PAR LOUIS P. TURCOTTE
A pareil jour, il y a un siècle déjA,. un événement remarquable se passait aux yeux de nos ancêtres, S(»us les murs de notre vieille cité, événement dont déjiendait le sort du Canada. Tous les postes militaires étaient tour à tour tombés au poavoir des Américains ; Québec seul veconnaissait la suprématie de l'Angleterre. Montgomery allait tenter un dernier eiîbrt pour assurer la conquête de cette fortoi'esso redoutable et couronner son heureuse expédition. Mais la fidélité et la bravoure de nos ancêtres, Canadiens comme Anglais, devaient lui enlever cette gloire et conserver à la couronne britannique la possession de cette province.
C'est pour rappeler à votre souvenir cette page imporfante de nos annales que l'Institut Canadien vous a réunis dans cette enceinte. En répondant à son invitation, vous êtes venus rendre hommage aux braves qui ont défendu le drapeau britanniq-.ie à cette heure de danger; vous avez encore voulu affirmer votre loyauté envers l'Angleterre et montrer que vous êtes heureux d'appartenir à ce grand empire. L'Institut Canadien voit encore dans cette fête une démonstration toute patriotique qui rappelle à notre souvenir les brillants laits d'armes de nos aïeux. C'est ce que manifestent ces emblèmes et ces décorations militaires où figurent les drapeaux de Carillon et de Châteauguay, reliques précieuses qui gui<.laient nos pères aux champs de la gloire et de l'honneur.
Apixîlé ù. vous entretenir ce soir, je n'ai pas voulu vous parler seulement du combat dont nous célébrons le ceoteuaire. Nous examinero'ns d'abord les causes et les
.comrneneemonts de la guerre américaine, les événom^nts •dont le Canada a été le théâtre, et le" rôle que nos ancêtres y ont joué. Et nous verrons ensemble que si nous sommes :auj()ux*d'hui sujets britanniques plutôt qu'américains., .rioys le devons à la fidélité du cierge et de la noblesse, et aux braves défenseiu's de Québec. O)
La guerre de l'indépendance eut pour cause la résolution que prit l'Angleterre de taxer ses colonies de l'Amérique. Elle avait considérablement augmenté la •dette nationale dans la lutte sanglante qui lui valut la conquête de la Nouvelle- France, et clest pour protéger ses ■colonies et assurer leur prospérité* qu'etle s'était engagée dans cette guerre. Aussi, suivant elle, le eoncours, de son armée et de sa flotte méritait bien quelques sacrifices .de leur part. Elle résolut, en -conséquence, de retirer ■de ses colonies d'outremer certains revenus ^ui lui aidea-aient à supporter le fardeau de sa dette.
Dès 1764, la législature impériale imposa de nouvelles ■charges sur le commerce. L'année suivante, elle passa l'acte du timbre, taxe vdii-ecte prélevée sui* les contrats, les billets et autres doeuments.
A cette nouvelle, toutes les colonies, le Canada et
(1) Pour composer ce trav&il sur l'invasion du CaBada par les Américains nous avons puisé aux sources les plus authentiques, consulté les -archives de notre ville et nombre de documents historiques dont quelques-uns sont devenus très-rares; nous S/Vons enfin essayé de présenter une étude aussi complète que possible, en publiant certains faits peu connus ou entièrement ignorés. Nous devons mentionner d'une manière particulière le magnifique ouvrage de l'abbé Verreau, intitulé : " Invitiion du Canada. " Les mémoires contenus dans ce volume avaient été presque tous recueillis et annotés par le Commandeur Viger. Mais M. "Verreau a eu le mérite de les avoir publiés et enrichis de nouvelles notes. 'Ce voluuie doit être suivi de trois autres, et nous espérons que AI. Verreau pourra bientôt compléter cette œuvre vraiment nationale.
Voici la liste d'un certain nombre de documents que nous avons con- ■sultés :
Les archives de l'Archevêché et du Séminaire de Québec.
Verreau, Invasion du Canada, contenant les mémoires de Sanguinet, de Badeaux, de de Lorimier et de Berthelot, et un grand nombre de lettres.
Les mémoires du Juge Henry, de Meigh, de Caldwell, de Thompson, de Finlay, etc.
Le journal d'un officier de la garnison de Québec, publié dans le 2e <yol. de l'IIigtoire du Canada par Wm. Smith.
Documents relatin<j to tJie colonial hiatory of the Stqte of Neip York.
Les histoires de JBancxoft, Ramsay, Botta, Lossing, Palmer, Erost, etc.
l'Acadio exceptés, protestèrent éiiergiquement contre le droit de les taxer sans leur consentement. Elles virent dans la loi du timbre une atteinte à leurs droits de sujets anglais, un commencement d'oppression. En plusieurs endroits, le peuple surexcité s'opposa à l'exécution de la loi ; à Boston, il détruisit les papiers des bureaux du timbre, et força les employés à résigner. Puis un congrès composé des délégués des colonies mécontentes s'assembla à New York, et exposa leurs griefs au roi et aux chambres dtyis des adresses fermes mais respectueuses.
Etî'raye de cette attitude menaçante, le parlement rappela l'acte du timbre un an après son adoption. En 1767, il revint à la charge, et imposa des droits sur le thé, le papier et quelques autres articles. Cette nouvelle taxe souleva une opposition encore plus acharnée que la première, et occasionna des troubles sérieux. Les colons insistèrent plus que jamais sur le droit de ju'élever eux-mêmes leurs impôts, et résolurent de suspendre leurs relations commerciales avec la métropole.
Deux ans plus tard, la législature im]ériale apporta quelques modilications à sa politique, et rappela le droit sur tous les articles le thé excepté. Elle voulait par là conserver une simple appai-ance de suprématie. Cette demi-mesure ne donna pas satisfaction aux colonies. La Compagnie des Indes ayant expédié en Amérique plusieurs cargaisons de thé, les colons refusèrent de les recevoir ou les mirent dans des entrepôts. A Boston, cinquante personnes déguisées en sauvages, se rendirent aux vaisseaux et jetèrent le thé dans le havre. Ceci se jiassait en décembre 1773.
Ce fut avec la plus grande sévérité que le parlement anglais punit ce dernier îicte. Il ferma le port de Boston, révoqua la chaite de l'État du Massachusetts, puis il passa une loi par laquelle il pi-otégeait les otliciers qui se serviraient de la force jusqu'à tuer pour apaiser les émeutes; Enfin il adopta l'acte de Québec contre lequel les colons protestèrent parce qu'il étendait les limites du Canada et y maintenait la religion catholique.
Par ces mesures de rigueur, la métropole espérait ramener la Province du Massachusetts à l'obéissance et effrayer les autres colonies. Le contraire arriva. L'indi-
çnaLion des Bostonnais fut portée à son comble. Ils brûlèrent publiquement l'acte qui fermait le port de leur ville, et invitèrent les autres provinc^es à cesser toutes relations avec la mère-patrie. Partout ailleui'S les calons leur montrèrent la plus grande sj-mpathie, et décidèrent de soutenir leurs droits. Puis on fixa un jour de prières publiques, et on^^roposa une réunion de délégués de toutes les provinces.
Ce fat le 4 septembre 1774, jour mémorable pour les Américains, que s'assembla à Philadelphie le Congrès continental. Treize provinces y avaient envoyé des l'eprésentants.
Le Congrès commença par définir les droits des colonies. Il réclama l'indépendance législative, le privilège de prélever leurs propres taxes. Il approuva ensuite la conduite des Bostonnais, et décida de suspendre l'importation et l'usage des marchandises anglaises jusqu'à ce que la réparation de leurs griefs fût obtenue. Les délégués votèrent de plus une adresse au peuple anglais pour lui exposer de nouveau leurs plaintes, et une autre aux Canadiens atin de les engager à faire cause commune avec eux.
Partout les colons approuvèrent les décisions du Congrès, et montrèrent le plus gi-and enthousiasme à conquérir les libertés politiques. Tous furent décidés à Içs défendre même p:ir la force des armes s'il était nécessaire. Dès lors ils organisent des corps de volontaires, et se mettent sur la défensive. Ce peuple traité avec indulgence jusqu'alors, habitué à se gouverner lui-même, est unanime à repousser l'oppression. Rien d'étonnant qu'il' montre plus d'énergie maintenant qu'il compte 3,000,000 d'âmes, et que plusieurs années de paix l'ont rendu prospère et heureux.
Cependant, jusqu'à cette date (avril 1775), aucun de leurs hommes d'état n'avait eu l'intentionxle se séparer de l'Angleterre. Ils en vinrent à cette extrémité lorsqu'ils virent qu'elle persistait à employer la force pour les réduire à l'obéissance. La métropole regrettera bientôt cette i)olitique, et lorsqu'elle voudra plus tard la changer, il ne sera plus temps. Déjà, d'après ses ordres, le gouverneur de ISTew York, le général (rage, se préparai ta prendre l'offensive, car la situation se compliquait
de plus en plus, les actes du gouvernement démentaient sans vigueur, et ses troupes ne pouvaient ])lus obtenir ni vivres, ni argent. Toute entente était devenue imposa sible. Aussi les hostilités commencèrent-elles au mois d'avril 1775.
Le général Gage ayant envoyé des troupes pour détruire des bâtisses militaires à Concord, ce détachement rencontre à Lexington un corps de miliciens et le disperse, après avoir tué et blessé plusieurs rebelles. Arrivé au lieu de sa destination, il trouve les volontaires eu plus grand nombre. Un combat sanglant s'engage, et se termine par la défaite des troupes anglaises. Telle est la première bataille de la révolution.
Dès lors, les colonies marchent à grand pas vers l'indé- ])endance. Le Congrès continental s'empare de la direction des affaires. Le peu])le prend partout les armes ; les vieillards comme les jeunes gens, les riches comme les pauvre.t=, tous se font un devoir de combattre, et leurs premières .démarches sont de s'emparer des forteresses et des arsenaux.
Ce fut alors que les Américains du Nord projetèrent la prise de Ticonderaga ou Fort de Carillon, et des autres forts du Lac Champlain. Ces places, comme on le sait, sont la clef des communications entre le Canada et New York. L'argent était fourni par l'état du Connecticut. (i) Le colonel Allen, choisi y>onr exécuter ce plan, réunit 270 hommes, la plupart designés sous le nom de " Green Mountain Boys. " Arnold vint bientôt se joindre à eux, et fut nommé commandant en second.
Le 9 mai, la ])etite armée atteignit le lac Champlain, vis-à-vis Ticonderaga. Allen traverse le lac avec 83 hommes, et envahit le fort pendant la nuit. Puis sui'prenant au lit le commandant Ijaplace, il lui ordonne de se rendre, sinon toute la garnison sera passée par les armes. Par quelle autorité agissez-vous, demande Laplace ? Au
(1) Ce furent Deane, Wooster, Parlons, Stevens et autres, qui projetèrent ce plan, et obtinrent de l'argent du Connecticut et le concours du colonel Allen. linviany, American Jievolufion, vol. 1er, page 226.
JU'après l'historien Bancroft, Samuel Adam et Hancock eurent, le 29 avril, une entrevue secrète avec le gouverneur et le conseil du Conneclieut pour promouvoir la prise de Ticonderaga qui avait d'abord été projetée par les Green. Mountain Doy». Vol. 7, page 338.
lioiîl dû gi^and JéKovah ot du Congrès continental, répond Allen. Lfiplace veut en vain se récrier. A la vue de l'épée d'Allen suspendue sur sa tête, il livre le fort qui contenait cent pièces de canon, et se rend prisonnier avec la garnison composée de quarante-cinq hommes.
Le colonel Warner envoyé à Crown Point (Pointe à la Chevelure) surprend aussi la garnison de ce fort, et s'en empare sans perdre un seul homme. Un autre parti avait déjà occupé le fort de Skenesborough. (i)
Pour couronner Cette expédition et obtenir un plein succès, il restait encore aux Américains à s'emparei* d'un vaisseau du Eoi, Za George, ancré à Saint-Jean. Arnold s'acquitta de cette tâche avec célérité, et re^ tourna avec le vaisseau, en apprenant l'arrivée prochaine d'un corps de troupes anglaises.
La nouvelle de>cette invasion causa à Montréal une grande sensation. Un détachement de troupes, sous les ordres du Major Preston, fut aussitôt envoyé à la poursuite des Américains. Il rencontra le colonel Allen qui s' -tait rendu à Saint- Jean après le départ* d'Arnold. Après une légère escarmouche, les Américains se retirèrent à Ticonderaga.
Ainsi furent pris sans résistance ces forts redoutables qui avaient coiàté des sommes considérables, et arrêté sous Montcalm le progrès des armées anglaises.
Ce succès, au début de la guerre, fit naître la confiance dans l'esprit des Américains, et leur valut une quantité considérable de matériel de guerre J)our organiser l'artnée. Il leur assura de plus la possession des places fortes qui commandaient l'entrée du lac Champlain.
Le Congrès en session poursuivait la guerre avec la plus grande vigueur, ^ nommait Washington commandant en chef do l'armée. C'est alors que se livra la bataille Buuker's Hill, une des plus sanglantes de la guerre américaine, et que les Anglais gagnèrent après avoir été re])0ussés deux fois et avoir subi des pertes
(1) Les forts de Carillon ou Ticonderaga et de Crown Point avaient ^te abandonnés depuis la conquête; ce dernier était entièrement détruit ©H 1773 et Ticonderaga tombait en ruine. On Venait d'y envoyer une garnison à la demande du gouverneur de New York. Documenta relaiing to tJie Colonial Hlxtory of the State of New York, Vol. 8, |)age 396 j Ptilmor, History of L(xke Champlain,
eérienses. Ters le mémo temps, Arnold pi*b|/Osa d'en^ valiir le Canada ; il se faisait ibrt do le conquéi-ir avec uns armée de 2,000 hommes. Dans la prévision d'une ûttaque du général Carleton par le lac (Jiamplain, le' Congrès résolut de prendre l'offensive et de diriger deux 6ori)8 d'armée vers des points différents. On comptait Bur le petit nombre de troupes qu'il y avait dans le pays et sur le concours de la' masse des Canadiens.
Le général Schuyier fut nommé commandant de l'expédition, avec le Wigadier-général R. Montgomery pour' le seconder. Il avait missioti de faire une desconte sur Montréal par le lac Champlain, après s'être ein])tiréde Saint-Jean et des auti;os forts do la rivière Chambly ; puis, s'il réussissait, d'opérer sa jonctiati à Quéhec avec' Arnold qui devait le rejoindre par les rivières Kennébec et Chaudière.
Au cotnmencemcTit do septembre, l'arntée amérienino vint débarquer à deux milles du fort Saint-Jean. Une bande de sauvages, commandés par les frères de Lorimier et le capitaine Deace, se porta à sa rencontre, et fit uue attaque si vigoureuse que les Américains lurent contraints de se fetirer'. (i)
(l) M. de Loriinier rendit des services importants pe'ndîtnt la guerre américaine ; il remplit avec honneur plusieurs missions difficiles.
■Voici le récit du combat litre près de Saint-Jean, et que nous tirons' de son mémoire intitulé : Mes smvices penditnt la (/zterre Ain^.ricaine.
" Quelques jours aprôs le général Montgomerie vint paraître avec une flotte as.-ez considérable, tâtiments, bateaux, etc., et se retira au-delà' d'une pointe oîi nos Canons ne pouvaient rien faire, et fit son débarquement de 1,400 hommes. Sur le champ je fus ordonné d'aller m'opposer au débarquement accompagné du capitaine TU'ie (Deace), de la rivière Mohawk, arec environ vingt-cinq des nations et 72 sauvages du Bas- Canada et mon frère. Il est à regretter que le major Prestonne n'ait pas fait marcher une compagnie du 26 ou 7e, et tous les Canadiens volontaires. Nous avançâmes donc en route toucTiant les petits bois si épais que nous ne pouvions pas voir l'ennemi plus loin de trente verges ; mais une petite rivière aux eaux hautes nous donna un découvert de huit verges. Le capitaine Tisse reçut une balle dans le gras de la cuisse, mon grand-chef franchit la rivière n'nyant pour arme qu'une lance et mon couteau de chasse, planta la lame dans le Corps d'un Américain et en tua un autre atec mon couteau de chasse, et rouLint expédier lo troisième il reçut deux balles dans l'aine qui le mirent hors de combat.
" Enfin notro victoire fut si complète que nous fîmes rembarquar.lea 1,400 hommes à bord. Nous eûmes six Sauvages du Bas-Canadîi' de tués et deux Mohawk, lo capititine Tisse la cuisse cassée et huit Sauvages fclessés. J'eus l'honnsur c^u'il fut ordonner de chanter un T^ Deum danff
Le lendemain, Schnyler se rendit à l'Ile-aux-NoiX» ÏjA, il publia une pioclamation assurant les Canadiens que, son armée n'avait pour mission que de combattre les troupes anglaises, qu'elle res])ecterait leurs pei*^ sonnes, leurs propriétés, et qu'elle désirait leur procurer les libertés des sujets anglais. Attaqué d'une maladie tiangereuse, Schuyler laissa l'armée, et le commandement passa à Montgomery.
Avant d'examiner la conduite des Canadiens dans cette guerre, jetons un coup-d'œil rapide sur leur histoire depuis la conque! e. Ce résumé est nécessaire pour nous expliquer la position qu'ils ont prise.
Quatorze années, à peine, s'étaient écoulées depuis que le sort des armes les avait soumis à leurs nouveaux maîtres. Affaiblis par une guerre désastreuse, en partie ruinés par la dévastation de leurs propriétés, et aban*donnés par presque toute la noblesse et la classe instruite, leur situation d'abord avait été très-critique. Jusqu'en 1764, ils avaient été soumis ftu régime militaire. Ensuite mi gouvernement civil avait été investi du pouvoir, et l'avait exercé d'une manière despotique. Dans le môme temps, l'introduction des lois anglaises et i'administration de la justice, par des juges incompé-
toutes les (églises de la province en remerciement à l'Etre-Suprême pour ce succès inattendu.'*
Voici une autre version de cet engagement donnée par un officier de l'armée continentale :
" Je vais Vous donner un court aperçu des différentes escarmouches de ï'arméo du Nord. Après notre arrivée à l'Ile-aux-NoiS, le Colonel Waterbury s'aVança aVec son régiment au pied du lac et commença à se retrancher, à un mille et demi de Saint-Jean, d'où ïl envoya un léger parti dans les bois, lequel fut attaqué par un certain nombre de réguliers et de sauvages. Dans cet engagement, le Colonel Waterbury eut huit hommes tiîés et six blessés. Du côté de l'ennemi, douze tués et plusieurs blessés, surtout des sauvages : le Major Hobby a été blessé. Après cela, les nôtres retournèrent à l'Ile-auX-Noix. Là, un parti de cinq cents hommes partirent de nuit pour Chambly par Saint-Jean. Nous nous avançâmes jusqu'au retranchement précédent où nous fûmes attaqués par l'ennemi : le feu fut assez chaud pendant six à huit minutes : à la tin, l'ennemi prit la fuite, et nous nous emparâmes de ses retranchements où nous demeurâmes jusqu'au matin, et comme le Fort était alarmé nous Yie crûmes pas prudent d'avancer, et ainsi nous nous retirâmes à nos anciens retranchements de l'Ile-aux-Noix. Nous n'eûmes dans cet engagement ni blessés ni tués : nous sommes informés d'une maniera assez probable que l'ennemi à eu on«e tués et trois blessés." Ven-ea», îuvasioH dfx, CtiHadtx.
teiits et ignorant la langue française, causèrent aux Canadiens de nouvelles inquiétudes. Un autre grief était leur exclu!^lion des emplois publies, car leur croj-ance ne leur permettait pas de prêter le serment du test.
On sait que le gouverneur Murray, par une conduite pleine de modération., adoucit les rigueurs de la politique iinglaise ^ il encourut pour cela la disgrâce de ses compatriotes. Par malheur, il était obligé de compter avec ties conseillers et des fonctionniiires pour la plupart indignes de leurs charges. Aussi s'en plaignait-il dans un rapport au ministère.
Il devait être pénible pour la population canadienne, déjà au nombre de -lOjOOO âmes, d'être gouvernée par un petit nombi-e d'hommes encore étrangers à leurs coutumes et à leurs besoins politiques. Cependant les Canadiens souffraient en silence, et montraient peu de mécontentement, du moins d^une manière ouverte> Ils s'occupaient paisiblement de leurs affaires particulières, et peu à peu Taisance revint avec les récoltes abondantes, tjn même temps que le commerce devenait florissant.
Le général Carleton, successeur de Murray dans l'administration de la Province, l'imita dans sa modération. Mais le régime civil no pouvait subsister longtemps j il ne plaisait pas plus aux Anglais qu'aux Canadiens. Les premiws demandèrent une Chambre d'Assemblée, et les Canadiens se contentèrent de réclamer le rétablissement •de leurs lois et privi.éges et les anciennes limites de la province.
A diverses reprises, on fit des enquêtes sur l'état da pays. Le Conseil d'Etat et le Bureau des Plantations e'occnpèrept de ces rapports et des pétitions des habitants ^ ils entendirent encore le témoignage du gouverneur et de plusieurs |3ersonnages du pays. 'L' Angleterre icomprit enfin que le temps était venu de modifier sa politique et de se monti>er plus libérale envers nos an- •«êtres, au moment où les autï-es colonies menaçaient de 86 séparer d'elle. Cest ce qu'elle fit par l'acte de Québec La nouvelle constitution reconnaissait l« libre exer- <;ice d« la religion catholique, nétablissaU les lois civiles françaises, mais maintenait les lois criminelles anglaises. "Elle agrandissait d« plus les limites do la province,. «t ouvrait aux Canadiens l'entrée «ttx emplois publics,
Loin de nous la pensée d'approuver la constitution de 1774 ; elle laissait trop à désirer. Nous accorder le libre exercice de notre religion, le rétabli^îsement de nos lois françaises, n'étaient que des actes de simple justice. Mais nous sommes porté à croire que sans l'insurrection des colonies anglaises, l'Angleterre nous les aurait également accordés. Toutefois, les Canadiens, assurés du bon vouloir de la métropole, se montrèrent satisfaits de l'acte de Québec. Le clergé et la noblesse témoignèrent de leur reconnaissance par leur attachement à la couronne bx'itannique.
On assure que Carleton travailla beaucoup à faire adopter les clauses de la constitution favorables aux Canadiens. Il avait démontré aux ministres le tort causé par l'introduction des lois anglaises. Ce gouverneur aimait à rendre justice à nos ancêtres, il avait étudié leurs habitudes et leur caractère pacifique ; et ne pouvait plus longtemps consentir à leur prosei'ipiion. Aussi lorsqu'il composa le Conseil Législatif, sur les 23 membres de ce corps, en nomma- 1- il huit choisis dans les rangs de la noblesse. (}) 11 appela en outre plusieurs Canadiens à des chai-ges judiciaires et à d'autres emplois, occupés auparavant par des Anglais. (2) Cette conduite noble, lui gagna l'alfection de nos pères ; il devint un de nos gouverneurs les plas estimés.
Doué de ces qualités du cœur, Carleton était eh outre reconnu comme excellent officier. Il avait servi avec distinction dans la guen-e de 1759 en qualité de briga-
(1) " Le 17 d'août 1776, dit Sanguinet, les membres de l'honorablo Conseil Législatif de cette province s'assemblèrent au Château Saint- Louis, dans la ville de Québec, en conformité des ordres émanés de Son Excellence le Gouverneur Guy Carleton à ce sujet, en conséquence de la commission du Koy, qui nomme et constitue les Messieurs suivants, lesquels prêtèrent serment et prirent leurs places à la table, sçavoir :
L'Honorable H. T. Gramahé. Lieutenant-Gouverneur, William Hey,- Ecuyer, Juge en Chef, Ilugh Finlay, Thomas Dunn, James Cuthbert, Colin Drummond, François Levêque, Edward Harrison, John CoUins, Adam Mabane, Pécaudy de Contrecœur, Roch St. Ours Lechaillons, Charles François Lanaudière, George Pownall, George AUsopp, St. Luc de Lacome, Joseph G. Chaussegros de Léry, Alexander Johnston, Conrad Gugy, Picotté de Belestre, Des Bergères de Rigauville, John Fraser."
(2) M. Claude Panet, fut nommé juge à Québec, M. R. 0. Hertel de Rouville juge à Montréal ; M. de Longueuil, devint inspecteur des milices, M. Dufy besaulniers, colonel, M. St. George Dupré, major et commissair» dt«i «orréea.
dier-général, et avait combattu à la bataille des Plaines d'Abraham. Sa bravoure lui avait mérité les éloges des officiers supérieurs. En reconnaissance de ses services passés, il fut élevé au grade de major-général.
L'expédition de Ticonderaga et l'invasion du territoire canadien prirent le gouverneur par surprise. Il n'avait à opposer à l'ennemi que 800 soldats des 7e et 26e régiments. Il ne pouvait attendre de grand secours de la population anglaise j elle comptait à peine 3000 âmes, et les mémoires du temps nous assurent qu'un bon nombre, mécontents de l'acte de Québec, montrèrent des sympathies aux Américains ou gardèrent la neutralité. Le sort de la colonie était donc entre les mains d'une population conquise quinze années auparavant par la force des armes, et qui avait été gouvernée avec peu de justice et de discernement.
Carleton cependant poussa les préparatifs de défense avec promptitude, dirigea une partie de ses troupes et de l'artillerie au fort Saint-Jean ; des détachements furent aussi envoyés à Satigan, à la G-alette et à Saint-François. Il partit lui-même pour Montréal, oiÀ il arriva le 26 mai. (i)
Le 9 juin suivant, il proclama la loi martiale, et appela la milice sous les armes. Le clergé catholique seconda les vues du gouverneur ; déjà l'évêque de Québec, Mgr. Briand, avait écrit aux curés une lettre pastoi'ale, en date du 22 mai, dans laquelle il engageait les catho-
(1) " La première démarche que le général Guy Carleton, après avoir appris que les Bastonnois étoient venus à St. Jean, fut de faire partir de Québec les troupes qui y étoient avec deux bâtiments chargés d'artillerie et de munitions — pour construire un fort à St. Jean. Il envoya un détachement de troupes à la rivière Chatigan (Satigan), un autre à St. François, et fit partir trente hommes de troupes po<ir La Galette, avec des ouvriers pour réparer le fort, et donna ordre également d'envoyer des charpentiers pour construire des navires à St. Jean. Ensuite de quoy il donna ordre aux troupes des Trois-Rivières ainsi que de Montréal de se rendre à St. Jean sous le commandement du Major Preston. Le Général partit luj'-même pour Montréal où il arriva le vingt-six de May, au grand contentement de toute la ville.
" Les citoyens s'assemblèrent et furent luy faire une visite en corps qu'il reçut froidement, sans en sçavoir la cause. Il est vray qu'il pouvoit avoir quelques sujets de mécontentement contre quelques-uns qui se comportoient mal, mais le plus grand nombre s'étoient montrés bons et fidèles sujets, et ils l'étoient eifectirement." Sanguinet.
Sanguinet, avocat de Montréal, a laissé sous le titre de Témoin oculaire de l'Imasion du Canada, une relation très-complète et très-intéressante de cette guerre.
liques à prendre les armes pour le roi et à se montrer de bons et fidèles sujets, (i)
Le clergé et la noblesse, dont les idées étaient essentiellement monarchiques, restèrent attachés à l' Angleterre. La classe bourgeoise et aisée suivit le même exemple. Tous étaient satisfaits de l'acte de Québec; ils y voyaient des garanties suffisantes pour leur religion et leurs propriétés. Un changement de domination no devait, suivant eux, leur apporter aucun bien. En outre, ils avaient confiance dans le gouverneur qui avait su gagner leur estime et leur affection.
Une partie de la population de Québec et de Montréal se montra également empressée à défendre l'autorité.
(1) Voici ce mandement que nous avons trouvé dans les Archires de l'Archevêché, et que nous avons cru devoir reproduire au long :
" Jean Olivier Beiand par la miséricorde de Dieu, et la grâce de St. siège, Evêque de Québec, etc. A tous les peuples de cette colonie, Salut et Bénédiction.
" Une troupe de sujets révoltés contre leur légitime Souverain qui est en même temps le nôtre, vient de faire une irruption dans cette Province, mais l'espérance de s'y pouvoir soutenir que dans la vue de vous entraîner dans leur révolte, ou au moins de vous engager à ne pas voua opposer à leur pernicieux dessein. La bonté singulière et la douceur avec laquelle nous avons été gouvernés de la part de Sa Très-Qracieuae Majesté le Roi George III, depuis que par le sort des armes nous avons été soumis à son empire j les faveurs récentes dont il vient de nous combler, en nous rendant l'usage de nos lois, le libre exercice de notre religion, et en vous faisant participer à tous les privilèges et avantages des Sujets Britanniques, suffiraient sans doute pour exciter votre reconnaissanue et votre 2ièle à soutenir les intérêts de la Couronne de la Grande Bretagne. Mais des motifs encore plus pressans doivent parler à votre cœur dans le moment présent. Vos sormens, votre religion vous imposent une obligation indispensable de défendre de tout votre pouvoir votre patrie et votre roi. Fermez donc, chers Canadiens, les oreilles, et n'écauteii pas les séditieux qui cherofaent à vous rendre malheureux et à étouffer dans vos cœurs les sentimens de soumission à vos légitimes supérieurs, que l'éducation et la religion y avait gravés. Portez-vous avec joie à tout ce qui vous sera commandé de la, part d'un Gouverneur bienfaisant, qui n'a d'autres vues que vos intérêts et votre bonheur. II ne s'agit pas de porter la guerre dans les provinces éloignées ; on vous demande seulement un coup de main pour repousser l'ennemi, et empêcher l'invasion dont cette Province p«ralit menaeée. La voix de \» religion et celle de vos intérêts se trouvent ici réunies et tous assurent de votre zèle à défendre nos frontières et nos possessions- Donné à Québec, sous notre seing, le sceau de nos armes, et la signa-' tare de notre secrétaire le 22 Mai 1775.
t J. OL. EVÊQUE DE QUÉBEC, Par Monseigneur.
S, PjsRRAtflrT, Ptr*., S9es6<i^
Dans un bon nombre do paroisses, surtout dans celles du nord du district de Monlréal, les habitants finirent par prendre les armes. Au mois d'octobre, on en vit douze, cents se rendre à Montréal.
A l'arrivée de l'armée américaine devant Saint Jean, il y avait déjà dans cette place 150 Canadiens commandés par M. de Bellestro et M. de Longueuil. C'était en partie des nobles et des'négociants riches qui n'avaient pas craint d'abandonner leurs familles et leurs propriétés pour voler à la défense de la frontière.
Cependant la masse de la population canadienne restait inditi'érente à la lutte. Ni la proclamation du Gouverneur, ni la circulaire de l'Évêque ne purent la décider à ]>rondre les armes. Les Canadiens regardaient le conflict comme une querelle de frères dont ils connaisi fiaient bien peu la cause. Dans les Anglais et dans les Américains, ils voyaient également des e'^nemis de leur religion et de leur nationalité. Comme nous avons essa^'é de le démontrer, il y a un instant, le go\ivernement, jusqu'en 1774, n'avait rien fait pour gagner leur affection, et l'acte de Québec qui venait à peine d'être promulgué, ne leur était presque pas connu. Un bon nombre se rappelaient encore que lors de la conquête, les Anglais avaient exigé d'eux ou de leurs pères une stricte neutralité, et se croyaient tenus de garder la même conduite dans cette gueri-e.
Plusieurs autres causes contiùbuèrent à cette abstention : la nomination de quelques officiers impopulaires, les injustices commises dans la distribution des grades, et surtout la conduite hautaine de certains seigneurs. 0)
(1) M. Sanguinet donne les détails suivants sur la nomination des oflBciers :
" En conséquence de cette proclamation (du Gouverneur), M. Dufy- Desauniers fut nommé Colonel. M Neveu Sevestre Lieutenant Colonel, et M. St. George Duprç Miij'T des milices du district de Montréal, à qui il donna les pouvoirs de réta^blir la milice et de nommer des officiers. Ces trois Messieurs commencèrent h faire des injustices, par favoriser leurs familles et leurs amis, de manière que les anciens Lieutenants de milice, ils en firent des Enseignes, et des personnes qui n'avaient jamais été dans les milices des Capitaines, et laissèrent plusieurs anciens offi'ciers qui n'eurent point de places. Celii fit nombre de mécontents. Toute la ville de Montréal raurmuroit, et pour comble de malheur la ])iipulace refusoit de se mettre en milice, sous prétexte que le Colonel Tomplere leur avoit promis qu'ils se formeroieut en compagnies de trente hommes,
Ces derniers prétendaient avoir le droit de les conti-aindre aa service militaire, et voulurent l'employer avec rigueur. Ainsi M. Lacorne, jeune officier de 22 ans, souleva le mécontentement de ses censitaires par son arrogance, et il alla jusqu'à frapper ceux qui lui résistaient le plus. (1) Les mémoires de M. Mazères nous rapportent aussi la conduite impérieuse de M. Deschambault dans sa seigneurie de Chambly et de M. Cuthbert A Berthier. Les Canadiens voulaient bien respecter leurs seigneurs et remplir toutes leurs obligations de censitaii'es, mais ils leur niaient le droit de commander le service militaire.
Ainsi, tout ce qu'on put obtenir des Canadiens, et cela
et qu'ils anroîent la liberté de nommer leurs ofSciers. Tout ceci se passoit sous les yeux du Gouverneur. Malgré les représentations qui luy furent faites, il ne voulut y avoir aucun égard ; au contraire, il fit expédier les commissions pour ceux qui avoient été nommés par Messieurs Dufy-Desauniers, Neveu-Sevestre et St. George-Dupré. A Québec, Messieurs Voyer, Colonel, Dumont, Lieutenant-Oolonel, et Dupré l'aîné. Major.
" Dans ce moment critique, les mauvais sujets n'épargnoient point leurs peines pour indisposer le peuple et y mettre la confusion. Ils répétoient continuellement qu'ils avoient eu raison de prévenir les Canadiens, qu'ils auroient le gouvernement françois, et qu'ils seroient sujets aux lettres de petit cachet. Cependant le Général Guy Carleton n'ignoroit point tous ces discours séditieux, mais il ne fit aucune démarche ny punition pour en arrêter les progrès. Il fit envoyer des ordres dans les campagnes pour rétablir la milice, et mettre les habitants en compagnies. Il s'y commit également des injustices et la majeure partie des habitants se trouvèrent mécontents, et même plusieurs paroisses ne vouloient point recevoir leurs ofiRoiers- Si les milices eussent resté sur l'ancien pied lors de la conquête du Canada au lieu d'avoir fait des Baillis, il y auroit eu beaucoup moins de difficultés. En outre, plusieurs marchands anglois qui étoient à Montréal refusèrent de se former en compagnie et de servir comme miliciens, mais William Hey, Ecuyer, Juge en chef, qui étoit à Montréal depuis peu de jours, leur fit une remontrance qui fit un bon effet, comme étant obligés de donner l'exemple aux Canadiens. Alors ils se soumirent la plus grande partie. Le (Général passa les milices de la ville en revue, oîi les Canadiens luy témoignèrent avoir beaucoup de Satisfaction de servir sous ses ordres, et ils paroissoient bien disposés à remplir leurs devoirs, et à repousser les Bastonnois, s'ils faisoient une nouvelle tentative dans la province.
" Le Général envoya dans les campagnes plusieurs jeunes gens, plus étourdis que sages, pour passer les milices en revue. Le Sr Lacorne fut envoyé à Terrebonne pour oet effet. Tous les habitants assemblés témoignèrent de la répugnance à se mettre en milice, parce qu'un d'entr'eux leur avait lu la lettre du Congrès en date du 26 Octobre 1774. "
(1) Voir les mémoires et documents sur la guerre américaine publiés à la suitu de cette conférence, note A.
;grâce surtout à l'influence de clergé, fut de rester traaquilles chez eux. C'était déyX beaucoup que de résister aux séductions et aux promesses des Américains. Quelques miliers d'entre eux eussent-ils favorisé les dessins du Congrès, et le Canada était à jamais perdu pour l'Angleterre.
D'un autre côté, les Américains avaient tout fait pour gagner nos ancêtres, (i) Leurs agents répandus dans les villes et les campagnes, avaient distribue les adresses du Congrès. Dès le début, les marchands les plus riches et les plus influents devinrent leurs auxiliaires, et firent de la propagante chez le peuple. On cite, entre autres, M. François Cazeau, riche négociant de Montréal, qui était
(1)-" Dans le mois de Février, dit Sanguinet, le Congrès envoya des députés incognito, pour conférer avec les marchands des villes de ■Québec et de Montréal, pour entrer dans la conspiration, sous prétexte d'acheter des chevaux. Il y eut une assemblée à Montréal, les choses s'y passèrent secrètement. Les députés auroient désiré que les Canadiens eussent été de l'assemblée, mais il n'en fut pas un seul, et les marchands anglois de Montréal leur dirent qu'ils sçavoient que les Canadien? ne vouloient point entrer dans l'union proposée. Effectivement le plus grand nombre prit le parti de la neutralité, sous prétexte qu'ils avaient fait serment de ne point prendre les armes contre les airglois. Il étoit de la politique de les entretenir dans cette opinion ; c'est à quoy les mauvais sujets ne manquoient pas.
" Par l'impunité de toutes ces démarches noeturn«s, la ville de Montréal fut bien «vite rempli© d'espions qui avoient correspondance avec plusieurs marchands anglois de Montréal et de Québec. Enfin ils combinèrent à faire leur entreprise sur la province de Québec ; il leur étoit d'autant moins difficile qu'ils étoient assurés de la disposition de la plus grande partie des habitants, ils sçavoienten outre tout ce qui se passoit dans la projfince, le peu de troupes qui y étjit. Un grand nombre de marchands anglois se montrèrent publiquement dévoués en faveur d«s Bastonnois par leurs discours et cherchaient à soulever ,1e .peuple et ^ mettre la confusion."
Dans une autre page, le même auteur raconte l'incident suivante :
" Le premier May 1775, les mauvais sujets «ommencèrent à insulter le buste de Sa Majesté qui était sur la place de la haute ville à Montréal. On trouva le matin le buste barbouillé de noir avec un chapelet de patates passé dans le cou et au bout une croix de bois avec cette inscription— VOILA LE PAPE uu CANADA ET LE SOT A^QL01S. Aussitôt le Général Guy Carleton, Gouverneur de la Province à Québec, fut instruit de l'insulte faite au buste de Sa Mnjesté. Les Canadiens indignés ei mortifiés d'une telle insulte, à quoy ils ne s'attendoient pas, eurent quelques difficultés avec plusieurs anglois à ce sujet. Monsieur de Belestre, ancien capitaine et chevalier de St. Louis, fut frappé par un nommé Frinke, et le Sr Lepailleur par le nommé Solomon. Il y avoit quelques indices que c'étoient des Juifs et des mauvais sujets anglois qui xvoieot commis cette insulte, aans qu'on ait pu décoavrir les criminels."
très-influent parmi les sauvages ; M. Ths. "Walker, (i> qni agit d'une manière si ouverte,, qne le gouverneurfinit par le mettre en prison, et M. James Priée, qui se chargea, sans autorisation, de la défense des intérêts canadiens auprès du Congrès. (2)
Dans leurs proclamations, les Américains faisaient sonner bien haut les avantages de la liberté et de l'exemption des taxes. Suivant eux, ladittërence do religion ne devait pas empêcher les Canadiens de s'unir à eux. Ilsexposaient en outre les défauts de l'acte do Québec, les invitaient à défendre ensemble des droits communs et à envoyer des délégués au Congrès. (3) Ils espéraient toujours voir nos pères, mécontents des injustices commises prêter leur concours. Mais ces adresses, quoique rédigées avec modération, n'eurent pas le résultat désiré. J']n vain les Américains ])r()c amaicnt-ils qu'ils n'étaient pas les ennemis de la religion cathalique, les Canadiensconnaissaient les sentiments contraires exprimés 'dansleur lettre du 5 Sept, au peuple anglais. Ils avaient alors
(1) " Thomas AValker, marehand de Montréal, qui demeurait à l'Assomption, employa tous les moyens pour faire révolter las habitants tant de cette paroisse que de c-elles voisines. Il fit pour c&t effet plusieurs assembli^es, il avait même des correspondances avec les Bastonnais. " Sanguine!.
(2) " James Priée qui étoit un marchand de Montréal et qui y avoit fait sa fortune, étoit parti dès le printemps pour la Nouvelle Angleterre, sans doute pour conférer avec ses amis sur le plan qu'il oonviendroit pour attaquer le Canada. Il arriva à Montréal après la prise de Carillon ei de la barque à St. Jean. Il assura les Canadiens que le Congrès étoit mortifié de l'insulte qu'Arnold et Aîlein avoient faite au Canada, que le Congrès les avoit mandés pour les faire punir, il apyiorta une lettre du Congrès pour tranquiliser les Canadiens. Tout ceci n'étoit qu'un jeu et que pour mieux tromper les Canadiens, puisque les Provinces-Unies levoient des troupes dans ce temps, pour faire une expédition dans la province do Québec. Le Général interrogea James Prii'e pour tâcher de connaître la vérité, mais il fut également trompé. Il obtint la permission pour descendre à Québec, oîi il resta quelque temps. Après s'être assuré de la disposition des mauvais sujets de la province et' ffvoir pris toutes les connaissances qu'il désiroit, il déserta et se rendit à Boston et de là au Congrès où il rendit compte de sa mission et de l'état où il'avoit laissé la Province de Québec.
" Le Sieur Levingston, père, qui demeurait près du faubourg des Récolets avait une correspondance exacte avec les Bastonnois par le moyen des Sauvages, et qui leur apprenait tout ce qui se passait à Montréal, son fils qui commandait un parti Bastonnois entraîna ses deux autres frères du consentement de leur père, dans son parti." — Sanç/uinet.
(•3) Voir la proclamation du Congrès à la note B des mémoiras »fe documents sur la guerre Américaine.
reproché nugouverne-ment britannique d'avoir rétabli le»lois françaises et reconnu la religion catholique, " religion, disaient-ils, qui avait fait, en Angleterre, couler des fleuves de sang, avait semé l'impiété, la bigoterie et, la persécution, et porté dans chaque partie du monde le meurtre et la rébellion.'" Co langage fanatique était une faute grave de la part du Congrès. Aussi contribua-t-il pour beaucoup à assurer la neutralité de la masse des Canadiens, tandis qu'un bon nombre se déclaraient royalistes.
Quelques centaines de Canadiens seulement embrassèrent la cause du Congrès. Ils furent pour cela désignés. sous le nom de cong7'é(janistes, par les amis du gouvernement. Si l'on excepte les marchands, ils appartenaient presque tous .à la classe agricole et industrielle, et résidaient dans les villes et dans les paroisses de la rivière- Chambly.
Carlclon, n'ayant pas réussi à lever en masse la milice canadienne, essaya de former des corps de volontairej*, et ])Our Cela offrit des octrois de terre. Quelques centaines seulement acceptèrent ces avantages. (0 II s'adressa ensuite aux sauvages et s'efforça de les convaincre qu'il ét^it do leur intéjôt de faire cause commune avec lui. Il en gagna plusieurs centaines, malgré les tentatives contraires faites par M. Cazeau et autres partisans des Américains. Le colonel Guy Johnston en reunit cinq à s\x cent^ des diverses nations. Mais leur zèle fut de ])cu de durée. Ils se débandèrent au mois d'octobre, lorsqu'ils virent l'avantage passer du côté des Américains.
(^uand Montgomeiy parut devant Saini-.Jean, Carleton était déjà assez bien préparé. La garnison de ce fort,. commandée par le Major Preston, se composait de 800 réguliers, de 150 volontaires canadiens, et d'un petit nombre do sauvages. Ce fort quoique en mauvais ordre, était défondu ])ar une bonne artillerie. Carleton devait aller au secours de la garnison avec la milice do Montri^^al et les volontaires que le Col. McLean devait amener de Québec.
Montgomery commença le siège de Saint-Jean, le 17
(1) Nous sommes porté à croire qu'un seul régiment, le Royal Eraigrant du col. McLean, se forma avec ces conditions.
«eptemtre. (i) Il venait de recevoir un renfort qui portait feon arnaée à 1500 hommes environ. Le nouveau général, irlandais de naissance, était un officier distingué, idole de ses soldats. Entré dans l'armée anglaise en 1756, il avait combattu à Louisbourg, suivi ensuite l'armée du général Amherst, chargée en 1759 de la conquête des forts du Lac Champlain. Plus tard, on le retrouve dans les Indes Occidentales, où il est élevé au grade de capitaine. En 1772, ayant abandonné le service militaire, il se fixa aux Etats-Unis, et il s'y livra à l'agriculture. Au commencement de la révolution, il embrassa la cause des Américains qui le déléguèrent au premier Congrès de New York, et peu après le nommèrent brigadier- général dans l'armée.
Montgomery, érigea une batterie du côté nord du fort Saint- Jean. Un d -tachement de volontaires et de soldats sortit pour s'opposer à ces travaux. Il y eut une escarmouche assez sérieuse pendant laquelle les assiégés perdirent deux soldats et M. Beaulieu des Ruisseaux. Comme les munitions manquaient aux Américains, le siège fit d'abord peu de progrès. Ils se rendirent maîtres de toutes les campagnes du sud, et établirent un camp à Laprairie et un autre à Longueuil, et toute com-
(1) "Quand M. Longueuil fut rendu à Saint-Jean, il eut ordre d'aller passer la nuit à deux milles du fort avec trente des volontaires. Les Bastonnois, qui s'étoient retirés à l'Ile-aux-Noix après le combat avec les Sauvages, revinrent cette même nuit en berges pour prendre possession des retranchements qu'ils avoient faits quelques jours auparavant à l'endroit même oii M. de Longueuil et les trente volontaires étoient logés. Ils crurent qu'ils ne pourroient point soutenir aux Bastonnois. Etant trop peu de monde — ils les abandonnèrent. Mais par réflexion les Sieurs Perthuis, de la Bruère, Campion, et un sauvage abénakis, entrèrent dans une petite maison qui était dans les retranchements, pour y faire du feu pour se chauffer. Messieurs de Boucherville et de la Magdeleine restèrent dehors de la maison en faction, et le restant des volontaires s'embarquèrent dans un bateau pour faire en sorte de découvrir les Bastonnois, mais ils étoient sur leurs talons sans qu'ils s'en apperçussent, car la maison étoit investie quand le Sieur Perthuis et les autres voulurent en sortir. Le Sieur Peithuis, interprète des Iroquoia fut tué, avec le sauvage abénakis, le Sieur de la Bruère eut les bras cassés et le Sieur Campion se sauva sans aucun mal. Les volontaires qui étoient dans le bateau voulurent aller leur donner du secours, mais ils furent fusillés pas les Bastonnois, sans qu'il y eût personne do tué ny blessé. Après cette petite action les Bastonnois, au nombre de douze à quinge cents — vinrent se camper auprès des retranchements de St. Jean, pour J'assiéger- JDès lors les Sauvages se retirèrent dans leur village."
Sangui7i£t,
municalion entre Montréal et Saint-Jean fut dès lors interrompue. (1)
Les Américains, sachant que la ville de Montréal était mal défendue, tentèrent do lu surprendre, comptant pour réussir sur le concours des mécontents. Le 24 septembre, le Col. Allen traversa de Longucuil avec 150 hommes. A cette nouvelle, les citoyens prirent d'eux-mêmes les armes. Le général Carleton permit à 200 volontaires canadiens, aune trentaine d'anglais età quelques réguliers d'aller à leur rencontre. Ils trouvèrent les Américains -à la Longue- Pointe et les attaquèrent avec vigueur. Pendant une demi-heure le combat fut vif. Les Américains eurent cinq hommes tués et plusieurs blessés. Ils commençaient déjà à retraiter, lorsque les nôtres les cernèrent du côte du bois et firent prisonniers le Col. Allen et 36 soldats. Ce succès ne fut pas obteriu sans des pertes sérieuses de notre côté. Le major Cardon et M. Patersoii, marchand, blesses grièvement, moururent peu après. Un canadien et un soldat furent aussi tués. Carleton comptait si peu sur la victoire, qu'il se tenait prêt à s'embarquer avec ses officiers sur les navires, si les citoyens étaient repoussés. (2)
(1) " Les Bastonnois, dit Sanguinet, mirent un camp au fort de La Prairie de la Magdeleine et un autre au fort de LongueuiL Par ce moyen ils avoient la facilité de courir toutes les campagnes du sud jusqu'à Sorel. Malgré l'invasion des Bastonnois dans toutes les côtes du 6ud, tout paroissait aussy tranquille à Montréal que si nous eussions été dans une profonde paix. Cependant les citoyens de Montréal voyoient avec douleur que le Général faisait embarquer dans les navires qui étoient mouillés devant la ville, toutes les vivres du Roy, le bagage des troupes qui étoient à St Jean. Tout étoit disposé à partir pour Québec à la première alerte. Il n'y avait plus de communication dans les campagnes du sud, et même on ignorait ce qui s'y passait. L'on vit la ville se remplir d'étrangers qui arrivoient tous les jours sous le titre de marchands, quoiqu'ils fussent réellement des officiers des Bastonnois qui avoient bloqué les retranchements à St. Jean, qui étoient oonséquemment autant d'espions."
(2) Extra it du Mémoire de Sanguinet :
" Nous étions dans cette situation au 24 Septembre 1775, quand AUein, un chef des Bastonnois, avec environ cent cinquante hommes du camp de la Pointe- Olivier, traversèrent de Longueuil au Courant Ste. Marie près Montréal à dix heures du soir. Il se logea chez plusieurs habitants. Dans la nuit Allein, Loizeau et Dugand, vinrent dans plusieurs maisons du faubourg de Québec, particulièrement chez Jacques Roussain qui était passager de la ville à Longueuil, qui leur prêta des canots pour leur aider à traverser une rartie des Bastonnois qui étoient encore au fort de Longueuil II fut même les voir à Ste. Marie avec sept
V. Ce succès eiicoiiragea beaucoup la population lio Montréal, et réveilla le zèle des habitants. Ces derniers arrivèrent à Montréal les joui-s suivants en grand nombre. Au commencement d'octobre, on en comptait 1200 auxquels le gouverneur distribua des armes, (i) La milice
ou huit autres. Le Général Guy Carleton, ainsy que les citoyens de la ville, ignoroit que les Bastonnois fussent si près de la ville, jusqu'au vingt-cinq, à neuf heures du matin, qu'un nommé Deshotel, qui alloit à sa terre à la distance d'une lieue plus bas que Montréal, qui vit les Bastonnois dans plusieurs maisons; alors il revint aussitôt par les champs pour avertir la ville. Dans l'instant l'on ferma les portes et l'on fit battre la générale. Aussitôt les citoyens canadiens et anglois de la ville se rendirent dans le Champ-de-Mars avec leurs armes, et de là à la cour des casernes pour prendre des balles .et de la poudre pour aller repousser l'ennemi. Cette démarche se fit d'eux-mêmes, sans avoir reçu d'ordre, ny même de permission du Général. Pendant ce temps l'on vit plusieurs personnes, et surtout le Colonel Jamson (Johnston), Surintendant des Sauvages, Clause et toutes les femmes et enfants des officiers qiji, avec leur bagage, s'embarquèrent dans les navires qui étoient mouillés devant la ville.
" Les cito3'ens sortirent do Montréal au nombre d'environ trois cents canadiens et trente marchands anglois. Le reste des marchands anglois ne voulurent point y aller. C'est là où on reconnut le plus ouvertement les traîtres. Il sortit aussitôt de la ville environ trente hommes de troupes. Les Bastonnois se replièrent dans une maison et une grange, et c mmencèrent à tirer. Le feu fut vif de part et d'autre. Des Canadiens cernèrent les Bastonnois du côté du bois, et leur coupèrent chemin. Il fut fait pfif onniers dans cette action environ trente-six Bastonnois avec Allein qui était leur chef. Il y en eut plusieurs de blessés et tués, et le reste prit la fuite. Nous eûmes le Major Carden qui fut blessé, et le Sr. Alexandre Paterson, marchand de distinction, qui sont morts de leurs blessures ; un soldat et un ouvrier tués, et un manchonnier blessé. Pendant le combat, le Général Guy Carleton et le Brigadier Prescot resteront dans la cour des casernes avec environ quatre-vingt et quelques soldats, lesquels avoient leurs havresacs sur le dos et leurs armes, prêts à s'embarquer dans les navires, si les citoyens de la ville éti)ient repoussés ; mais tout le contraire heureusement arriva, car ils revinrent victorieux avec leurs prisonniers que l'on mit à bord des navires. Sitôt leur retour, les citoyens préposèrent au Général que s'il vouloit, il partiroit quatrevingts ou cent citoyens à cheval et en calèche pour poursuivre les fuyards bastonnois, mais il les refusa. Cependant il étoit facile de tous les prendre, car une partie s'étoit sauvée à la coste St. Léonard et dans les bois. Il n'était question que d'aller s'emparer dos canots qui étoient la long de la Longue-Pointe et de la Pointe-aux-Tremblos, par ce moyen ils n'auroient pas pu traverser du côté du sud, ce qu'ils firent pendant la nuit suivante, mais non pas sans crainte. "
(1)' " Les habitants des campagnes, dit Sanguinet, se montrèrent si zélés qu'il vint à Montréal quarante-deux hommes de Sainte-Anne, à dixhuit, lieues de Québec. Les habitants de la paroisse de Varennes se distitiguèreiit plus qu'aucune autre qui est sftuée au sud du fleuve St. Laurent, dans laquelle les Bastonnais passaient et repassaient tous les jours. Il arriva à Montréal plus de trois cents de cette paroisse, avec la
de Montréal fournissait en outre 600 hommes qui înonté» fent la garde régulièrement. Les bourgeois et les mar^^ chands des deux origines, non compris dans la milicC) s'étaient organisés en compagnie de volontaires. Tous étaient remplis de Kèle, et attendaient avec impatience les ordres du gouverneur.
Avec les miliciens, les troupes régulières et les sauvages, le gouverneur pouvait former un camp de 2500 hommes. *' Cette armée, dit Sanguinet, aurait été plus que suffi*
santé pour faire lever le camp de Saint-Jean Tout le
monde se flattait que le général donnerait ordre de traverser à Longueuil." 11 refusa toujours, au grand mé* contentement de tous, disant qu'il ne voulait pas perdre de monde, que le temps n'était pas encore venu pour traverser. Il permit cependant à 60 Canadiens et à queU ques soldats d'aller à Longueuil, et une autre fois, 200 autres firent uiie descente à Boucherville; mais ils ne purent rencontrer les Bostonnais. " Tout le nionde, continue Sanguinet, gémissait contre la conduite du général, ot se persuadait qu'il avait reçu des ordres de la cour d'Angleterre afin d'épargner le sang de ses sujets dans l'espérance que les Bostonnais rentreraient dans leur devoir. "
Evidemment le gouverneur ne montra pas assez de confiance dans nos ancêtres. Il s'en défiait à tort, ces bravos étaient trop bien disposés pour le trahir. Maia il voyait dans la population de Montréal un grand nombre de personnes qui montraient ouvertement leurs sympathies pour les Américains. Il se trouva en outre trompé par la défection des habitants de Chambly et des sau* Vages qui abandonnèrent la cause du roi*
Carleton perdit ainsi l'occasion de secourir à temps les garnisons do Chambly et de Saint-Jean, et d'opérer Ba jonction avec le colonel McLean. Ce dernier confor-
ln«illeare Volonté du monde. Alors plusieutv paroisseï des environs de Montréal s'offrirent à marcher contre les Bastonnais de bonne volonté. Il se trouva, au commencement du mois d'octobre dans la ville de Mont* réal plus de douze cents habitants des campagnes, joints à plus de six Cents de la ville, des faubourgs et de la banlieue de Montréal, ce qui auroit fait une petite armée respectable. Il auroit été facile de traverser au sud du fleuve St. Laurent et de se camper auprès du fort de Lon* gneuil, il arriva aussy à Montréal cent sanvagvi du Lao-d«8-D«ux'Motf Ugnes «t de 6t. Régti. "
mémerit à ses ordres avait réuni à Québec environ 350 Canadiens et soldats du Royal Emigrant. Ceux-ci étaient composés en partie des montagnards de M. Fraser, licenciés après la conquête. Jl se dirigea vers Sorel, et prit en passant aux Trois-Eivières 67 miliciens levés dans les environs de la ville, (i)
La reddition du fort Chambly fut un rude échec pour la cause du roi. Montgomery avait envoyé le major Brown avec 150 hommes attaquer ce fort, et lui avait associé le major Livingston. Ce dernier, qui avait résidé dans l'endroit où il avait des parents et des amis, s'était mis à la tète d'un certain nombre de Canadiens de Chambly et des environs. (2) L'ennemi avait à peine tiré quelques coups de canon, que le major Stepford capitula honteusement, le 18 octobre, après un jour et demi de siège, et avant qu'aucune brèche n'eût été faite au fort qu'il livra ainsi avec 17 canons et une grande quantité de munitions. (3)
(1) Ces miliciens étaient sous les ordres de M. Godefroy de Tonnancourt et de M. de Lanaudière. Ils appartenaient aux paroisses de la Riyière du Loup, de Machiche et de Maskinongé. Les habitants des autres paroisses refusèrent de prendre les armes. Journal de J. B. Badeaux.
(2) " James Livingston, Jérémie Dugan, perruquier, et Loizeau, forgeron, qui demeuraient dans la Rivière Chambly firent révolter quelques habitants de la Pointe Olivier, et se déclarèrent leurs chefs " .. 8a,nguinet. (Le Col. James Livingston était le fils de John Livingston de Montréal.)
(3) " Le général Montgomery envoya environ cent cinquante hommes, le 18 d'octobre, pour attaquer le fort Chambly, avec une pièce de canon do douze et une autre de quatorze. Pendant ce petit siège les Bastonnois Venoient à Longueuil, vis-à-vis de la ville, battoient du tambour et jouoient du fifre et même tiroient quelques coups de fusil, sans doute pour se moquer et pour intimider les esprits ; mais il est certain que le commandant du fort Chambly, avec sa garnison au nombre d'environ soixante hommes, se rendirent aux Bastonnois après quelques coups de canon, sans perdre un seul homme de part ny d'autre. Les Bastonnois trouvèrent dans ce fort cent trente trois barils de poudre, cent cinquante quarts de farine, dix pierriers, cinq mortiers, deux pièces de canon, trois cents bombes et les drapeaux des troupes qui étaient dans les retranchements de St. Jean. Ils avoient grandement besoin de ces articles, car ils manquoient tellement de tout. On n'apprit cette nouvelle à Montréal que huit jours après, encore parce que ce fut M. Montgomery qui envoya Un de ses soldats en apporter la nouvelle au Général Guy Carleton. Cette nouvelle affligea toute la ville de Montréal, et les citoyens reconnurent plus que jamais que si le Général avoit voulu faire un camp au fort de Longueuil, qui n'est qu'à quatre lieues de celui de Chainbly, iî est certain qu'il n'auroit point été pris, ny même attaqué, car en moins de deux heures l'on pouvoit luy donner des secours. " Sanguinet.
Avec ce matériel, Motitgomery put ériger Tînenouveller batterie contre le fort Saint-Jean, et le 1er novembre, ii commença un feu des plus vifs, qui blessa plusieurs des assiégés. Le lendemain, il envoya un prisonnier annoncer au major Preston l'insuccès du général Carleton devant Longuouil et lui demander la capitulation immédiate de la place, (i)
Les assiégés commençaient à perdre l'espoir d'être secourus à temps ; déjà ils étaient réduits à la demiration. Ils consentirent donc à capituler, moyennant les honneurs militaires, puis ils déposèrent les armes. On permit cependant aux officiers de reprendre leurs épées en considération de leur bravoure.
D'après les mémoires du temps, il y eut de notre côté, pendant le siège, 14 hommes tués et 77 blessés. M. de Salaberry, père du héros de ChâteaugUay, était au nombre de ces derniers. Les pertes des Américains étaient Un peu moins considérables. (2)
La conduite du major Preston, de ses troupes et des volontaires fut digne d'éloge. Ils avaient enduré les fatigues d'un siège de 45 jours, dans un fort mal construit. Les nobles et les bourgeois s'étaient surtout distingués,
(1) "Montgomery, dit M. Berthelot, fait aânoncer au Major Preston, 1» tentative infructueuse du général C. devant Longueuil, et lui envoie en même teras le prisonnier Lacoste, qu'il fait Ip porteur de la lettre dont suit copie :
" M. c'est arec le plus grand regret du monde que je vois une troupe " aussi vaillante et de si bons patriotes si obstinés à répandre leur sang " et à défendre une place qui n'est plus défendable par aucun endroit. " J'ai appris par un de vos déserteurs que vous perdiez vos munitions et " vos instruments de guerre.' Une telle conduite me rendrait excusable " des extrémités auxquelles pourroient se porter mes soldats." Cette lettre fut suivie d'une cessation d'hostilité et de pourparlers relatifs à la reddition de la place.
" Le .3, la garnison de St Jean, aux termes de sa capitulation, sortit de ses forts, les armes à la main, avec deux pièces de canon, tambour battant, mèche allumée, en fit le tour et, au commandement du Major treston, mit bas les armes. Le Major Américain qui était venu avec un détachement pour être présent à la reddition de la place, dit aux officiers anglois et aux volontaires Canadiens que d'aussi braves gens méritoient une exception en leur faveur, et leur permit de reprendre leurs sabres et leurs épées ; ce qu'ils acceptèrent comme un témoignage honorable de eur courage. " — Afémoire de M. A. Berthelot.
(2) D'après la lettre d'un ofiBcier, les Américains n'eurent que 9 tuéS et 6 ou 6 blessés j 17 oannns furent pris. — (Verreauy Invasion du Canada, page 366.)
^t on les vît s'etposer comme de simples soldats ; èïfGm* pic insigne de dévouement et de respect poui" l 'autorité, digne de notre plus vive reconnaissance. Ces braves, oubliant leurs anciens griefs contre l'Angleterre, avaient d'eux-mêmes couru à la frontière au premier danger, et pour cela, fait des saci'ifices considérables, Ils détendirent le drapeau britannique avec la même ardeur qu'ils avaient déployée autrefois, eux ou leurs pères, à Carillon et sur les plaines d'Abraham pour le drapeau français^ Maintenant ils allaient subii' les privations et les ennuis d'un exil de plus d'une année, car toute la garnison composée do 500 personnes, fut envoyée prisonnière dans les États de la Nouvelle- Angleterre. U)
Voici comment s'était passée la malheureuse aifaire •de Longueuil. Carleton, cédant «nfin à l'impatience d-e pes troupes, s'était décidé, le 26 octobre, à traverser le ■fleuve sur des bateaux, à la tête de 800 Canadiens et 300 soldats et sauvages. Au lieu d'aller rejoindre le corps do McLean, à Sorel,' il tenta de débarquer à LongueuiK Là se trouvaient 300 Américains, commandés par "Warner, «t avantageusement postés. Ils laissèrent approcher les Vaisseaux près de terre et commencèrent un feu si ardent que Carleton ne crut pas devoir débarquer, et, 'donnant ordre de virer de bord, il revint à Montréal, laissant sur le rivage quelques canadiens et sauvages "qui furent ou tués ou faits prisonniers. (2)
(1) M. Duchesnay, dans une lettre du 31 janvier 1776, donne le nom *de8 officiers du oorpe des volontaires : M. de Bellestre, colonel, M. de Longueuil, major, MM. de Bouckerville, de la Valtrie, de St. Ours, de Rouville, d'Eschambault et de Lotbinière, capitaines. (Invasion du €anada par l'afebé Verreau page 324.) Parmi les autres, on remarquait MM. de la Corne, de LaBruère, de Montigny, de LaMadelaine, de Mon- ■tesson, de Salaberry, de Tonnanco«r, Duchesnay, de Florimont, Perthuis» 'Hervieux, Gauchers, Moquin, Lamarque, Demusseau, Campion, Qiasson «t Beaubien. (Bibaud, Histoire du Canada.)
(2) Sangulnet raconte ainsi l'insuccès de Carleton devant Longuouîï : " Enfin 1"6 lundi trente octobre, le Général Guy Carleton annonça qu'il
tivoit envie d''aller débarquer à Longueuil. Dans le moment il se trouva "environ huit cents hommes canadiens, cent trente hommes de troupes et quatre-vingts sauvages qui s'embarquèrent dans quarante bateauS:, berges et chaloupes. Cette petite armée s'assembla dans la cour des ■casernes à Montréal, à qui on distribua de la poudre et des balles. Le .-général assembla quelques officiers dane une chambre, et leur donna Tordre de la marche qu'il falloit tenir. En suite de quoy cette petit* '•«rinée partit* les bateaux traversèrent tout droit i Longavutl. Ile arrl-
McLean avait en vain attendu, à Sorel, Farrivée du gouverneur. Il s'était cependant avancé jusqu'à Saint- JÙenis ; mais il trouva les ponts rompus et une partie des habitants mal disposés. Le fort de Chambly venait de tomber au pouvoir de l'ennemi ; il retourna alors à Sorel. Là, une partie de ses troupes, gaiJjnée par les partisans américains, l'abandonnèrent. Il s'embarqua peu après pour Québec, avec une centaine de soldats de son régiment.
Après la i-etraite de McLean et la capitulation de Saint-Jean, le généi-al se vit dans l'impossibilité de se défendre plus longtemps à Montréal. Il songea à descendre à Québec avec le reste des troupes régulières pour s'y retrancher, en attendant farrivée des secours d'Angleterre. Il s'embarqua avec le brigadier Prescottet
vèrent près de terra à trois quarts de lieue au-dessus du fort, ils n'y trouvèrent qu'une garde de dix hommes, qui fut au moment de se sauver, mais comme l'on fit signe aux bateaux les plus près de terre de se retirer au larga, la garde des Bastunnois tira sur eux. Ensuite les bateaux se promeaèrent devant Longueuil, comme les jours précédents, hors de portée do fusil. Pendant ce temps les Bastonnois qui étoient dans le fort de Longueuil vinrent rejoindre la garde au nombre de cent quatre hommes, et trente qui étoient restés dans le fort. Enfin, fatigué de se promener, le Général descendit dans l'île Ste. Hélène, et quelques Canadiens avec les sauvages mirent pied à terre sur les batîures et commencèrent k fusiller sur les Bastonnois qui ripostèrent : tout le reste fut spectateur. M Montigny, l'aSné, qui conduisoit un des bateaux sur lequel il y avoit un canon, demanda au Général ce qu'il falloit faire j il luy répondit qu'il falloit aller souper en ville. Sur les cinq heures du soir les Bastonnois amenèrent une pièce de canon, qu'ils avoient reçue le mati-n du fort Chambly, qui commença à tirer sur notre petite armée. Alors le général revint en ville avec tout son monde. Les sauvages et quelques Canadiens qui étoient avec eux sur les'battures se distinguèrent dans ce petit combat- Il y eut trois sauvages de tués et deux fait prieonniersj le sieur Jean- Baptiste Lemoine et un nommé Lacoste, perruquier, furent aussy faits prisonniers. "
Voici la version de M. Berthelot sur la même affaire : " Pendant qu'il (McLean) attendoit avec impatience l'arrivée du <touvr. Carleton, celui-ci partit en effet de Montréal avec 800 miliciens et se rendit à l'Ile Ste Hélène, vis-à-vis cette ville, et y resta environ 3 Jours { m8.is enfin cédant à l'impatience des Canadiens, il se détermina, le 26 au matin, à traverser à Longueuil. Comme il apprpchait de terre, il apperçut que l'ennemi se donnoit beaucoup de mouvement, sans <iout« dans le dessein de s'opposer à son débarquement. C'étoit en effet le Col. Warner qui était à la léte de 300 Vermontois. Quelques Canad. ayant eu la témérité d'aller à t*rre, entendirent de toutes parts siffler les balles de l'ennemi et se réfugièrent derrière les rochers, espérant que le Gouvx. viendrait à leur secours. Il n'en fut rien, et ils furent faits prisonniers : <4e leur nombre était un Mr. J. Bte. Despins et Lacoste, perruquier.
120 saldats sur les vaisseaux qu'il avait à sa disposition*^ Le malheur semblait le poursuivre. Rendu à La Valtrie, les vents contraires le forcèrent de jeter l'ancre. Il éprouva alors les plus vives alarmes ; car, déjà un détachement d'Américains avait été envoyé à Sorel pour lui couper la retraite et le faire prisonnier avec sa suite, Carleton fit un dernier effort pour se rendre à Québec et empêcher la capitale de tomber au pouvoir des Américains. (1) Se confiant a l'habileté du Capt, Bouchette, il
(1)' M< Berthelot raconte ainsi 1* voyage de Carleton de Montréal à' Québec :
" Les éléments semblèrent conspirer contre le gourerneur. A la Valtrie 1« vent changea et soufflant al'-ec' violence du côté du Nord Est le força de mouiller devant cette paroisse.
" Cet obstacle ayant continué jusqu'au 16 et le Q-ouVerneur appercevant des chaloupes canonnières parmi les îles qui sont du côté opposé et des ennemis qui le poursuivoientpar terre, éprouva les plus vives alarmes' pour sa personne. Les bruits couroient qti© les Américains avoient dressé de fortes batteries à Sorel et dans différentes parties des îles qwi sont au Nord, quand il n'en étoit rien. Il fit tirer un coup de canon' pour appeler tous les Capitaines de ses vaisseaux à son propre bord, leur exposa sa; position et leur demanda quel étoit leur avis. Tous furent d'accord qu'il fallut tenter tous les moyens possibles pour le conduire à Québec, qui était alors le seul endroit capable d'arrêter les progrès de l'ennemi et oh sa présence étoit de la plus grande importance. Le Capitaine Belette, qui étoit un ancien marin d'un courage à toute épreuve, à qui OH avoit confié les poudres enlevées de Montréal, et qui avait fait bastingner sa goélette armée, pour se garantir des boulets que pouvoient tirer les chaloupes de î'ennemî, ouvrit le premier son avis : il dit qu'il ne voyait pas un danger bien éicinent et qu'il répondoit sur sa tête de sauver le Gouverneur et toute la flotte, qu'il s'engageoit à lui seul de donner tant' d'occupation aux chaloupes américaines, si toutefois il ne' les couloit' pas toutes à fond, qu'il \n't donneroit le tems de se rendre en toute sûreté à Québec avec tout son ntonde. Le Capitaine Bouchette que l'on surnommoit La Tourte, à cause de' la célérité de ses Voyages, s'offrit' de conduire le Gouverneur en berge, et cet avis prévalut. La nuit du 16 au IT le Gouverneur confia sa personne au Capitaine Bouchette. La 'partie des rames qui portoit sur le bois étoit enveloppée de drap, afin> d'éviter le bruit. En passant par le ch-ènail de l'Isle Da Pas, les hommes ne flag"eoint qu'avec les mains. Pendant cette nuit le Gouverneur ne rencontra Eucun ennemi. Lorsque la berge fut sur îe lac St. Pierre, les ramenfrs firent toute la diligence possible, et le Gouverneur arriva le 17, vers midi, au port des 3 Rivières. Il débarqua avec son Aide-de-camp- M. De Lan»ud4ère, M. le Chevalier de Niverville et ïe Capitaine Bouchette. La première personne qu'il rencontra fut M. Malcolm Fraser, ancien Royaliste, cjui lui assura qu'il n'y avoit point d'Américains dans la ville, mais qu'il y en avoit à la Pointe aux Tremblés près de Québec. Il ne pouvoit le croire, mais M le Chevalier TonnanoOur, qui en arrivoit, le lui confirma. Il alla dîner chez M. Tonnancour, père. M. Maillety père, en allant lui faire visite, lui dit qu'il avoit appirîè qu'il y avoit 600' Âmértcsiiyg à Machiche, qui ne dévoient point tarder d'arrivsf. A 3
part daùs une légère embarcation avec M. de Lanalidière, son aide-de-camp, et M. Niverville. Afin d'empêcher tout bruit possible, on a la précaution d'envelopper les rames de flanelle; on parvint ainsi sans accident aux Trois-Eivières. Là, Carleton apprend, à sa gi-ande surprise, l'arrivée des Américains à la Pointe-aux- Trembles. (0
Il se hâte de continuer sa route et rencontre, au pied du Eichelieu, un petit vaisseau armé à bord duquel il
tienres après-midi, il rembarqua dans sa berge, fit tonte la diligence possible, rencontra au pied du Richelieu le SénautFell, armé, commandé par le Capitaine Napier, au bord duquel il embarqua, passa sans danget devant la Pointe aux Trembles oîi étoit Arnold et arriva à Québec dimanche le 19 après-midi, accompagné de sod Aide-de-Camp, M. De Lanaudière, du Capitaine Owen, du Lieutenant Telvvyn du 7e régiment et de quelques-uns de ses soldats.
" Voilà ce qu'après bien des recherches j'ai trouvé de plus certain sur le retour du Gouverneur qui fut d'une si grande importance pour la défense de Québec et qui a été rapporté par plusieurs personnes avec des circonstances différentes.
" Quant à la flotte que le Gouverneur Carleton avait laissé à laValtrie, Voiei quel fut son sort.
" Le vent contraire la retenant toujours, le Colonel Easton en faisant montre de quelques chaloupes canonnières vint à bout d'intimider le Colonel Richard Prescott, qui en avait alors le commandement. Suivant les ordres qu'il en avoit reçus du Gouverneur avant son départ, il fit jeter les poudres et les boulets à l'eau. Le 19 matin, le Colonel Easton l'ayant sommé par le Major Brown de se rendre, il dit qu'il étoit prêt à livrer la flotte, à condition qu'il lui fût permis de se rendre à Québec avec sa troupe. Le Colonel Easton rejetta la proposition, en lui faisant dire que, si sous quatre heures, les bâtiments ne se rendoient, il les feroit prendre à l'abordage. Ce fut ainsi que le Colonel anglois livra 11 vaisseaux et se rendit prisonnier de guerre avec plusieurs officiers et 120 soldats> quand plusieurs de ces vaisseaux étoient bien équippés. Pour combler les désastres du Gouverneur cette flotte fut conduite à Montréal oii Montgomery en fit usage pour aller rejoindre Arnold. "
(1) " Ce jourd'hui le 17 de novembre, est arriva en cette ville, sur les midy, M. le Général Carleton, accompagné de M. le Chevalier de Niveraille et de M. Lanaudière fils. Ils étoient en berge et conduits par le Capitaine La Tourtrv (Bouchette.) En débarquant au port, M. Id Général Carleton ayant fait Jrencontre du Sieur Malcolm Fraser, lui «lemanda si les Yankais étoient venus jusqu'icy ? Celui-ci lui fit réponse que non, mais que l'on avait appris qu'ils étoient à la Pointe-aux- Trembles, près de Qué'bec. M. le Général ne le voulut point croire, mais étant arrivé chez M. de Tonnancour, cette nouvelle lui fut confirmée par •M. le Chevalier de Tonnancour qui arrivait dans le même moment de Québec. M. Maillet en allant lui rendre visite lui annonça qu'il y en avoit 600 à Machiche, qui ne tardoient que le moment d'arriver. M. le Oénéral dina et partk environ sur les 3 heures, espérant marcher toute la «ttitetee rendre à Québec sans danger." — (Journal dtJ. B. Bndeaux.)
s'embarquo, passe sans danger devant la Pointe-au>f- Trenibles, et arrive le 19 novembre à Québec, où il était attendu avec la plus grande impatience.
Montgomery était, depuis plusieurs jours, en possession de Montréal ; il avait trouvé cette ville sans défense «t sans organisation. Il se mit aussitôt à la poursuite de la flotte, et força le brigadier Prescott de se rendre avec ses onze vaisseaux, (i) Les Américains s'en servirent pour rejoindre Arnold.
Ce dernier s'était rendu à Québec par une route dangereuse, considérée comme impraticable. Officier doué de talents militaires, brave jusqu'à l'imprudence, il ne craignait aucunement les difficultés. Le 13 septembre, il partit avec 1100 hommes de l'armée de Boston, et suivit le cours de la rivière Kennebec jusqu'à sa source. (2) Il franchit ensuite les hauteurs des Alléghanis et aprèa des peines inouïes, il atteignit la rivière Chaudière. Le 4 novembre, il arriva enfin à Satigan (ouSertigan), première habitation canadienne. Son armée, dans un voyage de plus de quatre semaines à ti-avers un pays inhabité, avait souffert de la faim et enduré des fatigues incroyables. (3) A son arrivée à Lévis, le 9 novembre, elle avait diminué d'un tiers par la désertion et la maladie. L'état des soldats était pitoyable; ils n'avaient plus que des haillons, leurs vêtements s'étant usés pendant la route. (4)
(1) Prescott se rendit le 17 novembre avec onze autres officiers et 120 soldats. Il demeura prisonnier de guerre jusqu'en Sept. 1778 ; il fut alors échangé contre le général Sullivan. Doc. Hist. of N. Y. Vol. 8th, page 659.
(2) Ces troupes consistaient en dix compagnies de carabiniers de la Nouvelle- Angleterre et trois compagnies de fusiliers de 1» Virginie et de la Pensylvanie commandés par le Capt. D. Morgan. Les principaux officiers étaient le Lt. Col. Greene, le héros de Red Baiik, Enos, le Major Meigs, et Bigelow. Enos ayant manqué de vivres, retourna à Cambridge. Losaings, Field-hooh of the Révolution.
Le inême auteur cite le fait suivant : " Morgan's riflemen wore linen frocks, their common uniform. The Canadians, who first saw thèse etnerge from the Woods, said tbey were vêtu en toile, clothed in linen cloth. The word toile was chànged to tôle, iron plate. "
(3) Voir à la note C des Mémoires et documents un extrait du journal du juge Henry qui nous donne une idée des misères souffertes par l'armée d'Arnold, dans cette expédition.
(4) Extrait du journal du Major Meigs.
" 4th Nov. In the morning continued our march, at elevon o'olook «rrived at F^enoh honse, and were hospitably used; this is the fint hon»*
Par bonheur, le lieutenant-gouverneur Crémah?, prévenu do son approche, avait fait éloigner les embarcar tions. Sans cette précaution, Arnold aurait pu surprendre la ville. Il ne put donc traverser le fleuve que dans la nuit du 13 au 14, et débarqua à l'Anse de Wolfe. L'armée suivit le même chemin que Wolfo dans la guerre précédente et parut sur la plaine d'Abraham, (i) Comme elle manquait de munitions, et qu'elle n'était pas assez nombreuse pour attaquer la ville, elle retraita à. la Pointo-aux-Trcmbles. C'est là que Montgomery vint la rejoindre le 1er décembre, et les deux armées s'approchèrent de Québec.
Jusqu'à présent, la cause des Américains a réussi audelà de toute attente. Maîtres des forts du lac Champlain par un coup de main hardi, ils se sont emparés des forts Chambly et Saint-Jean ; Montréal et Trois-Rivières leur ont ensuite ouvert leurs portes. Enfin leurs
I saw, for thirty one days, having been aU that time in a rongh, barren and inhabited wilderness, wljere we never saw ahuman being except our own men. Immediately after our arrivai we were supplied with fresU beef. fowl?, butter, pheasants and vegetables. The settlement is called Sertigan, and is twenty five leaguo f'rom Québec.
" 5th. Marched down to the parish of St. Mary's ; the country thinly settled ; the people kindly supplied us with plenty of provisions.
" Cth, 7th, 8th & 9th. 1 was on business up and down the country on each side of the river; the inhabitants very hospitable.
" lOth. I wa.8 at Point Levi ; nothing extraordinary.
" 13th. On the evening of the day, at nine o'clock, we began to embark our iiien on board 35 canoës... AVe landed at the sanie place gênerai Wolfe did, in a small cove, which is now called Wolfe's core... After parading our men on the heights of Abraham, and sendiug out a reeonnaitring party towards the city, and placing sentinels, we marched across the plain.
" 14th. This morning employed in placing proper guards on the différent roads to eut communication between the city and the country. At twelve o'clock... we rallied the main body and marched upon the heights near the city, gave them three huzzas and marched our men fairly in tbeir view. They did Dot choose to como out to us, but gave us a few shot from the ramparts, and we then returned to our camp. This afternoon they set fireto the suburbs, and burnt several housos. This evening, Colonel Arnold sent a flng of truce. with a demand of the garrison, in tha nanie and behalf of the United Colonies. As the flag approclied the wall, it was fired upon, contrary to ail rule and custom on such occasion....
" l'Jth Early in the morning decaiiiped, and marched up to Point au Tremble about seven leagues from Québec. "
(1) Arnold connaissait bien Qu^-bec. Il y était venu plusieurs fois acheter d"s chevaux pour les expédier aux Indes Occidentales. Loinings, Piciorialjîeld-book oj the Révolution, vol. Ist, page 195.
armées viennent d'opérer leur jonction sons les murs de Québec dans le dessein d'enlever cette ville et de consommer la conquête du pays. Ce résultat magnifique, ils l'ont obtenu au prix d'une cinquantaine de soldats tués au plus et d'autant de prisonniers.
JVlais la prise de Québec n'était pas aussi facile qu'ils le pensaient. Pendîmt l'absence du général Carleton, le lieutenant-gouverneur avaitdéjà pris quelques mesures pour la défense de cette ville. La majorité des citoyens, Canadiens et Anglais, s'était organisé en milice dès le commencement de septembre, (i) Les premiers avaient formé 11 compagnies, sous le commandement du colonel Voyer, et les Anglais, six autres sous les ordres du' colonel Caldwell. Le 17 septembre, Crémahé les avait passées en revue et leur avait distribué des armes. 11 avait ordonné la construction de nouvelles fortifications et fait réparer les bâtisses militaires. A la nouvelle de l'arrivée d'Arnold, il convoqua un conseil militaire où l'on
(1) Dès le mois de juin, les citoyens des deux origines demandèrent <au Gouverneur de les organiser en milice, et lui adressèrent dans ce but une lettre séparV,e. Celle des Canadiens était ainsi conçue: " A Son Excellence Guy Carleton, Capitaine-Général et Gouverneur-en- Chef, etc., etc.
" Les bourgeois et citoïens de Québec, considérant la triste situntion de cette ville, prennent la liberté de représenter à Votre Excellence, que toujours zélés pour défendre les droits do leur auguste souverain croient ne pas devoir lui offrir des services qui lui appartiennent de droit, en attendant de votre Excellence de moment en moment, en conséquence de sa proclamation, ses ordres pour nous mettre en milices telles qu'elles étoient précédemment, et ainsi que votre Excellence vient de l'établir à Montréal, afin do maintenir le bon ordre et veiller à la tranquillité publique.
" Nous avons l'honneur, avec un profond respect, &c., &o. " Le Gouverneur répondit à cette lettre de la manière suivante : " Messieues, — J'ai bien des remerciemens à vous faire de votre supplique, remplie de bon sens, et d'obéissance envers un souverain dont le premier soin est le bonheur et la protection de ses sujets; les milices des districts de Montréal et des Trois-Rivières étant à peu près complétées, je vais prendre les arrangements nécessaires pour celles du district de Québec, quaud je me flatte que ceux qui cherchent à donner atteinte à la tranquillité de cette province, par les armes et la violence, ou par des rapports faux et séditieux, seront châtiés, comme leurs crimes le méritent.
" A Montréal, le 3 juillet 1775.
" Guy Carleton.
" Aux sujets canadiens de Sa Majesté résidans à Québec. "
" Le Gouverneur nomma Messieurs ISoël Voyer, J. Bte. Dumon et J.B.
•âécida de se défendre jusqu'à la lin. On résolut d^utiliser les services des matelots des frégates, Hunier et Lizard. Cette dernière venait d'arriver à Québec, avec £20,000 en numéraire. Les marins, joints aux 130 soldats du Royal Emigrant, que McLean ramonait de Sorel, 100 xecrues du même régiment, arrivés de Terroneuve et quelques fusil liera et artilleurs, étaient les seules troupes régulières de la ville. Heureusement la majorité des citoyens restait loyale, malgré les mauvais conseils des partisans du Congrès, qui cherchaient à les empêcher de se défendre. Il se tint plusieurs assemblées des mécontents où il fut question de livrer la ville aux armées • ennemies. Mais le colonel M-cLean et d'autres citoyens iiifluents i'éussirent à déjouer leurs plans et à entretenir le zèle des royalistes.
L'arrivée du gouverneur combla ces derniers de joie et consterna en même temps les ennemis du gouvernement. Il lança une proclamation enjoignant aux personnes qui refuseraient de prendre les armes de sortir dans quatre jours, sous peine d'être traitées comme
Lo Comte Dupré, Colonel, Lieutenant-Colonel et Major des milices de Québec."— ((?^ze<^e de Québec 6 et 7 juillet 1775.)
" Samedi dermer (9 sept.), à six heures du soir, lesfoourgeois anglais passèrent en revue, sur la Place d'Armes, et le Lieutenant- Gouverneur les prit sous soc commandeicent, et nomma le Major CaldweU pour commander sous lui, et le mémo soir 25 montèrent volontairement la garde.
" Dimanche le matin à »ix heures (^10 sept.), quatre compagnies de 'bourgeois canadiens passèrent en revue sur la place d'armes, en présence de Sa Grandeur le Lieutenant-Gouverneur, où on leur lut la proclamation de Son Excellence le Gouverneur, et l'on délivra les commissions aux difiFérens officiers, et Mardi le matin, six autres compagnies avec une d'artillerie passèrent pareillement en revue sur la dite place, oîi leurs officiers reçurent leurs «ommissions. " — (Gazette de (^w^tec du 14 Sept. 1775.)
" Dimanoke dernier (17 Sept), THonorable Lieutenant-Gouverneur a passé en revue sur la place d'armes les onze compagnies de milice canadienne à qui il a été distribué des armes. Il a été très-satisfait de ce que les Canadiens de la ville sont dans la ferme résolution de soutenir la couronne de leur souverain, et de défendre leurs biens contre les rebels. 'Ils avaient dès avant monté la garde indépendamment de la patrouille. En même temps les six compagnies de la milice anglaise de cette ville passèrent aussi en revue devant l'Honorable Lieutenant-Gouverneur, dont deux compagnies montèrent la garde à çix heures du soir. " — {Gazette de ■Québec du 21 Sept. 1775.)
Nous voyons dans le même journal qu'il se forma une compagnie d'in- •validefl composée de vieillards et de personnes d'un faible tempérammeat.
e^.pions. Un bon nombre profitèrent de l'occasion pouilaisser la ville, (i) Cet acte énergique eut l'effet derétablir le bon ordre et de rassurer les amis du pouvoir. Carleton exhorta les citoyens à soutenir bravement le. siège, et promit de distribuer des vivres à ceux qui manquaient de ressources. " Il sut gagner, dit un mémorialiste, par son affabilité et sa douceur, les cœurs des citoyens, quoiqu'ils prévissent la misère et les fatigues pénibles d'un siège qu'il fallait soutenir dans une saison rigoureuse."
Au 1er décembre, Carleton avait sous les armes 180O hommes, dont 550 Canadiens, 330 miliciens anglais et 230 soldats du Royal Emigrant. Les autres étaient des marins, des artilleurs, etc. La ville, qui contenait 5000 âmes, avait des provisions pour plus de huit mois. Les fortifications avaient été beaucou|) augmentées depuis la conquête et elles étaient défendues par 150 pièces d'artillerie. On fit construii-e de fortes barricades aux endroits qui pouvaient donner passage à l'ennemi : à l'extrémité de la rue Saut-au-Matelot, pour couper les communications de Saint- lîoch à la Busse-Ville, et à Présde- Ville, dans larue Champlain, afin d'empêcher l'entréede l'ennemi du côté du Poulon. (2) Ces po^stes furent protégés par des canons pour en défendre l'approche. Jje gouverneur pouvait donc soutenir facilement le siège,, et bien qu'il eût assez de forces pour attaquer l'ennemi,, il ne voulut pas exposer ses soldats.
L'armée américaine se coniposait de 1400 hommes environ, y compris 200 à 300 Canadiens, commandés par le colonel James Livingslc/n. (3) Le 5 décembre, elle prit possession des faubourgs et eu desarma les habitants; puis elle érigea des batteries à Saint-Eoch et sur le chemin Sainte-Foye, et bloqua complètement la ville.
Avant de commencer le siège, Montgomery envoya
(1) D'après Caldwell, les BonfielJs, AVelIs, Zachary McCauley, Murdock Stuart, John McCord et plusieurs autres laissèrent la ville. Nous n'avons pu constater si Lyinburner a quitté en mêuie temps Québec.
(2) Ces travaux furent exécutés sous la surveillance de M. Jamea^ Thompson. Voir l'opuscule de M. J. M. Le Moine intitulée : The aword of Montgomery. i
(3) Bancroft dit que l'armée américaine se composait de moins de 1000 hommes et d'un régiment de volontaires canadiens de 200 environs.
au Gouverneur une lettre lui demandant de capituler. Il renouvela la même tentative le 15 décembre. (0 MaisCarleton ne reçut pas les parlementaires, déclarant qu'il ne voulait avoir aucune communication avec les rebelles, à moins qu'ils ne voulussent réclamer le pardon du roi. Il ordonna aux habitants des faubourgs de rentrer dans la ville, sous peine d'être traités comme rebelles. Il fit ensuite doubler les gardes de crainte de surprise. Le 9 décembre, il mit à l'épreuve le zèle des citoyens en donnant une fausse alarme. Tous se rendirent à leurs postes, et reçurent les félicitations du général.
Pendant plusieurs jours, les ennemis tirèrent sur la ville, sans faire aucun dommage aux propriétés : ils n'avaient en tout que 6 ou 7 petits canons. " La ville ne courut aucun danger, dit le témoin oculaire, et ne
(1) Extrait du Journal de Snnguinet. — " Aussitôt l'arrivée de Mr. Montgomery devant la ville de Québec, il écrivit au Général Guy Carleton la lettre suivante :
MAISON d'hollande, 6 décembre 1775.
" Monsieur, Malgré l'injure personnelle que J'ai soufferte de votr» " part, malgré la cruauté avec laquelle vous avez traité mes malheureux " prisonniers qui sont tombés entre vos mains, les sentiments d'humanité " m'engagent à prendre cette voye pour vous sauver de la ruine pro- " chaine qui menace votre malheureuse garnison Permettez-moy de " vous dire que votre situation m'est très bien connue. En outre un " vaste contour de murailles qui de leur nature sont incapables de '• défense, pour garnison un mélange de matelots dont la plupart sont " nos amis, de bourgeois dont le plus grand nombre souhaite de nous " voir dans ces murs, et d'une poignée d'une plus chétive levée qui ne " soit jamais parée du nom de soldat, sans espérance de ressource, avec " une entière certitude que vous ne manquerez à ma"nquer des choses les " plus nécessaires D'ailleurs nous nous contenterons de vous tenir " i)loqués. Tout cela démontra l'absurdité d'une impuissante résis- " tance. Or, telle est exactement votre position. Quant à moy, je suis, " Dieu mercy, à la tête d'une armée accoutumée au succès, sûre de la " bonté de la cause qu'elle a entreprise, faite au danger et aux fatigues, " et si indignée de vos cruautés et de vos mauvais procédés et des " moyens bas et honteux dont vous vous servez pour prévenir contre noua " les esprits des Canadiens, attendant que mes batteries soient dressées, " j'ai bien de la peine à contenir mes gens à qui do foibles murailles à " franchir offrent une belle occasion de se procurer une ample vengeance, " Vous avez fait faire feu sur les vavillons de trêve, ce qui avoit été "jusqu'ici sans exemple, même parmy les barbares. Je crois de vous " faire parvenir ici l'expression de mes sentiments en la manière ordi- " naire. Néanmoins, je veux à quelque prix que ce soit acquitter ma " con-îcience, ne vous avisez point de détruire les magasins d'aucunes " provisions, appartenant soit aux particuliers, soit au public, aomme
pouvait être ravagée. On craignait si peu leur artillerie que les femmen et les enfants restèrent en ville, et !^e promenaient dans les rues et sur les ramparts comme à Fordinaire. " La garnison, de son côté, faisait un feu continuel sur les principaux points occupés par l'ennemi. Cependant, la situation des Américains étaii loin d'être brillante. Les froids rigoureux, la picotte et la fatigue faisaient déjà de nombreuses victimes. Les troupes manquaient do vêtements et de vivres et les dissensions existaient parmi plusieurs officiers. Il fallut donc à Montgomery beaucoup de prestige et d'adresse pour maintenir le moral de ses soldats et pourvoir à tous les besoins. Le manque d'artillerie et de munitions augmentait encore ces embarras, et le mettait dans l'impossibilité de faire un siège en règle. D'ailleurs, son
" voas avez fait à Montréal et en rivière, car si vous le faites, je prends ' ' le «161 à témoin qu'il n'y aura pas de quartier pour vous, Carleton." Signio, RiCHAED Montgomery.
Brigadier Général des troupes du Continent. " Par la même occasion Mr. Montgomery écrivit la lettre suivante aux citoyens de la ville de Québec en ces termes : " Mes Frères et Amis,
" La malheureuse récessité de déloger les troupes ministérielles me " force à faire le siège de votre ville maintenant. C'est avec une " extrême douleur que je me vois réduit à des mesures qui peuvent vous " être fcrès-funeste. Votre ville en proie aux flammes dans cette saison, " un assault général donné à de mauvaises murailles défendues par une " plus mauvaise garnison, la confusion, le carnage, le pillage, suite " inévitable dans les assaults, ces idées me remplissent d'horreur. Je " TOUS conjure de faire tout ce qui dépend de vous pour me procurer une " entrée pacifique. Sans doute vous n'ajouterez pas fcy aux calomnies " bassement répandues à notre désavantage par les valets à gage du " Ministre. Les armées du continent n'ont jamais été ternies par aucun " acte de violence ou d'inhumanité. Nous faisons profession de venir '' chez vous pour y déraciner la tyrannie, pour y donner la liberté et la " jouissance paisible de ses biens à cette province opprimée, ayant tou- " jours respecté, comme sacré parmi nous, la propriété des particuliers. " Vous avez ci-inclu.«e ma lettre au Général Carleton parce qu'il a " toujours adroitement évité de vous laisser prendre aucune connaissance " qui fût propre à vous ouvrir les yeux sur vos véritables intérêts. S'il " s'obstine et si vous le laissez persister à vous envelopper dans une ruine •' qu'il désire peut-être pour couvrir sa honte, ma conscience ne me " reprochera pas d'avoir manqué à vous avertir de votre danger."
Signé, Richard Montgomery.
Brigadier des troupes du Continent.
" Ces lettres ne firent pas grand effet sur l'esprit du Général Guy Caricton et des citoj'Piis de 1» ville de Québec, d'autant plus que les mauvais
armée était insuffisante, à peine comptait-elle 1100 hommes en état de service, (i) Un seul moyen de salut lui restait : c'était d'enlever Québec par un coup d'audace. Il se fiait à son étoile, tout lui ayant réussi jusqu'alors. Il se prépara donc à exécuter son plan à la favenr de la première nuit obscure. Cette nouvelle parvint à Carleton par un déserteur, et les assiégés se tinrent plus que jamais sur leurs gardes.
La nuit du 30 au 31 décembre parut favorable à Montgomery. Le temps était sombre, il faisait une tempête de neige, propre à couvrir son dessein. A deux heures du matin, ses soldats étaient tous sur pied, chacun à son poste. Pour se reconnaître, ils avaient mis sur leurs chapeaux des inscriplions portant des devises '* Mors aut Victoria, ou Vive la liberté. " Le général parcourut
sujets avaient été mis hors de la ville, par conséquent qu'il n'y avaij^ plus do correspondance avec les Bastonnois. Au contraire, le Généra Guy Carleton fit canonner et bombarder les faubourgs St. Rocb et St. Jean, après avoir ordonné à ceux qui les habitoient d'entrer dans la ville sous peine d'être traités comme rebelles. Il y eut quelques personnes qui y entrèrent et le reste gagna les campagnes. Le Général voyant les Bastonnois si près de la ville fit augmenter les gardes pendant la nuit, et pour éprouver la bonno volonté des citoyens, il donna exprès une fausse alarme, il fit sonner toutes les cloches de la ville, battre la générale. Tout le monde s'assembla aussitôt sur la place d'armes devant la maison des Récollets. Le Général Guy Carleton dit alors aux citoyens qu'il était charmé de voir avec quel zèle et quel courage ils se préparoient à combattre, qu'ils n'avoient rien à craindre, que c'étoient une fausse alarme. Mais que dans peu on devoit s'attendre à une véritable. Il ne se trompa point, car le jour suivant, le dix de décembre 1775, à trois heures du matin, les Bastonnois au nombre d'environ trois cents vinrent près de la ville et tirèrent cent cinquante coups de fusil. La ville tira sur eux six coups de canon qui leur donnèrent la fuite. Les Bastonnais tirèrent sur la ville cette même nuit vingt huit petites bombes de dix-huit livres chaque. La ville leur fit réponse par cent cinquante coups de canon et tira sept grosses bombes de deux cents et de deux cent cinquante livres sur les maisons des faubourgs dans lesquelles se refugioientles Bastonnois. " Le quinze de décembre, M. Montgomery envoya un de ses oflBciers avec un pavillon blanc et suivi d'un tambour pour parler au Général Guy Carleton, afin de savoir s'il n'avoit point reçu une lettre et en mémo temps pour parlementer touchant un sujet important. Le Général Carleton donna ordre de le faire retirer sans vouloir lui parler, en lui faisant dire que si quelques rebelles venoient à la ville une autre fcjis, qu'il feroit faire feu sur eux, à moins qu'il n'en vînt quelques-uns supplier le pardon. La ville se tint plus que jamais sui ses gardes surtout pendant la nuit."
(1) Henry assure que les forces américaines ne se montaient pas à plus de lieo le 30 décembre.
les rangs de ses soldats, et leur donna quelques paroles d'encouragement. Puis il les divisa en quatre corps et disposa son attaque sur autant de points dilîérents.
Le colonel Livingston avait ordre de faire avec les Canadiens une fausse attaque à la porte Saint-Jean, et le major Brown, une semblable du côté de la citadelle. Pendant que les assièges porteraient leur attention de ce côté, les deux corps principaux devaient se joindre à la Basse-Ville et monter ensuite à la Haute- Ville, celui d'Arnold, en passant par le Palais, et Montgomery, en forçant la barrière de Près-de- Ville.
Montgomery descendit la côte du Foulon, à la tête de 350 à 400 hommes, et s'avança jusqu'à l'Anse-des Mères. Il était alors quatre heures du matin. Au moyen de fut-ées, il donna aux autres corps le signal de marcher en même temps A l'attaque. Ces signaux furent aperçus par le ca])itaine Fraser qui donna l'alarme. Aussitôt la garnison fut sur pied, et chacun courut au poste.
Montgomery continuait toujours sa marche à la tête de sa colonne. Le chemin étroit, resserré entre le fleuve et le cap, laissait à peine passer trois ou quatre hommes de front, et était embari'assé pur la neige qui tombait et les glaçons accumulés par la marée. 11 atteignit ainsi la première barrière à Près-de- Ville, dans la rue Champlain, et la franchit avec facilité. La deuxième barrière était gardée par trente Canadiens, huit miliciens et neuf marins anglais sous le commandement du capitaine Chabot. Elle était protégée par plusieurs pièces d'artillerie placées dans le pignon d'une maison et servies par le capitaine Barnsfare et ses marins. (I) Ces derniers étaient à leurs pièces chargées à mitraille, la mèche allumée, avec ordre de laisser approcher les Américains.
Arrivé à 50 verges de la barrière, Montgomery s'arrête un instant, et examine la position. Convaincu par le silence qui règne partout que la garde sommeille,
(1) M. Hawkins. dans Picture of Québec, dit que le sergent Hugh McQuarters était chargé de la garde de la barrière. Il avait ordre d'être vigilant et de tirer les canons lorsqu'il serait assuré de l'approohe de l'ennemi. La précision avec laquelle il s'acquitta de son devoir eut pour résultat la mort du Général, etc. D'après le même auteur il n'y eut qu'une seule décharge.
îl 8^ élance hardiment à l'assaut. (1) Il n'avait plus qu'une légère distance à franchir lorsque l'ordre de faire feu est donné. Une décharge terrible part de la barricade, et terrasse les premiers rangs des Américains. Montgo* mery lui-même, ses aide-de-camp et dix de ses soldats sont i-enversés par ce coup. Le désordre et la terreur régnent dans le reste de l'armée. Le colonel Campbell, à qui revient le commandement, essaie en vain de rassurer les esprits ; les Américains, sans faire aucun etfort pour escalader le poste, prennent la fuite sans même emporter le corps de leur général.
Pendant ce temps, une lutte plus sérieuse s'engageait BU Saut-au Matelot. La colonne d'Arnold, chargée d'attaquer ce poste, avait traversé sans danger le faubourg SaintEoch et le Palais. En passant sous les rampartt*, vis-à-vis l'Hôtel-Dieu, elle fut aperçue de la Haute- Ville, et essuya, de la part des assiégés, un feu bien nourri qui lui fit perdre plusieurs hommes. Arnold luimême, blessé grièvement, se trouva hora de combat, et fut tran8]X)rté à l'Hôpital-Général. Le capitaine Morgan, autrefois perruquier à Québec, mais devenu depuis un brave officier, prend alors le commandement de l'armée, et franchit la première barricade. La garde commandée par le capitaine MacLeod fut en partie désarnjée, et le reste prit la fuite. Les Américains s'emparèrent de l'espace situé entre la première et la dernière barrière, malgré les efforts des nôtres q^i défendaient le terrain pied à pied.
Cette deuxième barrière, haute de douze pieds était si solidement construite que l'artillerie seule pouvait la détruire. Elle était gardée par le capitaine Dumas et ses braves miliciens. A quinze ou vingt pas plus loin, sur le quai Lymburner, (à l'endroit ou se trouve aujoui*d'hui la banque de Québec,) il y avait un autre corps de troupes avec plusieurs pièces de canons.
Déjà les Américains étaient en vue de cette barrière, la plus redoutable à franchir. Le jour commençait à poindre, lorsque Morgan, de sa voix puissante, cora-
(1) L'historien Bancroft fait dire à Mostgomery ces paroles qni furent ses dernièrèB : " Men of New York, you Will not foar to follow where youT General leads ; pugh on, brave boys t Québec is oorsl" Bàncro/f'i Hiêtory, Vol 8th, pagQ 207.
mando à ses troupes de la franchir. Il s'élance lui-même en avant suivi des compagnies de Steele, HendrickSj Humphreys, etc. Un combat furieux s'engage alors ; les Américains i-esserrés dans une rue étroite, résistent long* temps au feu dérigé de la barricade et du quai Lymburner. Les officiers paient de leur personne; presque tous sont ou tués ou blessés. Le capitaine Humphreys suivi de quelques braves s'avance pour poser des échelles et enlever la barrière ; c'est alors, si l'on en croit Sanguinet, qu'un milicien du nom de Charland, homme brave et robuste, va au milieu des balles tirer ces échelle» de son côté. Le feu de nos soldats est si fort que l'ennemi abandonne enfin l'idée d'enlever la barrière, et se retirant dans les maisons, tire dans toutes les directions, surtout sur le quai Lymburner qui est évacué momentanément.
Le général Carleton certain maintenantqueles attaques du côté de la Haute- Ville sont simulées, et apprenant la défaite de Montgomery, concentre ses forces au Saut* au-Mateiot. Le capitaine Laws reçoit l'ordre de sortir par le Palais avec 200 hommes, d'attaquer les Américains en queue et de leur couper ainsi la retraite ; le capi' taine McDougall doit l'appuyer avec sa compagnie. Il envoie en même temps le colonel Caldwell avec les miliciens Anglais et le major Nairne avec 60 matelots soutenir le capitaine Dumas qui combat à la Basse- Ville. Nos troupes maintenant en nombre considérable prennent l'offensive, et décident de déloger l'ennemi des maisons qu'il occupe. Le major Nairne et Dambourgès, sautant alors en dehors de la barrière, montent à l'assaut des maisons au moyen d'échelles. Ils sont suivis des miliciens et des soldats qui pénètrent avec eux dans l'intérieur, et en chassent les Bastonnais. Déjà ceux-ci commencent à perdre du terrain, et se préparent à la retraite, lorsque le capitaine Laws les attaque par derrière. Il tombe au milieu d'un groupe d'officiers Américains qui délibéraient sur le parti à prendre et les désarme. Le combat se prolonge encore quelques instants ; enfin les Américains, cernés de toutes parts, so rendent prisonniers au nombre de plus de 400. Quelquesuns seulement s'échappent en passant sur la glace de la tivière Saifit-Oharles.
Le (îotitoiMieuf, profitant de ta victoire, fait enléVét la batterie de Saint-Eoch, composée de six ou sept canons^ et couronne ainsi cette glorieuse journée qui assurait à l'Angleterre la possession du Canada, (i)
Ce succès était dû en partie à la vigilance et à l'habileté du gouverneur, pendant le siège et pendant le cora-' bat, au zèle du colonel McLean^ commandant en second, dn Colonel Caldwell et du comte Dupi-è (2), de la milice, qtii s'étaient montrés infatigables. Mais n'oublions pas les actes de bravoure du major Nairne, do Dambourgès (3) et de Charland, la belle défense des miliciens anglais et canadiens aux postes menacésj actes qui resteront célèbres dans les annales militaires. (4)
(1) Nous engageons nos lecteurs à parcourir les versions diverses de l'assaut de Québec, données par Sanguinet, Caldwell, Finlay, Henry, et un officier de la garnison. Voir la tiote D des mémoires et documents publiés à la fin de cette étude.
Les citoyens de Québec fêtèrent pendant plusieurs années l'anniversaire de leur victoire aur les Américains. Celui du 31 Dec. 1776, dont nous dotinons le récit à la note E, fut célébré avec la plus grande pompe.
(2) Le comte Dupré (Jean-Baptiste) avait servi avec distinction danr la guerre précédente. Fait capitaine par le marquis de Duquesne, il fut élevé au grade de major en 1765, et de lieutenant-colonel quelques mois après. Pendant le siège de Québec de 1776) il rendit des services éminents comme un des comm.andants de la milice canStdienne. Les Américains firent des dommages considérables à sa propriété près de Québec, et lorsqu'on lui offrit une rénumération de ces pertes et une récompense pour ses services, il ne voulut rien accepter, disant qu'il avait agi par amour pour son pays et pour son roi, et qu'il n'en exigerait aucune récompense. Le général Carleton le nomma cependant colonel commandant pour le district de Québec, charge qu'il remplit pendant plus de' tingt ans, à la satisfaction générale. — Morgan, Celebrated Ganadians.
(3) François DamboOrgès, Français de naissance, était arrivé au Canada en 1763, et était allé sC fixer à Saint-Thomas, en bas de Québec. Pendant la guerre de l'indépendance, il prit une part active à la défense du pays, et entra comme enseigne dans le régiment Royal Emigrant de McLean. Comme le major Nairne, il se distingua' par son coui'àge et son Intrépidité dans le combat du Saut-au-Matelot, et contribua pour beaucoup au succès de la journée. Aussi reÇut-il les félicitations de Carleton, et en reconnaissance de sa bravoure une commission de lieutenant dans le 84e régiment. Plus tard, il fut élevé au grade de colonel dans la milice, et lorsque la constitution de 1791 fut octrtyée, le comté de Devon qui embrassait une partie de la rive sud (St. Thomas, l'Islet, etc.,) le choisit pour son député pendant le premier parlement. M. Dambourgès mourut & Montréal en 1798, à l'âge de 66 ans. Voir la brochure intitulée : Le Colond Dambourgès.
(4) Dans une dépêche aux ministres anglais, le Général Carleton mentionne spécialemeat avec éloge la conduite du Col. Caldwell, dû «ointe Dupré, et des capitaines Bouohette, Laforce et Chtabot. Fuis il
Kos pertes étaient peu considérables : elles ne s'élevaient qu'à cinq hommes tués et à treize blessés. Ad nombre des morts étaient le capitaine Anderson, de la ma« î'ine, M. Fraser, constructeur de navires, et un Canadien.
Les Américains firent des pertes sensibles dans la personne de leur général, de ses aide-de -camp McPherson et Cheeseman et des capitaines Hendrick, Humplîreys et autres officiers. <i) Le nombre des morts peut être estimé de quarante à soixante, et celui des prisonniers à 426 ; quarante de ces derniers étaient blessés. Les officiers furent conduits au Séminaire, les autres prisonniers au Couvent des Récollets. Quelques jours après, ils furent tranférés à la prison de la rue Dauphine. On prit le plus grand soin d'eux, surtout des blessés, et d'après le témoignage d'un prisonnier, qui fut plus tard le juge Henry, tous furent traités avec la même sollicitude que les soldats anglais.
Après lo combat du 31, Carleton envoya examiner le poste de Prôs-de -Ville. M. James Thompson trouva à une légère distance de la barrière le corps de Montgomery et de ses aide-de-camp, presque ensevelis dans la neige, et dix autres cadavres. Il s'empara de l'épée du gênerai qu'il conserva toute sa vie et transmit à sa famille comme une i^elique précieuse. (2) Après avoir fait identifier le corps de Montgomery, il le transporta
ajoute: "Themilitia, British and Canadian, bebaved with a steadness and resolution that could not hâve been expected from men unused to arms. " — (7'Ae siège and biockade of Québec ; addreas hy W. «A Anderson^ ^
(1) Extrait d'une lettre du Brigadier-Général Wooater au Colonel Warner, en date du 6 janvier 1776 :
" With the greatest distress of mind, I now sit down to inform you of ihe evént of an unfortunate attack made upon Québec, between the hours of 4 and 6 of the morning of the 3Ist Deoemberlast. Unfortunate indeed for in it fell our bravé General Montgomery, bis Aid de Camp McPherson, Captain Cheeseman, Captain Hendrick of the Riflemen, and two or threa subaltern officers, and between sixty and a hundied Privâtes, the number tiot certainly known, and about three hundred ofiRcers and soldiers made prisonners ; amongst which is Lient. Cel. Green, Major Bigelow, Major Miggs, and a number of Captains and inferior officers. Col. Arnold was vrounded In the leg in the beginning of the action, as was Major Ogden in the shoulder."— Z)oc. Hit>t. of N. F., vol. 8th, page 664.
(2) M. Thompson transmit cette épée à son fils, M. James Thompson» mort il y a quelques années ; ce dernier l'a léguée à M.James Thompson fiarrower qui a eu l'oteli^feancè de l'exposer dans la Salle Viotoiia pour I» fête da isentenairô.
dans la demeure de François Gobert, de la rue Saint- Louis. (1)
Carleton ordonna de le mettre dans un magnifique cercueil, et le fit enterrer privément, mais d'une manière convenable, par 1« mém« M. Thompson^ près de la porte Saint -Louis. Les cérémonies religieuses fiaient faites par le Rév. M. Montraolin, chapelain de la garnison. (2) (
Comme on le voit, !« Gouverneur s© montra généreux envers un adversaire qui avait été auti-efoi« son ami et son compagnon d^armes sur les champs de bataille, Montgomery méritait bien cette marque de sympathie et de respect, lui qui avait montré, au mili^i de ses succès, un© modération dont l'histoire offre peu d'exemples. La mort de ce brave fut vivement regrettée ; ses soldats et ses compatriotes le pleurèrent amèrement, et le Congrès décida d'élever un monument à sa mémoire. On voyait dans ce capitaine un homme d'élite, dont le passé était sans tache. Depuis le commencement d© cette guerre, il était allé d« succès e«i succès ; grâce à son habilité et à sa bravoure, il avait conquis les trois-quarts du Canada; enfin s'il avait succombé, sa chute était au moins glorieuse.
Ceat à tort quo des écrivains Font confondu avec cet autre Capt. Montgomery, qui, en 1759, commit dans la côté d« B©a«pré des actes de la. plus grande atrocité. L'histoire a rectifié cette erreur. (3)
En 1818, M. Lewis vint réclamer, au nom du Congrès, les restes du général Montgomery, son parent ^ on s'empi-essa, de l'ai remettre ces dépouilles chères aux Américains, ©t elles furent déposées avec grande pompe près de son monument dans l'élise de Saint- Paul, à New York,
Après la tentative malheureuse du 31 décembre, Arnold «ondaisit les débris de son armée (700 hommes
'(î) Cette petite maison existe «neore aujourd'hui et est voisine de i» demeure de l'Soo. Ju^ Tessier. Elle porte ïe numéro 42, de la ru« Saint-Lo<ais. Oa y voit une inscription qui indique que le corps de Montgom«(y a été déposé liu
(2) Voir 1« témoignage ée M. TbompaoD, note V 4«fi nénaoùes vt <dooam«nts.
<3) Rioharâ Montçoniety n'était pas capitaine en 17S9 j de plus, il ii''était pas à Québec du temps de Wolfe. Voir Document» relating to tkt Ogioniat hittory of the State of Nme YotJk. Vol. 8, pa^e 6«£ «H VAHmm ^éht Tomnttte p»r J, M. LeUovM,
environ) à une petite distance de la ville. Sa sittiatîoflf devenait de plus en plus critique : les malades étaient/' en grand nombre, les vivres manquaient, et les Canadiens le délaissaient peu à peu. (i) Toutefois il continua le blocus de la ville, et fit brîiler un grand nombre de maisons des faubourgs } Carleton, de son côté, ordonna de démolir ou d'incendier celles qui étaient le plus près de la ville. " Les deux faubourgs, dit Sanguinet, composés de plus de deux cents maisons furent entièrement ruinés." Carleton permit au colonel McLean d'enrôler quatrevingt-quinze prisonniers Bostonnais, qui d'abord se comportèrent assea bien ; mais quelques-uns d'entre eux ayant déserté, ils furent mis en prison. Au mois de mars, les prisonniers tentèrent de s'évader. Leur projet était de tuer la garde, et s'ils réussissaient, de s'emparer de la porte Saint-Jean. Ils devaient alors brûler trois maisons, afin d'avertir Arnold qu'ils étaient maîtres de ce poste et de lui faciliter l'entrée de la ville. Le complot fut découvert la veille de son exécution, et Carleton fit mettre les coupables aux fers ; les officiers détenus au Séminaire n'avaient eu aucune connaissance de cette affaire. (2) ' Les Américains ayant reçu quelques renforts se rap-
(1) Voici un extrait d'une lettre d'Arnold^ datée du 14 janvier 1776 : " The charge which has devolred upon me, has been a most arduoua
task ; our last desaster so diaheartened the troops that I hâve had the greatest diflBculty to keep tbem altogeth'er. Our whale force, since the attack amounts to more than seven hundred men..... Our duty has been extremely hard and fatiguing in this inclement olimate, where thé snow is now four feet on the level j but what cannot soldiers do irho are fighting for liberty and their eountry. " Arehivea du Séminaire de Q\t^ec.
(2) Au mois d'avril, Messieurs Lamothe et Papifieau partirent de' Montréal pour informer Carleton de ce qui se passait dans leur district. Voici quel stratagème ils inventèrent pour pénétrer dans Québec. C'est Badeaux qui raconte le fait :
•' L'on nous dit qu'il est entré dans Québec 2 messieurs de Montréal d'une façon assez comique. Ces messieurs ont été 3 ou 4 jours dans le camp des Bostonnois habillés en ûiendians. Le dernier jour ils s'avancèrent jusqu'à la dernière garde ; là ils firetit cuir un morceau de lard. Lorsqu'il fut cuit, l'un d'eux le prit et se mit à fu'ire, l'autre courut aprèa' lui, le ràtrapa et firent semblant de se chamailler. Celui qui ayoit le lard s'échappa et l'autre donna encore après. Lorsqu'il fut arrivé au dernier sentinelle, il lui dit : faites moi le plaisir de tenir mon sac pour que je puisse courir après mon camarade qui emporte mon lard. Le factionnaire prit le sac et ainsi mon homme se mit à courir après l'autre. l>e factionnaire lui ctioit : Cours, cours, tu var le ratrapé. £ffeetiv««
JyVochèrent de la ville. Au printemps, Arnold partit pour Montréal, et son successeur le général "Wooster éleva des batteries à Saint-Eoch, sur les Buttes à Neveu et à Lévis ; mais elles ne firent aucun dommage.
Vers le même temps, au mois de mars, M. de Beaujeu, ancien capitaine canadien et seigneur de l'Ile-aux-Grues, forma le projet do s'emparer de la batterie de Lévis et de secourir la garnison. Il réunit à cette fin environs 300 Canadiens qu'il leva dans les paroisses de la rive sud du fleuve, en bas de Québec. Mais les Américains, instruits de son dessein, lui opposèrent un détachement d« soldats et de Canadiens rebelles qui attaquèrent, à Saint-Pierre de la Eiyière du Sud, son avant-garde composée de soixante hommes et la mirent en déroute. M. de Beaujeu fut alors obligé de congédier ses volontaires. Il avait perdu dans cette rencontre quatre ou cinq hommes; dix autres y compris l'aumonier, M. Bailly, furent blessés, et une vingtaine emmenés prisonniers.
Au mois d'avril, le général Thomas vint prendre le commandement de l'armée américaine. Comme il n'avait que 1200 hommes en état de service, sur les 19^00 qui étaient sur les rôles, il résolut de lever le siège avant l'arrivée des troupes anglaises, mais après une dernière tentative. Il conçut donc 1-e projet de mettre le feu aux vaisseaux du port par le moyen d^un brûlot et de donner pendant ce temps l'assaut à la ville-, mais le brûlot se consuma sans causer aucun dommage, et l'attaque n'eut pas lieu.
Deux jours après, fut signalée l'arrivée de plusieurs vaisseaux amenant d-es troupes anglaises, et le général Thomas donna l'ordre de la retraite. Carleton profita de ce moment pour faire une sortie avec l'élite de ses soldats, et s'empara de 20O malades et des munitions. L'armée américaine ne s'arrêta qu'à Sorel où le général Thomas mourut de la picote. Il fut remplacé par le
ment, ils ont si bien eonras qu'ils ont entré dans Qnébee, le lard à la main. La ruse n'est pas mal inventée. " Le même auteur cite le fait suivant:
"L'on dit aussi que les gens de Québec ont fait faire un oheval de bois qu'ils ont mis sur les murs, du oôté du faubourg St. Jean, avec une botte de foin devant luy et une inscription en ces termes : Quand ce "cheval aura mangé cette botte de foin, noua nou* rendront."
général Sullivan qui venait d'arriver avec 1500 hommes de troupes.
Cependant le Congrès avait fait de nouveaux efforts pour engager les Canadiens à soutenir sa rébellion, et dans ce but il leur avait adressé une nouvelle proclamation :
" Les meilleures causes, disait-il, sont sujettes aux événements, les contre-temps sont inévitables, tel est le sort de l'humanité. Mais lea âmes généreuses qui sont éclaircies et échauffées par le feu saci'é de la liboi'té, ne seront pas découragées par de tels échecs, et surmonteront tous les obstacles qui pourront se trouver eijtre eux et l'objet précieux de leurs vœux.
" Nous ne vous laisserons pas exposés à la fureur de vos ennemis et des nôtres. Deux Ibataillons ont reçu ordre de marcher en Canada, dont une partie est déjà en route. On lève six autres bataillons dans les Colonies- Unies pour le même service, qui partiront pour votre province aussitôt qu'il sera possible, et probablement ils arriveront en Canada avant que les troupes du Ministère sous le Général (jruy Carleton puissent recevoir des secours. En outre, nous avons fait expédier les ordres nécessaires jwur faire lever deux bataillons chez vous. Votre assistance pour le soutien et la conservation de la liberté américaine nous causera la plus grande satisfaction. Nous nous flattons que vous saisirez avec zèle et empressement 1,'instant favorable de coopérer au succès d'une entreprise aussi glorieuse. Si des forces plus considérables sont requises, elles vous seront envoyées.
" A présent vous devez être convaincus que rien n'est phis propre à assurer nos intérêts et vos libertés que de prendre des mesures efficaces pour tombiner nos forces mutuelles, afin que par c©tt« réunion de secours et de conseils nous puissions éviter les efforts et l'artifice d'un e»nemi qui cherche à nous affoiblir en nous divisajat. Pour cet effet, nous vous conseillons et vous exhortons d'établir chez vous des associations en vos différente» paroisses de la même nature que celles qui ont été si salutaires aux Colonies-Unies, d'élire des députée pour former une assemblée provinciale chez vous, et que cette assemblée nomme des délégués pour vous représenter en ce Congrès....... «
" JiAN Hancock, Président.'
Au mois d'avril, le Congres envoya k Montréal deux de ses membres influents, Franklin et Chase, pour exciter le zèle de la population. Le Père Carroll devait aussi employer son influence auprès du clergé. Eeçus avec froideur, les délégués échouèrent dans leur mission. Les Canadiens avaient enfin compris que les Américains les trompaient en leur faisant de vaines promesses, et en leur offrant en paiement un papier-monnaie dont la valeur/ était décriée. Ils ne pouvaient plus reposer leur confiance dans un peuple en révolte, qui venait de reprocher à la métropole la protection accordée à nos lois et à notre croyance, et qui chez lui n'avait pas toléré la religion catholique.
D'ailleurs, les Américains avaient d'eux-mêmes perdu les dernières vestiges de popularité lorsque à Montréal le général Wooster, violant lefe promesses et les engagements de Montgomety, avait contraint les officiers de milice à rendre leurs commissions, persécuté les citoyens, exilé plusieurs officiers dans les colonies, menacé les prêtres de la prison, et fait ouvrir de force les magasins de grains, (i) , ■
D'un autre côté, le clergé avait repris peu à peu son influence sur le peuple. Pendant toute cette guerre il n'avait cessé de lui conseiller la soumission à l'autorité. Dans un deuxième mandement dirigé surtout contre les Canadiens rebelles, son digne chef, Mgr. Briand, leur avait, on termes énergiques, démontré leur ej^-reur et la fausseté des pi-omesses de l'ennemi. (2)
(1) " Les Bastonnois, dit Safiguinet, persécutèrent plusieurs citoyens de Montréal, et envoyèrent plusieurs personnes affectionnées au service du Roy prisonniers dan* les colonies. Walker retourna à l'Assomption avec Jacques Priée pour désarmer les habitants parce qu'ils ne vouloient point prendre les armes pour les Bastonnois, mais ils n'ôtèrent les fusils i^a'h, trois ou quatre personnes, les autres les avait cachés
" Le seize de janvier 1776, le Sieur Wooster envoya chercher MM. Hértel de Rouville et Edward William Gray pour les envoyer prisonniers dans la Nouvelle-Angleterre. Les citoyens do Montréal s'assemblèrent et furent chez le Sieur Wooster pour luy représenter que cette démarche était contre le traité fait avec M. Montgomery."
(2) Nous publions à la suite de cette étude plusieurs écrits de Mgr Briand qui donnent une idée de sa»loyauté envers l'Angleterre ; aussi Hn autre document qui nous fait voir les services rendus par les Messieurs du Séminaire de Québec. Voir la note G des mémoires et documents.
Comme toujours, la voix des supérieurs ecclésiastiques, cette voix qui ne s'était jamais fait entendre que pour soutenir et diriger nos ancêtres aux temps du malheur, eut de l'écho dans le cœur des Canadiens, et presque tous les rebelles se soumirent au Gouvernement. Par cet immense service le clergé s'acquit des droits à notre éternelle reconnaissance, (i)
Les nouveaux renforts que le Congrès envoya portèrent l'eftectif de l'armée Améi-icaine à 5000 hommes. Mais ces secours étaient insuffisants pour résister à l'armée anglaise qui comptait 13,000 soldats au mois de juin. Aussi le général Carleton prit-il l'offensive, et à mesure que les troupes arrivaient à Québec, il les dirigeait aux Trois- Eivières. Sullivan pensant qu'il pourrait facilement s'emparer de cette ville, envoya le général Thompson avec 1800 hommes. Thompson traversa le fleuve et se rendit à la Pointe du Lac dans la nuit du 7 au 8 juin. A cette nouvelle, le général Fraser se porta à sa rencontre avec des forces supérieures, et l'attaqua si vigoureusement que les Américains furent bientôt mis en déroute, laissant 200 prisonniers avec leur général et le colonel L-vine. Carleton arrivage même soir aux Trois- Rivières, et enjoignit au général Bùrgoyne, commandant en second, d'attendre l'arrivée de toutes les troupes avant d'hasarder le combat. Les Américains profitèrent de ce délai pour opérer leur reraite.
Ils avaient subi un échec plus grave encore aux Cèdres, oii 300 de leurs soldats s'étaient établis. Le capitaine Poster, accompagné de 250 soldats, volontaires canadiens et sauvages, avait reçu oz'dre d'aller les chasser de ce poste. Certain que l'ennemi ignorait son dessein, il fit toute la diligence possible, et, à son art-ivée, somma le major Butterfield de se rendre. Sans lui laisser le temps de délibérer, il commença un feu si fort que le comman^
(1) " Il est certain, dit Sanguinet, que le clergé du Canada s'est distingué et que les prêtres ont rendu de grands services au Roy de la Grande Bretagne dans cette circonstance, ce qui leur attira beaucoup de persécutions de la part des Bastonnais."
" This morn-ng (7th May) many priests hâve corne to town from the adjacent parishes, with cheerful countenances to pay their respects to the Governor and inake their obédience to the Bishop. Their distinguished loyalty will ever redound to their honor. " — Jownal of an ojjicer, Bistory of Smith, Vol. 2nd.
idant capitula à la seule condition que les vainqueurs accordassont aux assiégés la vie et leur bagage. Foster apprenant qu'un détachement de 100 Américains venait « au secours de la garnison, envoya au-devant d'eux soixante sauvages et trente Canadiens qui les cernèrent et les firent tous prisonniers, (l)
Après ces désastres, Sullivan commença une retraite précipitée, et gagna d'abord le fort Chambly, pendant ■que Carleton entrait à Sorel. (2) Il se dirigea ensuite vers le fort Saint-Jean, oii vint le rejoindre Arnold avec les troupes qui avaient gardé la ville de Montréal aa pouvoir des Américains depuis le mois de novembre. Après avoir détruit le fort Saint-Jean, l'armée ennemie occupa un moment l'Isle-aux-N^oix ; puis elle traversa le lac Champlain, et se replia sur les forts Ticonderaga et Crown Point, d'où elle était partie dix niois auparavant.
Comme on le voit, nos voisins évacuèrent le Canada ■en moins de temps qu'ils n'en avaient rais à le conquérir l'année précédente. Ainsi se termina cette expédition qui leur avait coûté tant de sacrifices et la perte d'un grand nombre de vies précieuses sans bon résultat pour leur cause. Néanmoins, elle leur offrit l'occasion de s'habituer à l'art militaire et de déployer leur courage. Plus heureux, toutefois, dans leur campagne du Sud, ils purent, grâce à leurs succès, proclamer leur indépendance le 4 juill-et 1776.
Carleton résolut alors d'enlever aux Américains, la
(1) Voir à la Bote H des mémoires et documents le récit du combat livré près de Trois- Rivières et de l'affaire des Cèdres tel que raconté par M. A. Bertheîot.
(2) " Le Général Guy Carleton, dit Sanguinet, continua sa route jusqu'à Montréal sans reiicontrer aucun Bastonnais, car ils fuyaient devant les troupes. Il fit passer à Sorel deux mille hommes de troupes sous les ■ordres du général Bourgoygne, pour monter dans la rivière Chambly jusqu'à Saint-Jean, avec une quantité de Canadiens volontaires. Mais les Bastonnais abandonnèrent le fort Chambly qu'ils brûlèrent devant leur départ et se sauvèrent à Saint-Jean, dans l'Ile-aux-Noix. Par conséquent, le dix-huit juin, le Canada se trouva délivré des Bastonnais, «t le vingt, le général Giiy Carleton fit son entrée à Montréal, qu'il avoit abandonné le onze novembre 1775: ce qui fait que les rebelles-ont resté •i Montréal sept mois et sept jours.
" L'armée du Roy se campa au fort Chambly et à Saint-Jean, aussitôt ■^e général Guy Carleton donna ordre de commander les habitants avec ieur£ voitures pour cfaarroyer les vivres^'les. bagages des troupes, etc. En
navigation du lac Champlain. Dans ce but, il arma plusieurs vaisseaux et chaloupes canonnières, dont il ► confia le commandement au capitaine Pringle. De leur côté, les Américains préparèrent une escadre qu'ils mirent sous les ordres du général Arnold. Le 11 octobre (11^6) les deux flottes se rencontrèrent près de l'Isle Valcourt, mais les vents contraires ne pei-mirent pas aux Anglais d'employer toutes leurs forces, et après un combat malheureux, le commandant ordonna la retraite. L'engagement fut repris deux jours après, et cette fois l'avantage fut du côté des Anglais. Quatre vaisseaux ennemis prirent la fuite, un autre abaissa son pavillon, et Arnold après avoir échoué et brûlé le reste de la flotte, fit sauter le fort Crown Point, et se replia sur Ticonderaga.
La saison étant trop avancée, Carleton gagna alors le nord du lac Champlain, plaça des garnisons à l'Ile-aux- Koix et à Saint-Jean, et remit au printemps suivant la continuation de sa campagne. Sur ces entrefaites Bm*goyne parvint à se faire donner le commandement de l'armée anglaise, de préférence au Général Carleton qui ne s'occupa dorénavant que de l'administration de la province. Elessé de la préférence donnée à Burgoyne, il demanda son rappel, et partit pour l'Angleterre en juillet 1778.
La conduite de Carleton comme gouverneur et comme commandant de l'armée fut approuvée par la métropole. Le roi le reçut avec bonté et lui conféra le titre de Che-
oonséqiieBce il y avoit tous les jours enTÏron douze cents hommes qui trarailloient par corvée, gratis, pour faire les chemins, charroyer dans les bateaux. L'armée passa l'été à Chambly et à Saint-Jean, il fut construit une quantité de bateaux, et l'on fit passer par terre quatre barques de Chambly à Saint- Jean dans des voitures, pour naviguer dans le lac Champlain. Pendant le séjour de l'armée à Chambly et à Saint- Jean, il fut mangé quinze à seize mille bœufs.
" A la fin du mois de septembre, l'armée se disposa pour entrer en campagne, alors il se présenta au moins deux mille hommes canadiens pour aller volontaires, mais le général Suy Carleton n'en accepta qu'environ la moitié. Cinq ou six cents Sauvages suivirent aussy l'armée, ou plutôt marchèrent à la tête avec les Canadiens. Il y eut un combat naval sur le lac Champlain et les navires des Bastonnois furent entièrement détruits, et l'armée fut camper à la Grande- Feinte d'où les Bastonnais en étoient partis de la veille. L'armée y resta plusieurs jours et le général Guy Carleton se borna à ce petit succès sans vouloir aller atta- '■quer Carillon qui aurait été infailliblement pris, mais c'aurait été faira. teop d'ouvrage dans une oampagae."
valier de l'Ordre du Bain. En 1782, Carleton succéda à Sir Henry Clinton dans le commandement en chef de l'armée anglaise en Amérique ; quatre ans plus tard, il fut créé pair du Eoyaume-XJni sous le titre de Lord Dorchester, et le parlement lui vota une pension annuelle de £1000. Son retour au Canada comme gouverneur, en 1785, fut accueilli avec plaisir par la population, et lorsqu'il quittait le pays en 1796, il laissait la réputation d'un honnête homme, d'un serviteur dévoué à son pays ; et les Canadiens-Français le comptent aujourd'hui encore au nombre de leurs meilleurs gouverneurs.
Comme on peut le voir, la guerre américaine, en ce qui regarde le Canada, n'a pas été marquée par de brillants faits d'armes. Nos voisins avaient entrepris leur expédition avec des forces comparativement faibles, et avaient trop compté sur la coopération des Canadiens. Le but du Congrès semble avoir été de gagner le j)euplo par la persuasion plutôt que de le soumetti-e par la force dos armes. Aussi les généraux reçurent-ils instruction de ne pas molester les habitants et de respecter leurs opinions et leurs propriétés.
Cette guerre donna occasion à nos ancêtres, surtout au clergé et à la classe instruite, de se montrer loyaux envers leur nouveau souverain. Plus de trois mille Canadiens, oubliant le passé, lui assurèrent par leur bravoure la possession d'une de ses plus belles provinces. La masse de la population ne crut pas devoir porter le dévouement aussi loin, qt resta simple spectatrice de la lutte. On ne saurait lui reprocher cette conduite. Toutefois, puisque les événements nous ont permis de rester sujets anglais, nous n'avons pas lieu de nous en plaindre, surtout nous Canadiens- Français. Suivant notre humble opinion, en devenant américains, nous n'aurions peut-être pas conservé aussi bien le caractère français et catliûlique qui distingue notre peuple. Il nous a fallu, il est vrai, lutter durant de nombreuses années potir défendre nos droits et nos privilèges, mais nous avons obtenu enfin la justice qui nous était due.
Aujourd'hui, quoique colonie, le Canada jouit de la liberté la plus grande. Il possède une constitution admirable, calquée sur celles de la métropole et des Etats- "Unis. Au moyen de nos institutions politiq^ues noiis
avons augmenté nos richesses, étendu nos relations commerciales ; nous avons grandi au point que notre province dépasse en population et en importance les treize colonies anglaises lors de la guerre de l'Indépendance.
Nous grandirons encore, espérons-le, pendant de nombreuses années à l'ombre du drapeau britannique tout en conservant avec nos voisins des relations amicales. Et si un jour nous sommes appelés à devenir un peuple indépendant, ce que plusieurs d'entre nous verront peutêtre, nous nous rappellerons avec orgueil le glorieux fait d'armes dont nous t>élébrons aujourd'hui le center naire et le temps que nous aurons passé sous la tutelle 4e l'Angleterre.