‹ Trate de la taille des arbres fruitiersChapitre 36 sur 105 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

§ P'. — Du poirier.

82. La pyramide n'est pas la seule forme qui convienne au poirier ; souvent on le cultive, et toujours avec le plus grand succès, en espalier. Le contre-espalier réussit aussi très bien , si ce n'est qu'il est peu facile à abriter, ce qui, dans certaines années, le rend moins productif 7Ces deux modes de culture sont très avantageux, tant à cause de la facilité de l'établissement de la charpente de l'arbre que pour la production , qui est relativement plus abondante et plus belle. Les branches de charpente étant mieux et plus régulièrement espacées , les branches à fruits reçoivent plus d'air et de lumière, et sous Theureuse influence de ces agents v^ deviennent plus robustes, s'épuisent moins vite, tout en \ donnant de plus beaux fruits. /

Nous allons examiner la conduite de cet arbre en espalier et contre-espalier, les principes et la marche à suivre sont les mêmes pour ces deux modes de direction.

Les formes aujourd'hui le plus généralement adoptées et avec raison , par les cultivateurs d'arbres fruitiers,

sont la palmette simple et la palmette double ou à deux tiges , dite encore en U.

Occupons-nous d'abord de la première (fig. 39). Elle consiste en une tige verticale sur laquelle partent, à droite et à gauche, des branches latérales également distancées qui portent les branches fruitières. Le tout constitue la charpente et est fixé, soit au mur, soit au treillage , soit encore sur des fils de fer, par les moyens mentionnés aux articles Dressage et Palissage (voy. 5S).

Nous avons dit, en traitant de la plantation, comment on disposait le poirier en espalier; Tarbre est donc planté : nous avons eu soin de ne le prendre que d'un an ou deux au plus , pour trouver à sa base des yeux bien disposés à sortir par la taille, et convenablement placés pour commencer la charpente.

83. Taille de la première année (fig. 40). — Nous taillons sur un scion analogue à celui de la pyramide. Il s'agit d'obtenir trois rameaux : l'un chargé de continuer la tige, les deux autres devant commencer à fournir les deux branches latérales les plus inférieures. On choisira , pour arriver à ce résultat, un œil au point a, placé sur le devant, à environ 0™,30 du sol. Le bourgeon du milieu sera palissé verticalement, les deux autres obliquement, mais sans être trop inclinés, de sorte qu'ils puissent prendre beaucoup de force. U n'y a rien autre chose à faire pendant la végétation, si l'équilibre se maintient entre eux ; autrement on emploie , pour les avoir d'égale force, lesmoyens quenousconnaissonsdéjà.

84. Taille de la deuxième année (fig. il). — A la taille suivante 9 les branches latérales seront raccourcies du tiers à la moitié de leur longueur, quand elles seront vigoureuses. Si elles manquaient de vigueur, on les tiendrait plus courtes afin de constituer une base solide, en facilitant ainsi leur grossissement. On choisira un

Fig. 40.

œil placé sur le devant; à son défaut, on prendra celui de derrière. Celui de dessous est également bon, mais celui de dessus forme un coude trop prononcé. Cette longueur a plusieurs avantages : elle est suffisante pour que ces branches acquièrent l'accroissement convenable et se maintiennent toujours en rapport de vigueur avec les branches supérieures; de plus, elle permet à tous les

yeux de se développer, de produire des organes destinés à la fructification , et d'en tenir les branches bien garnies. Si^i'on avait taillé trop long, une partie des yeux resteraient inactifs et laisseraient des vides sur les branches de charpente; si au contraire, on taillait trop

Fig. 41.

court, les yeux, au lieu de se transformer en dards et boutons à fruit, se développant avec trop de vigueur, retarderaient, malgré le pincement, la mise à fruit de Tarbre; les rameaux pourraient même prendre un tel empâtement qu'il faudrait les supprimer/Dans l'espalier et le contre-espalier, on taille relativement plus long

que dans la pyramide^ parce que les branches maintenues par le palissage le long d'un mur, et même d'un treillage, poussent plus grêles que laissées libres. Il convient donc de les allonger, toute proportion gardée, un peu plus, afin d'y appeler davantage la sève. On doit même s'abstenir de tailler, si les rameaux sont par trop minces ; rœii terminal absorbera une grande quantité de sève et fournira une plus belle végétation que l'œil de taille. De petites incisions longitudinales sur le dessus et le devant des branches aideront encore à obtenir de bons résultats. :

Quant au rameau terminal, on le taillera sur un œil placé de manière à pouvoir établir les secondes branches latérales à environ 0",25 ou 0"*,30 des premières, distance que Ton conservera entre chaque étage de branche. A mesure qu'elles prendront de la force, on les amènera dans la position horizontale, sans attendre qu'elles soient trop grosses, autrement .cela deviendrait difiicile , on risquerait de les rompre , mais en leur laissant cependant une certaine inclinaison. On établit une branche de chaque côté tous les ans, si la végétation est belle, sans la bifurquer; il est toutefois des terrains d'assez bonne nature pour qu'on puisse en obtenir deux : l'une à la taille d'hiver l'autre par un pincement pratiqué à temps. Ce n'est que la seconde année de plantation qu'on doit essayer d'arriver à ce résultat, comme y nous rindiquons figure 41 . ^'

11 y a cependant des précautions à prendre pour ne \ pas s'exposer à avoir des arbres dont la base ne soit

pas assez solide. Quelquefois dans les jeunes arbres il y a avantage à mettre deux ans pour établir le premier étage convenablement, au lieu d'aller trop vite, comme nous venons de le dire. ^

85. Palmetteà deux tiges (fig. 42). — Nous la mettons sur le même rang que la palmette simple, quant à ses bons résultats. Elle consiste en deux tiges verticales faisant office débranches mères, chargées de porter les branches latérales et de donner passage à la sève qui doit les nourrir.

86. Taille de la première année (fig. 43). — On a à obtenir deux branches mères, au lieu de deux branches latérales comme dans la palmette simple; par conséquent on choisit deux yeux latéraux à 0°*,12 environ au-dessus du sol, on pratique sur eux la première taille. Lesdeux bourgeons seront palissés verticalement à O'",30 l'un de l'autre et laissés dans tout leur entier, après qu'on leur aura .fait décrire à la base une courbe pour former un U, en les maintenant en équilibre.

87. Taille de la deuxième année (fig. 44). On rabat chacun des rameaux a sur un œil de devant, à environ 25 à 30 centimètres de la greffe, pour obtenir de chaque côté et le prolongement de la tige et le rameau latéral. Chaque année on aura ainsi un étage, à la même distance que pour la palmette simple. Les branches latérales seront également taillées comme nous l'avons dit pour cette dernière. Le pincement sera fait sur tous ces jeunes arbres selon le besoin/ Lors de la taille de ces deux années, si les yeux de la base n'étaient pas convenablement placés,

il serait bon de poser des greffes en écusson afin de s'assurer des bourgeons régulièrement distances. }

Ainsi dirigés chaque année , ils arriveront à la forme que nous donnons sous les figures 39 et 42, qui représentent des arbres complètement établis.

Quant aux branches à fruits, ce que nous allons dire s'applique aux deux formes.

Elles se prennent en dessus et en dessous des branches

Fig. 43.

latérales, autant que possible; quelquefois il est de toute nécessité de les prendre sur le devant, afin de ne pas avoir de vides. On doit les tenir très courtes, pour que le fruit soit rapproché de la branche de charpente et acquière plus de volume; on les renouvelle partiellement en les rapprochant sur les yeux ou boutons qui se montreraient vers la base toutes les fois que Toccasion

TAILLE DES ARBRES EN ESPALIER. t57

s'en trouve, au fur et à mesure qu'elles commencent à s'épuiser.

Le premier pincement se fera en deux fois, lorsque les bourgeons auront 0"',20 environ de longueur en se rapprochant sur la quatrième ou la cinquième feuille. On commencera par la partie supérieure de Tarbre, qui tend toujours à pousser plus fortement et plus vite, en

Fig. 44.

raccourcissant les bourgeons sur des yeux déjà assez bien constitués. Et ce n'est que lorsque les yeux sur lesquels on aura pincé paraîtront vouloir se développer en bourgeons anticipés , qu'il faudra opérer le pinceinent de le partie inférieure; Ensuite on pincera çà et là quelques bourgeons, pendant tout le cours de la végétation, toujours sur un œil constitué, afin qu'il puisse

/ pousser, absorber de la sève, et empêcher celle-ci de se

/ porter dans les boutons à fruit ou dans les yeux qui s'y

préparent. Les bourgeons anticipés seront à leur tour

^ pinces sur la première ou la deuxième feuille , suivant

^ leur vigueur. ^

En général, plus les branches à fruits seront faibles relativement à l'économie totale de Parbre, mieux elles seront disposées à donner de beaux et bons fruits ; mais dans tous les cas, malgré leur faiblesse, elles doivent être saines et bien portantes. Le pincement court donne ce résultat et met Tarbre à fruit.

Ce que nous venons de dire pour le poirier s'applique également au pommier; seulement celui-ci se met plus ordinairement en contre-espalier, forme sous laquelle il se plaît parfaitement.

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