‹ Traitment moralChapitre 92 sur 97 · CHAPITRE LIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LIV

Réflexions.

Ce livre n’étant que le commencement d’une doctrine n’aura pas de conclusion théorique ; mais les personnes charitables pourront en tirer cette conclusion pratique que mon oeuvre a besoin d’encouragement.

Quelques réflexions suffiront pour résumer les termes de la question que j’ai soulevée.

Il y a cinquante ans à peine, ce que l’on nommait folie, c’est-à-dire l’ensemble des cas où la société retranche d’elle un de ses menibres, comme incapable ou dangereux, la folie n’avait encore été l’objet que d’un petit nombre de dissertations plus philosophiques que médicales.

L’unique. traitement médical qui se pratiquât alors était les saignées à blanc, la diète à extinction, la douche à mort. Après ce traitement, dit de l’Hôtel-Dieu, on évacuait une partie des survivants sur Bicêtre ou la Salpêtrière, les autres étaient guéris : ces derniers devaient être des buveurs tombés dans le delirium tremens. Ceuxlà la diète, les saignées et les douches les rendent encore aujourd’hui à la raison, mais ils retombent chaque année, jusqu’à ce que la démence s’en mêle.

Les médecins attachés aux prisons où se trouvaient confondus des aliénés de toutes sortes, des imbéciles, des idiots, des choréiques, des épileptiques, etc., pêle-mêle avec les condamnés, ces médecins n’entraient pas dans la prison une fois par mois.

Si quelqu’un s’occupait des fous, c’était le surveillant ou le concierge de l’établissement.

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Pinel, quand il fut nommé médecin de Bicêtre, trouva les choses arrangées ainsi :

« L’Allemagne, l’Angleterre, la France, ont vu s’élever des hommes qui, étrangers aux principes de la médecine, et guidés seulement par un jugement sain, ou quelque tradition obscure, se sont consacrées au traitement des aliénés; et ils ont opéré la guérison d’un grand nombre, soit en les asservissant à un travail régulier, ou en prenant à propos les voies de la douceur ou d’une répression énergique. De ce nombre sont : Wilis, en Angleterre ; Fowlen, en Ecosse ; le concierge de l’hospice des aliénés d’Amsterdam ; Poution, directeur des aliénés de Manosque ; Pussin, surveillant de l’hospice des aliénés de Bicêtre; Haslam, apothicaire de l’hôpital de Bethlem, à Londres. »

Pinel trouva à Bicêtre le surveillant Pussin qui traitait les aliénés de toutes sortes de la manière que cet auteur rapporte.

Et Pinel, qui avait du coeur, pensa, médecin en titre de ces mêmes aliénés, qu’il pourrait faire pour eux autant et plus qu’un simple surveillant; et pour cela faire, il ne se contenta pas de les visiter; comme le surveillant qu’il avait pris pour modèle, il vécut au milieu d’eux, les observant jour et nuit.

Et quand Pinel eût appris de Pussin comment on devait traiter les aliénés, il s’écria : « Je voudrais bien qu’en médecine on comptât pour quelque chose, comme on le fait en physique, en chimie, en botanique, un jugement sain, une sagacité naturelle, un esprit inventif dépouillé de tout autre privilège; qu’on s’informât peu si tel homme a fait certaines études d’usage ou rempli certaines formalités, mais seulement s’il a approfondi certaines parties de la science médicale, ou s’il a découvert quelques vérités utiles ... »

Pinel était tellement loyal à cet égard ( je vais faire rire bon nombre de ses successeurs ) , qu’il reconnaît que le tr alternent moral qu’il formule le premier, il l’emprunte à Pussin, à Willis, à Haslam; qu’il l’a trouvé établi et

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appliqué par des concierges à Amsterdam, par des moines à Sarragosse, etc . . .

Pinel se montre si convaincu que la médecine n’est qu’un accessoire dans le traitement des diverses sortes d’aliénation qu’il donne pour titre à son travail : Traité médicophilosophique sur l’aliénation mentale; et qu’il fait dans sa pratique des efforts énormes pour se soustraire autant que possible à la préoccupation médicamenteuse de sa profession, et pour se rapprocher des traditions du traitement moral.

Mais Pinel dépensa une grande partie de son obsevation en tentatives d’une classification qui n’a pas résisté à l’esprit analytique de celui qui pouvait faire oublier sa science, mais non son dévouement.

Esquirol parut, ou plutôt grandit à petit bruit, et s’immortalisa, pour le moment, par une classification plus complète, plus exact que celle de Pinel, mais qui laisse encore à désirer surtout sur le chef de l’idiotie.

Du reste, Esquirol est vraiment le maître de l’école actuelle 1 ) , car c’est lui qui, ne rappelant que pour mémoire (dans six volumes, énorme résumé de quarante ans de travaux) le principe d’où était parti Pinel dans le traitement des diverses sortes d’aliénations à savoir que le traitement moral était le progrès, l’honneur, l’avenir de la science moderne, c’est Esquirol qui a crée la médecine mentale.

Si la médecine mentale a été appliquée aux idiots je l’ignore, mais Esquirol était à peine refroidi dans sa gloire, qu’un esprit indépendant proclamait la nécessité de traiter l’aliénation selon son genre, et d’employer les moyens physiques contre les désordres physiques, les moyens moraux contre les symptômes moraux.

( 1 ) Le but que je poursuis ne me permet pas de m’arrêter à l’appréciation des invidualités brillantes qui ne relèvent que d’elles-mêmes dans la médecine mentale : un mot ne saurait suffire pour caractériser lestravaux des Pariset, desLelut, des Calmeil, des Baillarger, des Cerise, des Moreau (de Tours), etc. , ni ceux de ces opiniâtres praticiens de province qui, comme M. Parchappe, passent réellement leur vie avec leuis malades. D’ailleurs, Adèle jusqu’à îa An à ma périlleuse manière, j’ai tenu de plus à ce que les personnes ne tinssent pas dans cet écrit la place que je dois aux idées.

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Cette formule révolta tous les fétichistes qui s’étaient partagé mentalement la succession du défunt; ils comptaient faire payer grassement le culte qu’ils lui rendaient au moins du bout des lèvres, et voilà qu’on leur démontre qu’il faut travailler de nouveau, qu’il n’y a rien de fait, et qu’on les provoque, et qu’on les défie, et qu’on leur dit : Venez, voyez, et faites mieux que moi ( 1) . C’était intolérable.

Quelque grand que soit le bruit dans une ruche l’abeille qui butine au-dehors n’en sait rien : je donnerais quelque chose pour avoir toujours ignoré les dissensions qui agitent la ruche médicale ; mais je travaillais trop près d’elle pour pouvoir en éviter le contact.

Tous les partis me proposaient de porter ma méthode aux nues pourvu que je consentisse à ne pas m’en occuper pendant cinq ou six années : pendant ces quelques années, je pourrais, me disait-on, faire d'autres études (bien étrangères à mon sujet et à mon objet) , mais ces travaux me vaudraient un bonnet de docteur qui rendraitma personne et mon travail inviolables. L’inviolabilité me tentait au moins pour mon travail, je l’avoue ; mais cette perspective valait-elle la réalité? Je les voyais tous d’ailleurs coiffées, qui en avant, qui de côté, qui sur la nuque, de ce sacré bonnet, qui ne les empêchait pas de se mordre et de se manger les' foies entre eux, toutes dents dehors, et je ne lâchai pas la proie pour l’ombre. Une centaine d’enfants doivent leurs progrès à cette décision qui me libéra en m’isolant.

Après Itard, qui m’avait réellement instruit, Esquirol me fut utile par la circonspection qu’il sut m’inspirer dans la pratique, mais je ne lui dois aucune initiative, aucun progrès.

Après lui, plus isolé que jamais, je continuai de marcher seul dans la voie d’Itard rectifiée.

J’observai l’idiotie : indépendamment des idées cou-

(1 ) Des indications à suivre dans le traitement moral delafolie,parLeuret, Paris 1846,in-8,

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rantes, je formulai une méthode d’éducation physiologique, je précisai l’espèce de transsubstantiation que je fis subir aux notions et aux premières études de l’idiot, pour les faire passer de l’état d’hypothèses abstraites et autres, à l’état matériel, substantiel de notions palpables, tangibles, inévitables ; je donnai un corps à ce qui n’avait qu’une apparence, et à ce qui n’était qu’une convention, je rapprochai les analogues, j’établis des comparaisons de disparates, et je donnai aux études les plus conventionnelles ce caractère de positivisme, que personne n’a contesté, que je sache, à ma méthode d’enseignement.

Pour le traitement moral, il se trouvait formulé dès 1838, dans l’opuscule que j’ai cité, et auquel Esquirol voulut bien donner son approbation.

Chaque jour je vérifiais l’application de quelque mesure hygiénique dont la santé, la force, l’intelligence de mes élèves tiraient profit, quand parut le Traitement moral de la folie par M. le docteur Leuret.

Si le nom d’Esquirol se lit à la première page de cet écrit, l’esprit de Pinel et ses idées élucidées, précisées avec une sagacité rare, en transpercent toutes les autres pages : il semble à ceux qui lisent ce programme d’une révolution, qu’en suivant la clinique d’Esquirol, son élève n’ait songé qu’à restituer à Pinel le rang suprême qui lui appartient : tant il est vrai que si la reconnaissance ne peut pas tout dire, elle ne saurait empêcher l’homme droit de bien faire.

Ainsi, tandis que, en 1840, le ministre de l’intérieur m’autorisait à appliquer ma méthode d’éducation et de traitement moral des idiots dans les hospices de Paris, M. Leuret démontrait par sa doctrine et par sa pratique, que les aliénés, en tant qu'aliénés, ne doivent être traités que par le traitement moral.

Cette concordance d’opinion, sans concert possible entre deux hommes qui ne se connaissaient pas, est un fait aussi notoire qu’important à constater.

Par cette concordance, la chaîne de la tradition spiritualiste du traitement moral, un instant rompue par la

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ligue des organo-pathologistes, se trouvait renouée ; et les traditions, si obscures qu’elles fussent d’ailleurs du traitement moral dont l’Inde, l’Egypte, le moyen âge et les temps modernes ont laissé des monuments, ces traditions reprenaient l’importance d’un principe médico-philosophique, comme Pinel l’avait si judicieusement nommé.

Mais là ne devaient pas se borner les avantages de cette concordance, ou plutôt de la division du travail dont allaient être l’objet les états particuliers, confondus par Esquirol lui-même dans son ouvrage sur les maladies mentales. D’une part, le docteur Leuret posait les bases du traitement moral des diverses sortes d’aliénation ; de l’autre, en isolant l’idiotie de ses prétendus analogues, j’élucidais un point spécial, plein d’obscurité, en même temps que je rendais quelques services individuels.

De telle sorte que dans deux ordres de faits différents, deux hommes qui ne se connaissaient pas, mais qui vivaient avec leur sujet, au lieu de s’en servir comme d’un marchepied, arrivaient à des conclusions analogues.

Je dis analogues et non pas identiques, car le traitement moral auquel M. Leuret soumet les aliénés, diffère autant de celui que j’applique aux idiots, que les aliénés diffèrent des idiots.

La plus notable des différences qui séparent ces deux méthodes, consiste en ceci, que M. Leuret nie qu’on puisse formuler le traitement moral dont il a généralisé et précisé l’emploi, « les symptômes psychologiques de l’aliénation variant à l’infini, chaque médecin possédant une aptitude différente pour les différentes indications à remplir, il s’ensuivrait que les préceptes devraient varier aussi d’après cette aptitude, donc pas de préceptes. » Telle est la plus récente conclusion de M. Leuret.

Si je reconnaissais en pareille matière d’autre autorité que celle de ma propre expérience, j’aurais aimé à me ranger à l’avis d’un si bon juge ; et, sauf à donner gain de cause à ceux qui prétendent que je possède un art, mais non une science, qui me rend capable de développer les idiots, j’aurais dit comme le médecin en' chef de Bicêtre :

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Pas de préceptes. Mais si les termes sur lesquels M. Leuret se fonde pour nier la possibilité de formuler le traitement moral peuvent être vrais quand il s’agit des aliénés, ils seraient inexacts si on les appliquait aux idiots; car deux idiots ne sauraient différer entre eux que par de certaines dissemblances de constitution ou par des plus ou des moins, tandis que le dément et l’halluciné diffèrent entre eux du tout au tout. Il suit de là que M. Leuret a eu raison d’éviter, au moins pour le moment, des formules générales, et que j’ai pu sans inconvénient donner les miennes sur le traitement moral de l’idiotie, infirmité qui est partout identique à elle-même, et qui ne diffère que par des plus ou des moins dans ses manifestations essentielles.

D’ailleurs, s’il pouvait y avoir par cela seul, supériorité de précision dans la formule du traitement moral de l’idiotie sur la formule de celui de la folie, je m’empresserais d’en reporter le mérite à la nature du sujet, qui est plus homogène, qui présente des problèmes moins complexes, et qui permettait par conséquent de formuler une solution plus identique : ce n’est pas là-dessus, d’ailleurs, qu’il est utile de s’appesantir.

Ce qu’il importe de constater, c’est que dès 1840, le traitement moral était préconisé pour les aliénés ;

Qu’à cette époque on y joignait le travail manuel, le travail intellectuel, les distractions de la musique, et du théâtre, autant qu’il se pouvait faire dans des lieux qui retentissent, depuis Pinel, des regrets auxquels l’impossibilité condamne le zèle comme le génie : « Quand il s’agit du pauvre, ce que la science indique, on le fait si l’on peut» (Leuret) ;

« Qu’aujourd'hui on ne croit plus que la pensée soit sécrétée par le cerveau, comme la bile est sécrétée par le foie ; que les mots de psychologie, de psychisme se trouvent dans des bouches qui, pendant longtemps, ne parlaient guère que d’altération, d’irritation, d’inflammation, etc.. . On ne dit plus crûment, comme on le disait naguère, que les évacuations sanguines, les exutoires, les purgatifs, le

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sulfate de quinine, font sentir au mélancolique toute l’absurdité de ses idées fixes, etc., etc. ».

C’est qu’enfin, en 1846, on arrive à cette affirmation qui s’est bien un peu fait attendre, vraiment ; l’office du MÉDECIN d’aliénés EST DE REFAIRE L’ÉDUCATION. »

J’étais, je suis encore isolé, mais je ne suis donc plus moralement seul. Ce que j’avais osé pour la petite famille des idiots, on arrive à le trouver bon, nécessaire, pour la généralité des espèces d’aliénation mentale.

Ainsi, le traitement moral était, il y a cinquante ans une tradition antique, vénérée, mais éparse, évoquée par Pinel et Daquin; on la voit aujourd’hui préconisée et appliquée pour les aliénés, formulée et appliquée aux idiots.

Et le traitement moral lui-même, que de progrès n’a-t-il pas faits depuis six ans ?....

Considéré comme moyen d’ascendant d’homme à homme, ou plutôt de médecin à aliéné, ce n’était qu’un art; précisé en passant au creuset de l’expérience, il s’empare des leviers de l’éducation et devient une science : pendant ce temps-là, l’inverse avait lieu pour les idiots ; mais il n’y avait de différence que dans l’ordre de la progression : de l’une ou de l’autre façon, la formule se complétait.

Donc, aujourd’hui, la nécessité de recourir au traitement moral appuyé sur toutes les ressources de l’éducation, est le fait culminant de toutes les théories qui s’agitent au sujet des anomalies intellectuelles : voilà le progrès, le bon, le vrai progrès, celui dont la racine plonge dans l’humus d’une tradition de quarante siècles.

Mais, est-ce à dire que la théorie doit désormais céder le pas à la pratique ?

Je ne pense que cela soit, ni relativement au diagnostic et au traitement moral de la folie, ni relativement au diagnostic et au traitement moral de l’idiotie.

Sans prétendre analyser le germe avant qu’il soit épanoui, on peut prévoir, en lisant les derniers travaux dont la folie a été l’objet, que l’on est sur la trace de nouvelles sous-divisions de l’aliénation mentale, particulièrement

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en ce qui touche les genres confondus jusqu’à présent sous la dénomination générale d’hallucination : « Il faut diviser encore, dit M. Leuret, et s’arrêter seulement quand on aura déterminé des genres de folie, qui puissent servir de guides dans le traitement de cette maladie. » C’est qu’en effet, toute division en genres qui ne peuvent pas servir de guides dans le traitement d'une maladie, est une division de fantaisie, tandis que d’une division fondée en fait, découle immédiatement une amélioration pratique.

C’est pour cette raison que sous le rapport du diagnostic, comme sous celui du traitement, la question de l’idiotie laisse également à désirer. Car si j’ai repoussé de ma doctrine sur l’idiotie les genres de fantaisie, c’est-à-dire ceux qui ne pouvaient pas servir de guide dans le traitement, ce n’est pas à dire pour cela que je croie avoir résolu toute la question.

J’ai résolu le principe de la question, à savoir que j’ai spécifié l’idiotie, et indiqué sa première division en genres distincts, et démontré théoriquement et pratiquement que son traitement était praticable ; mais je n’ai fait qu’indiquer les variétés qui ne sauraient tarder à être précisées, et je n’ai posé que les bases les plus générales du traitement moral et de l’éducation.

Je ne donne donc point mon livre comme un chefd’œuvre, au contraire, je ne l’offre que comme le commencement de quelque chose

Deux éléments manquent encore aujourd’hui pour que ce quelque chose qui a nom traitement moral pour les aliénés comme pour les idiots, acquière l’importance scientifique et charitable à laquelle il a droit.

La première, c’est le concours des hommes de cœur, auxquels j'ai dit depuis longtemps, sans jamais faire un secret de ma méthode, et comme M. Leuret lui-même : V enez , voyez , et faites mieux.

La seconde, c’est la solution imminente du problème de l’éducation :

Cette solution est imm/nente, car la société pas plus que la médecine ne saurait se contenter plus longtemps des

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pratiques mnémotechniques qui, en dehors ou sous le couvert de l’Université, négligent l’éducation des fonctions l'éducation des aptitudes, l'éducation du sens moral et artistique, et réduisent les classes mêmes qui sont privilégiées, au servage constitutionnel le plus complet, en frappant d’incapacité radicale toutes les facultés spontanées et applicables de la jeunesse vivace. Car, aussi bien, cette jeunesse se trouve, par la seule puissance de l’éteau pédagogique dans lequel on l’a comprimée quinze ans, réduite à quémander des fonctions artificielles, inutiles, coupables même, socialement parlant, au lieu d’être capable de se livrer à un travail productif et libre ; or cela ne doit pas être, cela ne saurait durer. Déjà les écoles communales de la ville de Paris, sous la direction de MM. Goubaud et Pompée, les écoles populaires de dessin, de chant et d’apprentissages de plus d’une sorte, commencent à réaliser les améliorations intellectuelles réclamées par les meilleurs esprits et indiquées dans les travaux de MM. Guizot et Emile de Girardin sur l’instruction; mais il ne s’agit encore dans cette pratique et dans ces théories les plus avancées que d’ éducation intellectuelle : l’éducation des fonctions, telle que Rabelais, Montaigne, Rousseau la présentaient, n’existe encore ni dans les livres, ni dans les écoles.

Or, la toute petite et chétive question de l’idiotie, et celle plus grosse du traitement moral attendent donc leur solution définitive de celle qui sera donnée à la question capitale de l’éducation.

Mais par un juste retour, et par une de ces compensations dont les travaux analytiques nous donnent un fréquent exemple, s’il se pouvait que dans la position relative de ces questions, la solution de la plus petite entraînât celle de la plus générale; s’il se pouvait qu’en travaillant à résoudre la modeste question de l’éducation des idiots, on ait trouvé des termes assez précis, pour qu’il suffise de les généraliser pour avoir une formule applicable à l’éducation générale

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. . . . Alors, non-seulement on aurait, dans une humble sphère, rendu non - seulement quelques services, mais encore on aurait préparé les matériaux d’une méthode d’ ÉDUCATION PHYSIOLOGIQUE de l’espèce humaine.

Il ne resterait plus qu’à l’écrire

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