LES GRANDES PLAINES
Une aire vaste, comportant plusieurs caractères divers, s'étend à l’est des montagnes Rocheuses. La partie compr.se sous le nom de Grandes-Plaines va de la bordure sud-ouest de l’a enne surface formant le bouelier canadien à la bordure est de la région m ‘agneuse de la Cordillère, Pendent de longues périodes, cette région était suus le niveau de la mer; mais une bonne partie appartenait au continent pré-cambrien aux débuts de son histoire. Il peut y avoir eu à l'ouest d’étroites bandes de terre ou de récifs, et la grande masse de débris dérivés de la désintégration de la vieille surface pré-cambrienne a été balavée dans les fosses qui séparaient ces bandes. La quantité de matières trouvées dans les couches qui représentent ces périodes anciennes de dénudation est énorme ; et à l’époque représentée par les plus vieilles roches dans lesquelles sont conservées des preuves de vie, l'aire terrienne qui formait la partie occidentale du continent avait été usée en plaine irrégulière inégale, comme nous en avons actuellement sur le plateau laurentien, Le déplacement du bordé de cette aire continentale, par l'engloutissement ou la surrection de cette vicille surface, peut être suivi dans cette région, dans une partie de son histoire, jusqu'aux temps paléozoïques. Il semble certain qu'il y ait eu avancement marin, du Pacifique, aux temps ordoviciens; mais dans la partie du continent qu’on étudie
à l'heure présente, il y a eu affaissement, et l'avancement de la mer s'est produit du eôté sud. Aux époques cambro-silurienne et silurienne, la mer couvrait une région allant des montagnes actuelles au bassin de Winnipeg, aussi bien que jusqu'au bassin maintenant occupé par la baie d'Hudson. les deux mers étant probablement reliées par un bras passant dans la dépression où se déverse aujourd'hui le Nelson. L'affaissement de l'ère dévonienne a porté la mer jusqu'à l'Aretique par voie de la vallée actuelle du Mackenzie : et toute la région sous les grandes plaines était submergée, Un recouvrement d'élévation s'est produit au Carboniférien, et l'on suppose que la mer a retraité vers le sud-ouest, laissant un chenal à haut fond qui séparait la nouvelle région terriente de la chaine ancienne de la Colombie-Britannique. Celui-ei recevait les débris des terres nouvelles, mais dans la partie surmontée par la région étudiée, il ne s'était accumulé aucune grande quantité de débris jusqu'aux débuts de l'ère jurassique alors que les dislocations côtières de la Colombie-Britannique se manifestaient dans le commencement d'un autre mouversent de plissement interne, qui crensait la tranchée et admettait la mer, du nord, au travers de la Colombie-Britannique septentrionale. Les dépôts charriés jusqu'à ee bassin formaient en général des schistes sombres finement granulés. On voit par intervalies des veines de grès, mais on croit d'ordinaire que la source de eette roche se trouve à quelque distance. A la fin du jurassique, la sédimentation est devenue périodiquement rapide. Des sables étaient lavés dans le bassin, et l'élévation de la surface était maintenue soit au-dessus où du moins au niveau de la mer, de sorte que l'écoulement continental remplacait l'eau saline dans le bassin. Les surfaces terrienpes supérieures qui subissaient l'érosion, peuvent avoir porté une flore terrestre, mais il n'en reste aucun vestige. Les platières, qui se trouvaient près du niveau de la mer pendant cette période de dépression lente, conservaient une végétation abondante qui s'est solidifiée en couches houillères d'une grande importance économique,
Les temps mi-crétacés sont marqués par la formation des montagnes, ou d’autres dislocations dans la Colombie-Britannique, et par le mouvement vers l'est de fortes quantités de matières grossières qui ont couvert les vieilles régions ‘apidement sylviées des platières. L'engloutissement rapide de la croûte a suivi et la mer est venue couvrir une région presque aussi vaste que celle qu'elle avait envahie aux temps dévoniens. La marge ouest était sujette à des fluctuations: et un retrait de la mer, provoqué par le soulèvement du pays à l'ouest, a probablement réduit de moitié la superficie de la région submergée, Cette période de soulèvement n'a duré que quelque temps, et la me“ a vivement repris ses proportions primitives. La fin du Crétacé est marquée par un soulèvement général lent, et cette région s'est soulevée pour rester au-dessus de la mer jusqu'à nos jours. La nouvelle terre, comme elle paraissait au-dessus de la mer, a passé par les premières phases de l'érosion, et la plaine littorale nouvellement surgie, surmontant des roches molles, a été rapidement usée jusqu'au fondement plus dur des roches inférieures plus anciennes, Ces dépôts côtiers, qui couvraient probablement une large bande de vieux sol archéen vers le nord-est, ont été reportés dans la mer crétacée aux eaux brouillées qui se déprofondissait, et couvrait les vieilles boues de dépôts de sable et d'argile. Les matières qui sont entrées dans ce bassin après la récession des eaux salines vers la fin de l'ère erétaeto, ont 446 déposies dans des laes d'eau douee, et dans eette période com mencement du Testiaire—une bonne partie des matières déposées consistaient en sable et en argile pâle. Quelques parties des matériaux venaient de la côte ouest. ayant leur origine dans les hauteurs de la Colomhie-Britannique ; mais une benne partie de l'argile était probablement dérivée de la désintégration des roches archéennes à l’est.
GEOGRAPHIE PHYSIQUE DU CANADA 15 DOC. PARLEMENTAIRE No 254
Aux temps reculés du tertiaire les plaines s'élevaient lentement. Le mouvement était plus vif dans l'ouest que dans l'est, et une pente vers l'est se produisit bientôt. Le pinaele du soulèvement, qui semble avoir été produit par un effort compressif dans la croûte extérieure, se trouvait dans la région des montagnes Rocheuses, et le prolongement de la surrection produite à cet endroit entraina de grandes lithoclases et le renversement d'immenses troncs en crêtes parallèles. Les débris de ces surfaces nouvellement brisées furent probablement transportés vers l'est et répandus sur l'aire des plaines actuelles, Comme la dénudation des plaines s'accomplissait alors, il est peu resté de ces galets rugneux. sauf les couches trouvées au sommet des collines du Cyprès, et un autre petit affleurement dans les collines de la Main. En supposant que ces matières représenteraient le débris de la formation des montagnes, elles sembleraient remonter vers l'Oligocène,
Une partie de la dénudation des couches erétacées et tertiaires, qui avaient couvert ce bassin de grandes épaisseurs de schistes, d'argiles et de grès, pourrait avoir été accomplie vers ce temps, surtout dans la région élevée près des montagnes; mais là majeure partie date d'un soulèvement général des temps pliocèses. On peut juger de la quantité des matières enlevées si l'on considère que dans les strates horizontales, la vallée de la Saskatehewan-Sud indique une épaisseur de 2000 pieds, du lit de la rivière au sommet des collines du Cyprès. [est difficile de dire où les matières ont été finalement transportées, mais elles ont été balayées, une grande partie atteignant probablement le baie d'Hudson : et les plaines ont pris en bonne proportion ler forme actuelle,
Plusieurs des vallées d'aujourd'hui sont de larges dépressions formées dans les temps pré-glacials. et quelques-unes d'entre elles montrent de vieux graviers de rivière couverts de galets d'argile.
L'avance de la masse de glace venait du nord et du nord-est, et les matières transportées par la glace ont été étendues comme un manteau de diluvium qui se prolongeait jusqu'auprès des montagnes. Il s'est probablement produit un adoucissement général de la région: mais dans le Manitoba le bord du plateau crétacé, qui était profondément tailladé par des rivières coulant vers l'est, a été escarpé par l'action tranehante de la glace alors qu'elle déviait vers le sud le long du plateau.
On discute encore la question de savoir l'étendue de la marche g'aciaire vers l'ouest : et le gisement glaciaire de la partie occidentale, dans l'opinion de plusieurs, aurait pu être produit par de la glace flottante. Vers la fin de la glaciation, la moraie frontale retenait de vastes bassins lacustres, dont le mieux connu est le lac glaciaire Agassiz, qui occupait le bassin au bord est du plateau crétacé. Ce ae s'est écoulé d'abord vers le sud au Mississipi. Le retrait de la glace frontale Giminua le niveau d'eau: mais la fonte des glaces soulagea apparemment la croûte et permit un soulèvement général vers le nord, de sorte que le lac continua de déverser ses eaux vers le sud, par-dessus la bordure du b ssin, en attendant qu'un autre débouché se produise au nord, Ceci est prouvé sans conteste par les nombreuses plages formées par les eaux du lae à ses divers stages Les plages supérieures, sans doute déposées sur un plan approximativement plat. s'élèvent maintenant graduellement vers le nord. Les plages inférieures, quoique courbées, sont moins inclinées. A Winnipeg, le lac, à son plus haut niveau. couvrait la surfaee sur une profondeur de 560 pieds, et s'étendait vers L'ouest jusqu'auprès de Brandon.
Comme plusieurs des grands canaux d'écoulement, tel la rivière Saskatchewan, étaient bloqués par la glace pendant l'existence de ce lac, une grande partie de l'égouttement du plateau entrait dans le bassin par la vallée de la rivière Assiniboine. (C‘omme résultat du creusement de la vallée qui s'ensuivit, à cause
de cet égouttement croissant, il se déposait un ‘immense fardeau de matières finement granulées dans l'extrémité inférieure du lae, qui forment maintenant les terreaux fertiles des plaines de la Rivière Rouge au Manitoba.
Les caractères de surface des grandes plaines sont fort diversifiés. L'idée générale qu'on s'en fait: une vaste région plane et sans arborescences, s'applique à la partie sud seulement ; et même dans eetse partie, la topographie n'est pas sans variété puisqu'une grande portion de la plaine est formée d'un plateau de sédiments mésozoïques, ayant une pente nord-est, brisé en une surface plutôt irrégulière, et surpassant la plaine inférieure qui rencontre la surface inégale inclinée du bouclier canadien.
On reconnait facilement une triple division de steppes prairiales se surmontant l'une l'autre, dans la zone traversée par les voies ferrées, bien que les divisions ne soient pas visibles dans la région plus septentrionale, à laquelle on ne saurait appliquer le nom de prairie. Pour la commodité de la description, ces trois divisions seront adoptées dans les pages qui suivent, et une quatrième sera ajoutée pour le pays montueux et brisé des ressauts.
La première division, celle de l'est, comprend la plaine qui repose entre le bouclier canadien et le plateau formé de sédiments erétacés; la deuxième va du bord de ce plateau vers l'ouest jusqu'aux vestiges d'érosion ‘anciens dépôts tertiaires; et la troisième s'étend de cette ligne vers l’ouest jusqu'aux contreforts. Au septentrion de la région des prairies, ces distinctions sont moins remarquables, et les divisions deux et trois sont fusionnées en une seule.