UNE GHKVE DANS LE PAS-DE-CALAIS
prend la parole, c'est pour dire quelque chose. 11 sail riiistoire et la philosophie de l'histoire. Il a de vastes connaissances, il possède une éloquence nourrie de faits et de passion. 11 court à Lcns comme les autres. Cependant que peut-il dire dans ces circonstances, à ce peuple de grévistes? Les encourager à continuer la grève? il n'en a pas le droit, il n'est pas engagé dans cette partie. Les exhorter à cesser? Et de quel droit aussi? Il n'est pas juge de la quantité de patience et de souffrances que les grévistes veulent apporter au service de leur cause. Quoi donc encore une fois? Des phrases dont on sent soi-même le vide et l'impuissance , des théories sur l'avenir d'un monde meilleur quand il s'agit du pain du jour? Je jure que ce n'est pas pour cela que les 81 délégués ont voté la grève le ili septembre 1893.
Les délégués avaient dit : « Nous votons la grève à la condition qu'elle soit générale. » Et aussitôt, sans savoir si elle sera générale, sans posséder la moindre notion sur le plus ou moins
(l'étendue qu'elle pourra prendre, ces 81 délégués ont voté la grève d'enthousiasme.
La liste de réclamations est adoptée sans plus d'examen; elle est envoyée aux compagnies par lettre recommandée, les invitant à répondre dans les quarante-huit heures. Les compagnies répondent par retour du courrier qu'elles ne peuvent accepter ces réclamations. La grève, déjà votée en principe, n'a plus qu'à passer dans l'ordre des faits; le travail est suspendu sur toute la surface du bassin houiller, au milieu des danses et des chants d'une population qui court aveuglément à sa ruine.
Les chefs de la grève s'adressent aux frères de la Loire, de la Belgique, de l'Angleterre; ils leur demandent leur concours pour la plus sainte des causes, ils leur annoncent que les mineurs du Pas-de-Calais ont voté la grève générale. Mais ceux-là, qui n'ont pas voté, répondent qu'ils ne sont pas prêts et que la grève générale leur paraît, pour le moment, impossible. On juge de la déception, de Tanxiété et du tumulte que produit une telle réponse dans une population en désarroi, qui a quitté le travail et ne sait plus comment y retourner.