‹ Translation des restes de Mgr. de Laval à la chapelle du Seminaire de Québec, relation complète de tout ce qui s'est passé depuis l'exhumation des ossements de Mgr. de Laval le 19 septembre 1877 jusqu'a leur déposition au séminaire le 23 mai 1878Chapitre 7 sur 74 · C. A. P. Pelletier · texte numérisé non relu

C. A. P. Pelletier

Nous ne pouvons nous dispenser de reproduire ici les belles lettres que les trois communautés religieuses dont la fondation remonte à l'époque de Mgr de Laval, ont adressées au Supérieur du Séminaire de Québec, à l'occasion de la translation. Elles sont un magnifique témoignage de la tradition perpétuée dans ces saintes maisons de la sainteté du vénérable patriarche de l'Episcopat au Canada.

Lettre des Ursulines de Québec.

" Monsieur I'Abbé Thos. Hamel, V. Gr.,

Supérieur du Séminaire de Québec.

" Monsieur le Supérieur,

" Les Religieuses de la Communauté ont pris un bien vif intérêt aux détails publiés dans les journaux, en septembre dernier, à l'occasion de l'exhumation des restes mortels de Monseigneur François de Laval ; elles ont été aussi profondément émues de la pieuse supplique auprès des autorités ecclésiastiques et civiles, pour obtenir que ces restes si précieux du Fondateur, du Bienfaiteur, du Modèle et du Protecteur du Séminaire de Québec fussent conservés dans la chapelle du Séminaire.

** Mais leur joie a été grande lorsqu'il leur a été permis de demander que le convoi funèbre au jour de la grande cérémonie du mois de mai prochain, fît halte et entrât dans la chapelle ■ des Ursulines. Celui qui a tant de fois béni nos premières Mères, qui s'est appliqué avec tant de dévouement à leurs intérêts spirituels et temporels, va donc de nouveau visiter les filles des saintes Fondatrices !

"Nos annales, Monsieur le Supérieur, sont remplies des plus beaux témoignages, rendus aux vertus héroïques de l'immortel Evêque de Laval. Nous n'en citerons que deux extraits. La

Yénérable Marie de l'Incarnation, écrivant en France en 1659, disait : " Sans parler de sa naissance, qui est fort illustre, car " il est de la maison de Montmorency, c'est un homme d'un

" mérite et d'une vertu singulière Ce ne sont pas les hommes

"qui l'ont choisi je dis avec vérité qu'il vit saintement et en

"apôtre." En septembre 1660, elle disait encore : "C'est un "autre St Thomas de Villeneuve pour la charité et l'humilité, "car il se donnerait lui-même pour cela. Il ne se réserve pour "la nécessité que le pire; il est infatigable au travail ; c'est "bien l'homme du monde le plus austère et le plus détaché des " biens de cette vie. Ildonne toutet vit en pauvre...." Les autres lettres de la Vénérable, jusqu'en 1671, renferment un grand nombre de témoignages de la même importance.

" Quels trésors de mérites ne s'est pas acquis Monseigneur de Laval, pendant quai-ante-neuf années de sacrifices de toute sorte, employées sans réserve au service de Dieu et au bien de la colonie !

" Nous espéronSjMonsieur le Supérieur, n'avoir pas trop présumé, en comptant sur l'immense consolation de pouvoir, ainsi que nos anciennes Mères on 1708, entourer de vénération et d'hommages les restes précieux de celui qu'elles appelaient un Saint, le Saint Evêque de la Nouvelle-France. " On ne doute " pas," dit notre vieux récit, " que dans la suite, Notre Seigneur "ne manifeste les trésors de grâces qu'il a répandus dans l'âme "de ce Saint Evêque, d'autant plus qu'il a caché ses plus belles " actions, par amour pour la solitude et la vie cachée et abjecte.' '

"Telle a été la vie de Monseigneur de Laval durant un demisiècle qu'il a passé en ce pays, c'est le témoignage de l'histoire; telle aussi. Monsieur le Supérieur, s'est conservée en cette maison la mémoire du premier Evêque de la Nouvelle- France.

"En 1867, lorsque des démarches furent faites pour la cause de la Béatification de notre vénérée Fondatrice, nous espérions voir commencer en même temps les procédés préliminaires pour celle du Fondateur du Séminaire de Québec : mais le Bon Dieu a ses temps et ses moments !

"Pour nous. Monsieur le Supérieur, veuillez le croire, nous ne cesserons de prier que Dieu daigne glorifier celui qui l'a si héroïquement servi à l'époque difficile de l'établissement de la colonie.

"J'ai l'honneur d'être, Monsieur le Supérieur, avec le plus profond respect et la plus entière considération (au nom de la Communauté), Votre très-humble et obéissante servante,

La Supérieure des religieuses Ursulines. "

" Monastère des Ursulines,

" Québec, le 28 mars, 1878. "

" HÔTEL-DlEU DE Qu:ÉBEC,

18 avril 1878.

"Monsieur le Supérieur,

"Au sortir de ma retraite, j'ai appris, par la Mère- Assistante, que vous étiez venu demander si notre communauté serait désireuse de recevoir les restes de Mgr de Laval, à l'occasion de la translation solennelle qui doit e^ ftvpi;t^ Jieu le 23 mai prochain. ,;. , /;i ■; -(<>!, ; i ^

" Le respect et la vénération que notre communauté a toujours conservés pour ce saint Prélat ne doivent laisser aucun doute sur notre réponse.

" Nous nous rappelons avec bonheur que nous fûmes les premières à lui offrir l'hospitalité, lors de son arrivée dans la Nouvelle-France, et que, les premières aussi, nous réclamâmes l'honneur et la consolation de recevoir dans notre Eglise ses dépouilles précieuses, lorsque la mort vint le ravir à l'affection de son peuple.

" Témoins près d'un démi-siècle de ses éminentés vertus, de son zèle infatigable, de sa profonde humilité, de son esprit d'oraison, de détachement et de mortification, nos Mères avaient pour lui le respect et la vénération qu'on doit à un saint, et noa annales en fournissent de nombreux témoignages.

" Il était en si grande réputation de sainteté, " disent-elles en parlant de sa bienheureuse mort, "que tout le monde voulait " avoir quelque chose qui lui eût touché. Les malades s'en *' approchaient avec confiance, et on l'invoqua dès lors comme un " saint. M. de Lacolombière fit son oraison funèbre, et il releva " bien plus l'éclat des éminentés vertus, dont la vie de ce Prélat "n'avait été qu'une longue suite, que l'antiquité de sa noblesse, "quoiqu'il fût d'une des plus anciennes et des plus chrétienijes " maisons de France. Il commença dès ses plus tendres années "l'étude de la perfection, et s'y rendit si savant sous la conduite "de M. de Bernières, qu'ayant été tiré de cette sainte sotiéLé de " Caën, pour être le premier Evêque de Québec, encore assez "jeune, M. de Bernières le regardait déjà comme un homme " consommé, et lui écrivait avec un grand respect mêlé d'aftec- " tion, comme on peut le voir dans la20ème lettre de cet auteur "sur la vie unitive, où il l'exhorte de continuer d'agir en esprit " de mort et d'anéantissement, et l'assure qu'il arrivera à la per- " fection. Nous avons lieu de croire qu'il y était parvenu, " puisqu'on admirait et qu'on remarquait en luj, toute^ les vertus "que Saint Paul demande dans un Evêque." ,

" Tels étaient les sentiments de nos devancières à l'égard de la sainteté de Mgr do Laval, et la tradition s'en est toujours perpétuée dans notre communauté.

"Ce serait avec un indicible bonheur que nous joindrions nos vœux à ceux de tous les catholiques du Canada, pour demander l'introduction à Rome de la cause de la béatification de ce grand serviteur de Dieu.

"Yeuillez doue croire, Monsieur le Supérieur, que nous attendrons, avec impatience, le jour heureux oià après cent soixantedix ans, notre communauté recevra encore une fois les ossements vénérés du premier Evêque de Québec, qui fut pour tous le plus tendre des Pasteurs et le plus aimé des Pères. '• J'ai l'honneur d'être, Monsieur le Supérieur,

Votre très-humble servante, (Signé) Sr. Ste Monique, Supre. "

" Congrégation de Kotre-Dame.

Montréal, 20 mai 1878.

« Au Eév. T.-E. Hamel, V. G.,

Supérieur du Séminaire de Québec.

" Monsieur le Supérieur,

" Mes occupations étaient tellement multipliées, vendredi dernier, qu'il m'a été impossible de joindre un mot à la couronne que je vous faisais prier de vouloir bien déposer au])rès des restes vénérés de Monseigneur de Laval. Je viens aujourd'hui vous exprimer combien notre communauté est heureuse de pouvoir participer à la grande démonstration qui se prépare, pour honorer la mémoire de l'illustre prélat, qu'immortalisent tant d'œuvres destinées à propager le bien, jusqu'à la fin des temps !

" Si, un joui-, l'Eglise, se rendant au vœu du clergé et des fidèles du Canada, plaçait au catalogue des Saints le nom révéré du premier Evêque de Québec, et permettait qu'il 'eût son autel dans chacune des maisons pieuses qu'il a fondées, encouragées ou approuvées, veuillez le croire. Monsieur le Supérieur, les filles de la Mère Bourgeoys ne seraient pas les dernières à lui payer ce tribut de leur confiance et de leur vénération.

" Nous joindrons donc, de tout cœur, nos humbles prières à celles des âmes ferventes qui demandent à Dieu la glorification

de Monseigneur do Laval, qui fut, noua ne l'oublions pas, un protecteur et un père pour notre bien-aimée Fondatrice.

" Agréez, s'il vous plait, l'assurance du respect profond et de l'invariable reconnaissance avec iesqucls je demeure, '• Monsieur le Supérieur,

Votre trôs-liumble servante, (Signé,) Sœur Saint-Victor, Supr.-génle."

De son côté, le 30 avril, jour anniversaire de la nuissance de Mi^r do l.aval, Mgr l'Archevêque do Québec publia le magnifique Mandement qui suit :

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