UNE GRKVE DANS LE PAS-DE-CALAIS
terres. C'est raiilorilé supérieure qui ui)[)araîl alors dans rinlérèt du i>ul)lic, dans l'intérêt de la conservation des houillères, en même temps que l'intérêt des compagnies se trouve sauvegardé, il faut le remarquer, par ces mineurs mêmes qui ont pourtant le droit d'exercer leur grève pacifiquement et dans sa plénitude.
Les grévistes, un certain nombre d'entre eux tout au moins, sont légitimement et légalement sommés et contraints de prêter leurs bras, leur habileté, leur expérience professionnelle pour protéger contre un désastre irréparable le domaine liouiller et le capital que ce domaine représente. La situation est ici extraordinairement singulière. Ces ouvriers sont appelés par la loi et par le gendarme, en pleine grève également légale et légitime, quelque follement entreprise qu'on puisse la supposer, à déserter la cause ouvrière, à trahir leurs camarades et à se porter au secours de la mine qu'il s'agit pour eux de réduire à merci. Evidemment la contradiction est cruelle et il est impossible de ne pas avouer que les hommes qui sont soumis à cette contradiction ont perdu à l'avance la bataille et leurs peines.
Mais quoi? L'autorité publique est-elle absolu-
nient obligée de s'en tenir à cette seule manifestation (le son droit? Ne peut-elle pas quelque chose de plus? Sous la forme dont elle est juge ne peutelle pas faire sentir son influence, au delà de cette étroite limite, pour la paix, pour l'accord, dans l'intérêt de tous, et pour rouvrir des voies nouvelles vers les chantiers à cette population qui a quitté le travail par entraînement et qui ne sait comment y retourner?
]Ne peut-elle pas proposer l'arbitrage? Ne peutelle pas l'imposer, l'imposer moralement, à la face du pays, en prenant pour témoin l'opinion d'une grande démocratie pacifique et libre et par la force à peu près irrésistible de son ascendant souverain?
L'hiver est imminent, avec ses anxiétés, ses misères. C'est un grave souci, lorsque des hommes qui arrachent à la terre le charbon, n'en ont pas pour réchaulTer leur foyer. Nous n'avons pas manqué de houille, nous n'en manquerons pas : à peine une légère hausse. Contrairement aux principes généraux du régime économique en vigueur,
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les houilles élranj^ères ont aflliié sur hi rnnrclié; mais ce ne sont p.is les femmes de Lens et de Bauvin qui en achèteront.
Nous avons dit les fautes commises, fautes sur fautes, rimprévoyance, les illusions, cette grève générale annoncée, invoquée et qui n'est pas venue, qui ne pouvait pas venir; puis l'arbitrage proposé, demandé, sans ordre, sans méthode, en pleine grève, lui qui a été inventé pour prévenir la grève; les revendications de toute sorte présentées pêle-mêle, offrant trop de facilité au refus; le langage de plus en plus enflammé de certains journaux, l'unique lecture des mineurs.
« Pandours, cosaques, soldatesque » sont les expressions quotidiennes qui leur servent à désigner notre armée; mais si le mineur récite de mémoire, devant les gendarmes, les expressions qu'il a lues dans son journal, allons! à Béthune! et huit jours de prison. Le journal cependant ne fait pas grève, il continue à vendre son papier, et il ne l'a jamais tant vendu. On se l'arrache dans les corons sans pain et on a toujours un dernier sou à lui consacrer.
Les rixes éclatent partout à la fois; les gendarmes isolés sont assaillis par des bandes de
malheureux exaspérés : le revolver d'un des gendarmes a tué un homme, un paysan qui n'était pour rien dans ce conflit. Les grèves commencent par des chansons et par des ducasses, et elles finissent par du sang. On en est là. — Quand nous aurons encore répété que les houilleurs du Pas-de-Calais se sont montrés les plus crédules, les plus aveugles et les plus mal organisés des mineurs de l'Europe, ce ne sera pas un remède : c'est aux compagnies qu'il faut parler avec un ton d'autorité qui ne souff're pas la réplique.
Elles n'ont, disent-elles, qu'à attendre : la grève expire. Ce n'est point à elles à faire la première démarche pour la conciliation et la paix. Pourquoi non cependant? Elles ont la puissance, l'instruction et tout le bonheur de vivre : elles ont la responsabilité en conséquence. Elles possèdent l'organisation et l'unité : elles peuvent se mettre en mouvement comme un seul homme. Pourquoi ne feraient-elles point le premier pas?
Ce leur est si facile! Il faut songer à l'avenir, à la patrie qui a besoin d'apaisement. Ces considérations-là les regardent; c'est à elles qu'il appartient d'y penser. IN'ont-elles point de torts à réparer? Sont-elles à ce point impeccables? N'y