‹ Transformations socialesChapitre 19 sur 58 · LK FORGERON · texte numérisé non relu

LK FORGERON

ils oui (Jcclarù que ra(loi)lion du prograrnino minimum n'impliquait pas rabaiidoii tlu piogramnio maximum, relatif sans doute à « l'expropriation politique et économique de la bourgeoisie. » /*"

En réalité, ces programmes, avec leurs ressemblances et leurs dilTérences — diiïérences qui portent en plusieurs points sur le fond même des choses — témoignent surtout du mouvement qui agite le monde ouvrier, à la recherche de plus de bien-être, de plus de liberté et de plus de dignité; à la recherche de son émancipation politique et économique.

Ils sont en même temps un moyen d'action et une formule de ralliement. Toute la valeur de ces programmes consiste en cela seul, le reste n'est rien.

Proudhon a dit aux ouvriers : « Unissez-vous, formez-vous en parti ou en classe, afin de défendre vos droits et de devenir quelque chose dans la nation. » L'Allemand Karl Marx, aspirant à l'hégémonie de l'univers, a ajouté : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous! » Ce sont les seuls mots qui comptent : les programmes rédigés dans le cabinet et presque toujours déjoués par les évé-

nements, remaniés et changés sans cesse et toujours en vain, ne sont qu'une occupation de l'esprit.

En 1789, Sieyès trouva une formule que l'on a très inexactement résumée en ces termes : « Qu'est-ce que le tiers état? — Rien. — Que doit-il être? — Tout. » Cela aussi a compté, mais aucune des conceptions de Sieyès n'a réussi, il n'est pas une de ses combinaisons que la Révolution française n'ait délaissée. Elle a fait plus et moins, et, en somme, beaucoup mieux que ce qu'il avait pensé, avec plus de prudence et de circonspection que n'en eut le théoricien.

Sans comparer ni les hommes, ni les temps, ni les situations, on peut dire que tous les programmes ont le même sort, celui de n'être jamais appliqués, mais le monde marche et se renouvelle; les actes nécessaires de régénéralion s'accomplissent quand il le faut, et il y a aussi de nos jours une sorte de régénération qui se prépare.

La critique des programmes, les incohérences, les impossibilités, les défauts de méthode, de jugement, d'expérience politique et économique qui s'y révèlent ne doivent donc pas servir à nous persuader qu'il n'y a rien à faire ou peu de chose,

LE FORGERON [in

ot qiril n'y a pas à tenir compte ou médiocrement compte (le ce ([iii se passe autour de nous.

Quand on a démontré savamment, doctement, spirituellement et plaisamment que les programmes ne tiennent pas, on' n'a rien prouvé, puisque ce n'est pas la question, et puisqu'il ressort de toute l'histoire que jamais les programmes n'ont tenu, mais l'ordre politique et économique s'est renouvelé, chaque fois qu'il l'a fallu, à côté, en dehors et par-dessus les programmes!

Quelles réformes faut-il faire et comment, afin que le renouvellement nécessaire s'accomplisse pour le bien général du pays, sans rupture violente d'équilibre et sans révolution? On peut répondre qu'il faut faire les réformes en les faisant, même si on ne les distingue pas très bien, qu'il faut travailler, s'efforcer et marcher, même si l'on ne voit pas très clair dans les chemins où l'on s'avance; qu'il faut se mettre à l'ouvrage de tout cœur, avec la volonté d'arriver et que l'on arrivera. A la vérité, les hommes n'ont jamais rien fait d'une autre manière, et ce qu'il y a de sûr, c'est que l'on n'arrivera pas, si l'on ne marche pas.

La méthode des réformes, mais la voilà, c'est

d'abord de travailler à réformer! Et si l'on n'est pas satisfait de la réponse, nous en éprouvons le plus profond regret, mais il n'y a pas d'autre réponse à donner à des hommes.

La Chambre a les mains pleines de lois : ces lois sont imparfaites, défectueuses, sujettes à mille critiques; qu'elle les fasse néanmoins, qu'elle batte son enclume, et qu'elle forge, n'est-ce pas ainsi qu'on devient forgeron?

J'ai rencontré, pendant mes vacances, dans une ville de province, un mien ami, maréchal-ferrant. Il roulait depuis longtemps, dans sa tête, un projet de fer à cheval qui devait rendre aux chevaux et aux voituriers des services considérables, mais il ne savait comment il s'y prendrait. Son idée était informe et flottante. Après de longues hésitations, il s'est mis à frapper, à marteler, à forger et, à mesure qu'il forgeait, son idée lui apparaissait plus lumineuse, au milieu du feu et des étincelles jaillissant autour de sa tête.

Son idée se faisait elle-même, en même temps que son fer à cheval. Il l'a recommencé cent fois : il apprenait son sujet et sa question à mesure qu'il travaillait. Il inventa des outils et des machines pour parfaire son œuvre. « Tant que je

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