PRELIMINAIRES DE LA TRANSLATION
Eestait à choisir le jour de la translation solennelle des restes de Mgr de Laval. Le Séminaire comprit qu'on ne pouvait donner trop d'éclat à une semblable cérémonie. On savait que NN. SS. les Evêques seraient heureux d'y prendre part. Atin d'éviter à Leui-s Grandeurs un voyage spécial à Québec, une humble demande leur fut adressée par le Supérieur du Séminaire, avec l'autorisation de Sa Grâce Mgr l'Archevêque, leur soumettant le projet de fixer la translation au jeudi 23 mai 1878, pendant la tenue du Concile Provincial. Tous les Evêques de la Province s'empressèrent d'y repondre, approuvant l'jdée et le jour fixé dans les termes les plus encourageants. En même temps, Sa Grandeur Mgr Racine, évêque de Sherbrooke, daignait accepter de faire l'oraison funèbre. Afin de donner plus d'éclat A la fête, le Séminaire résolut aussi de transférer à la même date le concert annuel qui a coutume de se faire le 30 avril, anniversaire de la naissance de son illustre fondateur. L'Hon. Monsieur P.-J.-O. Chauveau, un des Professeurs de Droit de l'Université Laval à Montréal, voulut bien se charger de la partie littéraire de cette soirée.
Les choses ainsi réglées, on s'occupa activement de l'organisation de la pompe funèbre. Nous disons pompe funèbre : en effet, comme la pensée de l'introduction de la cause de béatification de Mgr de Laval s'exprime idepuis long temps, et que les circonstances semblent favorables pour en procurer la réalisation, on ne Voulait rien se permettre qui pût y créer un obstacle. Or il est strictement défendu de rien faire oflScieliement et publiquement qui ressemble à un culte, tant que l'Eglise n'en a pas donné l'autorisation. D'un autre côté, on savait bien aussi qu'il serait impossible d'empêcher les manifestations populaires de s'exprimer, comme témoignages de respect et de vénération pour celui qui devait en être l'objet. Car déjà une communauté avait exprimé le désir qu'on vînt à renouveler pour cette sépulture les visites qui avaient eu lieu à la mort de Mgr de Laval. Il fallait donc concilier l'espèce d'ovation à laquelle cette translation donnerait lieu avec Içs exigeances des procédés de béatification. ' ' ;|.
• i Un programme détaillé fut donc élaboré et envoyé à Rome, avec l'agrément de Mgr TArchevêque de Québec, pour y être eoumis à l'examen des personnes compétentes. C'est 6e programme revu et approuvé qui a été exécuté, i "''^ • ('Cependant des invitations furent envoyées au Séminaire dés Missions Etrangères de Paris, dont Mgr de Laval a été l'un»
des fondateurs, ainsi qu'à Sa Grâce Mgr Bourget, et à Leurs Grandeurs Mgr Pinsonnault et Mgr Larocque, qui, tous, empêchés par la maladie ou par la distance, ont exprimé de la manière la plus touchante leur regret de ne pouvoir assister à la cérémonie. On sera heureux de retrouver ici ces témoignages augustes de vénération pour Mgr de Laval.
Sault au Eécollet, 7 mai 1878.
M. le Supérieur, Dans la vôtre du 4 courant, vous avez la bonté de m'inviter à la déposition des restes vénérables de Mgr de Laval, qui se fera le 23 du mois, dans la chapelle de votre Séminaire.
Je suis très-sensible à votre attention bienveillante, et je vous remercie cordialement de toutes les bonnes choses que vous m'adressez à ce aujet. Mais comme je ne puis pas me rendre à votre invitation, soyez assez bon pour m'excuser de n'être pas présent de corps à cette imposante réunion. Je m'en dédommagerai en m'y trouvant en esprit, pour payer, dans l'intérieur de mon âme, le juste tribut de vénération que je dois à la mémoire de cet illustre Evêque, qui a implanté l'Episcopat dans notre pays.
Veuillez bien me croire.
Monsieur le Supérieur, De vous et de tous vos Messieurs
Le très-humble et obéissant serviteur, t la., Arch. de Martianopolis.
M. Hamel, y. g.,
Supérieur du Sem. de Québec.
Evêché de Montréal, 6 mai 1878.
Monsieur le Supérieur,
J'ai été bien sensible à votre bonne invitation au sujet de la belle solennité du 23 de ce mois. Assurément ce serait pour moi une très-grande consolation de prendre part à cette glorieuse «déposition» des vénérables reliques de notre premier Evêque, le grand et saint Fondateur de l'Episcopat Canadien. Mais il me faudra ajouter à bien d'autres la privation d'être présent de corps à cette glorieuse translation.
Depuis longtemps je suis forcé par mon extrême débilité de me priver d'assister à aucune solennité, même à Montréal. Il me serait de tout impossibilité de me transporter à Québec pour y prendre part à ia cérémonie en question.
J'ai donc le regret de vous prier de vouloir bien m'excuser, tout; 6û vous riomerciant de votre intention. Bien rospectueugement
Votre tout dévoué servitear in Xto.
t Ad. Ev. de Birtha.
St. Hyacinthe, 6 mai 1878.
Cher Monsieur,
Le beau Document de Mgr. l'Archevêque m'avait déjà appris quelle imposante solennité doit avoir lieu, le 23 de ce mois, lorsque m'arriva votre gracieuse invitation à y prendre part.
Yous ne doutez pas que ce serait pour moi un vrai bonheur que de me rendre à cette invitation. Mais vu mon état d'infirmité, j'ose espérer que vous agréerez mes excuses, et que vous voudrez bien les offrir aux ilessieurs du Séminaire. Pour moi je n'ai qu'à répéter, dans ma situation tant soit peu pénible :
Seigneur, que votre adorable volonté se fasse. Du lieu de
ma réclusion, je dirai avec grand effusion de cœur, le 23 : Honneur! Amour! Eeconnaissance au Patriarche de l'Episcopat de la Nouvelle-France et autres lieux !
Tout à vous amicalement,
f Jos. Ev. de Germanicopolis.
Séminaire dés Missions Etrangères, Paris 7 Mai, 1878. Monsieur le Supérieur,
J'ai reçu votre très- aimable lettre du 11 avril, et je dois bien avouer qu'elle contient tous les motifs capables de me faire entreprendre le voyage de Québec, si ce voyage eût été possible. Même pendant nos vacances, le Supérieur de notre Séminaire ne pourrait guère faire- une telle absence. Mais, pendant le cours de l'année, la chose est absolument impossible
Mais, ce que nous ne pouvons pas faire par notre présence matérielle, nous le ferons par le cœur, et du plus profond de notre cœur, je vous prie de le croire. Par la pensée et par le sentiment, nous serons tous au milieu de vous en ce jour solennel du 23 mai. Nous nous unirons à tous les honneurs que vous devez rendre à celui qui fut une des colonnes du Séminaire et de la Société des Missions Etrangères. Nous demanderons à Dieu qu'il daigne nous rendre les fidèles imitateurs du zèle et des vertus de ce vénérable Père, et que, par son intercession, il répande de plus en plus, etsifr vous et 8,ur nous, l'abondance de ses bénédictions.
Tous mes confrères se joignent à moi pour vous offrir, Monsieur le Supérieur, à vous et à tous vos confrères du Séminaire de Québec, la nouvelle assurance de notre trèssincère attachement, de notre fraternelle charité, et aussi de notre reconnaissance pour les services que vous voulez bien nous rendre, pendant les jours difficiles que traverse notre pauvre et chèi*e France.
Nous offrons à Sa Grâce Monseigneur l'Archevêque, l'hommage de nos sentiments aussi affectueux que respectueux, et nous recommandons bien instamment à ses bonnes prières et aux vôtres.
Demandez au bon Dieu qu'il nous envoie de nombreux et saints ouvriers. Nous en avons un pressant besoin. En 1877, nos missionaires ont pu baptiser 34 mille païens adultes et 220 mille enfants de païens en danger de mort. Aujourd'hui encore des milliers d'infidèles nous demandent l'instruction et le baptême. Mais il nous faudrait plus d'ouvriers pour suffire à un tel travail. Bogate ergo Dominum messis ut mittat operarios. Veuillez aussi, quand vous en aurez l'occasion, recommander cette affaire dans les pieuses communautés de Québec.
Je termine. Monsieur le Supéi leur, en vous réitérant l'expression de mes regrets de n'avoir pu me rendre à votre gracieuse et fraternelle invitation, et en me disant Yotre bien humble et affectionné confrère
et serviteur en N. S.
Dblpech,
Supérieur.
Une demande fut adressée aux autorités militaires à Ottawa pour en obtenir la permission de faire tirer une salve de 100 coups de canon, pendant la durée de la translation. On nous saura gré de reproduire la lettre si courtoise qu'écrivit à ce suiet au Recteur de l'Université Laval, l'Honorable C.-A.-P. Pelletier, qui avait été prié de s'intéresser à cette affaire :
Département de l'Agriculture.
Ottawa, Canada, 10 mai 1878.
Eév. m. T.-E. Hamel, y. G.,
Eecteur, Université Laval.
Monsieur le Recteur,
J'ai le plaisir de vous dire que le Gouvernement fédéral sera heureux de coopérer, autant qu'il sera en son pouvoir, à rendre aussi solennelle que possible la grande fête que vous vous proposez de célébrer le 23 courant. La permission que vous demandez
d'avoir une salve de cent coups de canon vou8 sera accordée avec le plus grand plaisir. Le Gouvernement fait une exception pour la circonstance, car c'est un peu contre les règles militaires; mais comme le précédent que nous créerons ne peut pas se répéter sous des circoastances aussi exceptionnelles, tout sera fait selon votre désir. ^Les ordres seront donnés en conséquence.
J'ai l'honneur d'être,
Monsieur le Recteur,
V^otre humble serviteur,