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DES NOTIONS ET DES IDÉES

Ce que l’on décore du titre d'idées sensibles, jce sont tout simplement des notions. Ce principe, implicitement posé dès le commencement de ce travail, a servi de limites à nos premières études, comme il servira de point de départ à nos secondes ; son importance, dans la question de l’idiotie, est telle que je ne saurais le passer sous silence dans ce résumé rapide de ma méthode ; car il est, avec la théorie de la volonté (dont je parlerai dans le traitement moral) la clef de tous mes travaux psychologiques.

Cette distinction, établie entre les notions et les idées, ne ressemble en rien à l’analyse (que je me garde bien d’entreprendre) des facultés intellectuelles proprement dites. Mais s’il est bon pour nous d’éviter ces analyses qui n’enseignent rien de pratique ; si les abstractions que l’on appelle attention , comparaison , jugement , etc., ne sauraient être l’objet d’une éducation distincte et sans confusion ; il n’en est pas de même des opérations que ces facultés, réunies ou séparées, accomplissent. Ces opérations n’ont, elles, rien que de très positif : leurs résultantes sont les notions et les idées.

Je vais essayer de dire les différences qui les distinguent, et dont j’ai tiré de précieux enseignements pour la pratique.

Et d’abord, les sens sont les agents immédiats des notions, l’intelligence est l’agent immédiat des idées. Mais la différence capitale entre une notion et une idée, c’est que la première apprécie les propriétés physiques des choses, et la seconde leurs rapports ; que l’une apprécie l’identité des corps, et l’autre leur corrélation réelle et possible. Ainsi, l’enfant mis en présence d’un objet inconnu acquiert par les sens les notions de la figure, de l’agencement, de la dimension, de la sonorité, de l’odeur ou de la saveur de l’objet, mais il n’en acquiert Vidée que par l’intelligence des rapports possibles ou existants de cet objet avec les phénomènes qui lui sont ou qui lui peuvent devenir corrélatifs ; et, par exemple, un enfant ou un idiot, n’importe, acquerra très bien la notion d’une clef, c’est-à-dire qu’il distinguera cet objet de tout autre, tel que table, marteau,, etc., mais il n’aura l’idée d’une clef qu’autant qu’il connaît

DE LJ IDIOTIE

tra les rapports de la clef avec la serrure : Vidée est ici comme partout (dans l’ordre concret, bien entendu), la résultante du contact des deux notions , clef et serrure : leur rapport, leur raison d’être, leur destination.

Par la notion , l'enfant distinguera la clef entre plusieurs autres, et toutes les clefs entre des objets différents ; par Vidée, il saura s’en servir, et le pourra même, dès qu’il en aura la volonté.

D’où il suit, que non-seulement les notions et les idées sont des résultats fort distincts d’opérations intellectuelles, mais encore que l'enseignement des notions doit précéder celui des idées.

Il résulte une seconde différence de cette première, c’est que la notion est une opération passive ou de perception, et Vidée une opération active ou de déduction.

Une troisième différence, c’est que la notion a pour base d’opérations les sens , tandis que Vidée procède du raisonnement. Enfin une quatrième différence, c’est que l’on peut jusqu’à un certain point, mais presque toujours, contraindre les sens à percevoir une notion , parce que les sens sont susceptibles de direction matérielle, tandis que l’on ne saurait contraindre le raisonnement à fonctionner; par conséquent, les notions s’imposent, mais non les idées.

En somme, je dis que les idées ne s’imposent pas, et j’ajoute qu’il n’est pas sûr qu’elles se transmettent. On peut provoquer la pensée chez son semblable, mais on ne l’éveille que dans sa limite de compréhension. Pour ma part, et quelques efforts que j'aie faits pour donner un démenti à cette assertion, controversable d’ailleurs, je n’ai jamais donné à un homme, idiot ou non, une idée ; j’ai présenté à son esprit des rapports de concret à concret, de concret à abstrait, d’abstrait à abstrait, son intelligence a saisi ces rapports, a formulé la résultante; l’homme, ou l’idiot, ont pensé, mais pensé proprio motu.

Tandis que les notions , il est bien évident qu’on les peut imposer presque à tout le monde, presque toujours. A des enfants qui n’avaient d’autres besoins que celui de rester dans le néant de l’abrutissement, j’ai bien certes

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