Translations, inscriptions et poésies diverses
Cest Epithalamc, ou chant nuptial, est chante par trois vierges natifves de Paris, filles de Jean de Morel, gentilhomme Ambrunois, et de Damoiselle Anthoinette Deloine sa femme, couple non moins docte que vertueux. Les noms des trois vierges sont Camille, Lucrèce et Diane : noms propres et non empruntez à plaisir : ce qui semble estre venu assez à propos selon l'argument, comme tu pourras mieux juger par la lecture du poëme. Au reste, ami lecteur, je ne veux oublier à te dire, que ces trois vierges (principalement Camille) sont si bien instituées es langues Grecque et Latine, et en toutes sortes de bonnes lettres, qu'il m'eust été mal aisé, voire impossible, d'en trouver trois autres de leur aage plus clignes d'estre introduites en un si excellent suject, et crains beaucoup plus de les avoir fait parler peu, que trop doctement : en quoy j'ay eu esgard, non à ce que je sçay véritablement de leur érudition, mais à ce que j'ay pensé devoir estre le plus vraysemblable. Adieu.
CEUVRES COMPLÈTES DE J. DU BELLAV
EPITHALAME
LA MUSIQUE
Un plus heureux et plus cligne Hymence Ne nous pouvoit ces nopees apprester :
Et ne pouvoit la paix mieux an-ester Du cruel Mars la fureur effrénée.
LE POETE
Quand la Sœur des Charités,
La fleur des Marguerites,
La perle des François,
Par les mains d'Hymenee
Espouse fut menée
Au Prince Piemontois, Trois vierges bien peignées,
Vierges bien enseignées
Qu'au bord Parisien
La Nymphe Deloine
De céleste origine
Conçeut du Delien, Sur le poinct de l'Aurore
Le matin recolore
Sommeilloyent dans leur lict,
Quand de sa voix cogneuë
Deloine venue
Ces beaux vers leur a dit :
DELOINE
Debout, debout (dit-elle)
L'Aurore vous appelle
Du paresseux séjour :
Sus donc, qu'on se resveille,
Que plus on ne sommeille,
Voici l'aube du jour.
Voici, mes vierges belles^
Mes chastes colombelles,
Voici, mon cher souci,
Voici la bien-heurec
Heure tant desireç,
Mes filles, voy-la-ci :
Que la vierge de France,
Des vierges l'espérance,
Devoit perdre son nom^
Par une saincte flamme,
Qui la doit rendre femme
D'un Prince de renom.
ËPITHALAkE
Pour elle (race chère)
Moy qui suis vostre mère, Je vous ay jusqu'ici En mon sein eslevees, Des vertus abbreuvees, Et des lettres aussi :
Arrousant curieuse,
De main industrieuse Vos beaux ans florissans, Comme trois fleurs descloses.
Trois vermeillettes roses, Ou trois lys blanchissans :
Pour un jour estre dignes
Entre les plus beaux cygnes De rechanter l'honneur, L'hcnneur de Marguerite, Sa vertu, son mérite, Sa grâce, et son bon-heur.
Des que vous fustes nées.
Vous fustes destinées A chanter sa valeur, Qui seule de nostre aage En grandeur de courage Est la perle, et la fleur.
Vous donc la plus jeunette, Ma chère Dianette, De vostre douce voix Chantez la vierge saincte, Ains qu'Hymen l'eust estreincte De ses* pudiques loix.
Vous Lucrèce la blonde, Allez, et la seconde, Chantez sa chasteté, Son amour conjugale, Sa fermeté loyale, Et son honnesteté.
Vous, plus docte Camille,
Chantez d'un plus haut stile La vierge et le grand heur De ce duc magnanime, La vertu qui l'anime, Sa race et sa grandeur.
Allez trouver la plaine,
Où le Dieu de la Seine Recourbé tant de fois, De son onde escumeuse Bat ceste isle fameusej Le séjour de nos Rois.
ŒUVRES COMPLÈTES DE j. DU BELLAY
Là, sous un bon augure Conduites par Mercure Vous faut aller chanter Ccste heureuse journée Cest heureux hymenee Qu on doit surtout vanter.
LA MUSIQUE
Par les flambeaux des trois sœurs infernales, Les cœurs estoyent de fureur allumez, Ores les cœurs sont d'amour enflammez Par le flambeau des trois grâces royales.
LE POETE
De tout ce doux langage
Des vierges le courage
Deloine flattoit :
Elles, par l'air liquide,
Volent avec leur guide,
Qui leur course hastoit.
Leurs tresses blondoyantes
Voletoyent ondoyantes
Sur leur col blanchissant :
Les yeux, comme planettes
Sur leurs faces brunettes
Alloyent resplendissant :
Se ressemblant de faces,
Comme on voit des trois Grâces
Trois diamans tremblans.
Trois esmeraudes fines
Trois perles argentines,
Ou irois astres flambans.
Comme parmi les nues
On voit un rang de grues
D'un battement léger
Se frapper de l'aisselle
Puis en planant de l'aile
En filé s'allonger, D'une ondoyante trace
Parmi ce grand espace
Ces trois vierges s'en vont :
Puis d'elles abbaissees
Sur la terre eslancees,
Se plantant front à front :
Leur poicirine haletante
Pousse une voix tremblante,
Qui doucement fend l'air ;
Et semblent les craintives
EPITHALAME
Trois joncs que sur leurs rives Un doux vent fait branler.
D'une humble révérence La première s'advance.
Et plus doux que le son D'une source argentine De sa voix enfantine Chanta ceste chanson.
LA MUSIQUE
Celle de qui ce feu qui tout enflamme N'avoit onc sçeu eschauffer la froideur, Sent maintenant une nouvelle ardeur, Et ne desdaigne une si belle flamme.