‹ Traitment moralChapitre 62 sur 97 · PRINCIPE GÉNÉRAUX · texte numérisé non relu

PRINCIPE GÉNÉRAUX

chef-d’œuvre, s’il est écrit comme l’Émile et basé sur les vrais principes de la physiologie et de la psychologie.

Mon but à moi est plus modeste sans doute ; mais, bien que je né m'occupe que des pauvres enfants idiots, je rougirais de prendre pour base de mon enseignement les artifices mnémotechniques à l’aide desquels on entreprend les éducations ordinaires. Tandis que toutes les sciences sont en progrès, sinon sous le rapport synthétique, au moins dans la voie de l’analyse, de l’observation et des découvertes, alors que l’anthropologie s’est enrichie de faits nombreux et de hardies hypothèses ; ne serait-il pas étrange que l’éducation, celle surtout qui a la prétention de porter la lumière dans les esprits les moins perméables de la pensée, n’eûtrien à emprunter aux découvertes et aux doctrines les plus récentes des anthropologistes? Tout au contraire, si l’éducation des masses peut être améliorée, si 1 educatton des idiots en particulier peut être essayée avec quelques succès, c’est en appelant à son aide toutes les ressources de la science la plus avancée ; religion, philosophie, psychologie, physiologie, hygiène, toutes doivent être mises à contribution et concourir à former un corps de doctrine pédagogique dont les formules puissent être appliquées, comme le sont celles du Codex aux cas pathologiques que traite la médecine proprement dite. Un tel formulaire est long et aride, je le sais ; il répugne aux habitudes d’esprit de l’époque où j’écris, j’en conviens; mais il ne saurait être rédigé comme un roman : il veut une forme brève et claire, je tâcherai d’être bref et clair; il embrasse tous les modes de vitalité de l’individu, je ferai en sorte de n’en omettre aucun ; il doit prévoir toutes les anomalies que les idiots peuveut présenter, je tâcherai de montrer en peu de mots comment on peut les corriger presque toutes.

L’éducation doit embrasser tous les modes de vitalité de l’individu, ai-je dit; cela est vrai absolument, et ne souffre d’exception pour ce qui nous concerne qu’en ce sens, que certains modes de vitalité sont plus particulièrement du ressort de l’hygiène, et que nous en étant occupés dans la seconde partie de cet ouvrage, nous la négligerons ici ;

DE L’IDIOTIE

l’éducation doit prévoir toutes les anomalies que l’idiotie peut présenter ; pour cela il nous faudra revoir et consulter souvent, et compléter peut-être, le cadre monographique de l’idiotie sur lequel toutes nos observations seront en quelque sorte décalquées ; là se trouvent les exceptions, les bizarreries, les excentricités du mal, et l’on trouvera dans la pratique de l’éducation des fonctions le remède physiologique.

Mais, avant d’entrer dans le détail envisageons un instant, avec le but que nous nous proposons, le principe même sur lequei se fonde notre théorie. Les formules d’éducation actuellement acceptées sont ridicules ou odieuses ; ridicules, quand elles produisent des rentiers incapables et vains ; odieuses, quand elles atrophient dans les masses, qui ont besoin de leur aptitude pour vivre, les facultés et les fonctions les plus précieuses etles plus nobles. Il ne s’agit donc de rien moins, (à propos d’idiotie pourtant !) que de poser de nouveau le problème de l’éducation. Le problème de l’éducation est aujourd’hui : Etant donné un individu ou un peuple, n’importe, développer ses appareils de manière à ce que ses fonctions acquièrent le plus d’activité, de rapidité, d’étendue et de précision possibles ; fonctions cérébrales, fonctions musculaires, fonctions sensoriales, organes de la pensée, du mouvement, des sensations ; fonctions du corps et de l’âme, main-d’œuvre, intelligence et moralité, l'éducation doit tout embrasser.

Pour les enfants ordinaires, ce problème multiple dans ses termes est simple dans sa solution ; il ne s’agit pour eux que de régulariser l’usage d’organes sains, et d’étendre le champ dans lequel leurs fonctions s’accomplissent librement, volontairement et presque toujours facilement. Pour les idiots, le problème n’est pas seulement multiple comme le sujet qu’il se propose, il est encore compliqué d'un second problème, d’une inconnue, dont le terme impalpable, insaisissable, difficilement appréciable par ses symptômes extérieurs, laisse touiours une grande incertitude sur les résultats définitifs de l'emploi de la méthode, quels que soient d’ailleurs les premiers succès qui aient cou-

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