltérable, là des dégénérescences qui s’agravent et s’étendent avec les siècles ; mais a-t-on raison de conclure du fait de l’hérédité, fait trop irrévocable malheureusement que ce fait est limité du père au fils sans autres connexions avec la famille entière ?...

Je ne le pense pas en général, et, pour ce qui regarde les idiots en particulier, je suis certain que d’autres influences de consanguinité se font également sentir. Ainsi je n’ai jamais eu à soigner, que je sache, d’idiot, fils d’idiot, ni même fils d’imbécile ; tandis qu’il m’est arrivé fréquemment de connaître ou de voir dans la famille d’un de mes élèves, une tante, un oncle, et plus souvent encore un aïeul atteints d’idiotie, de folie ou d’imbécillité pour le moins. Gette circonstance, que j’ai rencontrée maintes fois dans ma pratique et qui n’a jamais été signalée jusqu'à présent, mérite donc de fixer l’attention des pères de familles et des savants ; d’abord, parce qu’elle pourra servir à empêcher que de pareils résultats se renouvellent en faisant éviter que deux races frappées d’idiotie, quoiqu’à un degré éloigné, se rapprochent volontairement,

DE L’IDIOTIE

sachant de quel malheur cette union peut les frapper ; ensuite, elle servira peut-être à expliquer aussi d’autres vices héréditaires, que la filiation directe ne justifie pas, et qui tirent évidemment leur origine d’une consanguinité plus éloignée (1).

Je ne dis point ceci pour nier l’influence de l’hérédité directe, à laquelle je suis disposé à croire, bien que ma pratique ne m’en fournisse pas d’exemple. Ces exemples seraient peut-être fréquents, si l’idiot n’était pas d’ordinaire relégué clans l’isolement. Il est d’ailleurs plus difficile quon ne saurait se l’imaginer de suivre la filiation de ce phénomène : souvent ce n’est qu’après plusieurs années de soins donnés à un enfant que j’ai su par hasard, que son oncle ou son cousin germain était enfermé à Charenton ; s’il se lût agi de son père ou de sa mère, ne m’eut-on pas encore mieux caché cette circonstance décisive ? Le docteur Duprat, qui a été à même d’étudier le crétinisme, comme Fodéré dans sa propre patrie, n’a pu voir qu’un cas de rapprochement fécond de deux crétins. C’étaient un frère et une sœur jumeaux, crétinisés au plus haut degré, relégués l’un et l’autres seuls dans une manière d’écurie. Sans autres instigations que celles de l’animal, la copulation et la fécondation eurent lieu entre ces deux créatures informes, mais, M. Duprat quitta le Valais peu de temps après, et il n’a pu se procurer depuis aucun renseignement sur le résultat de ce triste accouplement. L’enfant de ces deux crétins, était-il crétin lui-même ? l’est-il devenu postérieurement à la première enfance, est-il un de ces robustes et actifs montagnards qui défient l’influence endémique? qui sait; qu’importe; est-ce qu’on s’occupe de ces choses là !

(1) M. le Dr Portai a signalé une semblable manifestation de l’hérédité dans la grande famille des affections scrofuleuses, dans laquelle il comprend les tubercules en général, la carie et le cancer.

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