‹ Transformations socialesChapitre 20 sur 58 · LE FORGERON · texte numérisé non relu

LE FORGERON

n'ai l'ail (juc penser, disait-il, je ifavanrais à rien. Je ne comprenais pas ce que je voulais, je n'ai compris qu'en travaillant... » Et il me montrait, avec une légitime fierté, dans le fond de son atelier, le monceau des fers qu'il avait manques. Mais à force de forger il a trouvé ce qu'il voulait, et maintenant il a son fer à cheval et c'est l'honneur de sa vie.

Autrefois les nobles, les classes privilégiées ne payaient pas l'impôt, mais ils ne pouvaient faire le commerce.

A Rome, une loi défendait aux sénateurs d'avoir en mer plus d'un certain nombre de vaisseaux, d'une certaine dimension.

A Venise, une loi interdisait aux nobles de se livrer à aucune espèce de négoce.

Pourquoi ces lois? Pour empêcher, nous ont dit les auteurs, que les classes privilégiées n'en vinssent rapidement à s'emparer de toutes les affaires, à réaliser des monopoles exorbitants et à acquérir des richesses intolérables à la majorité de la nation.

Si les tlômocralies inodernos se préocciipcmt de prendre des mesures conire la concenlrntion excessive des alTaires cl des capitaux dans un petit nombre de mains, elles obéissent à une loi générale et nécessaire qui s'est imposée aux plus anciens Etals, monarchies et républiques.

C'est ce que vous appelez du socialisme? Mais ce socialisme est la garantie des individus et des familles, il est fait pour protéger le travail personnel , le foyer domestique et les libertés publiques. 0 libéraux, l'appellerez-vous encore socialisme? Ce socialisme où la Chambre a touché récemment par quelques-uns de ses votes, notamment à propos des patentes, est tout l'opposé du grand effort de socialisation de notre collectivisme contemporain, frère ennemi du capitalisme, frère cependant!

Les collectivistes porteraient à leur maximum d'intensité les abus du capitalisme, l'asservissement des intelligences, encore plus que Tasservisi sèment des corps, la destruction de la vie de famille, l'extension du prolétariat. Leur remède au lléaii du prolétariat est l'organisation du prolétariat universel.

Les monopoles, poussés jusqu'à leur limite

exlrême, ne seraient plus dans les mains de quelques seigneurs, il est vrai; ce seraient des monopoles sociaux. Gomment? Sous quelle forme? On ne le dit pas et sans doute on l'ignore. Quelle est cette socialisation que l'on fait miroiter aux yeux des foules? On la définit très mal, non seulement par politique sans doute, mais aussi par impuissance. J

Je ne fais point de ce manque de clarté un reproche essentiel, car on a parfaitement le droit de poursuivre des réformes sans savoir au juste comment elles se réaliseront. Mais les monopoles des collectivistes pourraient être pires que les monopoles des capitalistes.

Les changements de forme seraient plus apparents que réels; ils n'adouciraient pas le commandement, ils n'allégeraient point la discipline, ils les renforceraient et les aggraveraient.

Ces monopoles, ces centralisations excessives de l'industrie, de l'agriculture et du commerce, du transport et de la navigation, ne seraient point sans doute garantis contre les naufrages, les catastrophes, les faillites et les krachs qui frappent, ruinent et dispersent les monopoles d'aujourd'hui.

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Les calastroplies pourraient cliangoi- (1(î Uniwo et trallurc : ce seraient des (léficils, des dilapidalions, des gacliis, des coulages, des gaspillages, des pillages, proportionnnels à l'étendue des administrations collectivistes.

Les grèves ne seraient point écartées à jamais : elles se présenteraient autrement. Il y aurait des luttes, des coalitions de travailleurs les uns contre les autres et contre les autorités établies pour veiller à la division du travail, à la répartition des tâches et au maintien de la discipline générale. Il y aurait des guerres sociales et des révolutions qui retourneraient de fond en comble l'état collectiviste, à moins qu'il ne les comprimât assez tôt, M. Jules Guesde étant dictateur du collectiviste empire!

Le capitalisme exagéré produit encore d'autres genres divers de maux, l'extinction de lu concurrence et des qualités morales et artistiques que la concurrence éveille et entretient, l'avilissement du travail personnel, le refroidissement et la mort de l'initiative, l'aflaiblissement des consciences, la destruction de l'originalité; mais tout cela accompagnerait le collectivisme avec plus d'énergie et d'étendue, le collectivisme n'étant que du capila-

lisme transformé et élevé à sa plus haute puissance.

Le régime parlementaire a pour soupape les crises ministérielles, les dissolutions de Chambres et les élections; le despotisme oriental, lesconspirations de palais et l'assassinat; le capitalisme a pour correctif le krach; mais quels ne seraient point les correctifs et tempéraments de l'état collectiviste?

La socialisation rêvée nous vaudrait les catastrophes les plus extraordinaires que l'imagination puisse concevoir, et, comme tout serait social, la faillite le serait aussi. .1

J'aime encore mieux les faillites d'aujourd'hui, ô Karl Max, Grand Pan! et même Panama, que ta faillite collectiviste et panthéistique.

La question des « Grands Magasins », qui fut le sujet de vives discussions à la Chambre, est un grand embarras pour les collectivistes.

Les grands magasins, les grands monopoles, les grands accaparements sont le but même où ten-

« SOCIALISATION )) IG.'i

dent les chefs et les prédicateurs du parti. Ils en conviennent, dans leurs moments d'expansion, parce que c'est la vérité. Les puissantes accunnilations capitalistes doivent encore grandir et grossir jusqu'à une limite inconnue, et, lorsqu'elles seront arrivées à leur apogée, presque toute la besogne de M. Jules Guesde sera accomplie; il ne restera plus qu'à les déclarer propriétés de la nation, ou de la société, ou de l'Etat, ce qui est identiquement la même chose sous des noms différents.

Le capitalisme, comme on dit dans l'école, et le collectivisme sont les deux faces d'une même monnaie.

Mais se trouve-t-on, à la Chambre, en présence d'un projet de loi qui a pour but de mettre, autant qu'il est possible, des entraves au développement des monopoles, bien vite on se hâte de voter la loi et l'on se vante de dire comme Dieu à la marée montante : « Tu n'iras pas plus loin. »

Eh quoi! déjà vous renoncez? Déjà vous reculez, eiïrayés, devant le phénomène, o collectivistes de peu de foi! Parce qu'on vous a tait la peinture fidèle de ces mstitutions, de ces arsenaux capitalistes, qui rassemblent dans leurs rayons et dans

leurs vitrines les vêtements confectionnés pour tous les sexes et tous les âges, jusqu'aux épingles et aux gants, les gros meubles, armoires, tables, chaises et lits, jusqu'aux pendules, aux bronzes, aux chinoiseries, les produits de la carrosserie et de la confiserie, les sucres et les gâteaux, vous êtes scandalisés et vous dites qu'il est impossible à un Parlement démocrate de laisser aller plus loin un tel abus, qui devrait pourtant mener au triomphe de votre système?

Tout le peuple des intermédiaires est décimé et ne sait plus comment il trouvera bientôt le moyen de gagner sa vie; le goût, le sens artistique, qui étaient une de nos supériorités nationales, se perdent tous les jours, à ce que Ton raconte; l'invention ingénieuse, le poli, le fini du travail sont incompatibles avec cette production précipitée; nous n'avons plus d'ouvriers exercés, nous n'avons plus d'apprentis.

Le petit commerce, la petite industrie, toute celte classe moyenne, si intéressante, qui était une de nos forces sociales, est éliminée de plus en plus, rejetée dans le prolétariat par la fureur des monopoles et par les krachs qui attendent les unes après les autres nos grandescentralisations industrielles.

Mais cela mcme, c'est votre système, sauf la dilférence de quelques formes extérieures et tout empiriques; de quoi vous plaign(iz-vous?

Vous voulez donc sauver le petit commerce, la petite industrie, et le goût et le sens de Fart, le travail indépendant, Tatelier domestique? Toutes ces choses si françaises, si parisiennes, vous intéressent? Vous voyez là une puissance à laquelle il faut céder, bien qu'elle soit déjà fort affaiblie, et vous essayez de sauver ce qui en reste? Ces plaintes, ces protestations, ces revendications des individualités qui réclament leur droit à l'existence vous louchent? Adieu donc le collectivisme guesdiste et marxiste, puisque vous-mêmes le reniez avant que le coq ait chanté trois fois!

11 paraît que le remède actuel aux accumulations excessives, aux monopoles démesurés, c'est le krach, où ils aboutissent tôt ou tard.

Le krach ruine beaucoup de petites gens, mais il les sauve en môme temps; il détruit les monopoles et rend à eux-mêmes toutes ces petites gens que les monopoles géants tenaient asservis.

Le socialisme collectiviste croit que les catastrophes capitalistes et financières viennent à son secours et travaillent à son avènement; c'est peut-

être le contraire. Ces catastrophes sont la libération pour un grand nombre et elles peuvent ouvrir la voie à tout un ordre de réformes économiques et sociales qui sont à l'opposé du plan de M. Guesde.

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