‹ Transformations moléculaires dans les couches minces à la surface de l'eauChapitre 18 sur 18 · EFFET VOLTA ET COUCHES MONOMOLÉCULAIRES · texte numérisé non relu

EFFET VOLTA ET COUCHES MONOMOLÉCULAIRES

Dans ce chapitre, nous nous proposons de comparer avec nos propres résultats ceux des mesures de M. Guyot (!) sur la diminution de l'effet Volta, causée par la présence de couches superficielles sur l’eau.

M. Guyot a constaté que si l’on mesure la différence de potentiel apparente au contact d'un métal et d’eau disüllée et qu'on dépose ensuite à la surface de l’eau des traces extrêmement faibles de certaines substances organiques, on trouve que la différence de potentiel apparente diminue beaucoup.

Contrairement à ce qui se passe pour les tensions superficielles, la diminution de l'effet Volta commence à se faire sentir dès le dépôt des premières traces de matières étrangeres et atteint une valeur limite lorsque la surface est saturée, sans d’ailleurs qu'aucune des valeurs intermédiaires ne prenne une valeur remarquable lors de la constitution de la couche monomoléculaire.

M. Guyot s'est borné, en 1914, à mesurer cette valeur limite; cette mesure présente le grand avantage de permettre la détermination sur un nombre considérable de corps, tan-

dis que l'emploi exclusif des couches monomoléculaires

(1) Voir GC. R.,t. CLVII, page 307, 27 Juillet 1914.

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aurait restreint l'étude aux seules substances rigoureusement insolubles et non volatiles. Il en résulte que les expériences de M. Guyot ne sont malheureusement pas comparables aux nôtres.

Les abaissements-limites mesurés ont été trouvés sensiblement les mêmes pour les couches obtenues soit à partir de la substance pure (!), soit à partir d’une solution de cette substance dans la benzine ou le toluène ; ces abaissements, à la température ordinaire, sont les suivants pour 5 éthers de la glycérine classés dans l'ordre des masses moléculaires crois-

santes :

Corps Masse moléculaire Volts Tricapryline 470 0,412 Trilaurine 638 0,448 Trimyristine 722 0,620 Tripalmitine Soû 0,627 Tristéarine 890 0,693

On remarque : 1° que l'augmentation de la masse moléculaire entraine une variation de même sens dans la diminution de l'effet Volta et »° qu'il existe un écart anormal de cette variation entre la trilaurine et la trimyristine.

Si nous nous rappelons que les couches minces de ces deux substances ne sont pas dans le même état à la température ordinaire, nous pouvons trouver naturel de rencontrer cette anomalie; la tricapryline et la trilaurine donnent, au contraire, des valeurs voisines et on sait que la tricapryline est un liquide à la température ordinaire.

Toutefois, 1l convient de remarquer que les surfaces en expérience sont saturées, dans le cas présent, et il peut parai-

tre surprenant que la {rilaurine se comporte encore comme

() Nous avons montré qu'on peut obtenir l'extension spontanée de certains corps surfondus et de certains solides au chapitre précédent (voir aussi F® partie, ch. I, K 2 et 3),

un liquide dans ces conditions. L'expérience montre cependant qu’une couche de trilaurine est encore mobile à la température ordinaire, ainsi d’ailleurs qu'une couche de tricapryline, lorsque la surface est saturée.

Les expériences de M. Guyot et les nôtres n'ayant pas été faites dans les mêmes conditions, il est à désirer que les premières soient reprises en couche monomoléculaire et effectuées à différentes températures. A ce dernier point de vue, les expériences sont assez faciles à exécuter avec des COrps comme la trimyristine ou l'acide palmitique, dont Ja transformation s'effectue entre 15° et 30° environ. On obtient en effet des variations de température analogues dans la saison d'été, sans avoir besoin de réaliser aucun dispositif particu-

lier de chauffage.

RESUMÉ ET CONCLUSIONS

Nous avons développé deux parties dans ce travail, la première concernant un nouveau procédé d'investigation des couches minces, la seconde l’étude d’un certain phénomène présenté par quelques-unes de ces couches, lorsque la température varie. Parmi les substantes étudiées, une surtout a fixé notre attention à cause de la netteté des résultats et de la facilité d'observation : la trimyristine ; les autres substances n’ont été traitées que d’une manière plus secondaire et n’ont été citées que pour pouvoir faire des rapprochements et établir des parallèles entre certains phénomènes présentés par la trimyristine et ces corps.

Bien entendu, il serait important que les autres corps puissent être étudiés avec les mêmes détails, afin de pouvoir donnér plus de solidité et de généralité aux conclusions.

D'après les expériences relatées au chapitre IT (2° partie), il semble qu'on soit en droit de considérer la transformation

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moléculaire de la trimyristine comme la fusion en couche mince d’une certaine variété de cette substance (que nous avons appelée £). A basse température (18°), la pellicule est nettement solide ; à température plus élevée (vers 23° ou 24°), alors que l’évolution a commencé, l’état de la couche rappelle encore l’état solide : il semble qu’on ait affaire à un solide fortement dilatable et de plus en plus fragile à mesure que la température s'élève ; puis tout aspect solide disparaît et on recueille finalement, par rétrécissement à 32°, des gouttelettes liquides. Enfin, si, à cette dernière température, on comprime la couche jusqu'à réduire sa surface à la valeur qu'elle avait à froid, il semble que cette couche repasse à l’état solide. Quant à la transformation, elle ne s'effectue pas échelonne sur un intervalle

à une température fixe, mais s notable de températures.

Le cas des acides est bien moins net; chez ceux-ci la surface reste mobile avant et après transformation.

Faut-il en conclure qu’il ne s'agit que d’une simple transformation moléculaire sans changement d’état ? L'étude optique qui sera prochainement entreprise pourra peut-être apporter quelques renseignements nouveaux.

La guerre à interrompu ce travail en 1914, alors que nous avions commencé l'étude de l'influence des mélanges sur la transformation (mélanges de deux substances, dont l’une seulement subit l'évolution moléculaire); nous espérons

pouvoir reprendre ultérieurement ces:recherches.

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