‹ Transformations socialesChapitre 26 sur 58 · LAVKNEMENT DES NOUVELLES COUCHES · texte numérisé non relu

LAVKNEMENT DES NOUVELLES COUCHES

mais qui, (l(>s à présent, se juge capable d'occuper dans rorganisalioii sociale une place plus digne de ses services et de ses talents.

En face de cette démocratie laborieuse, ardente, qui s'agite, qui monte et déjà frappe à la porte, les classes aujourd'bui dirigeantes et gouvernantes n'ont-elles d'autre résolution à prendre, d'autre politique à adopter, que de se préparera repousser l'assaut?

Nous disons : « les classes »; nous aimions à croire cependant qu'elles avaient disparu, qu'elles étaient allées chaque jour s'agglutinant et se fondant au sein de la démocratie libre. L'expression de « classes » avait été bannie de la presse et de la tribune, et je me souviens des longues années où elle n'arrêtait plus jamais mon regard dans la lecture des papiers publics. Mais la voici revenue, avec une figure nouvelle, étrangement composée de traits héréditaires et de traits inconnus, je la retrouve partout, elle me poursuit, elle nous assiège. Il faut croire qu'elle s'impose d'une manière impérieuse à ceux qui ont le plus d'ap-

préhension à s'en servir, parce qu'ils n'en trouvent pas d'autre pour caractériser certains phénomènes sociaux dont ils sont les témoins et parce qu'elle répond à une situation réelle.

Si Ton me permettait un souvenir personnel, je raconterai comment j'ai assisté dans une de nos assemblées parlementaires à l'accueil furieux que reçut un orateur du parti ouvrier lorsque, pour la première fois, il prononça à la tribune ce mot redouté : « Ma classe! » — « Il n'y a plus de classes, lui criait-on de toutes parts! Allez à l'école apprendre l'histoire de la Révolution française! Vous représentez ici le suffrage universel et la souveraineté du peuple!... » L'orateur, sans se troubler, répète d'une voix terne et monotone : « Ma classe. » Il semble ne rien comprendre au violent orage déchaîné sur sa tête. On voulut l'expulser, on somma le président de le rappeler à l'ordre, de lui imposer silence, mais le président ne broncha point et il laissa l'orateur terminer brièvement son discours au milieu des vociférations et des clameurs. Le lendemain et les jours suivants, chaque fois que l'orateur ouvrier eut à prendre la parole, il parla au nom de sa classe. Les vociférations ne furent plus que des

(( l'avènement ni:s nouvelles couches » i80

inurinuics (jiii, pou à p(Mi, eiix-mcinos, s'apaisèrent. L'expression de classe avait reconqnis la tribune. Elle n'étonne plus personne. Ainsi se font les révolutions.

N'est-ce point Proudhon qui, l'un des premiers, exhorta les ouvriers à se reconstituer en une classe distincte et consciente, ayant son programme, ses formules, son drapeau? Ne leur disait-il pas que la reconstitution de leur classe était la condition primordiale et nécessaire de leurs progrès? Depuis le jour où parut son puissant écrit sur la Capacité des classes ouvrières^ cette capacité politique et morale des ouvriers s'est singulièrement accrue.

En vain leur représentez-vous que la Révolution de 1789 et le suffrage universel ont donné à tous les Français les mêmes droits civils et politiques, et que, par conséquent, c'est un non-sens grammatical, juridique et politique de parler en France au nom d'une classe, cette observation ne les touche pas. D'abord ils prétendent embrasser l'Europe et le monde dans leurs conceptions politiques et sociales. Les ouvriers de ce siècle revendiquent les droits de leur classe dans son universalité. Ils sont les ouvriers du globe, ils sont tous

ceux qui extraient la houille, qui forgent le fer, qui tissent les étoffes, qui bâtissent les maisons, qui labourent la terre, ceux qui creusent les canaux et les ports et qui rejoignent les océans à travers les isthmes, ceux qui développent autour de la sphère terrestre les cercles des câbles électriques, les lignes de chemins de fer et de circumnavigation : ils réclament leur part dans les résultats de l'exploitation de la planète et leur droit de libre respiration dans l'atmosphère morale de l'univers.

Ils saluent volontiers la France comme la grande émancipatrice, l'avant-garde de la démocratie et la sentinelle du progrès; mais la France elle-même leur a-t-elle accordé les nécessaires garanties? Ils sont bien loin de le penser.

La justice difficilement accessible aux pauvres, la disproportion des impôts et des taxes prélevés sur les produits du travail quotidien et sur les aliments les plus indispensables à l'homme, les assemblées locales, provinciales, nationales, presque toujours fermées en fait aux représentants des travailleurs, la privation de tout capital ou propriété, en terre, outils ou matière première, alors que les écoles républicaines et conservatrices

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