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n-t-il poiiil dans le sort des ouvriers mineurs, dans la dislribiition de leurs salaires, dans la comptabilité si compliquée et si critiquée de ces salaires, dans la discipline des chantiers, dans le système des amendes et des retenues, des améliorations à introduire? N'y a-t-il réellement rien de mieux à l'aire que ce que Ton a fait jusqu'à présent? On ne se soulève cependant pas pour rien; ce n'est pas pour rien qu'on soutient des grèves de six semaines, avec un acharnement pareil. Il y a mieux à faire, c'est siïr, et s'il y a mieux, si ce mieux vous est facile, comme il l'est, pourquoi ne pas le déclarer et l'offrir de vous-mêmes, les premiers, en plein et complet honneur d'initiative?
Les ouvriers mineurs ont, de père en fils, creusé la terre et extrait la houille. Il y a là des générations qui se sont succédé dans le môme labeur. Elles ont capitalisé dans ces galeries, dans ces puits, dans ces veines opulentes, leurs forces chaque jour dépensées ; leur sort, à peu de chose près, est resté identique et immuable. De père en fils ils sont entrés nus dans la vie et, nus, ils en sortent. Ils ne laissent pas d'héritage à leurs enfants. Vos actions ont décuplé de valeur, elles vont centupler; il suffit de laisser aller le temps.
Je crois bien que ceux-là demandent la réforme de riiéritage! Ils n'en auront jamais. Ils ne savent ce que c'est que l'héritage. Et s'ils viennent à quitter le bassin houiller, soit volontairement, soit involontairement, s'ils sont renvoyés pour une faute, une imprudence, une colère, même justement au regard de nos lois, ils laissent derrière eux, dans cette entreprise souterraine, leur capital de travail quotidien, leur capital d'effort et de vie, déposé là, économisé là, au jour le jour, dont ils ne toucheront plus rien, dont ils seront privés éternellement, de père en fils, et qui, éternellement, vous profitera.
Ces considérations priment tout le reste. Elles sont devenues familières aux ouvriers de la mine; elles le deviendront davantage. C'est notre tâche, la tâche de ce temps, de faire dans la société générale une place plus large et plus assurée au travail et aux travailleurs. Ceux qui vont leur prêchant la guerre de classes, la reconstitution des classes, marchent et parlent au rebours du progrès démocratique, c'est bien sûr. Les mineurs du Pas-de-Calais, sur la foi de Karl Marx, ont attendu comme le Messie le soulèvement de leur classe des deux côtés de l'Escaut et du détroit.
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Leur classe a envoyé ses houilles poiii' cliaiiirer les l'abi iqiies el les salons de ceux (|iii i)euvenl les payer leur prix. Les mineurs forment encore Iroj) une classe : il s'agit de l'aire qu'ils soient de moins en moins une classe; que les ouvriers par l'instruction, par l'aisance, pai* de bonnes lois, se fondent et s'harmonisent de plus en plus dans l'ensemble d'une démocratie pacifique et libre.
C'est là que nous tendons et c'est là qu'il faut tendre, volontairement, avec prévoyance et politique. Il y a un degré de valeur et de respect, d'influence et de considération que le travail n'a pas encore acquis, mais il le réclame et il sent que c'est son droit de l'obtenir. Il faut l'y aider.
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Cette grève du Pas-de-Calais a mal fini, comme elle a mal commencé. Après sept semaines de misères, d'angoisses, que nous avons tous partagées, les mineurs ont repris leur travail; mais avec quels sentiments? avec quelles pensées? Ils le disent dans leur ordre du jour du 5 novembre : « La démonstration est faite une fois de plus que
le travailleur n'a nulle amélioration de son sort à espérer, nulle équité à attendre que d'une révolution sociale... Nous enfermons dans nos cœurs Tespoir d'une prochaine revanche. »
Les mineurs du Pas-de-Calais se trompent une fois de plus : il faut le leur prouver, non par des paroles, mais par des actes. Toujours, ils appellent de leurs prières ardentes cette révolution sociale, qui doit les faire libres et heureux en un moment. Toujours, ils rêvent une réussite, un coup de partie, qui doit changer la face du monde. Ce coup ne se fera pas plus la prochaine fois qu'il ne s'est fait la dernière : le progrès reste insensible aux supplications les plus ferventes, aux plus pénibles sacrifices de l'ignorance et de la crédulité.
Je ne pense pas qu'une grande association ouvrière se soit jamais plus légèrement engagée dans une aventure aussi périlleuse. Il y a dans cette marche des choses une série d'erreurs et de contresens que l'on ne croyait plus possibles aujourd'hui, au point où nous sommes arrivés de notre éducation économique et politique. Mais voyons : voici la question que je me permets de po ser à tous ceux qui réfléchissent : « Cette série
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do réclamations diverses, présentées sans méthode et sans ordre, aurait-elle pu se former, si les ouvriers et les patrons avaient pris l'habitude d'examiner ensemble, à des intervalles périodiques, les conditions de leur travail? » En tête de ces réclamations, que je n'ai pas besoin de discuter ici, il y en a une qui les contient presque toutes et les résume : les ouvriers mineurs du Pas-de-Calais reprochent aux compagnies de n'avoir pas respecté les termes de la convention d'Arras.
Cette convention, en date du 30 novembre 1891, avait terminé heureusement une autre grande grève; elle avait réglé les principales conditions du travail des mines dans le Pas-de-Calais. Ouvriers et patrons s'étaient séparés en bon accord, contents et satisfaits les uns des autres. Au bout de deux ans, la grève éclate de nouveau. « Yous n'avez pas respecté le contrat, disent les ouvriers, et nous vous présentons la longue liste de nos légitimes griefs! » — « Pardon, répondent les compagnies , nous avons exécuté le contrat fidèlement. »
Les ouvriers et les patrons, cependant, en seraient-ils arrivés à ce point de désaccord et de
malentendu, s'ils avaient continué de se voir, à certaines époques déterminées, pour vérifier les conditions du travail? Mais on se rencontre un jour, lorsque des difficultés graves ont éclaté, on examine la situation et on décide d'y apporter des réformes; puis, on se tourne le dos, comme des étrangers qui n'ont rien de commun, jiisqu'à l'explosion d'une nouvelle crise plus redoutable que la précédente.
Après la conférence d'Arras, il aurait fallu demeurer en rapports périodiques les uns avec les | autres, ouvriers et patrons; il aurait fallu créer un conseil, un comité d'explication et de conciliation, qui aurait examiné les sujets de plaintes à mesure qu'il s'en serait présenté.
Certainement, si l'on avait agi ainsi, on ne serait pas arrivé, au bout de deux ans, à cette grève du ili septembre 1893, qui, éclatant tout d'un coup après une période électorale paisible, à la veille des grandes fêtes franco-russes, a fait dire, avec une surprise dont nous entendons encore les écbos : « Mais d'où vient cette grève? Que signifie-t-elle et que nous veut-elle? »
Il y a parmi les patrons des mines du Pas-de- Calais des hommes que nous connaissons, que