‹ Trate de la taille des arbres fruitiersChapitre 19 sur 105 · Éhorgnage. — C'est la suppression, au moment · texte numérisé non relu

Éhorgnage. — C'est la suppression, au moment

de la taille, des yeux jugés complètement inutiles, et qu'il faudrait enlever plus tard , lors de rébourgeonnement : on utilise ainsi une partie de la sève qui eût été perdue si Ton avait laissé ces bourgeons s'accroître. On l'emploiera avec beaucoup de ménagement. Le cas le plus ordinaire est lorsqu'une branche à fruit du pêcher a été taillée long , et que le fruit se trouve éloigné de la base : on fait tomber alors tous les yeux placés entre les deux les plus près du talon et les boutons à fruit. ' Sur le même arbre, si l'on jugeait que des yeux dussent devenir gourmands, on les couperait en ménageant les sous-yeux qui les remplaceront avec avantage; mais peut-être vaut-il mieux attendre à l'ébourgeonnement.

54. Arcure. — Elle consiste à courber en forme d'arc ou de demi-cercle des rameaux ou même des branches, l'extrémité inclinée vers le sol, et à les maintenir dans cette position au moyen d'un lien, dans le but de les faire mettre à fruit. La sève, dont le mouvement se trouve ralenti par suite de la courbure qu'elle a à parcourir, ne fait plus développer que des dards et des brindilles , et il se forme des boutons. C'est un puissant moyen , mais nous ne recommandons son emploi à l'égard des rameaux terminaux des branches que dans les cas extrêmes , c'est-à-dire sur les arbres tellement vigoureux, qu'une taille allongée et un pincement suivi n'ont pu les fairei fructifier.

Nous ne pratiquons l'arcure que partiellement sur les rameaux latéraux pris sur les branches les plus fortes,

et sur les brindilles, en prenant le soin de supprimer Tœil terminal.

Quelques cultivateurs soumettent leurs arbres tout entiers à cette forme, pour leur faire donner promptement du fruit, ils y arrivent, mais nous nous gardons de les imiter, car des arbres ainsi traités s'épuisent vite et vivent peu de temps. Les fruits deviennent petits , la sève ne les alimentant plus suffisamment, inconvénient qui n'a pas lieu lorsque Tarcure n'est que partielle.

Quand l'arbre sera totalement à fruit, les rameaux et brindilles arqués devront disparaître ; les dards et les lambourdes suffisent pour assurer la production.

55. Du palissage. — Il a pour objet de fixer l'arbre au mur, soit directement , soit par un treillage , ou sur ce dernier seulement, comme dans le contre-espalier.

Il y a deux sortes de palissage : l"" \e palissage en secj ou dressage; 2** \q palissage en vert.

Le premier se fait après la taille et sert à maintenir Tarbre suivant la forme que l'on veut lui donner. Quand on palisse directement sur le mur, on se sert de petits morceaux de drap dans lesquels on place la branche sans trop la serrer, et dont on fixe les extrémités au mur avec un clou : c'est ce qu'on nomme paUsser à la loque. Au point de vue du dressement des arbres, cette méthode est la plus avantageuse, en ce qu'elle permet de placer la branche juste à l'endroit désigné; mais elle est peu répandue, étant plus difficile et moins expéditive que le palissage sur treillage. Elle exige aussi des murs recouverts d'un assez fort enduit de plâtre, O^'jOS

environ j/^i Ton attache sur un treillage, on se sert de liens d'osier de grosseurs différentes; suivant la force des branches.

Pour être bien palissées , les branches à fruits du pêcher doivent former, avec la branche de charpente , un angle aigu , et avoir leur extrémité , autant que possible, sur la même ligne, de manière à présenter une arête. Celles qui naissent sur le dessus des branches charpentières seront palissées plus inclinées que celles du dessous : on modère ainsi leur vigueur, toujours plus grande que celle des dernières, et Ton assure davantage la sortie de l'œil placé à la base du rameau à fruits qui est destiné au remplacement. Quant aux branches de charpente, on les attache en évitant de leur faire faire des coudes trop prononcés; dressées bien droites, la sève ne rencontre pas de point d'arrêt et circule librement dans toute leur étendue. C'est par le dressage qu'on donne à l'arbre la forme qu'il doit avoir définitivement, et Ton arrive à ce résultat graduellement, en amenant chaque année les branches jusqu'à la position qu'elles doivent occuper pour toujours.

On dresse d'abord la charpente de l'arbre , en commençant à attacher les branches par en bas, et l'on continue en avançant vers le haut. Ensuite l'on passe aux petites branches à fruit qu'on palisse en commençant au contraire par celles du haut , afin de se faire de la place pour les suivantes; mais ces petites branches sont elles, mêmes attachées à leur base avant de l'être à leur sommet. Si l'on se sert de loques, celles-ci doivent être,

alternées autant que possible, et clouées en appuyant sur les coudes pour tenir les branches très droites.

56. Du palissage en vert. — Celui-ci se fait pendant toute la durée de la végétation. Il a pour but de soutenir, à l'aide de liens de jonc, si c'est un treillage, les bourgeons , et de les diriger de manière qu'ils ne se gênent point entre eux, pour éviter Tétiolement des feuilles inférieures, et, par suite, Tavortement des yeux. Le moment de ce palissage varie suivant la force des bourgeons : ceux qui tendront à croître avec trop de vigueur seront palissés plus tôt et plus serrés que ceux qui sont faibles ; ceux-ci seront , au contraire , laissés en liberté ou attachés lâches, de manière qu'ils puissent pousser à l'aise. Avant de les attacher, il faut attendre qu'ils aient acquis assez de consistance pour être mis facilement dans la position qui leur est destinée sans crainte de les casser. On évitera aussi de les faire croiser les uns sur les autres ainsi que de les tordre ; on les tiendra en ligne droite sans prendre de feuilles dans le lien et en laissant l'extrémité libre, surtout s'ils sont faibles : ils seront donc rangés symétriquement sans mettre à découvert les fruits, qui, exposés trop tôt à l'action directe du soleil, seraient ralentis dans leur "ccroissement.

Le palissage en vert se fait plus tôt sur les bourgeons u dessus des branches charpentières que sur ceux du essous, à moins qu'il n'y en ait parmi ces derniers de •op forts. Dans ce cas on palisse aussi ceux-ci de bonne eure. Mais il est plus utile souvent de les dépalisser

tous au début de la végétation et de les laisser ainsi pendant plusieurs jours.

On veillera attentivement à ce que les liens ne soient pas serrés au point de former plus tard, sur les bourgeons, des étranglements et des bourrelets, lorsque ceux-ci viendront à grossir. On en conservera quelquesuns qu'on attachera sur les branches de charpente pour les préserver du soleil , surtout sur le pêcher. Enfin , on aura soin de retirer en avant les bourgeons qui auraient * tendance à passer derrière le treillage, avant qu'ils aient pris trop de développement. Quant aux bourgeons de prolongement des branches de charpente, on les maintiendra bien droits et dans le sens déjà suivi par ces dernières, à moins que la forme ou l'équilibre n'exigent qu'ils soient abaissés ou relevés.

La palissage en sec et le palissage en vert sont de puissants moyens pour maintenir ou ramener l'équilibre dans les arbres. La sève, comme nous l'avons déjà dit plusieurs fois, s'élève de préférence dans les parties verticales , l'air et la lumière aident beaucoup à cette tendance; lors donc qu'on voudra conserver l'équilibre d'un arbre, on rapprochera de la ligne verticale les branches faibles, qu'elles soient charpentières ou fruitières, en les éloignant un peu du mur, /si c'est nécessaire , par le moyen d'un arc-boutant ou d'un tampon de paille, et l'on inclinera, /par contre, les branches fortes en les palissant de bonne heure. 'Il est souvent ^ indispensable, quand on palisse sur un treillage dont les ) mailles offrent trop d'écartement, de se servir de petites /

alaises qui, réduisant leur dimension» facilitent le palissage et permettent de placer les bourgeons dans la position voulue.

Le treillage à montants rapprochés évite ce soin et a l'avantage de permettre de tenir les rameaux plus près de la charpente en les obliquant. Celle-ci^ ainsi que les fruits à la base de ceux-là , sont mieux garantis par les feuilles des bourgeons.

57. De rébourgeonnement. — Il est utile à la formation de tous les arbres , et est de toute nécessité pour ceux qui sont en espalier, surtout pour le pêcher et la vigne.

Il se développe toujours plus de bourgeons qu'il n'est nécessaire pour l'existence de l'arbre et pour sa bonne conformation. Le pincement ne fait que les arrêter dans leur croissance, tandis qu'il est souvent utile de les enlever tout à fait afin de rendre le palissage praticable. Par rébourgeonnement , on enlève donc tous les bourgeons inutiles, qui feraient confusion et absorberaient une partie de la sève, qui alors se trouve réservée pour ceux qui doivent rester.

Cette opération complémentaire de la taille exige un certain soin , elle doit se faire graduellement et non simultanément ;'ce dernier mode d'opérer aurait le grave inconvénient d'occasionner un ralentissement dans la végétation ; il faut bien connaître quelles sont les pousses que Ton protégera , en les palissant et les pinçant au besoin. On la commence lors de la première végétation, principalement parles vieux arbres et par ceux qui sont

faibles et languissants. Il y a cependant lieu de craindre sur le pêcher, qu'en ébourgeonnant de trop bonne heure, les bourgeons destinés à produire le fruit l'année suivante ne viennent à prendre trop de force et que celuici soit rare; on attendra un peu, surtout chez les jeunes arbres, afin de laisser au bourgeon de remplacement une sorte d'infériorité relative. Sur le même arbre (le pêcher), lorsque des yeux triples ou doubles se développeront sur le dessus des branches de charpente, on ne gardera que la plus faible pousse. Si c'est en dessous, on conservera, au contraire, la plus forte. Lorsqu'il naîtra deux ou trois bourgeons à l'extrémité d'une branche de prolongement, on enlèvera les plus faibles et on laissera le plus fort, car il faut ici une bonne végétation pour obtenir une belle charpente. Nous ferons observer qu'en général sur les pêchers vigoureux , il convient de ne pas se presser de palisser, d'ébourgeonner et de tailler en vert, afin que le bourgeon de remplacement n'ait pas trop de force, pour avoir du fruit. /

Dans tous les cas, on n'attendra pas que le bourgeon ait au delà de 5 à 6 centimètres pour le supprimer, afin de laisser la place à ceux qui doivent être palissés. Ils seront enlevés bien nettement avec la serpette pour que la plaie se cicatrise facilement. Exécuté trop tôt, l'ébourgeonnement aurait l'inconvénient de faire naître de faux bourgeons qui deviennent souvent un embarras sur les arbres à fruits à noyau au moment de la taille ; fait trop tardivement, il trouble la végétation en ôtant des issues à la sève; celle-ci est obligée de se rejeter

dans d'autres parties qui souvent prennent trop de force. Cependant il est quelquefois nécessaire de n'ébourgeonner que tard et même point du tout, mais seulement de pincer : c'est lorsqu'on veut fortifier une branche faible, en lui laissant une grande quantité de bourgeons; on obtient par eux un appel de sève qui détermine son renforcement.

Les pousses mal placées, comme celles de devant et de derrière sur les branches de charpente d'un arbre en espalier, seront enlevées, à moins qu'elles ne soient utiles pou;* remplir un vide, et même alors vaut-il mieux greffer, comme nous le dirons plus tard.

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