‹ Translations, inscriptions et poésies diversesChapitre 27 sur 72 · TOMBEAU DU ROY HENRI II · texte numérisé non relu

TOMBEAU DU ROY HENRI II

Que l'honneur à bon droit d'Auguste il en rapporte.

Encore n'est-ce tout. Pour gendre il avoit pris Philippe, et n'eust trouvé gendre de plus haut prix. Ayant auparavant, pour plus grande asseurance. Lié d'un mesme nœud la Lorraine et la France. Quoy plus ? Henry avoit tout son rond accomply, Et du nom de Henry le monde estoit remply. Non content toutefois de cest heur si extresme, Dont il pouvoit passer l'heur de Juppiter mesme. Si, d'un digne mari Marguerite n'estoit Espouse, qui un Dieu pour espoux meritoit, Il vit doncq ce que voir il avoit tant d'envie, Les nopces de sa Sœur, et la fin de sa vie : Il les vit, et mourut, et d'un mesme flambeau Vit ' uire (ô fier destin!) la couche et le tombeau. Dieu l'a voulu ainsi, et à telle allégresse Luy a pieu de mesler une telle tristesse.

Au quarante et un an de son aage il montoit, Et le treizième alors de son règne il contoit. Le Noble l'a pleuré, le peuple et la Justice Et celuy, qui dévot, fait aux Dieux sacrifice. Son Auguste jadis Rome ainsi lamentoit, Et cestui moins qu'Auguste aimé des siens n'estoit. A bon droit il estoit non moins aimé qu'Auguste, Car onques Roy ne fut plus humain, ni plus juste. Son corps fut enlevé en Royal appareil, Et près de ses aveux gist dedans le cercueil.

Successeur de sa gloire, et de son sceptre encore Il a laissé François, qui Roy de France est ore. Ayant du père sien le vertueux renom, Et de son père grand le présage et le nom.

Telle sa vie fut. Si sçavoir tu desires Sa mort, il faut qu'ici (ô passant) tu souspires. Se voyant avoir fait guerre dix ans entiers, Et avoir esgalé les antiques guerriers, De son peuple affligé ayant ouy les larmes, Sans toutefois laisser l'exercice des armes, Honteux de s'exercer en un jeu, s'il n'estoit Digne de sa vertu, et son Mars ne sentoit, Helas ! il fut occis de l'esclat d'une lance, Luy, qui en guerre estoit l'indontable vaillance. Mais devant que mourir, il avoit si bien fait, Qu'il avoit de son temps le siècle d'or refait. Tant aimé d'un chacun pendant qu'il fut en vie, Que les Dieux mesme estoyent pour lui porter envie. Craignant tel accident, Juppiter par la mort Le mit hors du danger de l'envie et du sort.

Hoc tibi, Rex Macedo, Dii concessere benigni

Hœc tibi sors, Cœsar, morsque negata fuit. Sic vixit, sic interiit, bona dicite verba,

Et lachrymis funus concelebrate piis.

Inferias pueri, juvenesque, senesque verendi

Henrico inferias, fcemina, virque ferat. Artis Apellœae, Lysippique cemule laudis,

Et tu Phidiacse quem juvat artis honos, Henrici effigiem pictis animate tabellis,

Œreus hic spiret, marmoreusque simul.

Aureus is potius priscum qui primus in aurum

Gallorum populis secula restituit.

Vos docti ante omneis, Phœbi pia cura, Poètœ

Quos aluit blando Gallica terra sinu, Certatim hune tumulum vestris celebrate cameeni

Omnibus ingeniis una sit ista seges, At vos, ô Proceres regali stirpe creati,

Tuque adeo regni spesque, decusque tui Francisce, invicti proies invicta parentis,

Juncta Caledoniis qui tua sceptra tenes, Erigite Henrico pendentia Mausolcea,

Henrico Pharias tollite Pyramides.

Utque pic pia turba Tito, gratusque Senatus

HUMANI posuit DELICIŒ GENERIS Sic tumulo Henrici (Galli) hoc incidite carmen

Hic jacet Henricus qui fuit orbis amor.

TOMBEAU DU ROY HENRI II lg

Ceste faveur te fut des bons Dieux octroyée,

Alexandre, et te fut, ô César, déniée.

Ainsi vesquit Henry, Henry mourut ainsi.

Priez pour luy, François, et larmoyez aussi.

Hommes, femmes, enfans, vieux et jeunes encore,

Chacun de ce bon Roy les obsèques honore,

Vous qui sur tous avez la gloire du pinceau,

L'artifice du cuyvre, et l'honneur du cizeau,

Animez de Henry la vive pourtraicture,

Et en bronze, et en marbre eslevez sa figure.

D'or faites la plustost ; puis que le siècle d'or

En France le premier il a fait naistre encore'.

Vous sur tous de Phœbus la plus soigneuse cure,

Qui du laict de la France avez pris nourriture,

Célébrez à l'envy ce royal monument,

Et vous soit ce suject un commun argument.

Mais vous Princes du sang, et toi, qui de ta France

Es le seul ornement, et la seule espérance,

Fils d'invincible père, invincible François,

Qui as au sceptre tien joint le sceptre Escoçois,

Bastissez à Henry des Tombes Cariennes,

Erigez à Henry des Pointes Phariennes :

Et comme au bon Titus les bons Pères Romains

Donnèrent ce surnom Délices des Humains

Mettez sur son tombeau en graveure profonde :

Cy gist le Roy Henry, qui fut l'amour du monde.

EJUSDEM EPITAPHIUM ■per eumdem.

Cùm frustra Henricus pulchram per vulnera mortem

Quœsisset toties, dum fera bella movet.

Dum belli effigiem ludit, Martemque lacessit

Improbus, et lœvo fertur in arma Jove, Lumina perfossus fusoque per arma cruore

Ceu voti compos, sic moriturus ait :

Xunc tandem fictis animam ponamus in armi^.

Quando quidem veris ponere non licuit. Optatam Henricus pacem concesserat orbi,

Cesserat ac toto Martius orbe furor.

Indoluit Mavors, belli indignatus alumnum

Ad placidae mentem vertere pacis opus. Ergo illum fictis ludentem prœlia bellis,

Evolat emisso dum violent-.is equo, Percuiit imbelli confractu- cusp^dis ictu,

Ludentique férus séria damna tulit. I nunc, et Marti (Princeps) confide cruento

In média quem sic ludere pace juvat.

LE TOMBEAU DU ROY HENRY II \l

EPITAPHE DU MESME far ledit du Bellay.

Ayant cerché en vain tant de fois de mourir,

Et une belle mort en guerre s'acquérir,

Cependant qu'il se joue, et Mars il importune,

Et qn'il porte en courant sa mauvaise fortune,

Sang int, et aveuglé, Henry (comme content)

Poussant ces mots dehors, ses froids membres estend,

Rendons l'ame à la fin dessous ces feintes armes,

Puis que nous n'avons peu la rendre aux vrais alarmes.

Henry avoit donné la Paix tant désirée,

Et la Guerre s'estoit du monde retirée:

Mars en fut courroucé, et trouva fort mauvais

Qu'un si brave guerrier enclinast à la paix.

Donques pour s'en vanger, cependant qu'à la lice

Les armes il traittoit d'un paisible exercice.

De l'esclat d'une lance il luy perça les yeux,

Et convertit son jeu en un mal sérieux.

Rois, fiez-vous en Mars, quand les armes il porte,

Puisqu'estant désarmé il joue en ceste sorte.

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