‹ Translations, inscriptions et poésies diversesChapitre 8 sur 72 · ENTREPRISE DU ROY DAUPHIN · texte numérisé non relu

ENTREPRISE DU ROY DAUPHIN

Les bancs de sable, ou hastant sa carrière, Avec la main le pousse par derrière, Finablement par ces Nymphes guidez, Sommes au port d'Orléans abordez.

Dessus ce port, d'une fureur mal saine, Le nourrisson du bon père Silène La belle Nymphe Aurelie trouva Et amoureux par force l'enleva.

Fille du Loyre estait ceste Aurelie, Qui se jouant sur l'arène polie Où chasque jour venir elle vouloit Pour trier l'or que son père roulloit Fut de Bacchus par malheur apperçeué', Et luy espris, aussi tost qu'il l'eut veuë.

Elle soudain d'un pied léger s'enfuit, Et luy soudain d'un plus léger la suit, D'elle la peur rend les plantes isnelles, A luy l'amour aux talons met des ailes : Mais qui pourroit, tant sçeust bien s'esprouver, D'un amoureux et d'un Dieu se sauver ?

Du haut d'un roc la Nymphe violée Pour se noyer jà s'estoit esbranlee, Lorsque le Dieu du bon heur y survint, Qui et sa vie et sa course retint. Nymphe, dit-il, chère Nymphe que j'ayme Plus que mes yeux, que mon cœur, ni mov mesme, Arreste-toy et ne te lance à bas, Car d'un mortel la proye tu n'es pas.

Ains de celuy, à qui des Dieux le père Ne desdaigna jadis servir de mère.

Je suis Bacchus, des Indes le vainqueur, Qui ay trouvé ceste douce liqueur, Douce liqueur, le plaisir de la vie, Qui au nectar porte bien peu d'envie. Pour ton amour icy je planteray Ma belle vigne, et croistre j'y feray Le meilleur vin que beut jamais la France, Laquelle aura toujours en révérence Toy, et ton nom, dont sera désormais Dit Orléans ce lieu pour tout jamais.

Ainsi Bacchus flattoit son Aurelie.

Et peu à peu sa tristesse elle oublie.

Mais reprenant nostre premier propos, Ayant pris là quelque peu de repos, Sur le rivage un chacun se retire : Puis sur le dos chargeant nostre navire, Sans plus nager par les champs ondoyant, Avons passé les sillons blondovans

De la grand Beausse et la plaine Françoise : Comme jadis la jeunesse Grégeoise, Ces demi-dieux, compagnons de Jason, Allant bien loin conquérir la toison Servoyent de mer à leur mère affaiblie Par les sablons de la cuite Lybie.

Or sommes-nous par le vouloir divin Dedans Paris arrivez à la fin :

Où contemplant la majesté Royalle Du Roy et vous, son espouse loyalle, Nous nous tenons trop bien recompensez Du long cbemin et des travaux passez.

Vingt Chevaliers nous sommes d'une bande Qui supplions vostre majesté grande De trouver bon, que sous vostre faveur Xous efforcions de gaigner quelque honneur En ce tournoy où la brave jeunesse Plus que jamais doit monstrer sa proësse.

Ceste faveur que nous cerclions ici Avoir de vous, et cle celles aussi, Que nous voyons autour de vous assises, C'est qu'il vous plaise accepter les devises Que nous venons ici vous présenter, Et que puissions pour vostre nom vanter.

Nostre devise est assez évidente, C'est une lance, et une torche ardente, Mars est la lance, Amour est le flambeau, Qui enlacez sont d'un double chapeau, L'un de laurier que la victoire donne, L'autre de myrth' dont Venus se couronne : Devise propre à ceux qui sont venus, Ainsi que nous de Mars et de Venus : Et qui, suivant la loi de nostre terre, Veulent l'amour par les armes conquerre,

Fl.AMMA FERROQUE.

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