DE SAVOYE
Monsieur et frère, ne m"ayant comme vous sçavez, permis mon indi> position de pouvoir faire la révérence à Madame de Savoye, depuis 1» mort du feu Roy, que Dieu absolve, j'ay pensé que pour reparer ceste faute, et pour me ramentevoir tousjours en sa bonne souvenance, je ne luy pouvois faire présent plus agréable que ce que je vous envoyé pour lui présenter, s'il vous plaîst de ma part. C'est le Tombeau latin et françois du feu Roy son frère., basti des ferremens de nostre mestier, sinon de telle estoffe et artifice, qu'il eust bien peu estre d'une meilleure main pour le moins de telle révérence, et dévotion, que pour ce regard il ne doit céder ny à l'excellence du Mausolée, ny à l'orgueil des Pyramides Egyptiennes. Je l'eusse bien peu enrichir si j'eusse voulu (et l'œuvre en estoit bien capable, comme vous pouvez penser) de figures et inventions poétiques d'avantage qu'il n'est et qu'il semblera peut estre à quelques admirateurs de l'antique poésie, que je le devois faire ; mais il m'a semblé que pour la dignité du sujet, et pour rendre l'œuvre de plus grande majesté, et durée, un ouvrage Dorique, c'est à dire plein et solide, estoit beaucoup plus convenable qu'un Corinthien, ou autre de moindre estoffe, mais plus elabouré d'artifice et invention d'architecture. Or, tel qu'il est, si mad. Dame s'en contente, j'estimeray mon labeur bien employé, ne m'estant, comme vous sçavez mieux qu'homme du monde, jamais proposé autre but ny utilité à mes estudes, que l'heur de pouvoir faire chose qui luy fust aggreable.
J'avois (et peut-estre non sans occasion) conçeu quelque espérance de recevoir un jour quelque bien et advancement de la libéralité du feu Roy, plus par la faveur de mad. Dame, que pour aucun mérite que je sentisse en moy. Or, Dieu a voulu que je portasse ma part de ceste perte commune, m'ayant la fortune par le triste et inopiné accident de cette douloureuse mort retranché tout à un coup, comme à beaucoup d'autres, le fil de toutes mes espérances. Ce desastre avec le partement de mad. Dame, qui, à ce que j'entens, est pour s'en aller bien tost es pays de Monseigneur le Duc son mary, m'a tellement estonné et fait perdre le cœur, que je mis délibéré de jamais plus ne retenter la fortune de la court, m'ayant, nescio quo fato, esté jusques icy toujours si marastre et cruelle : mais, abdere vie in secessum aliquem, avec ceste brave devise pour toute consolation : Sftes et Fortuna z'alete. Et qui seroit si fol de se vouloir doresnavant travailler l'esprit, pour faire quel-