‹ Trate de la taille des arbres fruitiersChapitre 17 sur 105 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

§ I«^ — Opérations d'hiver.

4S. Coupe (fig. 13). — Elle consiste à enlever en entier ou en partie les rameaux ou les branches sur lesquels on exécute la taille. La manière d'opérer n'est pas indifférente. Il faut toujours couper à 3 ou 4 millimètres au-dessus de Toeil, suivant la force du rameau , pour les espèces à bois dur, et à 8 ou 10 millimètres pour les espèces à bois tendre. L'aire de la coupe doit être opposée à Pœil , pour permettre à l'eau ou à *^" la sève de s'écouler sans lui porter préjudice, et être faite en biseau arrondi, afin de présenter la moindre surface possible.

On tient le rameau d'une main en mettant son pouce au-dessous de l'œil sur lequel on veut tailler, comme point d'appui , et de l'autre on fait glisser obliquement la serpette, afin de couper net. On doit toujours être maître de son mouvement pour ne point se blesser, ni iommager les branches voisines. La partie qui reste ;re l'œil et l'aire de la coupe se nomme onglet. Dans

les espèces abois tendre , comme la vigne, l'onglet se dessèche ; à la taille suivante, on l'enlève pour la propreté de l'arbre. Cet onglet est long, parce que sur cette nature de bois Pair et l'humidité ont une grande action qui tend à le dessécher, il en meurt toujours une certaine portion; s'il était trop court, la mort pourrait gagner l'œil lui-même. Dans les espèces à bois dur, on ^ taille plus rapproché, avons-nous dit; cependant il faudra éviter avec soin d'approcher la coupe trop près de l'œil, car on l'affaiblirait, et il ne donnerait plus qu'une pousse très faible : c'est ce qu'on nomme éventer.

Quelquefois on évente l'œil à dessein, pour éviter son trop fort développement; nous indiquerons plus loin les cas très rares dans lesquels on pourra recourir avec avantage à ce moyen.

Il ne faut pas confondre d'ailleurs cette manière d'opérer avec celle que Ton pratique parfois dans le but de faire disparaître les coudes que la taille formerait, et qui consiste à couper le rameau en biseau très allongé, car dans ce cas on conserve encore un onglet suffisant ^ pour ne pas nuire à l'œil.

Quand on supprime une branche avec la scie , il faut toujours parer la plaie avec la serpette; la cicatrisation se fait mieux, la coupe faite avec la scie n'étant jamais bien nette.

46. Rapprochement. — Rapprocher, c'est tailler sur le bois des années antérieures; on tient la taille plus proche du centre de l'arbre. Cette opération se fait sur toute espèce d'arbre; elle a pour but de leur rendre de

la vigueur, en concentrant la sève au bénéfice d'une étendue de branche plus restreinte. La taille s'établit soit sur des nodosités , soit près des coudes, pour exciter le développement des yeux latents et adventifs, qui serviront à prolonger la charpente. Nous conseillons le rapprochement pour les arbres que Ton a voulu former trop vite, et que Ton a chargés à fruit trop tôt; nous avons par ce moyen rétabli en peu d'années des poiriers en espaliers qui ne donnaient plus que des récoltes insignifiantes et de mauvaise qualité. Il se fait sur des arbres languissants ou défectueux, mais non encore trop affaiblis.

47. Ravalement, — C'est une opération plus énergique que le rapprochement. On supprime toutes les branches latérales d'une pyramide ou d'une palmette jusque sur leur empâtement, afin d'obtenir de nouveaux bourgeons capables de refaire une nouvelle charpente. Il s'applique aux arbres assez bien portants, mais mal faits; la tige doit être exempte de maladies. Par ce procédé, on arrive à les refaire très promptement. Ce sont les yeux adventifs qui fournissent les nouveaux bourgeons; si, pour faciliter leur sortie on a soin d'enlever les vieilles écorces lorsqu'il y a nécessité, en raclant l'arbre, la réussite est plus certaine/ Lors du développement des bourgeons, on choisit ceux qui sont convenablement placés pour établir une nouvelle charpente et l'on supprime les autres./

48. Recépage. — Dans le recépage on coupe tout l'arbre près du collet, afin de reconstituer entièrement

une nouvelle charpente. Ce moyen peut être employé pour toutes les essences fruitières (mais réussit moins sûrement pour le pêcher, à moins qu'il n'ait déjà de jeunes pousses parties avec vigueur au-dessus du tronc), soit sur les vieux arbres encore assez vigoureux pour émettre de bons bourgeons, soit sur les jeunes dont la conformation défectueuse le réclame.

Dans le cas où les plaies sont fortes, ce qui arrive lors de ces trois dernières opérations , il est bon de les recouvrir de cire à greffer ou d'onguent de Saint-Fiacre.

49. Entailles (fig. 14). — L'entaille ou cran consiste à enlever une portion de tige ou de branche jusqu'à l'aubier, en entamant un peu de ce dernier, dans le but d'interrompre momentanément le cours de la sève Elle, se fait au-dessus et au-dessous d'une branche, d'un œil ou de toute autre production.

On la pratique au-dessous pour empêcher une branche de prendre un trop grand accroissement : dans ce cas, elle se fait sur l'empâtement même, d'autant plus profonde que la branche est plus forte; au-dessus, au contraire, pour faire développer un bourgeon ou une branche trop faible, on évite d'offenser l'œi ou la branche. L'entaille inférieure empêche la sève ^^' ^ ' de passer en grande quantité dans la branche et l'afiFaiblit; la supérieure fait dévier ce liquide dans la

branche ou le bourgeon et les force à prendre plus de développement.

Il arrive quelquefois que le bourgeon ne pousse que faiblement; alors on renouvelle Topération Tannée suivante. Si rien ne se développait la deuxième année, il serait inutile de recommencer. Souvent, pour la rendre plus efficace, au lieu de faire l'entaille horizontalement, on la fait obliquement, en forme de chevron, de manière à entourer l'œil sur une plus grande étendue et y faire affluer la sève plus abondamment.

Quand on veut l'appliquer aux arbres à fruits à noyau, chez lesquels elle donne aussi de bons résultats, comme ils sont sujets à la gomme, on aura soin d'enduire la plaie avec de la cire à grefiFer ou de Tonguent de Saiut- Fiacre. Toutefois, sur le pêcher, elle doit être faite avec la plus grande circonspection.

50. Incisions. — Elles se pratiquent sur l'écorce et sont de plusieurs sortes ; leurs effets sont différents suivant la forme qu'on leur donne.

V incision transversale est un diminutif de l'entaille, mais ne se fait qu'au-dessus des yeux, à 3 ou 4 millimètres environ ; elle interrompt les canaux de la sève sans enlever de bois; son efficacité est moindre, cependant elle suffit dans bien des cas pour assurer le développement d'un œil. On la pratique principalement sur les branches ou les rameaux d'un diamètre trop faible pour supporter Tentaille ; on la préférera à cette dernière pour le pécher.

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