DANS LA CHAPELLE DU SÉMINAIRE
Date nomini ej'us magnificentîatn, et confitetnini un in voce labiorum vestrorum, et in caniicis labiorum^ et citharis.
, Rendez gloire à son nom, glorifiez-le par la voix de vos lèvres, par le chant de vos cantiques, et par le son de vos harpes.
Eccli. , XXXIX, 20.
Excellence, (l)
Messeigneurs, (2)
Mes Frèrep,
Tous les peuples se font gloire de conserver le souvenir des hommes qui ont illustré leur patrie : ils leur consacrent des jours de fête, ils chantent leurs louanges, ils leur érigent des statues, ils élèvent des monuments qui rappellent les grandes actions de leur vie.
De tout temps aussi et chez toutes les nations, chez les Hébreux, les Egyptiens, les Grecs et les Homains, on a environné de respect la dépouille mortelle de ceux qui ne sont plus,
(1) Mgr G. Conroy, Délégué Apostolique.
(2) Sa Gràoo Mgr E.-A. Tasohereau, Archevêque do Québec ; Sa Grâce Mgr Taché, Archevêque de Saint-Boniface ; Mgr L.-T. Laflèche, flvôque dos Trois- Rivières ; Mgr J. Langevin, Evoque de Rimouski ; MgrE.-C.-Fabro, Evoque de Montréal ; Mgr Th. Duhamel, Evéque d'Outaouais ; Mgr L.-Z. Moreau, Evéqua 4e Saiot-Hjacinthe.
et déposé dans des lîeux sacrés les restes funèbres des parents, des guerriers, des hommes célèbres. Dans les annales de tous les peuples qui ont marqué leur place dans l'histoire par leurs actions héroïques, partout, je retrouve ce respect religieux pour les dépouilles mortelles de l'homme, dans ces monuments funèbres qui attestent, par leur magnificence, son excellence et sa dignité.
Si des déserts de l'Arabie, des cités de Eome et d'Athènes, je me transporte dans les immenses forêts de l'Amérique du Nord, j'y trouve les jieuplades sauvages emportant avec elles, dans leurs courses nomades, les osserments de leurs pères et de leurs guerriers.
L'Eglise, joignant aux leçons de la nature les inspirations de la foi, est une mère qui n'oublie pas ses enfants. Elle célèbre leurs vertus, elle entoure leurs tombeaux de fleurs, de cantiques et de prières, elle loue les grands exemples qu'ils ont donnés : < lies âmes des justes sont dans les mains de l)ieu, le tourment
de la mort ne les atteindra pas leur trépas a été jugé
une affliction mais leur espérance était pleine d'immortalité
, il restera d'eux un souvenir dans le temps. » (l)
Pour allumer dans lecœur^de tous ses enfants un ardent désir de marcher sur leurs traces, elle permet de prononcer leur éloge : «Eendez gloire à son nom, glorifiez-le par la voix de vo^ lèvres, par le chant de vos cantiques, par le son de vos harpes ; et vous direz en le glorifiant; les œuvres du Seigneur sont toutes excellentes.» (2)
De tous les hommes qui ont honoré notre pays, qui est plus grand que François de Laval de Montmorency ? Sa gloire a grandi .à tel point que la longueur du temps n'a pas effacé son image, ni éteint son souvenir ; son nom est sur nos lèvres et dans nos pensées, son amour est dans nos cœurs.
L'Eglise de Québec est heureuse de payer aujourd'hui un nouveau tribut de respect et de reconnaissance à la mémoire de son Fondateur; elle invite le peuple, le clergé, les évêques à rehausser par leur présence l'éclat de cette solennité, et à prier autour du tombeau de son premier évêque, à l'occasion de la déposition solennelle de ses restes mortels dans la chapelle de son Séminaire.
Le Canada se glorifie à bon droit d'avoir [eu pour premier évêque l'illustie Laval : il avait besoin d'un tel apôtre pour être le fondateur de cette nouvelle Eglise. Laval fut le premier anneau d'une longue chaîne de pontife» qui tous ont soutenu le
(ij Sap„., II, 6.
(2) Eccli..., XXXIX, 20-
même combat, combattu pour la même cause, la liberté de l'Eglise! Il fut en ce pays V Homme du grand affaire, le patriarche de l'épiscopat canadien, complètement propre à l'œuvre do Dieu.
Esprit élevé, cœur intrépide, ti-empé pour les épreuves les plus cruelles, homme éminent par le courage et la sainteté, d'un regard aussi vaste que son diocèse, il avait reçu du Seigneur une âme à la hauteur do la mission qui lui était confiée. Sa noble et sainte figure resplendit entre les grandes figures de Cartier et de Champlain, de Brébœuf et de Marie de l'Incarnation, de Maisonneuve et do Frontenac.
Apôtre, il unit la vie intérieure à la vie apostolique: sa vie a été une vie de foi, de pureté, de prière, d'immolation. Il a été tout à Dieu par son esprit de détachement; tout au salut des âmes par son zèle ; tout à la fondation de l'Eglise de Québec par ses saintes œuvres : il a été un pontife illustre qui, durant sa vie, a soutenu la maison du Soigneur, et qui s'est acquis de la gloire au milieu de son peuple.
Excellence,
C'est pour moi un bonheur et un honneur d'avoir à prononcer réloge funèbi-e de réminentissime et révérendissime père en Dieu, Mgr François de Laval de Montmorency, en présence du vénéré représentant de ce Saint-Siège Apostolique, que le fondateur de l'Eglise de Québec vénérait de toute son âme, et qui a appris à ses enfants à reconnaître et à vénérer dons le ferme successeur de Pierre, le Vicaire de Jésus-Christ, le chef auguste et infaillible de l'Eglise catholique.
L'apôtre saint Paul, parlant de la société des enfants de Dieu, a dit ces belles paroles: «Nous n'avons pas reçu l'esprit du monde, mais un esj)rit qui est de Dieu, pour connaître les dcms de sa grâce : Accepimus spiritum qui ex Deo est, ut sciamus quœ a Deo donata sunt. (1) Cet esprit victorieux est sorti des plaies de Jésus-Christ ; il anime tout le corps de l'Eglise, et la rend saintement féconde pour engendrer et accroître tous les jours la société des enfants do Dieu. Laval était rempli de cet esprit de Dieu, qui donne la grâce de vaincre le inonde, d'être toujours grand et victorieux.
Par une admirable loi de la Providence divine toujours attentive au salut des âmes, l'Homme de sa droite apparaît à l'heure marquée, pour accomplir son sublime et périlleux ministère.
<1) rCor„ 11,12.
Dieu parle, et ses vertus se montrent à tous comme le remède efficace à l'heure du besoin ; l'Ange gaixiien qui a reçu la mission de protéger l'Homme de sa droite, apparaît à ses côtés pour soutenir sa faiblesse, diriger sa conduite, consacrer sa mission. François de Montmorency -La val- Mon tigny naquit à Ijaval, le 30 avril 1623. Sa naissance est illustre, il sort de la maison de Montmorency; il est doué de brillantes qualités, mais il est pluH grand et plus illustre par les vertus qui brillent en lui.
« Toute la perfection de la vie est entièrement renfermée dans cette seule parole: Egredere : Sors. La vie du chrétien est un long et infini voyage, durant lequel, quelque plaisir qui nous flatte, quelque compagnie qui nous amuse, quelque ennui qui nous presse, quelque fatigue qui nous accable, aussitôt que nous commençons de nous reposer, une voix divine s'élève d'en haut qui nous dit sans cesse et sans relâche : Egredere: Sors ; et nous ordonne do marcher.» (1)
A cet âge ardent où le jeune homme, sur le seuil de la vie, promène ses désirs sur la scène brillante du monde, le jeune Laval prête une oreille attentive à cette voix du ciel qui lui dit: Egredere: Sors. Car, « c'est pour Dieu que tu dois conserver toute ta force, c'est vers lui que tu dois tourner toute l'activité de tes désirs, tout l'empressement de ton amour, et ne pas te répandre dans de vaines délices qui ne sont propres qu'à t'épuiser. » (2) Egredere: Sors. Aussi, lorsque la voix du Vicaire de Jésus-Christ lui commande d'aller évangéliser, comme Vicaire Apostolique (1658), le petit troupeau dispersé sur les terres de la Nouvelle- France, il avait depuis longtemps oublié sa volonté propre, renoncé aux fausses joies des plaisirs du monde; son cœur était pleinement fixé en Dieu.
Formé à l'école de M. de Bornières, ainsi que tous les prêtres oui, jusqu'à la conquête, composèrent le Séminaire de Québec, il mettait déjà en pratique cette maxime spirituelle, que l'esprit de Dieu, qui est l'esprit de la vraie sagesse, lui avait enseignée: " Ceux qui s'exposent à travailler pour le prochain, sans être morts à eux mêmes, font peu de fruit et risquent de se perdre."
« Quand Dieu, toujours occupé du salut des hommes, voit en péril une œuvre qui est à la fois celle du temps et de l'éternité, il fait deux choses inséparablement unies, il prédestine un homme et un lieu, un homme qui doit agir, un lieu qui sera le théâtre de son action. Ainsi furent prédestinés Adam et l'Eden, Abraham et la Palestine^ Moïse et la Sinaï, David et
(1) Bossuet.
(2) St Augustin.
.'Sion, saint PieiTe et Eome, saint Antoine et la Thébaïde, saint Benoit et le Mont-Cassin, saint François D'Assise et les montagnes de l'Orabrie.: hommes et lieux qui se répondent dans les ■échos de l'histoire et se prêtent par la corrélation de la renommée une mutuelle poésie. î (1)
Or, tels furent Laval et le Canada au dix-septième siècle: Laval est l'instrument de Dieu^ et le Canada le théâtre de son action. Dieu veille à ce que le précieux trésor de la foi demeure intact dans ce pays nouveau.; il prépare son élu à l'œuvre qu'il ■doit accomplir, .par l'aiiiour du détachement et do la pauvreté ; il lui donne un maîti-e digne de lui, et c"'est à renseignement de M. de Berjjièr^s, si ^minent par ses bonnes œuvres et sa haute spiritualitë, que se forme sa forte vertu.
Soutiûis et docile, comme Abraham, à Tordre du Seigneur, il sort de son )>ays, de sa parenté, de la maison de son père ; il vient avec joie dans ta terre qui lui est montrée, il y dresse ■BU tente, il élève un autel au Seigneur, et il invoque non nom : Egredere de terra tuâ, osdificavit rbi altare Domino. (2)
EtJM) l'instrument, l'élu de Dieu, le préparateur de Dieu dans les âmes : cette mission est grande, sainte et répond à tout. Laval îi compris toute la gi-andeur et toute la sainteté de sa mission ; à l'exemple des apôtres, il renonce à toutes les délices du .monde, il dit adieu à sa famille et à son pays, tellement qu'il peut dire à Jésus-Christ: Ecce nosreliquimus omnia : voici que j'ai tout quitté.
Que recommande le Sauveur à ses apôtres en leur donnant leur mission? Lliumilité et le détaeherae'nt de tous les biens, de itous les plaisirs. Ce sont là les vertus les ]j1us nécessaires à la vio apostolique. Pourquoi ? Afin de se sanctifier et de -sanctifier les autres, afin de conserver la paix de son cœur, la liberté et l'autorité sur ceux qu'il dirige. Si donc vous voulez travailler effîcîice ment aux affiairos de Dieu et sauver les âmes, méprisez les choses du siècle, préférez les glorieux opprobres de la Passion de Jésus-Christ à toutes les richesses et à tous les honneurs.
Mgr de Laval avait ce désdfitéressement de l'apôtre et il s'efforçait de l'inspirer à son clergé. " Ce ne sera pas lui qui ije fera des amis pour s'avancer et pour accroître son revenu : il est mort atout cela,'^ disait la Vénérable Mario de l'Incarnation. Oui, il est mort à tout cela, son désintéressement est -comme un délicieux parfum qui attire les âmes à son Dieu.
Et lorsqu'il fut élevé sur le siège de Québec, loin de profiter
(l) Laoordaire.
X2) Genèse XLT. .^ IV, 8.
de sa haute position pour se procurer plus de commodités et plus d'éclat extérieur, il jugea au contraire que sa charge pastorale lui imposait une nouvelle et plus grave obligation de pratiquer un plus grand détachement :. sa table, ses habits, ses meubles, son noble maintien, tout en lui ressentait la pauvreté de Jésus-Christ.
Heureux celui qui, comme Laval, sMmmole pour son ministère, qui se repose sur Dieu de tout ce qui le concerne \ Heureux celui qui jette dans le sein jiatornel de Dieu toutes ses sollicitudes, qui n'en connaît point d'autres que de lui témoigner son amour, par son dévouement aux intérêts de sa gloire et au service du prochain. Omnem soUiciUidinem vestram projiciente& in eum, quoniam ijpsi cura est de vobis. (1)
Le zèle est la nourriture spirituelle du pasteur. Ma nourriture, dit Jésus-Christ, est de faire la volonté de celai qui m'a envoyé (2). Si j'évangélise, dit saint Paul, la gloire n'en est pas à moi ; ce m'est une nécessité, et malheur à moii si je n'évangélise. (3)
Le zèle des âmes presse Mgr de Laval ; il se donne tout entier à ceux qu'il veut gagner à Jésus-Christ. Comme l'Apôtre, il ne considère pas ce qui le touche, mais ce qui touche les autres ; il veut, à l'exemple du Sauveur qui a donné sa vie pour nous, s'oublier, se donner, se prodiguer pour le salut des âmes. Lorsque du cap Diamant, il plongeait ses regards dans les immenses solitudes qui environnaient alors sa ville épisco- ])ale, son cœur s'exhalait en amour pour lésâmes qui lui étaient confiées, et reconnaissant d'avoir été jugé digne de sauver les. âmes, il se disait avec joie en considérant son petit troupeau : J£œc sors tua parsque mensurœ tuœ : Ceci est ton sort et ton partage en Israël pour jamais. (4)
Toutefois, en faisant la plus largo part à Févêquo, il est juste de ne pas laisser dans l'oubli ses devanciers. Soldats de l'Evangile, pacifiques conquérants de ees régions nouvelles, armés de la croix, soutenus par la grâce de Dieu, ils ont fécondé de leur sang le sol de notre patrie : par l'héroïsme de leurs travaux, ils ont excité l'éto-nnement e^t l'admiration de tous les, hommes consciencieux^
(1) I Pet., V, T.
(2) Joann., IV, 34.
(3) I Cor., IX, 16.
(4) ^éçémio, 13, 2Â
Lorsque Mgr de Laval, sous le titre d'Evêque de Pétrée, arriva à Québec, le 16 juin 1659, il y avait cent trente cinq ans que l'intrépide navigateur de Saint-Malo avait fait la découverte du Canada ; quarante-un ans s'étaient écoulés depuis que Timmortel Champlain, dont la piété égalait la bravoure et la nagesse, avait jeté les fondements de Québec, et que le drapeau fleurdelisé flottait sur le cap Diamant.
Déjà l'heureuse influence de l'Evangile s'étendait au loin. La ])arole de Dieu avait été annoncée à la nation huronne ; eWS avait pénétré dans le pays des Iroquois ; le nom de Jésus avait retenti au milieu des peuplades idolâtres répandues dans les immenses forêts qui s'étendaient depuis le golfe Saint-Laurent jusqu'au lac Supérieur, depuis les rives de la Nouvelle- Angleterre jusqu'au territoire glacé de la Baie d'If udson.
Les premiers, les bons Pères' Eécollets eurent l'honneur de prêcher l'Evangile. Dix ans plus tard, les Pères de la Compagnie de Jésus vinrent continuer leur œuvre sublime do salut et de régénération pour sauver ces âmes dégradées, mais rachetées du sang de Jésus-Christ. Tous ces enfants de Loyola étaient animés du désir de rendre témoignage à Jésus-Christ, non seulement par la confession de leur bouche, mais encoi"e par l'efifusioM généreuse de leur sang.
L'Eglise du Canada a déjà sa liste glorieuse de martyrs : Salvete, flores martyrum : Salut, premières vioiimes du Christ, fleurs des martyrs de notre pays ! En tête s'avancent Daniel, Biébœuf, Lallemant, Garnier^ Jogues, Vignal> Le Maîstre, Clémont Closse, Eené Goupil Venez aussi, enfants de l'Eglise
huronne, Etienne, Paul, Eustache, Dorothée...... venez rendre
témoignage à Jésus Christ. Nous nous inclinons avec respect devant vos tombes glorieuses, parce que vous avez cimenté la foi de voti'e sang, et lavé vos étoles dans le sang de l'Agneaa : pleins d'allégresse, louez le Soigneur, sous des vêtemenis bri-/- Jant.s de gloire.
De cette sève évangélique et du sang des martyrs naissent les monastères et les communautés religieuses. A Québec, les Hospitalières de l'Hôtel- Dieu s'épuisaient généreusement à secourir les pauvres et les malades ; le collège des Jésuites instruisait les enfants du peuple et remplissait do joie et d'espérance les familles et les Pères de la compagnie de Jésus ; les Ursulines formaient à la piété les jeunes filles des Français et des sauvages ; la Vénérable Mère Marie de l'Incarnation était l'ange et la pierre fondamentale de ce monastère, sa vertu brillait d'une incom|K»rable splendeur,, et la compagnie de Sainte-Ursule était, par sa doctrine et 89( piété, envçloj)péô d'unç lUuiosphère toute céleste.
A Montréal, les dignes enfante de M. Olier, Mlle Manse, la «œur Marguerite Bourgeois, fondaient des établissements qui répandaient des trésors de lumièi'e et d'amonr et qui consolaient cette chrétienté naissante par des prodiges de charité. Le peuple canadien-, encore au berceau, avait besoin de ce» 4isiles de paix et de charité où les vierges suspendues au <xjeur >de Dieu par les triples liens de la virginité, de la pauvreté, d-e l'obéissanee, otfrent chaque jour un sacrifice spirituel qui compense les iniquités du monde et lui communique quelque chose -de la paix du ciel.
Ces institutions étaient comme les assises de cette piété solide, de cette union des esprits et des coeurs, de cette pureté -de mœurs qui régnaient aloa's dans toutes les familles du pays,
Mgr de Laval arriva à Québec à la tin de cette période qui a suivi la fondation de Québec, désignée à bien juste titre, comme l'époque héroïque de la Nouvelle-France. La vie pasto- 2'ale de l'évêque commence.
Père et apôtre de son peuple, défenseur de la cité, il exerce la puissance épiscopale dans toute sa plénitude ; il étend une protection douce et ferme sur les pauvres, les orphelins, les sauvages, les monastères et le clergé ; il se multiplie et se rencontre partout où il y a un danger, une bonne œuvre, un ^cte d'héi'oïsme à aecomi)lir, un service à rcfidre pour Dieu et pour les âmes. Pour remplir sa grande missioji, Mgr de Laval employa le plus persuasif de tous les langages, le dévouement épiscopal.
Son zèle eut toutes les qualités du zèle apostolique : il est actif et laborieux. Dès son arrivée dans le pays, il se met géncreusement à l'œuvre • il prêche la divine pai*ole, il dirige les consciences, il se multiplie pur les ouvriers qu'il appelle à partager ees travaux. « Ce qui nous console, disait le P. Jérôme Lalemant, c'est que le zèle de ce généreux prélat n'a point de bornes ; il pense que ce serait peu d'avoir passé les mers, s'it ne traversait aussi nos grandes forêts, parle moyen des ouvriers évangéliques qu'il .a dessein d'envoyer jusqu'aux nations dont à, peine savons-nous les noms, pour y chercher do pauvres brebis
égarées, et pour les ranger au nombre de nos troupeaux
Ce sont des desseins dignes d'un courage plein de zèle pour la gloire de Dieu, et après lesquels nos Pères soupirent jour et nuit, brûlant du désir d'être de ces heureux exposés.» (1)
Son zèle est ferme et intrépide: ni les puissants, ni les trafiquants cupides ne peuvent l'arrêter dans sa noble et sainte entreprise d'empêcher la vente do l'eau-de-vie, si justement
<t) Relation de 1&59.
nommée par les sauvages eau de feu, qui dévorait, comme un immense incendie, ces peuplen enfants que lu cupidité des tratiquants vendaient aux démons.
Zèle plein de douceur et de résignation, qui le soutient dans ses courses apostoliques, dans ses voyagea sur l'océan, dans ses trfbulalions, « dans des renversements qui paraissent sans ressources, et qui le fait agir dans ce temps-là avec autant de vigueur que s'il était assuré du succès (1). Il était missionnaire comme les prêtres qui vivaient avec lui, administrant les sacrements aux malades, à la viile, à la campagne, supportant les plus rudes fatigues et les plus grandes privations par amour pour Jésus-Christ.
« N'oubliez pas les peines et les sueurs que la fondation de l'Egli.se de Québec a coiàtées à votre premier évêque. Toute autre puissance que la sienne aurait été épuisée à la poursuite d'un si grand bien. A chaque pas qu'il faisait, il trouvait une nouvelle difficulté; à peine en avait-il surmonté une qu'il s'en
présentait une plus grande Croyez-moi, vous pouvez vous
gloi'ifier de ce que votre Egliî^e a été plantée dans le sang do votre premier pasteur. Ses travaux, par leur longueur, ont égalé, s'ils n'ont pas surpassé les supplices de bien des martyrs.» (2)
O Eglise de Québec ! que vous étiez belle et agréable à Dieu, alors que vos pontifes, vos prêtres, vos missionnaires, vos religieuses, les chefs du peuple, vos enfants dévoués se disputaient l'honneur des humiliations et des sacrifices, et qu'empourprée du sang de vos martyrs, vous étiez toute rayonnante de la force et de la vertu d'en haut ! Que j'aime à contempler cette époque de notre histoire où dos hommes, amis de Dieu, faisaient refleurir les plus pures tradi ions de l'Kglise ! A la tête de tous, Laval, non-seulement par l'autorité épiscopale, mais surtout par sa foi, son humilité, sa charité. Son zèle s'étendait à tous les besoins de son immense diocèse et de l'époque où il vivait ; il fut le fondateur et le créateur de tout ce que nous voyons aujourd'hui. Le peuple le vénérait comme un ange du Seigneur, et il disait en célébrant ses vertus : " C'est Dieu qui nous a visités d'en haut en un tel apôtre."
Après avoir travaillé sans relâche à établir, dans son diocèse, la piété, la religion et les bonnes mœurs, Mgr de Laval, se sentant affaibli par les fatigues de tant de travaux, se retira dans une profonde solitude pour régler ses comptes avec la justice divine. Il sait la charge d'un évêque, il sait que la justice
(1) Oraison funèbre par M. de la Colomb ière.
(2) M. de la Colombière.
de Dieu est exacte et rigoureuse, qu'elle met dans la balance les moindres actions. Dans cette solitude, son âme délivrée du tumulte dos affaires, se détache et se purifie de plus en plus.
Lorsque Mgr de Laval, plein de jours et de mérites, s'endormit dans le Seigneur, le 6 mai 1708, entre les bras des prêtres de son Séminaire, un deuil immérité se répandit dans tout le diocèse de Québec. " La foule entourait jour et nuit sa dépouille mortelle, se portant avec une sainte avidité aupi'ès de sa bière, pour faire toucher à son corps leurs objets de piété ; les enfants criaient tout haut dans l'église : Laissez-nous approcher, laissez-nous voirie saint." (1)
Mgr de Laval vit encore au milieu de ses enfants ; sa mémoire est en bénédiction ; il vit dans cette ville de Québec, témoin de ses travaux apostoliques ; il vit dans tout le pays, qui se glorifie de l'avoir eu pour premier évêque; il s'est acquis par ses vertus et par ses travaux une gloire qui est passée d'âge en âge ; on le loue encore aujourd'hui, et on le louera toujours pour ce qu'il a fait pendant sa vie : Et in diebus suis habenturin laudibus. (2)
Tout en pleurant votre mort. Père bien -aimé, nous nous réjouissons de votre gloire. Oui, vous vivez encore au milieu de nous, puisque nous avons pour occuper le siège archiépiscopal de Québec, un autre vous-même, un défenseur intrépide de la Maison de Dieu contre ses ennemis: Quasi non est mortuus
pater, similem enim post s ■ reliquit defensorem do mus contra
inimicos- (3)
L'érection . de l'Evêché do Québec marqua une ère nouvelle pour la Nouvelle-France. Par la bulle de Clément X, Mgr de Laval n'est plus simplement le représentant du Vicaire de Jésus-Christ, il est pasteur, lié à son clergé et à son peuple par une alliance plus étroite, une responsabilité plus grande: il ne s'appartient plus, il est le fiancé et le père de l'Eglise de Québec.
Bénie par la main paternelle du Souverain Pontife, cette Eglise, mère féconde d'un grand nombre d'églises disséminées sur plus des trois quarts de l'Amérique Septentrionale, représente l'unité de l'Eglise universelle: son premier évêque relève immédiatement de Pierre, et toujours cette Eglise vénérera, avec un amour filial, la papauté qui l'a créée.
(1) Les Ursulines de Québec, I, 30.
(2) Eccli., XLIV, 7.
(3) EccU., XXX, 4-6.
Honneur et gloire à Laval, qui a fondé cette Eglîse si dé* vouée au Saint-Siège, si forte par la pureté de sa foi, si belle par la régularité de sa discipline, si sainte par ses établissements religieux.
Faire l'élogo de Mgr de Laval, c'est vous le montrer dans toutes ses œuvres, fidèle à sa haute mission. Mais ce sujet est si abondant, si varié, que je ne puis dire tout ce qu'il a entrepris et tout ce qu'il a fait pour la fondation de l'Eglise de Québec. Je ne vous parlerai ni de ses longs et pénibles voyages en France et dans notre pays, soit pour y plaider les intérêts du Canada, soit pour répandre parmi son peuple la bonne odeur de Jésus-Christ. Je ne dirai rien des églises qu'il a bâties, ni des missions qu'il a fondées dans la Louisiane et en Acadie, ni do ce qu'il a entrepris pour l'industrie nationale et pour l'instruction publique. Je m'arrêterai à l'œuvre première, principale, et aussi la plus éclatante de sa vie, l'institution et la fondation du Séminaire de Québec.
Le dessein que Dieu avait fait germer au cœur de Laval, dans la solitude de l'Hermitage, va recevoir son exécution à Québec. Pour cette œuvre, il faut, sans doute, le don de la grâce de Dieu et la fidélité à cette grâce, mais il faut de plus pour lafonder, pour lui imprimer le caractère de la durée, ce qu'il y a de plus puissant et de plue rare dans les facultés de l'homme: l'énergie créatrice. Il ne suffit pas déposer les fondements d'une œuvre : le fondateur, s'il est sage et prévoyant, s'efforce de lui donner une organisation durable, afin qu'elle se perpétue à tra* vers les siècles et qu'elle vive de sa vie propre.
Mgr de Laval veut donner à son peuple des pasteurs selon le cœur de Dieu, pour le nourrir de science et de doctrine: Dabo vobis pastores juxta cor meuw, et pascent eos de scientia et doctrina. Sainte et glorieuse entreprise que les coups de l'adversité n'ont pu ébranler et dont l'accroissement témoigne de la puissante vitalité que Dieu avait communiquée à l'œuvre. Aussi, il n'y a qu'une voix parmi nous pour applaudir à cette fondation, et pour reconnaître qu'elle est la plus grande chose que Dieu ait opérée en faveur de l'Eglise de Québec.
Pour assurer l'existence de son Séminaire et lui donner une forte organisation, il invite les prêtres des Missions Etrangères de Paris, à venir en Canada : " Vous y trouverez un logement préparé et un fonds suffisant pour commencer un petit établissement d'une maison de votre congrégation, qui ira toujours en augmentant." Cette prédiction de Mgr de Laval s'est accomplie : l'arbre qu'il a planté sur le rocher de Québec, arrosé et fécondé par les labeurs, les prières, les larmes et les sacrifices, s'élève majestueusement dans la cité de Champlain j il surpasse en
hauteur tous les arbres des champs ; son ombre s'étend au loin ; il est parfaitement beau dans sa grandeur ; ses fruits sont abondants et d<ilicieux.
Puis-je nommer le Séminaire des Missions Etrangères de Paris, fonde en 1663, par les évêques françnis, et ne pas rendre hommage à ses ouvriers apostoliques qui ont concouru à la fondation du Séminaire de Québec ?
Cet hommage ne m'est-il pas imposé par la reconnaissance la plus profonde et la plus sincère de tous les catholiques de notre patrie ? Qu'il me suffise de vous rappeler que, depuis sa fondation, les Souverains Pontifes Innocent XjI, Pie VI, Grégoire XVI et l'immortel Pie IX, ont donné à ce Séminaire les témoignages les plus éclatants de paternelle bienveillance, ont béni les pieux travaux de ces illustres prédicateurs de la parole de Dieu, dont plur^ieurs ont obtenu, par lettusion de leur sang, la couronne triomphale du martyre.
Il est permis aux enfants de louer leur père, et ce devoir impose ] ar la piéto filia e devient facile lorsque ses œuvres sont sous vos yeux ; Le Sage a dit cette parole ; " La louange de chacun sera dans ses œuvres; Laudcnt eum opéra ejus". Tout le pays le sait : de ce l'-éminaire i«ont sortis de vrais piètres remplis de vertus et de science, faisant luire les lumières les plus pures de la vie ecclésiastique. C'est à ce Séminaire, et aux institutions fondées sur ce modèle, que la jeunesse est formée à la piété et à la science, que l'Egliise doit ses ouvriers fidèles, et le peuple les généreux défenseurs de ses droits et de ses institutions. Laudent eum opéra ejus.
L'œuvre commencée en 1663 a reçu son glorieux couronnement. Par la Bulle L'ter varices sollicitudines, l'immortel Pie IX a érigé canoniquement l'Université Laval, et la reconnaît digne de tous les privilèges conférés aux universités les plus célèbres.
Et afin que cette université atteigne le but qu'elle s'est proposé, que la pureté de la doctrine yoit garantie au milieu des périls multiplies de l'erroui*, le Vicaire de Jésus-Christ lui donne pour protecteur le Cardinal Préfet do la Propagande, pour Chancelier apostolique notre vénéré Métropolitain, et confie la haute surveillance de la doctrine ot de la discipline à tous les Evêques de la province de Québec.
Cet acte paternel du grand Pie IX doit rallier autour de l'Université Laval toutes^, les volontés, tous les esprits et tous les cœurs. Que toutes les inquiétudes s'évanouissent, que la charité unisse dans un même but tous les membres de la grande famille catholique du Canada, que tous, dans la mesure de leurs forces, s'emploient à lui procurer la stabilité et la perfection.
Uoeontiaissance à Pie IX, qui a béni et protégé cettor œnrr©dès son début, qui l'a placée au rang de ces intjtitutions qui font )a forcer et la gloireMe l'Eglise l recDftnuiit<sanceà Pie IX, qiii,par soit auguste représentant au tnilieu de nous, a donné à labelle et populeuse cité do Montréail tcrus les nvaiïtages de l'Université Laval !
Ainsi, le vœu de l'illustre fondateur du Séminaire de Québec s'est réalisé ; l'œuvre a reçu son glorieux couronnement, et la jeunesse catholique peut s'abreuver ù cette grande source de* bienfaits qui a nom l'Université Laval.
Rendons gloire à son nom,gloritionsde par la voix de noslèvres, par le chant de nos cantiques, et par le son de nosharpes: jyate nomini ejus magnificentiam, et coniitemini illiin voce labiorum ves(rorum, et in canticis labiorum, et citharis.
Mais ce nom de Laval est trop grand, trop vénérable, trop cher ù tous les catholiques de rAmerfque Septentrionale pour être la propriété exclusive du Séminaire qu'il a fonde, de la' ville qu'il a sanctifiée par ses vertus, du diocèse qu'if a gouvernéavec tant de sagesse ; ce nom glorieux est la propriété de tousles diocèses qui ont été successivement détachés du diocèse do- Québec; il est béni par les Canadiens qui ont compo-é sa première famille ; il est honoré et béni par nos frères dans la foi, les enfants de la catholique Irlande, qui ont fourni sa secondefamille, nombreuse et ïHustre par «on attacbeiïïenl inébranlable à l'église de Jesus-Christ.
O Saint Pontife 1 notre modèle et notre père, reposez en paix dans cette chapelle du Séminaire, au nnlieu de vos enfantsqui marchent, sous votre bannière, dans les voies du zèle, de la piété, de l'amour pour l'Eglise; reposez en paix, jusqu'au jour où la trompette de l'Ange, retentissant à travers la solitude des tombeaux, nous appellera tous au tribunal du Juge su))rême^ Et si, comme nous le cfoyons, votre belle âme ©conduite par les Anges de I>ieu, a été depuis longtetnps introduite dans 1» Sainte Jérusalem, continuez par vos supplications l'œuvre que. Vous avez commencée sur la terre. Du haut du ciel, priez pour les pasteurs, pour le clergé, pour le peuple^ pour V(/tre Séminaire et toutes ces Institutions animées du morne esprit et Ifemplies du même zèk) ; soyez toujours notre père et notre modèle.
O vous 1 prêti-es vénéras du Séminaire de Québec, continuateurs de l'œuvre de Mgr de Laval, vous aussi qui offrez chaque jour l'Agneau immaculé, nous surtout, pasteurs rfes troupeaux confie» à notre garde, prenons tous en présence de cette tombe glorieuse, ïa résolution de continuer son œuvre, d'imiter sa foi, son zèle^ ea piété, son grand amour pour l'Eglise dt) Jésùs-Ohrist T Cher'
chons le salut et la prospérité de notre patrie dans notre soumission à l'Eglise et dans le magistère infaillible de la Chaire Apostolique. Gardons, sans jamais faiblir, cette foi catholique qui a tout fondé sur le sol de notre patrie : elle sera le monument triomphal qui honorera à toujours la mémoire de l'illustre et saint fondateur de l*Eglise de Quëbec.
Que nos ferventes prières s'élèvent vers le ciel pour obtenir la glorification du premier Evèque de Québec I Que de Eome, la cité des triomphes et des longs souvenirs, la parole infaillible du Père commun de tous les fidèles annonce au monde et à la ville que le nom de Laval est consigné au livre du Ciel 1 Si, un jour, l'Eglise glorifie son serviteur par cette couronne qu'elle ne réserve qu'à l'héroïsme de la vertu, et à une sainteté irrécu' sable, cette glorification sera le plus précieux, le plus brillant rayon de gloire attaché au front de l'Eglise de Québec.
Votre image, mille fois bénie, ô Laval ! apparaîti-a radieuse sur nos autels j et au culte do l'admiration et de la reconnaissance, le j)euple canadien, que vous avez tant aimé, ajoutera celui de la prière et de l'invocation.
DÉλ0SlTION DES RESTES DE MGR DE LAVAL A LA CHAPELLE DU SÉMINAIRE.
Après l'éloge funèbre, la procession se dirigea vers le Séminaire. L'exiguité du local obligea de la réduire au clergé et au^ invites spéciaux.
Dans la chapelle, Son Excellence le Délégué Apostolique avait son trône sur le marchepied du grand autel, tandis que NN. SS. les Evêques prirent place dans des fauteuils rangés autour du catafalque. Dans la nef assistaient le clergé, les professeurs de l'Université, Son Excellence le Lieutenant- Gouverneur, les Ministres, les Juges, les députés et les députa* tions des différents corps. Ce fut Mgr l'Archevêque qui fit la dernière absoute. Puis la foule s'écoula silencieuse et impressionnée.
Pendant la procession, le corps de Mgr de Laval a été porté successivement par les Messieurs suivants : T.-B. Hamel, V. G. et S. S. Q., D. Kacine, V. G., M-E. Méthot, E. Bonneau, A. Legaré, J. Hoffman, C.-E. Legaré, Y. Legaré, L. Langis, A. Godbout, A.-A. Biais, L. Morisset, A. Papineau, D. Lemieux, A. Collet, H. Têtu, J. Ballantyne, C. Gagnon, M. Labrecque et P. Eoy.— Les glands d'or attachés au cercueil ont été tenus par
MM. K Beaubien, C. Trudelle, P.-H. Suzor, V. F., J.-M. Bernier, J. Lagueux et F. MorisHetta.
A])rè8 le départ du cortège, 31M. A. I égaré, procureur, C. Legaré et J, Ballantyne, prêtres du Séminaire de Québec, restèrent pour procéder à l'inhumation finale, M. Cyr. Legaré éta t toujours chargé de^ constatations ofiiciel les. Le couvercle pyramidal fut enlevé, ainsi que les fleurs qui ornaient les ossements ; et le cercueil fut recouvert d'une planche en noyer noir, puis scellé en deux endroits du sceau du Séminaire.
Le cercueil en verre ainsi bien clos et scellé fut mis dans un cercueil en chêne, lequel fut lui-même recouvert d'un autre cercueil en plomb. Sur ce dernier furent gravées deux inscriptions, celle qui se trouvait sur le cercueil retrouvé à la basilique, et celle qui rappelle la translation des restes de Mgr de Laval A la chapelle du Séminaire. Elle est reproduite plus loin.
Sur les trois heures de l'après-midi, M. T.-E. Hamol, supérieur du Sémiiiaire, en présence de j>lusieurs prêtres et de quelques laïques, bénit le caveau qui renferme maintenant les restes de Mgr de Laval.
Ce caveau a été pratiqué derrière la masse du maître-autel de la chapelle, dans une maçonnerie en pierre. A l'intérieur il est révêtu d'un mur en brique; il mesure 7 pieds de longueur, 3 de largeur et 3 de hauteur.
Aussitôt après la bénédiction du caveau, on y inti-oduisit le triple cercueil, et l'on ferma immédiatement une première porte en fer, sur laquelle sont inscrits les mots suivants : Monseigneur de Laval de Montmorency. Puis un mur en brique de l'épaisseur de 2 pieds 8 pouces a été élevé devant cette première porte. Gemur est lui-même dissimulé par une seconde porte en fer, sur laquelle on Ht: Mgr de la val de Montmorency, DÉCÉDÉ le 6 mai 1708, DÉPOSÉ ICI LE 23 MAI 1878.
Tout était fini. Le silence est descendu sur la tombe de Mgr de Laval, qui dormira son dernier sommeil à l'ombre du sanctuaire qu'éleva son courage : Rœc requiesmea in sœculum sœculi: hic habiiabo, quoniam elegi eam.
O saint Pontife ! dormez en paix sous la garde de Dieu et le regard de vos enfants : rien ne troublera votre sommeil. Le bruit du monde et les omges qui grondent à l'horizon des grands peuples ne viendront pas altérer le silence de votre tombe. La fol que vous avez inoculée à la nation canadienne l'amènera »près de vos cendres vénérées pour obtenir la bénédiction d'un père et l'intercession d'un saint. Là viendront prier, aux jours de l'afiiiction, les continuateurs de votre œuvre : vous les dirigerez dans les voies du zèle et de l'abnégation, qui résument votre vie ; vous bénirez les enfants confiés à la piété de vos
successeurs ; et, quand un jour (nous en avons l'assurance)^ l'Eglise placera vos cendres sur nos autels, la plus fortunée des générations qui vécurent à l'ombre de ces murs sacrés, chantera avec enthousiasme ces paroles consacrées par l'Eglise à la louange des saints; Amavit eum Dominus et omavit eum: stolam gloriœ induit, et ad portas paradisi coronavit eum. "
LISTE DES MEMBRES DU CJbERGÉ PRÉSENTS A LA TRANSLATION DES RESTES DE MGR DE LAVAL.
Son Excellence Mgr Conroy, Délégué Apostolique.
Sa Grâce Mgr Taschereau, Archevêque de Québec.
Sa Grâce Mgr Taché, Archevêque de Saint-Boniface.
Sa Grandeur Mgr Laflèche, Evêque des Trois-Rivières.
Sa Grandeur Mgr Langevin, Evèqae de Saint-Germain de Rimouski.
Sa Grandeur Mgr Fabre, Evêque de Montréal.
Sa Grandeur Mgr Racine, Evêque de Sh rbrooke.
Sa Grandeur Mgr Duhamel, Evêque d'Ottawa.
Sa Grandeur Mgr Moreau, Evêque de Saint-Hyacinthe.
Mgr Cazeau.
Mgr Raymond.
Les RR. MM.
G. Lamarcbe, chanoine de Montréal ; E Lussier, chanoine de Montréal ; B. Leclerc, chanoine de Saint-Hyacinthe ; A. O'Donnell, chanoine der Saint-Hyacinthe ; E. Langevin, V. G., prévôt du chapitre de Rimouski ; D. Vézina, chanoine de Rimouski ; P.-J. Saucier, V. F., chanoine bon(V raire de Rimouski.
T. Hamel, vicaire gén'^ral, supérieur du séminaire de Québec et R. U. L. ; D. Racine, V. G., supérifur du séminaire de Ghicoutimi; J -B. Larue, S. S., représentant du séminaire de Saint-Sulpiee ; L. Colin, S. S., repré-sentant du grand séminaire de Saint-Sulpice ; T. Caron, V. G., représentant du séminaire de Nicolet ; M. Proulx, procureur du séminaire de Nicolet ; C.-E. Poiré, V. G. de Sainl-Boniface, supérieur du collège de Sainte-Anne ; G. Trudelle, assistant-supérieur du collège de Sainte-Anne; L.-A. Charlebois, vice-supérieur du séminaire de Sainte-Thérèse ; J.-H. Lecourt, professeur au séminaire de Sainte-Thérèse ; A. Sauvé, professeur au séminaire de Sainte-Thérèse ; 0. Caron, V. G., supérieur du séminaire des Trois-Rivières ; H. Baril, directeur du grand séminaire des Trois- Rivières ; E. Guilbert, professeur au séminaire des Trois-Rivières ; P.-R. Laflèche, professeur au séminaire des Trois-Rivières ; F. Cazeau, S. J., recteur du collège Se.inte-Marie de Montréal ; J.-R. Ouellet, professeur ausétninaire de Saint-Hyacinthe ; J.-P. Gaudet, directeur du collège de l'Assomption ; 0. Guilbaull, prolesseur au collège de l'Assomption ; F.-X.. Jeannette, supérieur du séminaire de Sainte-Marie de Monnoir ; P. Geoffrion, supérieur du collège Saint-Laurent, près Montréal ; P.-D. Lajoie, supérieur du collège Joliette ; F.-X. Lachance, professeur au collège de' Sorel ; L. Dupré, curé de Sorel ; 6. Sauvageau, directeur au collège de Lévis ; L. Lindsay, directeur du collège N.-D. de Lévis ; P. Beaulieu, directeur du grand séminaire du collège N.-D. de Lévis ; E, Carrier, professeur au collège N.-D. de Lévis ;. J. Antoine, provincial des RR, PP. Oblats.
J. Auclair, curé de N.-D. de Québec ; 0 AudeV, chapelain du cou- Vent de Sillery; P-G. Audet, curé de Saint-Fabien; F.-X. Baillairgé, du séminaire de Québec ; G. Baillargeon, curé de Saint-Malachie ; J. Ballanlyne, professeur au séminaire de Québec ; J.-N. Beaubien, curé de Saint-Pierre Rivière-du-Sud ; Aip. Beaudet, vicaire de Saint-Laurent, Ile d'Orléans ; Ls, Beaudet, préfet des études au séminaire de Québec ; V Beaudouin, S. J. ; A. Beaudry, curé de Charlesbourg ; T. Beaulieu, cha pelain de l'Hôtel-Dieu ; L -N. Bégin, directeur du peiit séminaire, Québec P. Bégin, curé de S.iint-Etienne ; J. Béland, ancien curé ; F.-H. Bélanger vicaire à la basilique de Québec : A. Bellenger, curé de Deschambeault F.-A. Bergeron, vicaire de Saint-Romuald ; A. Bernier, curé de Sainte- Emmelie ; J.-M. Bernier, curé de Saint-Ferdinand ; M. Bernier, curé fie Saint-Epiphane ; A. 'A. Biais, professeur au séminaire de Québec ; W. Biais, curé de Saint-Raymond ; B.-G. Bochet, curé de Saint-Patrice de Tingwick ; R. Boily, aucien curé ; J.-B.-Z. Bolduc, procureur de l'Archevêché de Québec; E. Bonneau, chapelain des Sœurs de la Charité de Québec ; A. Boucher^ curé de Sainte-Anastasie ; J. Boucher, curé de la Rivière-riu-Loup (en haut) ; J. Boulet, vicaire de la Rivièredu-Loup (en bas) ; G. Bourque, vicaire de Saint-Jean, Québec ; F. Brunet, curé de Saint-Apollinaire ; J.-A. Bureau, curé de Saint-Nicolas ; J. Brissette, curé de Saint-Timothée ; A. Gampeau, curé de Beauraont ; B.-J. Gasault, vicaire de l'Islet ; Raymond Gasgrain, L. D. ; R-E. Casgrain, curé de Stoneham ; J.-F.-A. Ghaperon, curé de Sainte-Marie, Beauce; H. Sharpeney, O. M. I., de Saint-Sauveur de Québec; G.-F. Gloutier, curé de Sainte-Hélène ; B.-A GoUet, secrétaire de l'Archevêché ; F.-X. Gôlé, curé de l'Ancienne-Lorette ; G. Côté, vicaire de la basilique de Québec ; H.-W. Gouture, vicaire de Sainte-Anne de Beaupré ; P. Uassylva, curé de Saint-Ephrem de Tring ; A. Dazé, 0. M. L, de Saint-Sauveur de Québec ; H, de Brie, curé de Sainte-Justine ; L. Désilets, curé du Gap de la Madeleine ; L.-A. Déziel, vicaire à N.-D. de Lévis ; J.-D. Déziel, curé de N.-D. de Lévis ; F.-P. Dignan, secrétaire de l'Evêché de Sherbrooke ; E.-V^ Dion, curé de la Rivière-Ouelle ; N. Doucet, curé de la Malbaie ; G.-F.-E. Drolet, curé de Saint-Golomb de Sillery ; P. Drolet, curé du Gap-Rouge ; L.-N. Dugal, vicaire à Saint-Basile, N. B.; J. Dumas, curé de Saint-Eloi ; F. Dumontier, curé de Porlneuf; G. Fafard, curé de Saint-Joseph de Lévis : F.-N. Fortier, curé de Saint-François, Ile-d'Orléans ; J.-A. Fournier, curé de Saint-Arsène ; L.-G. Fournier, curé de Broughton ; N. Francœur, curé de baint-Julien de Wolfestown ; G. Fraser, du séminaire de Québec; G. Gagné, curé de Saint-Paul de la Groix ; L-J. Gagnon, curé de la Sainte-Famille, lle-d'Orléans ; G. Galarneau, curé de Saint- Cyrille ; J. Gauthier, vicaire à Saint-Joseph de Lévis; L.-O. Gauthier, D. D., curé de Saint-Lazare ; N. Gauvin, curé de l'Ange-Gardien ; A. Gauvreau, curé de Sainte-Anne de Beaupré ; L.-N. Gingras, curé de Saint-Gervais ; J. Girard, cui^ de Saint- Lambert ; G Giroux, vicaire <le Saint-Ambroise ; L. Gladu, O. M. L, Saint-Sauveur de Québec ; A. Godbout, vicaire de la basilique de Québec ; N. Godbout, curé de Sainte-Hénédine ; O. Godin. vicaire à Saint-Jean, Québec ; A. Gosselin, curé de Sainte-Jeanne ; D. Gosselin, vicaire à Saint-Roch de Québec ; F.- X. Gosselin, curé de Saint-Roch de Québec ; E. Gravel. curé de Bedford ; F. Grenier, supérieur des Oblats de Saint-Sauveur; E. Guilmet, ancien curé ; B -G. Guy, curé du Sacré-Cœur ; G. Halle, curé de Saint-Pierre, Ile-d'Orléans ; È. Halle, curé de Sainte-Marguerite ; L. Hamelin, chapelain de l'Hôpital-Général ; E. Hamon, S. J., Québec ; J. Henning, C. SS. R., de Saint-Pairioe de Québec ; J. Hoffman, curé de Saint-Frédéric ; D,
Houde, assistant-secrétaire à l'Evêché des Troîs-Riviéres ; E.-E. Rudorir vicaire à Saint-Roch de Québec ; E. Huygens, S. J., Québec ; M. LabreC' que, du séminaire de Québec ; J.-C.-K. Laflamme, D. D., du séminaire de Québec ; J. Lagueux, curé de Sainl-Jean-Port-Joli ; P. Lagacé, prin-cipal de l'Ecole Normale Laval, Québec ; N. Laliberlé, curé de Saint-^ Michel ; Z Lambert, vicaire à Saint-Jean, Québec ; E. Lamonlagne, vicaire à Beauport ; L. Langis, du séminaire de Québec; H. Leclerc, curi^ de Valcarlier ; N.-A. Leclerc, ancien curé ; A. Legaré, procureur du séminaire de Québec ; C.-E Legaré, directeur du grand séminaire de Québec ; V. Legaré, curé de Saint-Jean-ChrVsôstome ; D. Lemieux, cure des Saints-Anges; G. Lemoine, chapelain des Ursulines, Québec; P Lessard, vicaire à 8aint-Roch, Québec ; J. Lonergan, curé de Saiiiie-Bigitte de Montréal; J. Mailley, curé de la Rivière-Noire; A. Marceau, curé de Sainte-Agnès ; L. Marceau, curé de l^aint-Tite des- Cai'S ; N.-D. Marcoux, curé de Champlain ; J.-E. Mareoux, dn séminaire de Québec ; C. Marois, assistant-secrétaire /le l'Archevêché; G. Marquis, ancien curé ; J. Marquis, chapelain de l'Hôpital du Sacré-Canir ; L.-A. Martel, curé de Sainl-Jo«eph de la Beauce ; J. Martin, curé de Saint-^ David ; D Marlmeau, curé de Saint-Charles ; Rév. P. Martineau, S. J., Québec ; Rév. P. Mathieu, prieur des domin-cains de Saint-Hyacinthe ;
D. Malte, cure de Si.mertet ; J.-G.-B. McCrea, vicaire à Saint-Jean, Québec ; M.-E. Methot, doyen de la faculté' des Arts à l'Université Laval , P. Meunier, vicaire retiré à i'Hôpital-Général ; b\-^. Michel, curé de Buckingham ;
E. Moisan, du séminaire de Québec ; M. Monge, ancien curé ; F. Morrisset, cui'- de Saint-loachim ; L. Morisset, curé de Saint-Côme de Kennebec ; E. Nadeau, vicaire à Saint-Hoch, Québec; W. O'Connor, C. SS. R., de Saiii-Patrice de Québec ; F. Oliva, curé de Saint-François, Rivièredu->ud ; L-G.-A. Oueliet, curé Je l'Ile-du-Calumet ; N. Guel'let, O M. L, Saini-Sauveur de Québec ; A. Papineau, du séminaire de Québec ; A.-C.-H. Paquet, curé de Sainte-Pelronille ; L.-H, Paquet, D. D., professeur de théologie à l'ljniver?ité Laval ; N. Paquet, vicaire à Sailli-Thomas ; 0 Paradis, curé de Saint-Anselme ; E. Parent, vicaire à -aille-Croix ; A. Pelletier, curé de Saint-,Iean, " lle-d'Orléans ; J. Pellelier, curé de Madawaska ; F. Piloie, curé de Saint-Augustin ', F.-X l'iamondon, chapelain de l'église Saint-Jean, Québec ; J.-B. Plamondon, curé de l'Ile-aux-Grues ; J. Plessis-Bélair, curé des Cèdres ; G. Pouliot, ancien curé ; M. Proulx, curé de Sainl-Tite des Trois- Rivières ; L. Provancher, rédacteur du Naturaliste Canadien ; J.-A. Raiiiville, curé de Sainte-Germaine; P. Resther, S. J,, Québec; A, Rtieaume, du séminaire de Québec ; T. Roberge, vicaire à Saint-Philippe de N ri ; G. Rouleau, de TEcole Normale Laval ; L. Rouss 'au, curé de' Si! un-Thomas ; P. Roussel, du séminaire de Québec ; G. Roy, curé de Sailli-Alexandre ; E. Roy, vie. du Gap Saint-Ignace; E. Roy, curé de Saint-lrén''e ; P. Roy, du séminaire de Québec ; L.-C. Sache. S. J., supérieur de Queliec ; J. Sassevilie, cure de Sainle-Foye ; J. Sexton, vicaire à? Saini-Roch, Québec ; J. Sirois, curé de 'a Baie Saint-Paul ; J. Sirois, curé du t.ap Saint-Ignace ; P -H. Suzor, V. F. curé de Nicolet ; F.-X. Tessier,^ curé de Saint-François, Beauce ; H. Têtu, aumônier de l'Archevêché ; Rév. P. Toutain, dominicain de Saint-Hyacinthe ; God. Tremblay, ancien cure ; Gré. Tremblay, curé de Beauport ; H. Verreau, principal de l'Ecole-- Normale Jacques-Cartier ; J.-B. Villeneuve, curé de Saint-Victor de Triiig ; P. Vincent, vicaire à l'Ancittnne-Lore'.te ; L.-P. Walsh, G. SS. R.^ de Saint-Patrice de Québec ; A Wynn, G. SS. R., de Saint-Palpice «ie 'Queh c.
Tout lo Clergé avait été invité à prendre le dîner an Séraiîiaire, ainsi que les Professeurs laïques de l'Université tant de Montréal que de Québec (i). On comptait sans doute sur ■un grand concours ; mais, disons-le avec bonheur, les espérances ont été heureusement dépassées: par un malheur dont la signification est un témoignage de vénération non équivoque -en faveur de Mgr de Laval, les deux réfectoires réunis du Séminaire et de l'Archevêché n'ont pas suffi pour recevoir en une fois les hôtes distingués qui ont bien voulu prendre part à la grande démonstration: il a fallu faire un second service.