‹ Traitment moralChapitre 82 sur 97 · CHAPITRE XLVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVII

Du traitement médical appliqué aux idiots.

« Quand y il aurait, dit M. Leuret (1), une véritable altération du cerveau chez les aliénés, le traitement moral, le traitement par les idées et les passions, serait encore celui qui offrirait le plus de chances de succès. Voyez, en effet, ce qui se passe chez les idiots; il y a presque toujours dans leur cerveau un vice congénial ou acquis ; est-ce par des agents physiques ou par l’éducation que l’on parvient à donner quelque développement à leur intelligence ? les agents physiques ne seraient d’aucune utilité, on ne songe pas même a y recourir ; les agents moraux, employés avec a Iresse et ténacité, produisent au contraire, dans l’intelligence et les passions des idiots, des changements presque merveilleux. »

Qui douterait qu’après un jugement aussi absolu porté par un homme aussi souverainement compétent en pareille matière, le traitement médical ait cessé d’être appliqué

'!) Traitement moral de la folie, Paris, 1840, p. 154.

DE L’IDIOTIE

aux idiots ? Il n’en est rien cependant ; la médecine courante (1) se cramponne aux idiots, et ne prétend les lâcher que quand elle les a suffisamment purgés, saignés, cautérisés, emplâtrés pour que l’idiotie lui ait rapporté tout ce qu’elle peut raisonnablement en attendre. Tous les jours je suis témoin de ses exploits en ce genre ; je vois de pauvres idiots de huit, douze, quinze ans, auquels elle met un cautère tous les printemps, d’autres auxquels elle applique mensuellement des sangsues, les laissant d’ailleurs manger ou plutôt dévorer la nourriture de deux hommes, et elle fait bien : l’excès de nourriture nourrit les sangsues, et les sangsues engraissent le docteur. Je ne mentionne que pour mémoire les poudres, les élixirs, les sternutatoires, les bains de mer, je salue en passant l'inévitable somnambule, et je dis 1° que tous ces remèdes sont, selon la malheureuse expression de M. Belhomme, des moyens de traiter les idiots’ mais non de les guérir ; 2° que les médecins qui emploient ces moyens ne sauraient être supposés assez ignorants pour qu’on les croie sincères et consciencieux dans leurs tentatives de traitement par les saignées, les moxas, les caustiques; 3° que le traitement médical est inutile ou insuffisant quand il se borne à des prescriptions dites anodines ou hygiéniques ; 4° qu’il est dangereux et barbare quand il indique comme moyens de guérison de l’idiotie des débitants comme les saignées, ou de prétendus dérivatifs très-douloureux, qui ne dérivent rien ; 5° que toutes ces tentatives avortées de traitement prétendu médical ont pour effet, (outre celui d’affaiblir les sujets qui y sont soumis et de les faire souvent cruellement souffrir), de détourner l’attention des familles du véritable traitement applicable à leurs enfants, et de les empêcher d’avoir recours au traitement moral, le seul que ma pratique ait rendu possible, le seul qu’approuve M. le Dr Leuret pour les idiots.

(1) Je n’entends ici parler que médecins auxquels il faut des clients à tout prix; car il me serait difficile de citer un liomrne éminent dans la science, ou dans la pratique médicale, qui ne se soit fait un plaisir, de s’adresser quel- * ques idiots.

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