‹ Translation des restes de Mgr. de Laval à la chapelle du Seminaire de Québec, relation complète de tout ce qui s'est passé depuis l'exhumation des ossements de Mgr. de Laval le 19 septembre 1877 jusqu'a leur déposition au séminaire le 23 mai 1878Chapitre 49 sur 74 · PAR PAMPHILE LE MAY · texte numérisé non relu

PAR PAMPHILE LE MAY

A son roi comme à Dieu notre peuple est fidèle. Et la grande Albion n'eut jamais auprès d'elle Un défenseur plus noble, un plus vaillant support. Il fut, dans tous les temps, loyal jusqu'à la mort. El pourtant, on le sait, ce peuple doux et brave Fut traité bien des fois comme un indigne esclave. Les échos attristés de nos vieilles forêts Redirent de nos chefs les odieux projets. Mais le brait de ces fers qu'avait forgés le maître iFit surgir des héros au lieu de faire naître D'implacables vengeurs.

N'allez pas, toutefois, O vows qui m'écoutez, croire que l'humble voix Du faible qu'on opprime est toujours entendue. O peuple Canadien, ta plainte s'est perdue Souventefois, hélas î avant d'atteindre aux cieux Ne croyez pas, non plus, que, fort peu soucieux De son nom, de sa gloire, aux jours sombres d'orage, Le peuple ait mieux aimé, sans force et sans courage, Marcher, le cou plié sous un joug odieux, <3ue tomber au combat sur le sol des aïeux ! Si le peuple a souffert sans craindre ou sans maudire Ses nombreux oppresseurs, c'est, il faut bien le dire, '.Qu'il sentait dans son âme une vie, une foi Que ne pouvait briser la plus inique loi ; •C'est qu'il avait en Dieu placé son espérance ! Albion, tu le sais, adoucis sa souffrance Ou le poursuis encor comme on traque un troupeau, Ali>ion, il est là pour sauver ton drapeau.! >

Quand les fils turbulents de la plaintive Irlande; Pdf tes lois relégués jusqu'au fond de leur lande^ Pour se venger de toi se firent l^énians, Et vinrent t'insulter jusqu'aux bords Canadiens, Notre peuple vola, déployant tes bannières, Notre peuple loyal vola jusqu'aux frontières l Et l'ennemi, surpris de tant de dévouaient, Dans son repaire sûr s'enfuit honteusement.

Aux jours de trente sept, quand sous la tyrannie

Gémissait de nouveau notre terre bénie ;

Que Papineau semblait sonner enfin tes glas,

0 puissante Albion 1 quelques héros, hélas !

Osèrent seuls, pourtant, dans leur ardeur suprême^

Fouler aux pieds tes lois et le dire anathème !

Le peuple protesta devant tout l'univers.

Sa loyauté sublime et le bruit de ses fers

Le faisaient ressembler aux saints martyrs de Rome-f

Plus loin, dans le passé, Chateauguay que l'on nomme,. Irions peuple de conquis, avec un noble orgueil, Chateauguay fut-il pas comme un voile de deuil Dont nous avons couvert la grande république? Dites, ne fut-il pas la meilleure réplique- A ceux qui méprisaient notre antique valeur?

Plus loin, dans l'autre siècle, pn ces temps de douleur

Où ceux-là qui vivaient avaient tous souvenance

D'avoir vu sur nos murs le drapeau de la France

S'incliner tristement devant le Léopard,

Nous les fils des vieux Francs, dans ce même rempart

Qui couronne le front de notre illustre ville

Comme un bandeau royal ; nous qu'une haîne vile

Avait calomniés et voués au mépris,

Nous nous fîmes soldats. Et le maître surpris

^ous d'.t, vous le savez, une insigne victoire.

Nous versions notre sang, il recueillait la gloire.

Qu'inif)orte ? On nous disait : " C'est le devoir," allez 1 Et nous allions au feu, certains d'être criblés Par les balles de plomb et l'ardente mitraille.

Il a peut-être droit celui-là qui nous raille

De notre dévoûment parfois si mal payé.

Nous Canadiens- Français, nous avons étayé

Sur notre sol fidèle, ô superbe Angleterre,

Ta gloire chancelante et ton pouvoir austère,

Quand, — après cent combats, — le peuple américain

Te chassa de ses bords et nous tendit la main.

Ah ! quand Montgomery vint dans nos froides plaines.

C'est toi qu'il poursuivait! .... Et ses mains étaient pleines

Pour nous, tu le sais bien, d'entraînantes faveurs !

S3s soldats courageux étaient-ils des sauveurs

Ou de traîtres amis qu'on fit bien de combattre ?

Dieu nous protégea-t-il quand ils vinrent s'abattre,

Sur notre sol aimé, comme un troupeau de loups ?

Dieu nous protégea-t-il, ou fût-il contre nous ? . . . .

Or voici ce qu'un jour redira la légende : C'était l'hiver : Le givre attachait sa guirlande Comme une Heur de lis aux sapins toujours verts. La nuit ouvrait son aile ; et les cieux recouverts De grands nuages gris que roulaient les tempêtes Faisaient tourbillonner la neige sur nos tètes.

Québec ne dormait pas sur son vaste rocher.

On voyait, dans la nuit, lentement s'approcher

Comme un seroent qui rampe autour d'un nid, dans l'herbe,

La troupe américaine. Empressée et superbe.

Elle avait tout conquis sur son passage heureux.

Montgomery guidait ces guerriers valeureux.

Toujours sur le sommet de l'âpre citadelle

L'étendard d'Albion flottait. La sentinelle

Passait silencieuse au milieu des brouillards,

Plongeant dans la noirceur ses inquiets regards.

Le peuple s'agitait dans les étoiles rues

Comme on voit, quelques fois, au fond des herbes drues,

S'agiter les fourmis. Et toujours il neigeait.

Et le front dans sa main Montgomery songeait :

Il songeait au moyen de surprendre la ville.

Tout à coup, dans les airs, une clameur fébrile

Se fait entendre. Il croit que cet étrange cri

Est un signal de mort, et qu'un feu bien nourri

Va pleuvoir aussitôt sur sa troupe surprise.

Il lève ses regards vers la muraille grise

Qui se dresse sur lui. Soudain deux traits de feu

Eclairent le brouillard comme un regard de Dieu.

Il voit deux glaives d'or, il voit deux lames nues

Qui se croi?ent sans bruit dans l'épaisseur des nues.

Et, petit à petit, se dessinent, brillants,

Les traits mystérieux de deux guerriers vaillants.

■Et près d'eux est assise une femme voilée.

L'étendard d'Albion, la bannière étoilée

Déroulent leurs replis sur le front des lutteurs.

Et toujours le vent souffle. Et puis sur les hauteurs,

Dans les créneaux étroits et dans nos tours célèbres,

11 semble qu'on entend des murmures, funèbres.

Montgomery, troublé, s'adresse à ses soldats :

" Voyez donc, leur dit-il, — Il montrait de son bras —

" Voyez donc dans les airs ces choses tout étranges!

•' Voyez ces étendards 1 ces glaives et ces anges !

" Ah ! c'est notre drapeau ! C'est l'étendard anglais !...

" Quel combat merveilleux !...Quel guerriers!... Voyez-les !

" Et cette femme en deuil ! Le vainqueur la i)0ssède !..

" Ah ! notre pavillon ! Il se replie ! Il cède 1

Personne ne voyait l'étrange vision.

" Nous n'apercevons rien : c'est une illusion, " O vaillant général ! dirent, d'une voix grave, Les soldats stupéfaits.

Montgomery le brave, Immobile et muet, suivait toujours, des yeux, Le spectacle étonnant qui se passait aux cieux. Mais les glaives, bientôt, n'eurent plus d'étincelles ; Et l'ardeur s'éteignit dans les fauves prunelles Des soldats éthérés. La femme, peu à peu, Se fondit dans la nuit comme la cire au feu. Et les deux étendards, changés en noirs nuages, Lançaient de leurs replis le vent et les orages. Montgomery baissa son front ruisselant d'eau : Il tira lentement le sabre du fourreau : Un éclair s'échappa de la pointe aiguisée. " 0 mon pays, dit-il, — et sa voix épuisée " Se perdit dans l'orage— " 0 mon pays aimé, " Suis-je l'ange vaincu qu'un prodige innommé " Vient de me faire voir ? 0 ma noble bannière, " Nous tomberons tous deux dans la même poussière !. Au même instant, perçant la nuit de son regard. Il voit l'Esprit vainqueur debout sur le rempart. La femme, à ses gefioux, se soumet mais ne rampe. El l'Esprit tient serré la glorieuse hampe De l'étendard Anglais. La femme a rejeté Le voile de vapeur qui cachait sa beauté. Et, d'un œil triste et morne elle cherche la trace Du bel ange vaincu disparu dans l'espace.

Alors le général eut un sourire amer.

Son cœur fut tout à coup troublé comme la mer

Quand soufflent, vers la nuit, les vents froids de l'automne.

On l'entendit crier comme le ciel qui tonne ;

— " Je te ferai mentir, ô présage odieux ! "

Et, dans son désespoir, il parut radieux.

Il courut en avant de sa troupe vaillante.

Le vent soufflait toujours, et la neige mouvante

Toujours tourbillonnait comme les noirs pensers

Dans un cerveau malade.

Au pied des hauts rochers Où Québec dort assis dans sa parure neuve Serpente un noir sentier. Au midi le grand fleuve Ferme, de ses flots verts, le chemin tortueux. C'est par là que s'envient )e chef impétueux. L'audacieux, il croit escalader l'enceinte, Pendant que vers le nord, sur une attaque feinte, Accourt la garnison. Il s'avance sans bruit. Déjà le dernier poste apparaît dans la nuit : Il semble enveloppé dans un morne silence. On n'entend f|ue le fleuve et le vent qui balance. Dans le cap Diamant, les sapins rabougris. Montgomery tressaille. Il s'élance suriTis De voir tant de succès couronner son audace. Soudain l'ange vainqueur, comme un éclair qui passe,

Descend du haut des murs Est-ce l'ange de Dieu?

Il touche les canons de son glaive de feu. Un choc épouvantable ébranle la montagne. On entend les échos gémir dans la campagne.

Un cri monte dans l'air, un cri long, douloureux

La mitraille a fauché le guerrier valeureux l

Le vent souffle toujours, et la neige éclatante Prête au mort son linceul. D'une main palpitante L'Esprit vainqueur reprend le drapeau d'A.bion.

La femme rêve encore Et c'est la nation.

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