A L'OMBRE DE HENRY
Par mes vers fay semé tes faits -par l'univers Or\ hélas/ à ta mort me faut donner des vers.
Tel qu'estoit Hercules de force et de courage, Des vertus de son père, et de son héritage, Légitime héritier, Roy le meilleur des Rois Le Roy Henry porta le sceptre des François. Jeune et seul il parvint (ce qu'à Jupiter mesme Le destin n'octroya) au Royal diadesme.
L'ennemi que François en sa force esprouva, Jà sur l'âge inclinant ce prince le trouva En gestes il passa tous les Rois de sa race Et fut à peine Roy dix ou douze ans d'espace. Il se borna plus loin, il rompit le pouvoir De l'heureux adversaire, et trompa son sçavoir Et commme d'Annibal l'invincible victoire Au vengeur Scipion céda jadis sa gloire. Ainsi l'heur de Henry de Charles renversa L'heur, et fit que deslors Plus outre il ne passa.
Plus heureusement clone la fortune ayant prise, P2t d'un meilleur conseil cachant son entreprise, Sur Bollongue vendue un tel exploit il fit, Qu'aussitost qu'il l'eut veuë, aussitost il la prit. Vengeur, et protecteur il garda maintes villes, Maints estats, et maisons, de devenir serviles. L'Escosse avec sa Royne aux Anglois il osta Et par nœud d'alliance aux François Padjousta. Comme le fier Germain a sa force esprouvee, Aussi son aide a-il à son besoin trouvée. Que diray-je de Sienne, et de Parme, et des forts De Corse Genevoise aux Ligustiques bords ? Que diray-je de Rome, et du chef de l'Eglise, Dont ce Roy très chrestien la défense avoit prise?
Sic non ipse sibi pacem dura qucerit in armis
Ast aliis victor, Rex pius arma tulit.
Fortunam belli, Martemque expertus utrumque
Maxima damnatulit, maxima damna dédit.
Ceperatis parti m partimque receperat urbeis.
In aueis Guina fuit,Callisiumque ferox. Multa foris, permulta domi, prœclaraque gessit
Viribus indomitus, consilioque potens.
Formavit mores, leges, edictaque sanxit,
Artibus ingenuis favit, et ingeniis.
Non armis îlli quisquam se contulerit héros,
Armata ancipiti seu manus ense foret Seu valida pugnax vibraret spicula dextra,
Curreret adverso seu cataphractus equo Venatu, aucupio, curso gaudebat equestri,
Arte lyrœ doctus, docrus et arte pilse Impiger, et patiens, et natus rébus agendis,
Parcus erat somni, parcus eratque cibi. Sermo fuit simplex, nimiaque haud arte politus
Sed qualem magni Principis esse decet, Accessu facilis, mixta gravitate verendus,
Vultu, qui placido fingitur esse Jovi. Ornatu insignis, regali splendidus Aula
Magnificus Princeps, munificusque fuit, Sedibus expulsos patriis sic ille fovebat,
Gallia communis jam foret ut patria.
Italici gnarus, gnarus sermonis Iberi,
Antiqui ignarus nec fuit Ausonii.
Militia claris summos adjunxit honores,
Doctrina insignes auxit honore togse.
Propositi certus, nulla superabilis arte,
Ac delatorum tutus ab insidiis, Quos semel in numéro cœpisset habere suorum
Optimum hic Princeps, semper et hos habuit. Adde quod his famulos memori sic mente tenebat
Illorum ut noscet nomine quemque suo.
Quod poterat, regnum afflictum, populumque levabat
Nec, nisi dura forent tempora, durus erat. Miscuit hic justo Princeps cequmque, bonumque.
Officio cunctos continuitque suo.
Prcecipue sacris, divumque addictus honbri
Antiquœ vindex religionis erat : Ut qui sceptra Deum solo data munere, sciret
Servari solo munere posse Deum.
Illi casta fuit conjux numerosaque proies,
Externis charus, charus et ipse suis.
Quin Iani templum nuper sic clauserat, illum
TOMBEAU DU ROY HENRI II * j-
Ainsi cerchant la paix par armes, ce bon Rov
Pour autruy fut vainqueur, et non vainqueur pour soy
En guerre il esprouva lune et l'autre fortune,
Et luy fut la victoire et la perte commune.
Il a pris et repris mainte ville et main fort
Mesme Guine, et Calais à l'imprenable port'
En paix et guerre il fit mainte preuve notable
Pourveu de bon conseil et de force indontable '
11 reforma les mœurs, il fit loix, et edicts,
Favorisa les arts, et les gentils esprits.
Nul Prince l'égala en puissance, et addresse,
boit que l'arme en la main il monstrast sa proësse,
Soit quil branlast la picque, ou qu'en haut appareil
Il courust a la lice, il n'eut point son pareil
De chiens, oyseaux, chevaux, il avait la prattique,
Aimoit l'art de la paume, et l'art de la musique
Prompt, endurant, actif, il se monstroir aussi
Du dormir, et manger, avoir peu de souci. Son parler fut naïf, non poli d'artifice
Mais sentant son grand Roy, qui fait autre exercice
Son visage estoit doux, meslé de gravité
Tel qu'on peint Juppiter, quand il n'est' irrité
Propre en accoustremens, et tenant cour Royale •
D une magnificence et splendeur libérale
Les estrangers chassez tellement il traittoit
Qu un refuge commun la France leur estoit'
Il sçavoit l'Espagnolle et langue Italienne'
Et si n ignoroit pas l'antique Ausonienne
Le vaillant capitaine il mettoit en avant,
Et aux plus hauts estats poussait l'homme sçavant
Constant en son propos, et par art invincible
Il fut aux rapporteurs du tout inaccessible
Ceux qu'il avoit un coup en sa grâce reçeus
Onques de sa faveur ne se virent deçeus Adjoutez qu'il avoit si heureuse mémoire
Que d un chacun des siens le nom luy fut 'notoire
De ne T \agTh S°n PeUpl6' ayant tOUSJ°urs le ^in De ne le fouler point qu'à l'extresme besoin
II mesloit 1 équité avecques la justice
Et sçavoit contenir chacun en son office
Surtout il fut dévot, se monstrant en tout' Heu
Protecteur de l'Eglise et de l'honneur de Dieu •
Comme bien cognoissant que les Grands Princes tiennent
Leur grandeur de Dieu seul, et par luy la main iennent
Une espouse loyale, et mains enfans il eut
Aymé des estrangers, aymé des siens il fut
Mesme :1 avoit la guerre emprisonné de sorte
Augusto ut posses dicere jure parem.
Nec satis hoc generum sibi junxerat iste Philippum
Quo nullus poterat dignior esse gêner.
Utque foret regnum magis, ac magis undique tuum
Austrasio natam junxerat ante Duci.
Quid plura ? Henricus jam totum impleverat orbem.
Orbis et Henrici nomine plenus erat.
Haud tamen iis magnum se, felicemque putabat,
Queis poterat summum vel superare Jovem Ni digno conjuncta viro, dignisque hymenseis
Digna Deo conjux Margaris aucta foret.
Ergo, quod toties votis optaverat unum,
Germance tedas vidit, et interiit.
Interiit, viditque simul (pro tristia fata !)
Efferri tedas è tumulo ad thalamum. Sic superis visum, tam lœtis tristia rébus
Et miscere novis (heu) bona tanta malis. Vicenos œvi bis jam numeraverat annos,
Bis senos regni viderat ille sui.
Illum flevit Eques, flevit Populusque Senatusque
Et flevit Divis qui pia sacra facit.
Talis erat Romae Augustum lugentis imago:
Nec minus Augusto charus et iste fuit.
Et merito fuit ille quidem : nam mitior alter
Non fuit in terris, justior, aut melior. Regali elatus pompa de more vetusto,
Maiorum antiquis est situs in tumulis. Hœredem patriae laudis, regnique reliquit
Franciscum, qui nunc Gallica sceptra régit : Qui magnum virtute refert, animoque parentem
Quique refert magni nomen et omen avi. Talis vita fuit. Fatum si forte requiras,
Hoc quoque disce, hospes, cum gemitn et lacrymis. Bella decennali cùm se gessisse duello
Cerneret, et priscos œquiparasse Duces, Afflictum bello populum miseratum, ab armis
Cessandum ducens nec tamen esse sibi.
Dum pudet ignava fortem certare palestra :
Nec nisi sanguineo luclere Marte juvat, Heu cadit effracti non digno vulnere conti
Indomitus veris hostibus, et jaculis.
Compositis tamen ante cadit sic rébus, et armis,
Aurea ut hœc demum secula nostra forent. Sic populo gratus, gratus sic omnibus unus,
Ut posset summis cemulus esse Deis.
Juppiter hoc metuens, ne quid fortuna noceret
Scilicet hanc fato sustulit invidiam.