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L'AVÈNEMENT DES NOUVELLES COUCHES

L'Europe que M. de Bismarck et la Prusse nous ont faite tend de plus en plus à répartir le prolétariat urbaia et agricole en deux parts, Tune pour les casernes, l'autre pour la grève et l'anarchie.

L'agriculture et l'industrie s'épuisent à entretenir dans la paix l'appareil immense de la guerre, et les hordes errantes des meurt-de-1'aim s'augmentent en proportion du nombre toujours croissant des légions militaires. Les polices des Etats exécutent, à intervalles périodiques, des rafles parmi les malheureux qui manquent de tout au

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milieu de. rabondance do loiil. Ou les roncontro déguenillés et livides, cliercliaut une iiounilui-e plus incertaine que celle de riiomuie sauvage dans les bois. Lorsque les prisons sont remplies, on les chasse pour en prendre d'autres qui seront à leur tour rendus à la liberté de leur vie misérable. Ils rentrent dans les villes, leurs forets, plus allâmes et plus hagards, et tous les ans ils pullulent.

On ne peut ni les obliger au travail, ni s'en débarrasser de quelque manière, ni les vendre aux compagnies d'Afrique. Ils sont hommes et même citoyens, et, dans quelques pays, ils participent de la souveraineté nationale. Au reste, on travaille trop déjà : les chefs des grandes industries du monde s'ingénient et se concertent pour trouver des moyens de ralentir une production qui les appauvrit par sa fécondité.

Placée entre l'horreur de cette paix et l'horreur plus profonde encore d'une guerre, dont la seule pensée épouvante, l'Europe ne peut se résoudre à choisir entre des maux contraires et également extrêmes. Elle avait mis toute sa confiance dans l'orgueilleuse maxime de ses maîtres : « La force prime le droit. » C'est la pierre sur

laquelle on l'a bâtie, les architectes annonçaient que ce fondement serait plus fort que le roc, mais ils le trouvent aujourd'hui douteux et vacillant.

Quant à nous, qui n'avons pas travaillé à ce monument de contradictions et d'incohérences, qui l'avons vu s'élever en dehors de nous, malgré nous et contre nous, ce serait peut-être l'heure de nous rappeler la parole du sage disant au monde de son temps qui s'ébranlait : « Tu peux crouler sans m'émouvoir... »

Nos propres problèmes nous suffisent : nous laissons à l'Europe les siens. Cette Europe, telle qu'elle est, ne nous intéresse plus. Qu'elle se débatte contre les problèmes de socialisme et de militarisme qui la rongent, peu nous importe. Nous ne songeons qu'à nous sauver nous-mêmes, avec un parfait égoïsme, si le salut est encore possible à ce prix.

Tâchons donc de marquer les limites de la question, comme elle se présente chez nous. Tâchons de voir la vérité de notre propre situa-

(( l'avknkmknt des nouvelles couches» 185

lion à noiis-mrincs, sans la dôdaigiicr i)i la roiloiilcr.

On csl (omhé spontanément (raccord pour rejeter hors de la politique tout ce qni concerne (( la propagande par le fait », les bombes de dynamite et les enseignements de l'école la plus scélérate que le siècle des sciences pouvait produire pour la rélrogradation de la liberté et de Tinstruction générale.

Donc on a mis cela hors de la politique, du consentement unanime et spontané de tous les partis, socialistes, républicains et conservateurs. Mais à coté des « dynamitards », vous avez vu des « anarchistes » traqués, arrêtés, amenés devant les tribunaux, et alors que s'est-il passé?

Le magistrat, rigoureux observateur de la loi, ayant étudié attentivement leur dossier, a dit à l'un : « Vous êtes un travailleur acharné et taciturne. » Et racharnement au travail pas plus que la taciturnité n'ont été jusqu'à présent classés au nombre des crimes et délits. A l'autre, le magistrat a dit : « Vous êtes un travailleur assidu et honnête, votre passé est excellent. » Ces « anarchistes », connus comme tels, ainsi bon gré mal gré complimentés, ont été rendus à la société de

leurs concitoyens, puisque le tribunal ne pouvait pas relever de délit à leur charge.

En dehors de « l'anarchie », sans connivence avec elle, mais au contraire la traitant en ennemie, qu'il redoute et méprise à la fois, on rencontre « le socialisme révolutionnaire ». Il s'en va par les villes et par les campagnes, à la faveur de la liberté de la presse et de la parole, plus encore à la faveur de la liberté générale des esprits et des mœurs, prêchant la révolution sociale par tous les moyens, ou pacifiques ou violents, et le plus tôt qu'on le pourra.

Aussi ditférents de ceux-ci, que ceux-ci le sont des premiers, vous rencontrez les « socialistes possibilistes », de différentes nuances. Ils ne prêchent pas la révolution de fond en comble par tous les moyens. Ils ne demandent que le possible chaque jour, mais ils croient que ce possible doit aller jusqu'au complet renouvellement de toute la situation économique et politique.

En dehors des groupes et des sectes, il y a la démocratie ouvrière, le suffrage universel des ouvriers, peu enclin aux formules métaphysiques, fort défiant à l'égard des chefs, qui n'attend son avenir que de son initiative et de son courage,

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