SECONDE PARTIE
Translation solewielle depuis V Hôtel- Bien jusqu'à la Basilique.
Tous les corps publics sont invités à prendre part au cortège •qui se i-endra solennellement de l'Hôtel Dieu à la Basilique.
Le rendea-vous des invités est dans la partie est de la rue Charlevoix, où tout le monde est convoqué pour 9 heures du matin, jeudi 23 mai, si le temps le permet. La place des différents corps sera indiquée sur les lieux par des affiches, afin que chacun se trouve en ordre de marche. On est prié de se mettre quatre à quatre.
Le cortège suivra les rues Collins, St-Jean et-La Fabrique jusqu'à la Basilique, dans l'ordre suivant :
Un détachement de la police.
Les enfants des Ecoles <i;hréti€nne?, avec bannières.
Les élèves du Collège de f^t-Jrseph de Lévis, avec bannières'.
Les élèves du Collège N.-D. de Lévis, avec bannières.
Les élèves de l'Ecole Normale Laval, avec bannières.
Les élèves du Séminaire de Québec, avec bannières et couronnes^
Les élèves de l'Universiié Laval, en eostnme.
Le corps de musique du Séminaire.
Le clergé en habit de chœur.
NN. Ss. les Evêques.
Les restes de Mgr de LavaL
La Camille représentée par les profe?seurs du Séminaire et de l'Université- Laval en costume, et Son Excellence .e Lieutenant-Gouverneur.
Les membres du (Jabinet Fédéral.
Les Juges en chef.
Les membres du Conseil Privé ne faisant pas partie du Cabinet.
Les Sénateurs.
Les Juges puinés de la Cour du Banc de là Reine, et de la Cour Supé-irieure.
Les membres de la Chambre des Communes:
Le Conseil Exécutif de la Province de Québec.
Les membres du Conseil Législatif.
Les membres de l'As-embiée Législitive.
Le Juge de la Cour de police et l» Kecorder.
Les Huions de Lorette ( éputation), en costume
L'Etal-miijor et les officiers de la milice volontaire de la Puissance.
Les Maires et lesmt^mbres des Corporations de Québec et de Saint-- Sauveur.
Les avocats (députntion).
Les notaires (deputation).
Les médecins (deputation).
Le corps des marguillers des différentes églises de Québec.
Les sociétés St-Jean-Bapliste 4e Québec et de Sl-Sauveur.
Les sociétés irlandaises.
Les congréganisies des différentes Congrégations de la ville,
L'Institut Canadien.
Le Cercle Calholique.
Le Septuftr H lydn.
L'Union musicale.
La société Sainte-Cécîie.
La société Saint-Vincent de Paul.
Un détachement de police.
Pour le bon orJre de la cérémonie de la Translation de» restes' vénérés de Mgr de Laval, il a été nécessaire d'adopter certaines mesures de précaution, que les citoyens voudront bien respecter.
Pour éviter l'encombrement et permettre à chacun d'arriver facilement à sa place dans la Basilique, les propriétaires de bâties recevront des cartes spéciales qui leur assurent leursplaces de bancs, et dont ils pourront disposer comme ils voudront pour eux-mêmes ou pour leurs amie, ces cartes étant transférables.
Tia Basilique sera fermée à huit heures du matin, jeudi, et à •partir do ce moment jii-^qu'à neuf heures et demie, les personnes -munies de la carte s})écialo seront seules admises dans l'Eglise; les autres personnes devront se retirer. Pendant cet intervalle <ie temps on pourra entrer par la porte du côté de la chapelle 'do Notre- Dame-de-Pitié, pourvu qu'on exhibe la carte d'admission.
Après neuf heures et demie les Dames ne seront plus admises.
A part les citoyens invités personnellement, et ceux qui auront reçu des cartes spéciales comme devant faire partie de la députation d'un corps en particulier, tout autre citoyen, muni d'une carte lui assurant une place de hancà la Basilique, est invité à prendre rang dans la procession avec l'un quelconque des'corps dont il est membre.
C'est, pour ces personnes, le moyen le plus avantageux de ee rendre à leurs bancs.
Comme de raison, les Commissaires-Ordonnateurs auront droit de se faire mantrer ces cartes; et par suite chacun est prié de ne pas oublier la sienne.
Le petit nombre de places disponibles dans la Basilique exige ces précautions, qui sont à l'avantage de tous.
Les personnes faisant partie du cortège et munies de cartes enti-eront seules par la grande porte tant que le cortège n'aura pas fini de défiler. Le publie ne sera admis dans le bas de l'Eglise et dans les galeries des arcades que lorsque les personnes munies de cai'tes seront placées
A mesure qiie le cortège entrera dans l'Eglise, ceux qui en feront partie, et qui ont des places de b mes, sont pries de vouloir bien les prendre afin de laisser le plus grand nombre possible do sièges réservés pour les personnes étrangères à la Cathédrale.
Comme il est impossible de placer des Dames dans les allées, il n'y aura d'admises à l'Eglise que celles qui auront pu .-e procurer des cartes <ie places do bancs, comme on Ta dit plus haut.
Pour la parfaite " exécution du programme, le Rev. M. E. Marcoux, prêtre du Séminaire, chîirgè de la surveilUïnce générale, s'assura l'habile et généreux concours de MM. les Lieutenants G. Amyot, T. Eoy et A. Evantui-el, qui se prêtèrent avec la plus aimable complaisance à agir comme Commissaires- Ordonnateurs. Grâce a ces Messieurs, le programme a pu être oxécuté avec une ponctualité et une précision qui ont excité l'-admiralion universelle.
TRANSLATION SOLENNELLE DES RESTES DE MGR DE LAVAL. (, i >
Ad perpetuam rei memoriam.
Enfin îl ost arrivé' co grar>d jour attendu et préparé depTiîssi long-temps t Une dernière fais Mgr de Laval a traversé le* rues de son cher Québec^ pour aller reposer ensuite dans son cher Séminaire t Quelle imposante cérémonie l Jamais Québecn'a vu de fête religieuse aussi solennelle. Tout a concouru pour en rehausser l'éclat. Pourquoi ne pns rappeler ici les. craintes qu'avaient inspirées la pluie de mardi et le vent d'estdemercredi? S'il allait encore pleuvoir, disait-on, quel malheur!... Non, Mgr de Laval ne permettra pas que taat de préparatifs faits en son honneur restent sans résultats; il fera beau, répondaient les plus fervents, tout en ressentant une secrète inquie^ tude. Et jeudi matin encore, les craintes n'étaient pas toutes dissipées. On regardait comme bien menaçants ces grosnuages sombres qui roulaient dans le ciel, poussés par ce vent pluvieux qui souffle tous les printemps à Québec. Partons toujours, le ciel se laissera toucher par notre confiance.
Aussi jeudi matin, long-temps avant l'heure indiquée dans le programme de la procession, on remarquait une animation inusitée dans la population : les citoyens décoraient la façade de leurs maisons, et une foule de curieux affl.uaitde toutes parts,. et venait prendre place de chaque côté des rues que le cortège devait parcourir. On voyait les drai[>eaux à mi-mât sur nos édifices publics, sur l'Archevêché, sur l'Université Laval, le Parlement, l'Hôtel-de-Vi lle,le bui^au du Lieutenant-Gouverneur et autres édifices. Au Havre du Palais et tout le long de la rivière St-Oharles, les propriétaires de goélettes ont voulu témoigner de leur respect pmir l'homme illustre qui était l'objet de la démonstration du jour en arborant aussi leurs pavillons à mi-mât. Tout ])renait l'aspect d'un jour de fête jiublique. Aussi on peut dire que dès 1 heures toute la population de Québec, grossie par un non>bre considérable de perso-nnes venues des environs, était réunie sur le parcours de la procession. Presque tous les magasins étaient fermés.
Dès 1^ heures, les élèves du Collège de Lévis avec les Directeui-s de cette maison, les demoiselles élèves des Ursulines et
(1 Extrait en grande partie de V Abeille du 31 Mai, et des autres journaux de ta vUl».
de l'Ecole Normale, les Sœurs de la Congrégation avec quelques-unes de leurs élèves, les Sœurs de la Charité avec une partie de leurs orphelines, les Sœurs du Bon Pasteur et les Petites-Sœurs des pauvres de l'Hôpital du Sacré-Cœur prenaient rang dans la cour de la division des petits. Les cloches de la Cathédrale ont sonné à toute volée depuis 7^ hrs. jusqu'au premier coup de canou à 7|- hrs. Quelques minutes auparavant, le clergé entrait dans la chapelle pour y prendre les dépouilles précieuses et les porter proeessionellement d'abord aux Ursulines.
Cependant grâce à la bienveillante permission du Gouvernement d'Ottawa, la Batterie de Campagne de Québec, sous le commandement du Col. W. Baby et des Ivieut. C. Lindsay et L.-F. Burroughs. s'était jilacée dans la cour des casernes des Jésuites et, au moment même où le cercueil fi-anchissait le seuil de la porte de la chapelle, la premi-^re salve ébranlait les airs. Eien de plus impressionnant que la procension à ce moment. En avant, huit ou neuf cents enfants et jeunes gens s'avançaient recueillis, la fanfare jouant une marche funèbre. ija plupart
Eortaient à la main une couronne. Puis venait un clergé nomreux, plus de quatre vingts prêtres étaient déjà dans les rangs. Le cercueil s'avançait ensuite, porté avec la même solennité que lors (Je la translation intime. Au dessus on avait placé la couronne des enfants de France offerte ])ar les Facultés, la couronne du diocèse de St-Gerniain de Rimouski, la riche croix en fleurs naturelles offerte par Son Excellence le Lieutenant- Gouverneur et celle de l'Académie des Dames religieuses do Jésus- Marie de Si lery. En arrière du cercueil, un certain nombre d'élèves en soutane violette et cotta, portaient un trophée composé de la plus grande partie des couronnes dont nous avons donné l'énumération. Ce trophée se terminait par l'arbre symbolique de la Province de Québec, présenté par les membres du Cabinet local. Quatre autres élèves portaient la magnifique couronne sous lx)cal des Frères de la D. C. de St- Roch. Puis venaient les élèves des Ursulines, vêtues de blanc, la tête couverte de voiles et de couronnes. Elles portaient quatoi'ze bannières, dont sept spéciales présentaient les emblèmes des vertus théologales et cardinales, avec des paroles pour la plupart de la V. M^rie de l'Incarnation :
lo. La Foi a traversé les mers.
2o. L'Espérance a soutenu ses travaux.
3o. La Charité a immortalisé ses œuvres.
4o. Prudence céleste ; simplicité évangélique.
5o. Zélé pour la gloire de Dieu; inflexible à tout ce qui y est contraire.
6o. Mort à lui-même et au monde, il dorme tout et vit en pauvre.
7o. Il s'eet sacrifié pour l'Eglise de J.-C. et pour le trahit des âmes.
A !eur suite venaient les. élèves demoiselles de l'Ecole Normale, les Sœurs de la Congrégation et leurs élèves, les Sœurs de la Chanté avec leurs orphelins et orphelines portant, les premiers un lis d'or, les secondes un lis blanc, puis les Sœurs du Bon Pasteur et les Petiles-Sœurs des Pauvres. "
Mgr de Laval sortait ainsi entouré des communautés religieuses de sa ville épiscopaie. Ces communautés, dont deux avaient commencé sous (ses regards et par ses soins, étaient ainsi les premières à faire l'escorte d'honneur au père de l'Eglise du Canada L'amour filial est toujours beau, mais quand il se manifeste par une démonstration aussi grande, et cela ajirès l'espace de 170 ans, il revêt une dignité particulièi'C. Aussi rien de plus imposant quo cette marche lente et mesurée au milieu d'une foule compacte, et au bruit du canon retentissant de minute en minute. Ceux qui ont vu ce spectacle ne l'oublieront jamais.
Les rues suivies par la procession étaient parfaitement décoi"ées. Nous airivons aux Ursulines. Le couvent disparaissait littéralement sous les ] avillons et les tentures; et dans l'église surtout on avîiit prodigué les ornements avec une abondance merveilleuse, guidée par le goût le plus sûr et le plu< délicat.
D'immenses banderolles blanches et violettes flottaient do toutes parts, et des inscriptions couvraient les murs du chœur et de la nef. Nous les donnons ici.
Dans lo sanctuaire : " Hene 'ictus qui. venitinnomine Domini." " In sœcula memona ejus in benedictione." " Honorificati siint ami ci tui, Deus."
Dans la nef. " Un S. Thomas de Villeneuve en charité et en humilité." (Yen. M. de l'inc.)
" Lifatigable au travail." (Vén. M. de l'Inc.) '• Quam gratiarum actionen reddemus ! "
La procession défile lentement et le cercueil arrive à la porte de l'Eglise. Mais où donc se dirige-t-il ? il ne marche ])a8 droit à l'autel. Non, il va encbre une fois à cette grille, d'où autrefois il entretenait cette même communauté ; il va parler de nouveau à ses filles après 170 ans d'absence.
Quelle grandeur dans ce spectacle ! Les religieuses sont là, elles le voient qui s'avance vers elles pour les bénir, elles tombent à genoux et écoutent avec respect ses paroles : car il leur dit quelque chose. Il leur dit qu'elles sont toujours les
mt'mos, il leur rappelle le bien qu'elles ont fait au Canada depuis qu'il les a laissées, il leur raconte les bénédictions que Dieu verse sans cesse sur elles, car il sait, lui, ce qui se passe au ciel,.. Ces ossements desséchés fiicent éloquents, U'S larmes abondantes qui s'échappèrent des yeux des bonnes religieuses et des assistants l'ont ))rouvé.
A mesure que les élèves des Ursulines enti-aient dans la Chapelle à Ja suite du cercueil, celles qui jmrtaient les bannières allèrent se placer en ordre le long des murs de chaque côté, ce qui compléta l'ornementation de la chapelb^ de lu manière la plus heureuse.
ho Libéra fut chanté par M. le Grand Vicaire O. Caron, chiipelain des Ursulines des Trois- IJivières, en souvenir du fait que Mgr de Laval en 1670, avait, à la demande de la Ven. Marie de l'Incarnation, fait venir de France la i-eligieuso qui, plus tard (1697), a fondé les Ursulines des Ti'ois-Eivières.
En sortant, le cierge et le cercueil passèrent entre" deux haies d'une cinquantaine de toutes petites élèves, vêtues de blanc et tenant à la main des bouquets et des couronnes ; elles n'avaient pu se rendre au Séminaire avec leurs compagnes plus grandes, vu la température peu favorable, et elles avaient attendu dans la chapelle des Ursulines, Sur le passage du cercueil, elles présentèrent, avec une grâce charmante, aux précieux restes de JVJgr de Laval, leurs bouquets et leurs couronnes.
Pendant que la procession reprend sa route dans le même ordre qu'auparavant, sauf <jue les contmunautés de femmes sont remplacées par les Congréganistes de la Haute- Vil le et de .*^t Roch, jetons un coup d'œil sur les décorations qui frapjjent les yeux au sortir de la chapelle des Ursulines
L'extérieur du monastèi-e était couvert d'inscrij)tions admirablement choisies. Citons:
A l'extêrnat: " Eésidence du 1er Evêque de Québec, Mgr de Laval Montmorency, 1659-1661, "
Sur la rue Donnacona :
" Transiens benedicito nos, "
" F Ev. de Québec. Il porte les marques et le caractère d'un Saint. " (Vén. M, de l'Inc)
"■ Cœur Immaculé de Marie, obtenez la glorification de votre grand serviteur, "
" Eeconnaissance des Ursulines des Trois- Rivières à Mgr de Laval. "
Sur la rue du Parloir, une foule d'inscriptions historiques, telles que :
" 1659. Ce ne sont pas les hommes qui l'ont choisi. " (Vén. M. de l'Inc.)
"1662. Sauveur de la Patrie. "
*' 1603. Son œuvre d'avenir. "
'• 1674. Patriarche des Eglises de la Nouvelle- France. "
" 1688. Le Moïse do son peuple. "
" 1701-1705. Paix, joie, tranquillité inaltérables. "
" 1708. La couronne après 85 ans de travaux. "
" A l'immortel Lavai les Filles de Marie de l'Incarnation à jamais reconnaissantes "
Les résidences de Madame Nault et de l'Hon. F. Langelier étaient très-bien décorées. Chez ce dernier on pouvait admirer l'écusson de la famille des Montmorency qui ornait le dessus de la porte, et l'inscription: "Il fut 1 appui de nos aïeux, il sera le nôtre."
Nous arrivons dans la rue St-Louis, littéralement tapissée de pavillons et d'oriflammes. Chez M. Baillairgé, avocat, on voyait à une fenêtre le drapeau de Carillon, cette précieuse relique nationale. Les deux gloires les plus pures de la colonie française se rencontraient et résumaient ainsi, dans deux souvenirs sans tache et sans ombre, toute l'histoire de la domination française.
Parmi les maisons remarquablement bien ornées, nous citerons en outre les suivantes: le Dr. Simard, Madame Caron, l'Hon. H. Langevin, et l'Hon. P. Pelletier, où l'on pouvait lire de touchantes inscriptions en lettres d'or, placées au dessus des fenêtres du premier étage : v. g. "Ne passez pas sans nous bénir! " " Que ses cendres remontent sur nos autels l " L'Hôtel-de- Ville se distinguait aussi par le bon goût et l'éclat de son ornementation.
Puis tantôt au son de la fanfare du Séminaire, qui s'est fort distinguée en cette circonstance, tantôt au chant du Miserere, le cortège arrive à l'Eglise de la Congrégation. Les décorations étaient très-belles.
La galerie était tendue de blanc, avec les inscrijitions suivantes, en lettres d'or de cinq pouces, à contours cramoisis:
Du côté de l'Epitre : " In diebus suisplaeuit Deo, et inventus est justus. "
Au centre : " Annuntiaverunt opéra ejus, et facta ejus intellexerunt. "
Du côté de l'Evangile : Honestavit illum in laboribus. et complevit labores ilUus. "
Au-dessus du corps, sur une banderoUe blanche à bordure lilas, et contournant élégamment en forme d'oxergue l'écusson de Mgr de Laval, on lisait, aussi en lettres d'or : " Magnas virtutes operatus est. " Ce trophée était surmonté, à une distance de deux pieds, par une couronne de lis et de lauriers d'or
de troie pieds de diamètre. On ne pouvait pas voir les liens qui unissaient ensemble la couronne, l'écusson et l'inscription, qui semblaient ainsi suspendus en l'air comme par enchantement.
D'un point de la voûte au-dessus du trophée descendaient quatre bandes étoilées d'or, alternativement de cohourg violet et de mousseline blanche brodée, qui allaient s'attacher aux angles de la galerie et du sanctuaire en décrivant une courbe gracieuse autour du trophée.
Quatre pendentifs semblables, moins les étoiles, descendaient de la voûte tout le long de la nef jusqu'à huit pieds de terre, les extrémités remontant à la galerie, où elles étaient arrêtées à égale distance les unes des autre-.
Tout le long de l'entablement, au-dessus de chacune des quatorze colonnes, étaient fixées des couronne de verdure de dix-huit pouces de diamètres.
Tout le sanctuaire, depuis la corniche jusqu'au parquet, était couvert d'une tenture blanche etoilée d'or, qui couvi-ait les autels latéraux et la fenêtre jusqu'aux balustres.
Le porte-corps, place sur une marche recouverte d'un riche tapis, était tendu de violet et couvert d'un drap d'argent ayant un gland d'argent à chaque angle.
De chaque côté du porte- corps, des étoiles d'or dessinaient le nom de LAVAL, et à l'extrémité faisant face au peuple, le monogramme de la Compagnie de Jésus, JHS.
Cette imposante décoration fait le plus grand honneur au Rév. Père (jui l'a dirigée, ainsi qu'aux Dames et aux Demoiselles qui l'ont exécutée.
Le Rév. P. Sache, supérieur de la Congrégration, chanta l'absoute, et l'on se remit en route pour l'église Saint- Patrice.
A 8 heures du matin, les différentes congrégations et sociétés irlandaises étaient j)arties de la rue Saint-Stanislas, et étaient venues procession nellement, avec leurs riches décorations, drapeaux et oriflammes, se ranger en ordre de marche dans la rue d'Auteuil, pour remplacer les congréganistes français à la suite des restes de Mgr de Laval. La population irlandaise s'y trouvait largement et magnifiquement représentée ; il n'y avait pas moins de trois coips de musique.
Les sociétés irlandaises prirent rang, à la suite du cercueil, dans l'ordre suivant :
Les syndics de l'église Saint-Patrice ;
Le corps de musique " Indépendant Emerald Band " ;
La société Sainte-Famille, section des hommes mariés ;
La société Sainte-Famille, section des jeunes gens ;
La société d'abstinence totale de Saint- Patrice avec son. corps dQ musique j
Les'conférenees irlandaises de la société Saint-Vincent d-e Paul ;
L'Institut catholique et littéraire Saint-Patrice-;
Le corps do musique de la Batterie B ;
La société bienfaisante " Ilibernian ".;
L'Uni<)n catholique et bienfaisante Saint-Patrice-;
I/Union catholique du Oanada;
Les sociétés *' Teni])erance Cadets " et " Saint-Joseph."
]ja f\)ule s'accroit sur le passage. Elle encombre les rues que ■suit le cortège. La verdure de l'esplanade et des terrassements disparaît sous des groujjes compacts qu'on aperçoit pai-tout où J'on jette le regard. Et dans toute cette fouie, pas le moindre désordre, mais une sorte de recueillement religieux qui touche profomlément. Le canon tonne toujours à des intei'valles réguliers d'une minute et demie. Enfin, après avoir suivi les rues Saint-Jean, Saint-Stanislas et McMahon, nous arrivons à Sairt- Patrioe.
Les E.R. PP. Rédemptoristes, qui viennent de faire réparer splendidement leur église, avaient «u l'heureuse idée de n'y pas mettre de tentures, afin de ne pas Cîicher les beautés de la voûte et des murs, richement décorés par eux-mêmes. Une simple banderoUe noire courait le long des deux galeries latérales, et les autels étaient couverts en violet. Ce fit le Bév. Père F. Grrenier, supérieur des Oblats de Québt'C, qui chanta l'absoute. Et l'on se remit en marche pour l'Hôtel -Dieu.
11 est étonnant de voir avec quelle fa-cilité, avec quel ordre se sont faits tous ces mouvements d'une procession aussi nombreuse, circulant parmi une foule aussi compacte. I es arrêts, les départs, t<tut s'est affectué sans l'ombre d'un retard, gi-àce au zèle infatigable des commissaires-ordonnateurs, MM. Gr. Aniyot,Thomas Boy ot Arthur Evantitrel, qui méritent certainement des éloges tout particuliers. On avait donné rendez-vous aux corps publics et à NN. SS. lesEvêquesà l'Hôtel-Dieu pour -9 heures A, M., et à 9 heures précises, la procession arrivait à l'Hôtel-Dicu, après une marche compliquée d'une heure et demie !
Vers 9 heures moins un quart, NN. SS. les Evêques au nombre de huit, ayant à leur tête Leurs Grâces les Archevêques Taschereau et Taché (de Saint-Boni face, Manitoba), partaient ])rocessionnellement de l'archevêché, précédés par environ quatre-vingt prêtres qui n'avaient pu prendre part à la procession complète. Les pi-êtres étaient en habit de chœur et marchaient deux à deux : NN. SS. les Evêques étaient en chapes noires et mitres blanches. Chaque évêque était accompagné de deux diapelains. Cette auguste procession d'un nouveau. genre, et
Gî
^iTe (Jtiébec n'avait encore jamais vue, passa par les mes Buadef et La Fabrique, an milieu d'une foule com]ia(;te et respectueuse, qui resta toute émue à la vue d'un tel spectacle. C'était l'Bpiscopat du Canada qui allait au devant des restes de son illustre iialriarche.
NN. SS. les Evêques : rrivèrent à l'Hôtel -Dieu juste à temps pour y recevoir la pi'ocession qui venait de l'église Saint-- Patrice. Ils se placèrent dans le sanctuaire sur de-, sièges qui avaient été prépai-és pour eux, tandis que le reste du clergé restait dans la nef.
A part le clerg<^, l'Université, le chef de l'Ktat^ et les chef* des différentes administrations tant fédérales que locales, seul le corps de mn^ique du petit séminaireaeu leprivilége d'entrer. .1 l'Hotel-Diea. Par un sentiment d^d i-econ naissance qui se perpétue d'âge en âge et qui semble inépuisable malgré les années, les boimes Sœurs de l'Hôtel -Dieu ont conservé urie pré^ dilection spéciale pour tout ce qui vient du séminrarede Québec^ on particulier pour son corps de musique ; c'est pour elles unejouissance que de l'entendre, ce qui n'arrive qu'à d- rares intervalles. Sans vouloir déprécier en aucune façon la bande du séminaire, que l'habile direction de M. McKernan a rendue si remarquable et qui s'est fait admirer dans la journéedu 2H mai,il est probable que, quand même elle jouerait moins bien, le» bonnes Sœurs de l'Hôtel-Dieu l'entendraient toujours avec délices; parce qu'elles l'écoutent surtout aVec leur cœ«r.
Il serait bien difficile de surpasser la délicatesse et le goût qui régnaient dans les décorations de l'Hôtel-Dieu.
A l'entrée, on remarquait une ai-che en verdure surmontée d'aune croix.
Le portnil de l'église était surmonté d'un» croix en verdure ornée d'une couronne de fleurs. Du pied de la croix partaient des drajjeries blanches, relevées par des couro: nés aussi de verdure, et descendant le long du toit jusqu'au sommet du mur. Le sommxît du portail était on é d'un tableau représentant les armoiries do ilgr de Laval; ce tableau était entouré de croix^de roses blanches et violettes surmontées elles-même de couronnes de mêmes couleurs. Au-dessous des armoiries se lisait l'inscription : " Hommage à Monseigneur de Laval. "
Au-dessus de la porte d'entrée, sur une draperie blanche, se détachaient les paroles suivantes: " G/iudehit tecum cor meum". De chaque côté de la façade on lisait les inscriptions: ^' Gau* dium meimi et c9rona mea ". " Custodit Dominus ossa jusforum ".
La porte de clôture était surmontée d'ime impériale portant une couronne de fleurs.
La fiaçade de tous ks murs de l'Hôpital ainsi que les croisées
étaient ornées de drapeaux, de divers emblèmeSj ainsi qiio de draperies blanches sur lesquelles on lisait les textes suivants: " Videant pmiperes et lœtentur ". " Eritis mihi in fiUos et filias ". '•■ Oleum effusum nomen tuum".
Mais l'intérieur de la chapelle surtout frappait par son élégance et son ordonnance imposante. Il fait le plus grand honneur aux bonnes Sœurs.
Les trois autels étaient recouverts de violet et garnis de courotines, de guirlandes et de fleurs de lis. Sur la tenture du grand autel était le saint Nom de Jésus écrit en or et orné de lis d'argent. Le grand autel était entouré de draperies violettes ornées également de guirlandes, de couronnes et de diverses fleuis. Sur ces draperies se lisait l'inscription : " Ad eum venient pastores et grèges" > Enfin de chaque côlé de l'autel étaient deux drapeaux portant les inscriptions: " Hommage à notre protecteur". "Bénissez vos enfants ".
Trois faisceaux de banderolles blanches et violettes se détachaient de la voûte, venant se replier à la corniche pour orner les murs de diverses manièi'es. Le premier, au-dessus du mausolée, portait l'inscription: '^ Benedictio patrisfirmat donium" ; il était orné de guirlandes, de couronnes et de fleurs de lis. Le second, qui se détachait du milieu de la voûte, avait pour inscription : " Memoria ejus in benedictione est " ; il était orné de feuilles d'érable, de couroniies et de diverses fleurs. Le troisième également orné garnissait la porte d'entrée à l'intérieur.
Sur la chaire on lisait les paroles " JLegem tuam dilexi ", et au-dessus de la grille du chœur de la communauté " Lœtare filia Jérusalem ".
Tous les tableaux du chœur et de la nef étaient recouverts de draperies violettes ornées de fleurs blanches.
Au milieu du chœur s'élevait Un magnifique mausolée formé de quatre colonnes garnies de violet et de blanc et entourées de guirlandes, du sommet à la base. Cette colonnade, poi-tant quatre petits cyprès, se terminait dans sa partie supérieure par une impériale ornée de dentelle et de fleurs, et surmontée d'une croix d'argent au-dessous de laquelle était suspendue une couronne de roses blanches et violettes. Sur le fronton de cette impériale était l'inscription : '* Heliqvias mors pia consecrat ". Le porte-corps était recouvert de velours blanc garni d'une frange d'or et de fleurs de lis violettes.
Le cercueil dos restes de Mgr de Laval alla d'abord, comme aux Ursulines, parler à la grille des bonnes Sœm's: il n'avait pas moins de choses agréables et touchantes à leur dire. Puis on le plaça sous son magnifique mausolée. Ce fat Mgr Taché
qui fit l'absoute. Impossible de dire l'impression profonde que produisait ce spectacle si imposant sur l'assemblée d'élite qui entourait alors les restes vénérés de Mgr de Laval, ni les pen* sées qui animaient l'esprit de chacun.
Il y a deux siècles, la voix puissante de Laval envoyait d'humbles missionnaires sur les rives des grands lacs, dans les déserts lointains de nos forêts, leur disant la parole de Jésus- Christ à ses apôtres : " Ite, docete omnes gentes ". Ils sont partis armés du courage *qui fait les martyrs et du zèle qui enfante les chrétiens. Ils lui reviennent aujourd'hui, dans la personne des Pasteurs de son Eglise, après deux siècles de travaux et de combats, la joie au cœur, les mains pleines de lauriers; venientes autem venient cum exutatione, portantes manipulos suos. Ses ossements ont dii tressaillir dans la tombe à la voix d'un illustre pontife, véritable enfant de I aval, venu des bords lointîiins de la Rivière- Rouge pour entendre encore une fois les muets enseignements de Celui qui lui apprit à tout mépriser, famille et patrie, pour sauver les âmes. Il a dû jeter un regard de prédilection sur le missionnaire venu des glaces du pôle pour contempler Celui qui- par la voix de son successeur, l'envoya fonder une nouvelle église, y implanter la foi de Laval et les institutions de sa patrie.
L'Etat venait aussi présenter ses hommages à l'illustre défunt. Le successeur de Vaudreuil, Son Exe. le Lieut. Gouverneur LeTellier de St Just relevait par sa présence distinguée l'éclat de la fête et représentait la nation canadienne au tombeau de son plus grand fondateur. Tous les corps publics s'étaient donné rendez-vous à l'Hôtel-Dieu, où commençait la procession officielle.
Après le Libéra chanté par Sa Grâce Mgr Taché, la procession se mit en marche. Kien de plus grandiose! Qu'on se rejjrésente près de 2000 élèves, en costume, avec couronnes, étendards ei drapeaux; plus de 200 prêtres en habit de chœur, huit Archevêques et Evêques en chapes et mitres ; puis à la suite de ce brillant cortège, le cercueil plus semblable à unS chasse qu'à un tombeau, environné de couronnes et de fleurs d'or et d'argent, reflétant de tous côtés les rayons du soleil. A la suite vingt-cinq professeurs de l'Université Laval, tant de Montréal que de Québec, richement drapés dans leur costume de soie et d'hermine; Son- Exe. le Lieut.-Gouverneur, représentant notre Gracieuse Souveraine ; lus ministres, les juges, les sénateurs, plusieurs députés d'Ottawa et de Québec ; les derniers descendants de la nation Huronne, ces chrétiens fervents qui pleurèrent amèrement la perte de l'homme du grand affaire ; les députations des avocats, d«8 notaires et des
Tnédecin?!, les officiers des différentes Sociétés Canadiennes et Iriandîùses; sur le parcours, sur la place de la Basilique, aux fenêtres, sur les ruines des casernes, partout une foule immense et recueillie; 30,000 personnes attendant avec respect le passage et la bénédiction d'un Pasteur fidèle qui visite son troupeau deux siècles après sa mort; à des intervalles réguliers, les éclats solennels du bronze des batailles réveillant les échos endormis de la vieille cité do Champlain, salves joyeuses qui semblaient dire à Laval de jie pas craindre* ])Our ses enfants placés sous la protection d'une nation ])uissante qui les respecte et les défend : et l'on n'aura qu'une fa ble idée de la grandeur d'un s])ectacle si bien fait pour réveiller les plus beaux sentiments religieux et jjatriotiques I
A 9| heures, la procession entrait à la Basilique. A la porte, Son Exe. Mgr Conroy, Délégué Apostolique, assisté du Rév. M. LaRue, S «., et du Chan. Uuellet, de St- Hyacinthe, attendait le brillant cortège. En 1659, le Souverain Pontife envoyait, au nom de Jésus Christ, un humble missinnnaire dans les forêts glacées du Kouveau-Monde. Celui-ci partit, fonda une Eglise et mourut. Pendant long-temps Kome cessa d'y penser. Et voilà qu'après deux siècles, le Pontife immortel, dans la personne de son auguste représentant, vient visiter son missionnaire sur les rives du grand fleuve; et il a le botdieur de le revoir glorieux et triomphant après les épreuves de la lutte et les hasards du combat I
La procession est terminée. Le clergé prend place au chœur et au bas-chœur, les personnages officiels sur des sièges réservés près de la balustr^ide. Son Excellence est au bane du Gouverneur avec sa famille. Les Evèques occupent des fauteuils de chaque côté du chœur, et Son Excellence le Délégué Apostolique assiste au trône archiépiscopal. Le corps est déposé sous un riche baldaquin au milieu du chœur.
Les décorations de la Basilique, dirigées par M. l'abbé George Côté, ne laissaient rien à désirer. Jamais peut-être la Basilique ft'avait été ornée avec plus de goût et de magnificence.
Sur la façade flottait au vent le drapeau du Canada. La porte ]3rincipalo était habilement dissimulée sous une ample draperie noire, parsemée de lis d'argent et relevée par des glands de soie blanche. Au-dessus de la porte brillait, sous les feux da soleil et au milieu de couronnes d'immortelles, un magnifique Jj en argent, rap|)elant le nom de Laval, le héros de la fête.
L'intérieur de la Basilique offrait un coup-d'œil vraiment saisissant ; et s'il est juste de dire que chacune des décorations dé nos églises, et spécialement celle de la chapelle du Séminaire, avait ce jour là son genre de mérite particulier, notre
vieille cathédrale semblait avoir gardé pour elle le cachet de lu grandeur et de la majesté.
I)e loin, en y entrant, on apercevait au sommet du baldaquin les armes de Monseigneur de Laval, avec sa devise glorieuse, " Dieu ayde au premier Baron chrestien'\ De ces armes qui reposaient sur un riche manteau de deuil, orné de fleurs blanches, partaient deux banderoles noires retombant avec grâce sur la j)artie antérieure du baldaquin, et portant cette inscription qui résume la vie de ce saint Prélat dans notre pays : " Honorificentia populi nostri ^\ Le dessous du baldaquin était tapissé de tentures blanches sur lesquelles on avait jeté avec art quelques fleurs violettes. Une immense croix en drap d'argent, mise sur un fond de mousseline noire, occupait le centre de ces tentures et planait au-dessus de l'autel dont elle réfléchissait toutes les lumières. Le tabernacle n'était pas moins bien décoré. Ce qui le relevait davantage, c'étaient quatre saules pleureurs d'une grande délicatesse et d'une blancheur éblouissante. Une dentelle de soie, des courants de feuilles blanches, des couronnes d'immortelles, complétaient le travail et ajoutaient à sa perfection. En arrière de l'autel et dissimulant le tableau de la Sto Vierge, se trouvaient les armes de l'archidiocèse. On les avait ornées de draperies blanches et violettes, dont les gracieux contours encadraient admirablement le tabernacle tout entier.
Sur toute la corniche du chœur régnait une tenture noire à frange de soie blanche. On y lisait ce texte de l'Ecriture : " Appellatus à Deo Pontifex secondùm ordinem Melchisedech'\ et cet autre non moins bien approprié : " Bit illi et semini ejns ^acerdotii dignitas in œternum ".
Le trône de Monseigneur l'Archevêque était érigé près de l'autel, du côté de l'Evangile, sous une riche draperie de moire violette que faisait ressortir une dentelle en point blanc et des glands très-précieux par leur antiquité.
Le trône habituel de l'Archevêque, réservé pour la circonstance au Délégué Apostolique, n'était pas moins remarquable. On y avait suspendu de somptueux rideaux de damas blanc et de damas violet, sur le bord desquels courait une large dentelle brochée d'or fin : le tout d'une légèreté parfaite. Mentionnons en passant les quatre bannières qui, par leur forme et par leur richesse, brisaient la monotonie des banderoles du baldaquin. N'oublions pas non plus de louer ici l'heureuse idée que l'on «.vait eue de transformer les tableaux de l'Eglise en écussons dont la variété frappait agréablement les regards. Mais le morceau d'art par excellence, celui qu'on ne se lassait point de ■contempler, c'était le catafalque sous lequel on devait exposer
les restes de Mgr de Laval : il était digne en tout point d& l'honneur qui l'attendait.
La nef, ornée avec moins de richesse que le sanctuaire,, brillait cependant par le bon goût. Les textes qu'on avait inscrits sur les galeries des grandes arcades étaient on ne peut mieux choisis. Du côté de ré23itre, on lisait ces mots : " Requiem tibi dabit Dominus : implebit splendoribus animant tuam" ; et du côté de l'évangile : ^^ Bespice de sanctuario, et benedic populo tuo et terrae quam dedisti nobis." Enfin, sur le j(ibé de l'orgue étaient ces paroles de l'apôtre : . " Talis decebat ut nobis esset Poniifex." Tous ces textes étaient fixées sur des draperies noires galonnées de blanc et parsemées de lis d'argent et de guirlandes de fleurs blanches.
Les armes de chacun des sièges suffragants de la province" étaient fixées sur les piliers de la grande nef. On les avait ornées de violet et encadrées dans de gi'acieuses tentures La décoration de la chaire était d'une shnplicrité qui n'excluait pas la richesse. Les draperies aux couleurs violettes, sur lesquelles serpentaient une nne dentelle de soie et une frange d'argent; produisaient le plus bel effet. Enfin, le banc de l'œuvre lui-méme et l'orgue, relevés de banderoUes et de couronnes blanches et violettes ; les châssis à demi masqués de rideaux noir» parsemés de fleurs de lis, rien n'avait été oublié et tout contri-^ buait a donner A la basilique l'aspect le plus imposant qu'il soit possible d'imaginer.
A 10 heures commença le service. Il ftrt chanté par Mgr' l'Archevêque de Québec, assisté par M. l'abbé E. Langevin, T. (t.. Prévôt du chapitre de Eimouski, M. l'abbé A. Gauvreau, curé de Sainte-Anne, M. l'abbé N. Laliberté, curé de Saint-- Michel, et M. l'abbé C.>A. Marois, maître des cérémonies. Le chœur de l'orgue chanta la messe de Requiem à l'unisson : ce chant grave et majestueux, exécuté par une masse de voix puissantes, allait à la solennité de la circonstance par sa sim-plicite même ; il était plus touchant et fit plus d'impression que n'aurait fait une messe de grand maître moderne.
Après le service, Mgr Ant. Eacino, évêque de Sherbrooke, monta en chaire et fit le panégyriyue de Mgr de Laval. L'ora-tour, comme toujours, se montraàlahauteur de la circonstance.