DISCOURS DE L'HONORABLE P.-J.-O. CHAUVEAU
Excellences, Messeigneurs, Mesdames et Messieurs^
De toutes les admirables facultés accordées à l'intelligence humaine par le Dieu qui l'a créée à son image, il n'en est point peut-être de plus précieuse et j'oserai dire do phis divine que celle qui lui permet de voir, comme s'ils existaient encore, non seulemont tous les événemencs de sa trop rapide carrière, mais encore ceux de la longue suite des siècles qui se sont écoulés depuis que, sur cette terre, l'on a commencé à penser, <à apprendre, à agir, à combattre, à prier, à aimer, à souffrir, à pardonner, ce qui, pour les hommes, s'appelle la vie, pour les peuples, l'histoire.
Avec quelle merveilleuse facilite l'esprit ne se porte-t-il pas d'une extrémité à l'autre de cette loncrue galerie de tableaux et de statues encore pleins de vie, bien que la mort en ait détruit les modèles 1
Ou plutôt notre intelligence ne reflète-t-el le pas elle-même comme dans un miroir les grands traits de l'humanité : vertus, labeurs, épreuves et sacrifices, succès, triomj)hes et récompenses, misères, crimes et châtiments?
De même que deux glaces inclinées l'une vers l'autre se renvoient pour bien dire à l'infini les mêmes objets dans une double perspective, de même l'avenir n'étant le plus souvent qu'une répétition du passé, ce n'est qu'après avoir jeté ses regards en arrière que l'homme peut arriver à ce degré de prévision qui, en dehors de l'inspiration divine se rapproche de la prophétie.
Pour nous, Canadiens, qui avons comparativement de si jeunes et de si courtes annales, ce n'est cependant que depuis que nous avons commencé à les tirer de l'oubli où elles étaient déjà tombées que nous marchons d'un pas plus ferme, la tête plus haute, le regard plus a.s8uré, vers les grandes destinées
qui, si nous sommes fidèles à nous-mêmes, fidèles à notro mission, ne peuvent nous échapper.
Non, Messieurs, les jours comme celui-ci, enlevés aux occupations ordinaires de la vie, ne sont pas des jours perdus !
Ce sont des jours grands comme des siècles, par le passé qu'ils évoquent, par l'avenir qu'ils prédisent!
Trois fois déjà la cité de Champlain a célébré de glorieux anniversaires se rattachant à la vie d'un homme qu'elle a bien le droit de considérer comme un second père, un second fondateur. Chaque fois, ses vertus, ses épreuves, sa charité, son courage, son abnégation, son héroïsme, ont été redits avec amour ; chaque fois aussi un juste hommage a été rendu à ses successeurs dans l'épiscopat, à ses continuateurs dans la direction do la jeunesse studieuse ; enfin chaque fois un regard plein d'admiration et d'un légitime orgueil s'est reporté sur son œuvre et sur ses résultats au double point de vue national et religieux.
Cette œuvre. Messieurs, elle n'est pas toute entière dans ce Séminaire, et dans cette Université; elle se perpétue dans l'organisation sociale de notre pays, elle vit et fructifie non seulement dans sa constitution intime, mais encore dans celle des nombreux rejetons que cet arbre aux profondes racines a poussés sur toute l'étendue de ce vaste continent.
Tandis qu'aujourd'hui la chaire sacrée a retenti d'un nouvel et splendide panégyrique du héros chrétien, il semble que dans cette séance acadétnique, ce sont plus encore l'étude et l'éloge de son œuvre considérée nu point de vue civil et politique aussi bien que religieux qui doivent nous occuper.
Nous examinerons d'abord rapidement l'état du Canada pendant la vie et A la mort de Mgr de Laval, c'est-à-dire, nous rechercherons ce qu'il a fait et qu'il a pu voir; en second lieu, nous jetterons un coup d'œil sur le développement de son œuvre jusqu'à nos jours, c'est-à-dire, sur les choses qu'il a faites, qu'il n'a pas vues, mais que nous voyons; enfin nous etï'orçant de relier le passé et le présont à l'avenir, nous porterons avec confiance nos regards vers les grandes perspectives qui nous sont ouvertes, c'est à-dire, vers les choses que l'illustre prélat a faites, qu'il n'a pas vues, que nous ne voyons pas, mais que Ja postérité contemplera.
Louis XIV régnait sur la France, et la France répandait sur l'Europe et sur le monde entier, l'éclat de sa puissance et de sa gloire, portées à leur apogée. Une cour, la plus importante, la plus séduisante, et aussi la plus voluptueuse que Ton eût
jamais vue, s'étalait au pied même de la chaire où tonnaient Bourdaloue, Bossuet, Féiielon et Massillon.
Du sein de cette société brillante et coupable s'échappaient cependant des âmes pleines d'une religieuse angoisse, de repentir ou de dégoût, qui, ainsi que quelques patriciens et quelques dames romaines des premiers siècles de l'Eglise, cherchaient une Thébaïde pour y fuir le vain éclat du monde, pour y méditer sur les grandes vérités. Elles trouvèrent mieux que cela, elles trouvèrent un pays où elles pouvaient gagner d'autres âmes à Dieu, et créer une France nouvelle.
Oe pays n'était point situé sous la zone torride, comme les contrées ou prièrent et souffrirent les premiers solitaires ; c'était VULtima Thule d'un monde nouvellement découvert, et l'une de ses régions les plus froides et au premier abord les plus inhospitalières. Mais qu'importe le soleil le plus ardent ou le froid le plus glacial pour qui veut souffrir de propos délibéré !
Cette lointaine et rude contrée, le roi chevalier l'avait réclamée comme sa part de l'héritage d'Adam, le marin breton Cartier y avait planté la croix et le drapeau de la France. Presqu'un siècle plus tard le Béarnais, père du peuple, y avait envoyé de Monts qui fonda Port- Royal, Champlain qui fonda Québec. Sous le faible mais honnête Louis XIII, le grand cardinal de Richelieu s'était épris de l'idée d'une France transatlantique; il avait dirigé et suivi avec soin tout ce qui s'y rapportait. Enfin, en ce moment Louis XIV et Mazarin reprenaient l'œuvre de Richelieu, que Colbert devait développer avec plus d'énergie.
Certes, s'ils sont beaux aux yeux de la foi, grands aux yeux de l'histoire, les résultats des efforts de tous ces souverains et de tous ces ministres, ceux des hommes dévoués qui luttèrent ici contre mille difficultés, n'avaient pas encore été bien considérables au point de vue matériel et paraîtraient même peu de chose aux yeux de la statistique, cette reine de la science moderne, qui abuse bien un peu de son autorité.
Québec n'était encore habité que par un petit nombre de familles et, comme il a été dit ici dans une autre occasion, Iç pays entier ne possédait guère plus de français que cette salle peut contenir d'auditeurs.
Los farouches Iroquois venaient pourchasser, jusque sous le canon du fort de Québec, nos alliés, les Hurons, qu'ils avaient presque entièrement exterminés sur les rives des grands lacs ; ils tenaient constamment assiégée, à Ville-Marie, la petite colonie de M. de Maisonneuve, qui ne pouvait se défendre que par des prodiges de valeur ; et l'année même qui suivit l'arrivée
de Mgr de Laval, Dollard et ses seize compagnons résistaient à sept cents barbares et payaient de leur vie le salut de toute la population française.
Si du côté de l'ennemi tout était périls et désastres, à l'intérieur tout n'était que désordre et confusion. L'autorité civile et l'autorité religieuse no s'entendaient guère ; elles étaient de plus l'une et l'autre travaillées par des dissensions intestines.
" Il y avait près de deux siècles, a dit M. de la Colombière, que les fleurs de lys avaient été arborées sur cette terre, et cette terre ne produisait rien. Elle portait le nom de Nouvelle- France, et il s'y trouvait à peine une poignée de gens de l'Ancienne. Point d'évêque titulaire, point de séminaire, point d'intendant, point de Conseil. C'était un corps informe et sans âme, qui n'avait que le commencement de l'être et qui attendait qu'une main secourable lui en donnât la perfection."
Cette main, ce fut celle d'un jeune abbé, cachant dans le sanctuaire la plus illustre des origines, et qui, désireux de se dévouer comme missionnaire, hésita quelque peu à venir ici comme évêque.
Or, comment parvint-il à donner à la Nouvelle-France cette perfection de l'être qui lui manquait; comment sut-il grouper les éléments divers et même hosiiles qui devaient former notre nationalité ; comment sut-il obtenir de la mère-patrie des secours plus considérables, une action plus énergique ?
Sans doute que sa naissance illustre, que ses relations à la com-, que le crédit dont devait jouir un Montmorency, un descendant du premier baron chrétien furent pour quelque chose dans ses succès.
Sans doute qu'il faut tenir compte de toute une pléiade d'hommes distingués, de tout un groupe de saintes femmes dont
?uelques-unes, comme la Yénérable Marie de l'Incarnation, urent des femmes vraiment supérieures. Sans doute que M. de Tracy, le vice-roi chargé par Louis XIV de tenir une enquête dans la colonie ; Talon, le plus habile de nos intendants, qui avait cofiçu des projets à peine réalisés de nos jours ; Frontenac, qui sauva la colonie par son activité et son courage ; de Maisonneuve, le saintfondateur de Montréal, d'Iberville et ses frères, les héros d'une épopée non encore chantée, Joliet, Marquette, La Salle, qui découvrirent le Mississippi ; sans doute que tous ces hommes illustres ont eu leur part de luttes et de succès dans cette époque glorieuse et difficile.
Loin de moi la pensée d'amoindrir leur mérite et de tout attribuer au saint du jour, comme on dit vulgairement — et comme on le dira peut-être bientôt sans figure de Mgr de Laval. Mais sans compter que beaucoup d'entre eux avaient été
attirés au Canada ou protégés par lui ; sans oompter que quelques-uns contrecarrèrent ses projets et luttèrent avec violence contre ses entreprises, la question se pose encore de savoir comment il a pu s'imposer à tant et de si puissants esprits, dompter tant de résistances, traverser tant d'orages, et mériter que l'on dise aujourd'hui que le demi siècle qui s'écoula depuis son arrivée (1659) jusqu'à sa mort (1708), forme pour notre pays une ère glorieuse, qui devrait porter son nom, comme le siècle lui-même porte celui du grand roi.
Ahl Messieurs, le secret en est bien simple! Ce fut l'humilité ppussée jusqu'à l'abjection, la charité rendue à ses dernières limites, le désintéressement devenu de l'injustice envers lui-même, qui firent ses succès et ses durables triomphes.
De même qu'aux bords du Jourdain, dans les bourgades de la Palestine, dans les places publiques de Jérusalem, ce ne fut pas l'héritier du trône de David, se présentant avec tout l'appareil du Messie attendu, mais l'ami et le compagnon des humbles et des pauvres qui régénéra l'humanité; de même aux rives du St- Laurent, ce ne fut pas le Laval- Montmorency, l'héritier du baron chrétien, brillant de la gloire de ses ancêtres, entouré de toute la pompe à laquelle son rang lui donnait droit en ces jours de faste sans égal ; ce fut le Jjaval -Montmorency pauvre, vivant et s'habillant comme le plus humble de ses missionnaires, se livrant comme un autre Borromée auprès des pestiférés aux soins les plus abjects, comme un autre Vincent de Paul ramassant dans la rue l'enfant à demi nu et à demijgelé» le réchauffant dans son sein et baisant ses pieds avec amour ; ce fut le Laval-Montmorency dépouillé de tout au profit de ses œuvres et cherchant enooi*e s'il ne pouvait trouver quelque chose qu'il pût donner ; ce fut le héros chrétien qui sut dompter la hauteur et la puissance des grands et triompher de tous les obstacles.
Et après cela, quand l'heure de la lutte était venue, si du milieu de ce dénuement et de cette abjection, il se redressait de toute sa grande taille, s'il savait remettre au service de Dieu et de son troupeau la fierté du baron qu'il avait abdiquée pour Dieu et jjonr son troupeau, où est le Pharisien qui oserait s'en scandaliser?
Que parle-t-on quelque part de sombre tyrannie, de morgue aristocratique et cléricale ? Il n'est pas, au pays d'où lui viennent aujourd'hui ces reproches, il n'est pas de général ou même de colonel improvisé, de squire de village, qui ne montrerait au besoin plus de morgue et d'orgueil pour affirmer bon autorité et venger sa dignité outragée.
On rapporte qu'nn jour, dans un des trois voyages qu'il entreprit dans l'intérêt de la Nouvelle France, les courtisans de Versailles attendant le roi à son lever, regardaient -d'un œil méprisant ou du moins assez indifférent un abbé à peine convenablement vêtu, qui se tenait dans un coin de la salle. Lorsque le monarque qui avait pris pour emblème un «oleil avec la dévise nec pluribus impar, eut paru à l'horizon de sa cour et que les autres astres grands et petits se furent inclinés .devant lui, il marcha droit à l'endroit où se trouvait le j)auvre intrus, et le prenant par la main il le présenta aux •ducs, aux marquis, aux comtes et aux barons, leur disant ces simples paroles: " Celui-ci est mon cousin de Laval, et si quelqu'un lai cause de la peine il encourra mon déplaisir. "
J'aurais bien voulu voir après cela le courtisan qui eût osé traverser le chemin de l'humble évêque de Fétrée !
En France comme ici, ce fut l'idée de l'immense sacrifice qu'il avait fait, le contraste entre la vie qu'il eût pu mener et celle qu'il avait choisie, entre les pompes de Versailles et Texil volontaire dans les neiges du Canada, qui firent sa force et son ])restige, et nul doute que son exemple autant que ses discours, augmenta cet exode dont j'ai parlé, cette émigration de saintes âmes qui peuplèrent les monastères et les missions, de jeunes et braves seigneurs qui mirent leur épée au service de la colonie.
Jusque-là les intérêts du commerce avaient été en preniière ligne dans les projets de la cour: compagnies sur compagnies avaient été formées et le moins que l'on pût dire contre celle qui nommait alors nos gouverneurs, c'est qu'elle avait laissé languir les progrès de la véritable civilisation.
Un des premiers soins de Mgr de Laval, une des premières preuves de son crédit, ce fut de persuader à Louis XIV de substituer l'autorité royale à celle des cent associés, et comme l'a dit si éloquemment son premier panégyriste, nouvel Atlas, décharger sur ses épaules le fardeau d'un monde nouveau.
Il obtint aussi la création du Conseil souverain, constitution politique aussi large qu'il pouvait y en avoir alors, l'envoi dans le pays de ce régiment de Carignan de Salières, dont les officiers et les soldats établis plus tard parmi nous ont été la source de quelques-unes de nos meilleures familles, et enfin après bien des obstacles, l'érection de presque toute l'Amérique du Nord en un seul diocèse.
Comment dire tout ce qu'il fit dans le demi siècle, où il fut successivement vicaire apostolique, évêque titulaire et enfin •administrateur en l'absence de son successeur Mgr de St- Valier, détenu prisonnier en Angleterre ?
Comment entrer dans le détail de toutes ses démarches ot de toutes ses luttes, sous la vice-royauté de M. de Tracy, sous les deux administrations de M. de Frontenac et sous celle de sept autres gouverneurs qu'il vit pour bien dire déiiler devant lui ?
Que de soins ot de travaux ajoutés à ceux de son ministère et de sa charité, qu'il multipliait d'une manière si impitoyable envers lui-même, parcourant les campagnes en traîneau ou bien raquettes aux pieds, visitant les pauvres et les malades des villes et demeurant pour bien dire avec eux !
Dans l'oidre religieux: règlement de questions si difficiles^ à commencer par ^elle de son épiscopat où il eut à lutter contre les prétentions de l'Archevêque de Eouen et celles des parlement» de Paris et de Eouen ; solution des difficultés qui s'élevèrent entre les communautés religieuses et qui se réveillèrent après sa mortj apaisement de lu rivalité ou plutôt comme parle son biographe, M. de Lutour, de l'antipathie nationale qui existait entre la colonie de Québec et celle de Montréal ; règlement des questions de cures amovibles ou inamovibles, de dixmes, d'exemptions, de privilèges canoniques de toute espèce ; préservation de son troupeau contre les erreurs opposées du jansénisme et du molinisme, qui de la vieille France cherchèrent à s'introduire dans la nouvelle j fondations de pieuses confréries qui existent encore aujourd'hui ; protection et encouragement donnes au pèlerinage de l'église de 8te-Anne de Beaupré, à laquelle Anne d'Autriche et M. de Tracy firent de si riches cadeaux, et dont la célébrité semble s'accroître avec la renommée de Mgr de Laval; et au milieu de tout celaetde la plus grande détresse, envoi de nombreux missionnaires sur la côte du Labi-ador, dans l'Acadie, dans les régions de l'Ouest et jusqu'aux rives nouvellement découvertes du Mississipi.
Dans l'ordre social : création d'une école normale, d'une ferme-modèle, d'une école des arts et métiers, toutes choses qui disparues depuis, ont été rétablies de nos jours avec tîint de peine; enseignement des sciences et des lettres dans la mesure qui convenait à l'époque, lutte hardie et prudente à la fois contre toutes les innovations dangereuses, et au milieu de tant de graves préoccupations, ordonnances prescrivant aux belles mondaines d'alors la toilette dans laquelle elles devaient se pré senter à l'église.
Dans l'ordre civil et politique : participation au règlement de toutes les questions que pouvaient présenter les pouvoirs législatif et judiciaire et ceux de police urbaine et rurale, dévolus au Conseil supérieur dont il formait partie; intervention constante ot efficace entre les excès de l'autorité d'une
part et la licence populaire de l'auti-e 5 enfin développement par la parole et par l'exemple de cet esprit patriotique qui a créé la véritable patrie canadienne et qui après tant de revers, tant de calamités, est plus vivace aujourd'hui que jamais.
Ses œuvres capitales, celles qui aux yeux de la postérité forment sa plus belle couronne — et cela n'est que juste et ordinaire dans les décrets de la Providence — furent précisément celles qui lui causèrent le plus d'épreuves et d'amers déboires.
Le séminaire, auquel il avait donné tous ses biens, avec lequel il s'était pour bien dire identifié, fut deux fois détruit par l'incendie et deu2t fois reconstruit avec un courage et une patience sans pareils.
Le siège épiscopal de Québec, le chapitre^ qu'il avait établis avec tant de peines, furent assaillis de mille difficultés, et on ne se fût guère douté que cette église battue par les tempêtes, serait un jour la mère de tant d'églises nouvelles.
La répression de la traite de l'eau-de-vie, qui fut la grande question coloniale de cette époque, lui attira mille persécutions; ses luttes contre d'Avaugour, de Mésy, de Frontenac, seront à jamais célèbres. On ne comprenait pas qu'il voulût intervenir dans ce qui paraissait une question d'économie et de police, et, au nom de la religion, gêner la liberté du trafic des pelleteries où nous rencontrions dans les colons de la Nouvelle- Angleterre de si rudes compétiteurs.
Ce qu'il y a d'étonnant c'est que, tandis qu'aujourd'hui sous les formes de gouvernement les plus libres on demande et l'on obtient souvent l'entière prohibition des liqueurs enivrantes, on trouve mauvais qu'un évêque ait voulu protéger contre leurs, passions de pauvres sauvages, lorsque cette protection était tout simplement leur salut et celui de la colonie — pour eux et pour nous une question de vie ou de mort.
Enfin, l'établissement de la paroisse canadienne, de cette grande institution qui a fait notre force, qui a résisté aux plus mauvais régimes, qui s'est développée sur tout notre territoire, qui s'implante partout où s'établit notre race ,• le système ingénieux par lequel il conservait aux curés leur qualité de missionnaires; l'espèce de communauté qu'il avait établie entre eux tous : tout cela fut le sujet de mille diflScultés et il eut cette pénible épreuve devoir quelques-unes de ses idées abandonnées par son successeur.
Mais qu'importe I Sa tâche, sa grande tâche était accomplie. Il avait trouvé les intérêts de la religion et de la morale périclitants ; il les laissait affermis. Il était venu dans un pays où il n'y avait que de rares habitants, une une population errante et misérable ; il laissait sur chaque
tive du Saint-Laurent, une rangée de blanches habitations entourées de fertiles domaines, un clergé séculier, des paroisses bien ordonnées, au centre de chaque groupe le manoir du seigneur, l'église et le presbytère, des pères et aes mères de famille formés à la vertu, entourés de nombreux enfants, entin une vie patriarcale qui s'est continuée jusqu'à nos jours. Québec, Montréal, Les Trois-Eivières, qui n'étaient d'abord que des forteresses et des comptoirs, étaient devenues des villes, vivant d'une véritable vie intellectuelle et sociale*
Les sauvages ennemis avaient été répoussés, on peut dire domptés ; ce qui restait des tribus alliées évangélisées et raffermies dans leur alliance. Des excursions nombreuses et hardies avaient porté la guerre chez les colons de la Nouvelle-Angleterre qui trop longtemps avaient soudoyé les Iroquois contre nous. D'iberville et nos autres héros avaient promené le drapeau fleurdelysé de la Baie d'Hudson au Golfe du Mexique, de Terreneuve aux plaines de l'Ouest. Quelques années avant sa mort, tandis que, comme un autre Aaron, il élevait les mains vers le ciel, pour implorer le salut de son peuple, il eut la satisfaction de voir M. de Prontenac, qu'il devait admirer malgré tous ses torts, répondre fièrement à l'amiral Phipps et repousser sa flotte de la rade de Québec.
En un mot les rêves de François premier, d'Henri lY et de Louis XIV étaient réalisés, les projets de Richelieu et de Colbert étaient exécutés. Le Canada français se développait librement sur les deux rives du St-Laurent, l'Ouest appartenait à nos commerçants et à nos missionnaires, l'Acadie triomphait des efforts de la Nouvelle- Angleterre, et la Louisiane, avec son doux nom, venait de naître aux rives heureuses du Mississij)!; la France transatlantique était fondée 1
L'homme de robe. Talon, avait tracé son administration judiciaire et municipale, découvert et organisé ses puissantes ressources économiques j l'homme d'épée,Frontenac, avait reculé ses frontières et l'avait vengée de ses ennemis ; l'homme d'église, Laval, avait noblement aidé les deux autres en les dominant souvent ; il avait obtenu pour elle ce que lui seul pouvait obtenir, la sécurité, la stabilité religieuse et morale. Il pouvait donc, le grand prélat, de même qu'il avait quitté la vieille France, la vieille patrie pour une patrie nouvelle, s'endormir en paix pour se réveiller dans une patrie incomparablement plus belle qu© les doux autres.
Nous sommes en 1760; un demi-siècle s'est écoulé depuis la mort de Mgr de Laval ; tout un siècle depuis son arrivée.
A Louis XIV a succédé la régence; à la régence Louis XV. Les erreurs et les faiblesses du grand roi sont devenues les infamies du régent, les vices honteux do Louis le bien-aimé.
Voltaire A répandu sur la France le dissolvant de l'impiété auquel s'ajoutent la corruption des courtisanes qui ont remplacé les favorites, l'agiotage et le péculat qui détruisent dans la fortune publique le nerf de la puissance militaire.
Les désastres et les malheurs de la fin du grand règne ont conduit à une paix équivoque ; de nouvelles guerres après quelques bi-illants succès ont amené de nouveaux désastres.
Le chancre qui ronge la mère-jxitrie a gagné la colonie. Montcalm a lutté en vain contre Bigot, plus dangereux que les ennemis qu'il to-rassait à Carillon.
Les deux grandes batailles des plaines d'Abraham et de Ste- Foye, l'une perdue, l'autre gagnée, ont prouvé ce qu'un peuple' abandonne de sa mère-patrie peut faire lorsqu'il croit encoi-e en lui-même; des ruines plus tristes, plus lugubres que celles qui couvrent Québec incendié, s'étendent sur le pays; ce sont lès ruines morales, le désespoir d'une nation trahie et délaissée.
Tandis que les débris de l'armée de l'héroïquo chevalier de Lévis se rembarquent pour la France, suivis bientôt d'une partie de la nobl'^sse et de la bourgeoisie, quelques prêtres, quelques religieux et quelques religieuses restent pour consoler et fortitier les colons des deux rives du St- Laurent, qui, plus heureux cependant que ceux de l'Acadie, et que ceux dont a parlé Virgile, ne peuvent pas et ne veulent pas dire
Nos patriee fines et dulcia linquimus arva.
Pour eux tout semble disparaître, tout paraît s'effacer : l'œuvre de Mgr de Laval reste debout ; tout est sauvé! *
Bientôt les franciscains, qui les premiers avaient apporté la parole divine seront supprimés ; les jésuites, qui avaient compté tant de missionnaires et presqu'autant de martyrs que de missionnaires, auront le même sort.
Leur collège fermé, celui des sulpiciens à Montréal n'étant pas encore ouvert, le petit séminaire de Québec sera, pendant quelque temps, la seule providence littéraire et intellectuelle de la jeunesse canadienne ; avec les maisons des Ursulines et celles de la Sœur Bourgeois, il formera tout notre système d'instruction publique.
Pendant plus de six longues années le Canada resta sans évêque ; cependant l'Angleterre n'eut pas à se repentir d'avoir, après tant d'iaésitation, laissé remplir le ôiégeépiscopal, puisque à la voix de MgrBriand, les Canadiens repoussèrent les instan-
ces dos co'onies anglaises révoltées, puisqu'il sut faire accepter à nos pères le drapeau qu'ils avaient si long-temps combattu.
La reconnaissance pour les gouvernements comme pour les particuliers est quelquefois un lourd fiirdeau. Vous en sûtes quelque chose, vous, l'immortel Plessis, vous notre second ïjaval qui, après avoir épousé la cause du gouvernement anglais, après avoir même froissé le sentiment national en dénonçant à votre troupeau et les horreurs de la révolution fî-ançaise et les gigantesques entreprises du conquérant de l'Europe, eûtes à lutter contre l'injustice la plus flagrante, contre les projets les plus insidieux !
Vous n'étiez le cousin d'aucun monarque, vous n'aviez pas d'amis à la cour ; mais vous étiez sorti de cette forte race de laboureurs-soldats qui avaient combattu si courageusement les combats do la patrie et qui, lorsque tout semblait perdu, n'avaient désespéré de rien ; vous étiez un des plus dignes élèves de la maison de Mgr de Laval ; vous portiez dans votre noble et vigoureuse personne la haute intelligence et les mâles vertus qui liront de vous un homme d'état autant qu'un évoque. A défaut du château St- Louis, la cour de St- James en vous voyant et en vous entendant sut vous rendre justice.
£t puis autour de lui et après lui ,que d'autres lutteurs formés à la même école ! Une nouvelle carrière s'ouvre devant la jeunesse canadienne ; tout est changé : les parlements ont remplacé les champs de batailles ; àd'lborville, à.de Beaujeu, à de Salaberry ont succédé Panet, Bédard, Papineau, Viger, Val Hères ; les légistes, les tribuns, les hommes d'état, ont définitivement remplacé les hommes de guerre.
Et comme doux maisons ne suffiront plus à produire les magistrats, les prêtres, les hommes de toutes professions que réclame la société nouvelle, voici qu'apparaissent de nouveaux fondateurs. Brassard, Painchaud, Girouard, Ducharme; voici que l'instruction primaire long-temps négligée se réveille, que le pays secouvre d'écoles, que de nouveaux ordres religieux sont créés ou appelés parmi nous, que ceux qui avaient disparu reviennent, que les institutions formées par Mgr de Laval, et abandonnées depuis, école normale, ferme-modèle, école des arts, surgissent de nouveau.
Or, ce grand dévelopj^ement de l'éducation, la naissance et les progi-ès de notre littérature nationale, les travaux historiques de notre époque, les progrès de la colonisation à la voix de nouveaux curés missionnaires, dignes successeurs de ceux d'autrefois; le culte de la patrie joint au culte religieux; chaque année, au vingt-quatre juin, sur tous les points de l'Amérique, un hommage solennel rendu à nos gloires, un encoura-
gement donné à nos espérances ; tout cela surtout après une époque de luttes cruelles et terribles, après une seconde conquête où, encore une fois, en 1837 et en 1840, nous avions semblé près de périr ; tout cela existerait- il si le foyer de lumière établi ici il y a deux siècles, se fût éteint et n'ei^it pas au contraire brillé d'un éclat toujours nouveau ?
Cet éclat, Messieurs, il fut plus vif que jamais le jour où^ au déclin de la vie des successeurs immédiats de ceux qui avaient 2)u connaître J\lgrde Laval, au moment où M. Deniers et ses contemporains disparaissaient, M. I ouis-JacquesCasault établissait cette université, en organisait les quatre facultés, faisait construire ces magnifiques édifices et posait le couronnement si long- temps attendu de l'œuvre deux fois séculaire.
Cinq lustx-es à peine se sont écoulés depuis cet événement, accompli, grâce à la bienveillance du grand pontife que nous pleurons, de celle de notre gracieuse souveraine et de son représentant. Lord Elgin ; et déjà cette université a vu son autorité contirmée par une bulle pontificale, les vastes développements qu'elle a pris, reconnus et loués par un Délégué romain dont la voix éloquente s'est fait entendre dans cette enceinte ; et elle promet aujourd'hui de doubler son utilité on reliant la ville de Maisonneuve à celle de Champlain, pour ne faire des deux cités rivales qu'un môme foyer de science, de patriotisme et do vertus. (Applaudissements.)
Et pendant que ces destinées s'accomplissaient, le diocèse de Mgr de Laval, «[ue Mgr Plessis a gouverné pendant quelques années dans toute son étendue, se divisait et se multipliait ; soixante et quelques nouveaux siégea épiscopaux avec leurs nombreux clergé, leurs collèges, leurs hospices, leurs écoles, s'établissaient et brillent aujourd'hui au soleil de la grande et libre Amérique; et presque partout des prêtres canadiens, des religieuses canadiennes, et un contingent de notre population émigrée apportent leur part de sacrifices et de vertus à ces succursales de la vieille église de Québec.
Et toutes ces grandes choses, Messieurs, ce sont les choses que Mgr de Laval a faites, qu'il n'a pas vues et que nous voyons.
Nous ne sommes plus en 1760, mais en l'an de grâce 1878, Nous avons célébré, un siècle après la conquête qui semblait devoir anéantir l'œuvre de Mgr de Laval, nous avons célébré le deux-centième anniversaire de son arrivée au pays, celui de la fondation du séminaire de Québec, enfin celui de l'éreetioB de son vaste diocèse.
Îi9
Et aujourd'hui, comme pour nous remercier do tant de respect et d'amour, le grand prélat s'est levé de la tombe où il reposait dans la première cathédrale de l'Amérique française, devenue la première basilique de l'Amérique britannique, il a parcouru les rues do sa ville bien-aimée, il a visité ce qui reste des anciens sanctuaires ainsi que ses nouvelles églises, et au milieu d'une pompe que nous avons tâché de rendre en tout semblable à colle de ses premières funérailles, oii l'affluence du peuple était plus grande, où l'amour et la vénéraiion étaient les mômes, mais où le deuil se tempérait par une sorte de réjouissance, il est allé se reposer dans la chapelle de son séminaire, auprès des collaborateurs et des continuateurs de son œuvre de prédilection.
Messieurs, cette imposante et touchante cérémonie, cette manifestation, imprévue il y a quelques mois, et si évidemment providentielle, quelle signification aura-t-elle aux yeux de la postérité ?
Sera-ce l'adieu dit par tout un peuple à ses traditions, à ses croyances, à ses usages ? Sera-ce le dernier témoignage de respect rendu par une société en pleine voie de transformation à tout ce qui fut un jour l'amour et la gloire de ses ancêtres ? Aurons-nous enfoui avec Mgr de Laval, dans sa nouvelle retraite, les grands sentiments de sacrifice, d'abnégation, d'héroïsme religieux et civil qui, de son époque à la nôtre, n'ont cessé d'animer la patrie canadienne?
Ou bien plutôt sera-ce le point de départ d'un accroissement, chez nouH, do toutes les aspirations qui faisaient battre le noble cœur du premier évêque de la Nouvelle-France ?
Costa vous, nombreuse et brillante jeunesse qui formez une grande partie do cet auditoire, à vous à qui l'avenir sourit bien plus franchement qu'il no souriait à vos devanciers, à vous qui êtes arrivés au moment do la plus riche moisson et qui avez à la portée do votre main les fruits de deux longs siècles de travail, d'éj)reuves et de privations; c'est à vous de répondre.
Vous ne m'en voudrez pas cependant si, devinant votre pensée aux frémissements d'indignation que quelques-unes de mes paroles ont provoqués, si sentant vos cœurs battre à l'unisson de ceux de vos aines, je me permets d'opter en votre nom pour la plus digne et la plus sainte de ces deux alternatives.
Non, cène sera pas en vain que le grand évêque aura souffert, prié, combattu, ce ne sera pas en vain qu'il aura parcouru aujourd'hui le lieu de ses épreuves devenu le théâtre de son triomphe.
De même que jusqu'ici le cercle de l'influence de son nom et de ses œuvres s'est étendu avec celui do notre nationalité, de même l'avenir lui réserve peut être dos œuvres plus grandes encore que colles dont on peut jusqu'ici lui rapporter le mérite.
La Providence a voulu que noua fussions mêlés à d'autres peuples : aux enfants de l'Angleterre, autrefois l'etinemio traditionelle de notre mère-patrie, hier et peut-être encoro demain l'alliée de la France ; à ceux de rEcosse,dont quelquesuns sont devenus si semblables à nous-mêmes que leurs noms seuls peuvent les faire reconnaître ; enfin à ceux de la verte Erin, l'île des saints et des martyrs, si bien représentée à la présidence de cette assemblée. (Applaudissements.)
Dans cette nouvelle condition d'existence, deux constitutions politiques se sont usées avant que la vitalité du petit peuple dont on a tant de fois prédit l'extinction ou l'absorptiou ait été amoindrie.
La seconde de ces constitutions nous a mis en présence d'une jeune province déjà plus populeuse et plus riche que la nôtro sans que, toutefois, nous ayons cessé de lui tenir tête, sans que nous lui ayons cédé autrement que pour lui emprunter volontairement celles de ses institutions qui nous convenaient.
Une troisième constitution, en nous rendant une large part de notre autonomie, nous a placés au centre d'une immense confédération, égale au moins en étendue et qui sera peut-être un jour égale en population et en richesse à celle qui nous avoisine. De là nous pouvons donner la main d'un côté à nos frères les acadiens, de l'autre aux descendants des vaillants pionniers de l'ouest, et travailler loyalement et fraternellement avec tous nos autres concitoyens a la prospérité de la commune patrie.
Toutes ces grandes transformations qui ont élargi notre sphère d'action ont aussi agrandi celle de nos devoirs et de notre responsabilité.
C'est par l'imitation des grandes vertus du héros qui nous est aujourd'hui proposé pour modèle, que la nouvelle génération s'acquittera de cette tâche immense, à laquelle l'étonnante multiplication de notre race attache aux yeux des moins clairvoyants un caractère tout providetitiel.
Quand Tabnégation et le courage de Mgr de Laval auront été imités par des milliers de continuateurs de son œuvre ; quand sa persévérance indomptable aura assuré à des milliers de ses enfants le prestige et l'influence qu'exercent irrésistiblement la science, le talent et la vertu ; quand sa charité ayant eu d'innombrables imitateurs, aura répondu à tous les besoins du catholicisme dans to«te l'Amérique ^ quand sur tous les points du continent, la race que Ton avait cru sur le point de
dégênéicv et do s'anéantir, aura compté pour qnolquo chose : alors la mémoire et la gloire du fondateur de cette université, seront encore plus grandes qu'aujourd'hui, car la postérité aura contemplé les résultats des grandes choses qu'il a faites et que nous entrevoyons à peine.
Excellences, Messeigneurs et Messieurs,
Avant de terminer, permettez- moi de rappeler un grand fait historique qui n'est point sans quelqu'anulogie avec la belle fête dont les dernières lumières, dont les derniers échos vont bientôt se perdre dans le silence et l'obscurité de la nuit, mais dont le souvenir ne s'effacera jamais de notre mémoire.
Je lisais dernièrement que, dans les premières années du pontificat de PieVIl, les dépouilles mortelles de son prédécesseur immédiat, mort en captivité sur la terre de France, ayant été rendues à la confessioTi des apôtres par le premier consul Bonaparte, elles furent promenées de diocèse en diocèse et reçues à St-Piorre de Eorao avec cette magnificence difficile à décrire qui distingue tout ce qui se fuit dans cette auguste basilique.
Le panégyrique du pontife défunt, prononcé devant toute la cour romaine, touchait à sa tin lor.-que, tous les yeux se portant sur le poniife régnant qui, on le savait, avait été désigné ])0ur latiarepar son prédécesseur, l'orateur sacré — dit un historien — sut attirer l'attention de celui qui l'écoutait la tète baissée, et lui rappeler toutes les circonstances qui devaient faire de son l'ègne une glorieuse continuation de celui de Pie VI. (1)
Orateur ])rofane.je n'ai certainement ])oint de caractère pour remplir en ce moment une semblable mission.
ilfiis vous avez tous sans doute remarqué comme moi que l'Aichevêque que je vois assis auprès du Dek-gué pontifical est un enfant du séminaire de Québec, et vou-i ne pouvez point non plus rous défendre de penser que l'intéretque prend encore Mgr de Laval au sort de sa maison et de son église n'a pas été étranger au choix qui a été fait de Mgr Taschereau, pour pr*^^'sidor successivement à l'une et à l'autre.
Aprè-^ cela, vous me permettrez peut-être, en y faisant seulement quelques variantes, de redire quelques-unes des paroles prononcées dans la circonstance que j'ai rappelée.
" La gloire de votre nomination, Mgr de Laval la reconnaît comme sienne, il s'en réjouit plus que de toute autre, il vous .seconde merveilleusement, il vous désire des jours prospères, il les demande pour vous à Dieu. Il dit que c'est par vous
(1) Histoire du Pape Pie VII, par le chevalier Artaud, 1er vol. p. 254.
qu'il arrivera que la bonne ràgle, que la sainte discipline fleuriront ; que c'est par vous que la paix et le repos de l'Eglise de Québec seront consolidés ; que c'est par vous qu'elle acquerra des honneurs plus imposants, des consolations plus efficace-*, et qu'elle doit recueillir à jamais des fruits plus abondants. "