IL N'Y A PAS DE QUATRIEME ÉTAT
Il n'y a pas et il ne peut y avoir de Quatrième Etat.
Le mot cependant a fait fortune, M. John (Lemoinne a annoncé dans le journal le Matin 'apparition du Quatrième État^ et le Soleil, ournal conservateur, reprenant l'expression, a Ht : « Le moment vient où un Sieyès ouvrier )Ourra s'écrier à son tour : « Qu'est-ce que le juatrième état? Rien. Que doit-il être? Tout. »
Sieyès n'a jamais dit cela, il a dit presque le îontraire de cela, et avec combien de modération it de prudence !
« Qu'est-ce que le tiers état? Tout.
« Qu'a-t-il été jusqu'à présent dans l'ordre poli ique? Rien.
« Que (leiiiande-t-il? A y devenir qiielqu chose. »
Telle est exactement la célèbre formule d Sieyès, et sa définition du tiers état a prouvé, ? vous la tenez pour valable, qu'il n'y a pas et qu': ne peut y avoir un quatrième état.
Sieyès déclare en effet que le tiers état es <( une nation complète »; il y comprend le paysans et tous ceux qui fournissent les matière premières, ceux qui les travaillent et les perfec tiennent, ceux qui les négocient, les vendent e les achètent; producteurs, consommateurs e intermédiaires, artistes, ouvriers, savants, homme de lettres, et jusqu'aux personnes employées» au services domestiques les moins estimés. » Voil €e que Sieyès comprend dans sa définition d tiers, nation complète, pourvue de tous se organes, en sorte qu'il a pu dire : « Qu'est-ce qu le tiers état? Tout! » Et ce tiers état qui, élar tout, a été jusqu'à présent tenu pour rien, demand à devenir quelque chose!
Vous voyez donc que d'après votre Sieyès lui même, les ouvriers sont dans le tiers état, qu'ili en constituent une partie essentielle et fondamer taie, qu'ils n'en peuvent être séparés, que, pî
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conséquent, le Sicyès ouvrier (]ue vous supposez, formulant les revendications du quatrième état, est une Iiypollièse de journaliste lettré!
Mais s'il n'y a pas de quatrième état, i! y a dans le tiers état une classe demeurée en arrière, qui s'est singulièrement accrue, éclairée et fortifiée depuis le commencement du siècle, et qui, trop longtemps sacrifiée, réclame aujourd'hui ses garanties et sa part dans le patrimoine de la Révolution.
Le tiers état comprenait la classe des paysans, la classe des ouvriers, la classe des marchands, ies classes dites libérales, vingt sortes de classes, et, parmi ces classes, il y en a une, formée plus tard que les autres, qui ne comptait pas à cette époque et qui compte aujourd'hui; elle a travaillé rudement au cours de ce siècle de travail et d'orages, dans l'atelier, dans la boutique et dans ia rue, elle a travaillé au bâtiment, à la charpente, à l'ébénisterie, à la serrurerie, au charronnage et aux barricades, pavant les rues et les dépavant pour la liberté et la glorification des autres classes, ses aînées et ses sœurs du tiers état, qu'elle a ainsi installées, à coups de pioche et à coups de fusil, dans la conquête définitive du pouvoir, de l'influence et du bien-être!
Maintenant, l'ouvrage terminé, elle demande son salaire; elle réclame à son tour ses garanties et les lois dont elle a besoin pour vivre et se développer dans le commun domaine de la Révolutior française.
Les ouvriers qui n'étaient presque rien dans le tout et qui y sont devenus quelque chose, et même quelque chose de très important, veulent désor mais avoir leur place et leur poids dans l'État, dans la législation et dans le gouvernement de le chose publique.
En vertu des principes de 1789 et des droits di suffrage universel, nous les avons vus entrer dam les conseils municipaux, ils se sont pour la première fois poussés les uns les autres, et en bor nombre, dans les hôtels de ville, mairies et maisons communes, entre les rangs des paysans marchands, ingénieurs, professeurs, avocats médecins qui, depuis longtemps, y étaient et que n'a pas dû surprendre Tarrivée des nouveaux, cai on les attendait et leur place était toute marquée
Plusieurs de nos confrères se sont divertis i relever dans la liste des trente-six membres di conseil municipal ouvrier de Roubaix trois oi quatre cabaretiers, dont l'un, en outre, vendeu