AUX DAMES
Ayant appris que des armes l'honneur D'un jeune prince est le plus grand bon-heur, Et que celuy qui tel heur veut acquerre En guerre, doit le cercher à la guerre En paix, aux Cours des Princes et des Rois, Là où se font les joustes et tournois : Jusques ici suivant le fait des armes J'ay fréquenté les assauts et alarmes, Et traversé par périls et dangers, Fleuves et mers, et peuples estrangers, Avecques moy conduisant une troppe De chevaliers des plus preux de l'Europe.
Par le moyen hardi j'ay surmonté Maint brave Prince et maint peuple indonté, Maint monstre horrible, et mainte fiere beste, Jusqu'aux Indois estendant ma conqueste, Dont vous font foy ces Elephans chargez De maints harnois en trophée arrangez.
Là par la voix de ceste vagabonde, Qui va chantant les nouvelles du monde, Ayant ouy que le Tres-chrestien Roy X'aguere a fait publier un Tournoy, Pour célébrer ceste heureuse alliance Qui met en paix et l'Espagne et la France, Pour le désir que j'ay de me trouver En tous les lieux, où se peut esprouver Un chevalier dont l'ardente jeunesse Ne hait rien tant que l'oisive paresse, J'ay entrepris (et comme moy aussi L'ont entrepris ces Chevaliers ici) De m'esprouver en ces paisibles armes, Comme j'ay fait aux dangereux alarmes : Espérant bien dessous vostre faveur D'en rapporter quelque prix et honneur Et tesmoigner qu'on fait de la victoire Rien ne sert tant que l'amour, et la gloire.