CHAPITRE PREMIER
NOTIONS PRÉLmiNAIRES.
§ I". — De l'opération de la taille.
a taille , dans Facception générale de ce mot, a
donner et de conserver aux arbres une forme
I en répartissant le plus également possible la
e toutes leurs parties.
faire fructifier ceux qui y sont naturellement
osés.
les maintenir en bon état de production.
1 obtenir des fruits plus gros, de meilleure qua-
lus hâtifs.
louvent de prolonger leur existence.
utile de donner aux arbres fruitiers cultivés
ardins, des formes régulières qui puissent per-
mettre de les diriger sans grandes difficultés. L'espace souvent restreint consacré à leur culture oblige de les soumettre à la taille , afin qu'ils n'occupent pas beaucoup de place, tout en donnant d'abondants produits.
Quelques espèces ne peuvent être cultivées , dans la plus grande partie de la France, d'une manière avantageuse, qu'en espalier; il convient, en les appliquant au long d'un mur, de leur faire suivre certaines lignes pour que celui-ci soit complètement utilisé.
Il est des arbres qui, livrés à eux-mêmes, se mettent difficilement à fruit; la taille a des moyens , dont nous parlerons bientôt, pour activer leur fructification.
Leur rapport est aussi plus assuré et plus constant : en ne leur laissant chaque année qu'une certaine quantité de fruits, on évite leur épuisement; les abris qu'on leur donne préviennent les accidents fâcheux.
Les fruits laissés sur Tarbre en quantité proportionnée à sa vigueur, et recevant chacun leur part convenable de l'influence du soleil et de l'air, acquièrent plus de volume et de qualité. Leur maturité se trouve hâtée par TefiFet des espaliers, qui concentrent autour d'eux la chaleur nécessaire.
21. La taille est donc utile, mais à condition qu'elle se fera d'après les vrais principes de la physiologie végétale. Mal appliquée, elle compromet la production et même la vie des arbres; bien faite, elle les entretient dans un bon état de santé et de rapport ; elle prolonge même leur durée en portant remède à leur épuisement ou aux maladies qui pourraient survenir.
Nous distinguons deux tailles : la taille d* hiver et la taille d'été.
22. Vépoque où se pratique la taille^d^hiver varie suivant les contrées et les différentes espèces d'arbres. On peut dire, d'une manière générale ^ qu'elle commence dès que la sève est entièrement ralentie, et qu'elle finit lorsque celle-ci reprend son cours ordinaire et fait développer les bourgeons, ce qui a lieu des premiers jours de novembre à la fin de mars. Pour les pays dont la latitude se rapproche de celle de Paris, le moment le plus favorable est février et mars, après que les grands froids sont passés, les plaies se trouvent exposées moins longtemps à l'air, n'ont pas à subir l'effet de l'hiver, se recouvrent mieux et plus vite. Dans les pays méridionaux, où rhiver se fait peu sentir, on peut commencer à tailler en novembre.
Toutefois, sous le climat de Paris , on peut aussi tailler tout l'hiver, excepté pendant les grands froids et lorsque les arbres sont couverts de givre; car le bois, devenu plus cassant, s'éclate facilement sous la serpette^ ce qui rend la guérison des plaies plus difficile. Il faudra avoir soin, en ce cas, d'éloigner la coupe de Tœil plus qu'on ne l'aurait fait si l'on avait attendu au printemps. Le bois se desséchant, l'œil pourrait lui-même être endommagé.
Ce que nous venons de dire s'applique aux arbres à fruits à pépins, au poirier surtout; car le pommier, étant un des arbres les plus tardifs à entrer en végétation, est ordinairement réservé pour la fin. Quant aux arbres
à fruits à noyau , notamment le pêcher, il faut attendre que les boutons commencent à être apparents^ afin de bien les distinguer pour tailler les branches à fruits. Les plaies sur ces arbres sujets à la gomme sont plus facilement recouvertes au printemps que pendant l'hiver.
Autant que possible, toute la taille^ et celle de la vigne surtout, sera faite avant l'ascension de la sève, afin d'éviter d'en perdre et d'affaiblir l'arbre.
L'époque de la taille d'été est depuis le moment où la ^ végétation commence à être bien active jusqu'à celui où ', elle se ralentit sensiblement, c'est-à-dire des premiers jours .de mai à la fin d'août. Nous en parlerons plus au long en traitant des diverses opérations d'été. Il y a donc / à s'occuper des arbres fruitiers soumis à la taille pen- J dant une grande partie de l'année.
23. Les instruments dont on se sert pour cette opération sont : 4** la serpette, 2** le sécateur ^ 3° la scie à maïUf dite égohine.
La serpette varie beaucoup de forme : nous n'entrerons ici dans aucun détail à ce sujet; nous dirons seulement qu'elle doit être toujours bien affilée et bien propre, pour qu'elle puisse passer aisément dans le bois sans l'éclater. C'est le meilleur instrument pour tailler.
Après elle vient le sécateur , qui est d'invention moderne. Il se compose d'une lame et d'un crochet. Cet instrument a l'inconvénient d'exercer sur le bois une pression qui souvent rend la cicatrisation de la coupe difficile; mais s'il est bien fait, et surtout si Ton sait s'en servir, cet inconvénient devient bien moindre. On a
jusqu'ici rejeté le sécateur comme impropre à la taille des arbres fruitiers, nous avons longtemps partagé cet avis : cela tenait principalement à sa mauvaise confection; mais aujourd'hui qu'il a été très perfectionné, nous admettons qu'on puisse s'en servir, il faut avoir soin de tenir le crochet en dessus et la lame en dessous; la coupe est alors beaucoup plus nette et la pression est presque insensible. Avec ces précautions, le sécateur peut être employé , non seulement à la taille de la vigne et du pécher, ce qui est admis depuis longtemps , mais encore à celle de tous les arbres fruitiers. Il présente l'avantage d'une réelle économie de temps et est d'un maniement plus facile que la serpette. Cependant son emploi ne doit pas dispenser de l'usage de cette dernière, qui seule peut atteindre certaines branches près des ramifications. On la préférera aussi pour tailler les branches de prolongement; elle présente plus de sécurité que le sécateur, par la raison que les coupes sont toujours plus nettes.
La scie égohine est indispensable quand il s'agit de branches trop fortes pour être enlevées par la serpette et le sécateur. La lame doit être forte et flexible, les dents bien évidées, afin de débiter promptement; enfin l'extrémité sera en pointe allongée pour pouvoir se glisser entre deux branches très rapprochées.
§ n. — De la forme à donner aux arbres.
24. Les diverses formes auxquelles nous soumettons les arbres ne sont pas indifférentes ; elles dépendent en
partie de la nature de l'espèce et de celle du climat. Nous entendons ici par forme , la disposition générale de l'arbre; nous laissons de côté, pour le moment, les modifications plus ou moins importantes apportées dans les détails, nous y reviendrons plus tard en traitant de la taille de chaque espèce .
Nous ne parlerons que des formes les plus usitées et reconnues jusqu'ici comme les meilleures. Ce sont : IMa pyramide ou cône y 2° le plein-vent ou haute tige^ 3° le rnscy 4° le buisson ou cépée^ 5"* Vespalier et le contre-espalieTj 6° la treille. Celle-ci peut évidemment être considérée comme faisant partie de l'espalier^ mais son mode de formation est tellement différent de celui des autres arbres, que je crois devoir la placer à part.
2^. De la pyramide ou cône (fi g. 4). — La plupart des arbres ordinairement cultivés dans les jardins peuvent être traités suivant cette forme; cependant le poirier est celui auquel elle s'applique le plus particulièrement : c'est elle qui permet d'en entretenir sur un espace donné le plus grand nombre possible.
Elle consiste en une tige verticale garnie de la base au sommet de branches latérales dont la longueur diminue à mesure qu'elles se rapprochent de la partie supérieure. Ces branches forment avec la tige un angle plus ou moins ouvert, et s'élèvent obliquement de manière à former un cône dont le plus grand diamètre devra avoir environ le tiers de la longueur totale. C'est une des meilleures formes : elle laisse la lumière et l'air pénétrer libi*ement dans toutes les parties de l'arbre , tient
Fig. 4.
peu de place sur les plates-bandes; elle est productive. 26. Le plein-vent on haute tige est applicable à toutes les essences; cependant, sous le climat de Paris, le pêcher est peu cultivé de cette manière. Les arbres traités ainsi ne prennent leurs branches que sur un tronc élevé de 2 mètres environ. Cest la forme la plus convenable pour la plantation des vergers et des bordures le long des chemins. 5
Fig. 5.