LA GRANDE C0M1»LICE
restés que trop isolés, pondant (piarante ans, sur les confins d'un monde nouveau. Ils se sont formés, développés, instruits, associés, presque par leurs seules forces, avant d'y être aidés par les lois. Nés en quelque sorte depuis la l{évolution française, ils sont devenus tout un peuple que la Révolution portait à son insu dans ses flancs, et ils lui demandent aujourd'hui à leur tour les garanties, les lois, les institutions qu'elle doit à tous et que la République est chargée de trouver pour tous.
C'est à les introduire dans les domaines où habitent la responsabilité et l'autorité, où se décident les règlements et les lois, où s'exercent Tadininistration et le gouvernement que concourent toutes les forces de notre époque; à leur assurer dans la société organisée une place digne de leur mérite; à les rendre participants de tous les avantages et fonctions du corps social, de la sécurité, de la stabilité, de la propriété, de la science, de l'art, du loisir, dont la somme augmente sans cesse; à leur ouvrir largement les portes mystérieuses de rinflucnce et de l'opinion, ce paradis des temps actuels, et non pas à les en repousser!
C'est bien à cela que tendent toutes leurs propres aspirations et l'opinion s'est faite leur complice d'une manière flagrante. Il y a conjuration sociale spontanée en leur faveur. L'opinion, qui est la plus haute expression sociale, les convie, les éclaire et les absout quand ils se trompent. Singuliers socialistes, ceux qui leur prêchent la rupture avec celte opinion et la dissociation avec tout l'ensemble du corps social!
Ils n'empêcheront pas la solution de se faire chaque jour, dans le sens qu'il faut, avec la complicité de l'opinion générale, c'est-à-dire de la société elle-même. Les ouvriers ont conquis leur place dans les conseils supérieurs du gouvernement, dans les grandes commissions, dans les institutions d'hygiène, dans l'inspection et la surveillance des mines, dans les conseils municipaux et dans les municipalités, je ne parle pas du Parlement.
Ils viennent de poser peureux et pour les autres le principe de l'indemnité municipale. La vie sociale se ti'ansforme à vue d'œil par la pratique des syndicats, par l'arbitrage, par les lois relatives à l'organisation des ateliers, usines et fabriques, par ces notions nouvelles du droit qui font que le
LA CiHANDE COMl'LICE 409
Iravailltiur do la grande indiislrio anonyme ne peut plus èlro congédié à la volonté du patron, à moins que Fopinion pii])lique n'admette et ne sanctionne de son aveu la légitiinité du motif.
L'ouvrier a conquis son autonomie et une sorte d'inviolabilité à son poste de travail et le patron a senti dans son propre établissement la limite de son pouvoir; il ne peut plus dire : « La mine, la forge, l'atelier, le chantier, c'est moi! »
Ne nous dites donc plus que la solution est impossible; — elle est trouvée, les temps sont arrivés. Les grèves légales et licites sont devenues elles-mêmes superflues. La solution se développe chaque jour, avec la collaboration de la publicité universelle, la grande et bienfaisante complice!
Elever la race humaine, sans distinction de classe, de parti, de condition ni de sexe, au plus haut degré de lumière et de moralité, la démocratie républicaine et la France, lumière du monde, ont reçu cette charge; elles sont obligées de la porter et chacun de nous est obligé d'y aider selon ses moyens; c'est toute la pensée de ce livre.