‹ Trate de la taille des arbres fruitiersChapitre 41 sur 105 · DE LA TAÎLLÈ DES PETITES BRANCHES · texte numérisé non relu

DE LA TAÎLLÈ DES PETITES BRANCHES

102. Époque cte la taille du pêcher. — On ne peut bien distinguer sur cet arbre les boutons dés yeux que lorsque les premiers mouvements de la sève se font sentir. Ces organes commencent alors à grossir pour se développer. C'est donc au printemps qu'on taille le pêcher, c'ést-à-dire du commencement de février à la fin de naars. On peut devancer cette époque , mais on n'est pas aussi certain du résultat. Il arrive quelquefois

que l'on se trouve surpris par la végétation, et que Ton est forcé de faire cette opération quand les fleurs sont entièrement épanouies » le sécateur est alors très utile, parce qu'il agit sans ébranler les branches, comme le font les coups de la serpette, la fleur du pêcher tombant très facilement.

On devra débarrasser toutes les branches de leurs attaches , et enlever les débris de feuilles et de jonc restés après Tarbre et derrière le treillage, pour que le palissage en sec puisse se faire convenablement.

Le pincement, l'ébourgeonnement , la taille en vert, etc. , seront pratiqués d'après lesprincipesque nous avons émis en traitant de ces opérations, et que nous rappellerons chaque fois qu'il sera utile.

Le pêcher, pour peu qu'il soit planté dans des conditions favorables, acquiert une très grande vigueur ; sa végétation est continue et réclame des soins assidus. Le bouton est simple et ne donne qu'un fruit; longtemps on a cru à la nécessité qu'il fût accompagné d'un œil à bois, soit directement, soit dans son voisinage, mais au-dessus de lui, pour donner du fruit ; aujourd'hui ce

Fig. 55.

principe est abandonné : on a reconnu que, sans satisfaire à ces conditions, le fruit peut parvenir à une complète maturité.

103. Branches de remplacement. — Les branches à fruits seront maintenues faibles relativement aux branches de charpenté. Le pêcher a la faculté de repousser sur le vieux bois , mais il ne donne du fruit que sur le bois d'un an. Ainsi une branche à fruits, une fois qu'elle a produit, ne produit plus , de là vient la nécessité de la remplacer. Ce principe est indispensable à suivre , si l'on ne veut pas voir l'intérieur de Tarbre se dégarnir et le fruit se porter aux extrémités des rameaux. Le renouvellement de là branche à fruits chaque année, basé sur le développement de Pœil qui se trouve le plus près de son talon, qu'il soit en dessus ou en dessous, ce dernier toutefois étant préférable, constitue Vart du remplacement : c'est le point capital de la taille du pêcher. Tout, comme nous allons le voir, doit être fait en vue du développement de cet œil, qui donne le bourgeon de remplacement chargé à son tour de produire du fruit l'année suivante.

104. Le rameau à bois, dont la longueur peut atteindre jusqu'à 0"',50 et 0™,60 et plus, mais dont la grosseur excède peu celle de la branche à fruits, se taille à cinq ou six yeux afin de pouvoir être palissé facilement en sec , recevoir de suite une bonne direction et empêcher les yeux de la base de marcher trop vite/ Si les yeux du haut étaient très prononcés et qu'il y eût lieu de craindre leur trop fort développement , on les ébor-

gnerait ou Ton pincerait plus tard leur bourgeons sévèrement afin de faciliter la sortie des deux les plus rap- ^ / proches du talon. Il vaut mieux éborgner ; dans la plu- / part des cas, les sous-yeux partent moins vigoureuse- \ ment que les yeux principaux. Dans le cas contraire^ le

[ bourgeon le plus près du talon j qui est le bourgeon de

\ remplacement , sera amené et palissé progressivement , ^ à l'endroit même qu'il devra occuper Tannée suivante comme branche à fruits, f On le tiendra ainsi dans un état de médiocrité satisfaisant, en laissant prendre à l'autre un peu plus de force. Nous avons gardé deux yeux, afin de diviser la sève et de nous réserver une branche dans le cas où un accident arriverait à Tun. //Si c'est nécessaire , un bourgeon sera pincé lorsque la / végétation de celui gardé pour branche à fruits com- / mence à se ralentir. Si, négligeant ces soins, on avait laissé prendre une force démesurée au rameau à bois, alors au lieu de ne conserver encore que deux yeux Tannée suivante, il conviendrait au contraire de le tailler long de O'^^^O ou O'^jSO environ. Les yeux • de Textrémité absorberont pendant quelques temps la sève, puis seront pinces pour faire développer ceux de ^ la base qui n'émettront plus que de faibles bourgeons V disposés à se mettre à fruit. Une taille en vert, au besoin, Bidera à obtenir ce résultat. /

i05. Le gourmand j qu'on aurait dû éviter par le pincement, peut, lorsqu'il n'est pas trop gros , être utilisé comme branche à fruits de la manière suivante : On le rabat à quelques yeux et on l'incline beaucoup en lui

/ faisant subir une forte pression ; on éborgne alors tous

les yeux principaux » les yeux stipulaires se développe* ront avec peu de vigueur. Cette opération se fait avant l'ascension de la sève, car plus tard il faudrait ébour* geonner, et les yeux stipulaires altérés par les bourgeons enlevés risqueraient de ne pas pousser. Puis on choisit un bourgeon près de Tempatement ; on le gène en le palissant de bonne heure, pour ne l'avoir que de la gros* seur qui convient. Quant aux autres, à Pexception d'un ou deux que l'on pince, on les supprime successivement. Si le gourmand était trop fort pour être courbé, on le taillerait long de (y^^Zd à 0™,40, pour affaiblir les yeux de la base et obtenir vers elle deux bons bourgeons , en prenant soin d'éborgner les yeux trop prononcés. Lorsque ces bourgeons sont développés, on se rapproche sur eux en rabattant en vert le gourmand, assez tard, lorsqu'ils ont de 0°',25 à 0'",30 de longueur; ensuite ils seront pinces à 0"*,40 environ; puis avec une ou deux tailles en vert, après ce premier pincement, on en fait de bonnes branches à fruit. Quelquefois un pincement suffit, sans être obligé de tailler en vert. Mais si le gourmand avait acquis une force extraordinaire, comme cela a lieu souvent sur les arbres mal dirigés, on le retrancherait complètement, en recouvrant la plaie d'onguent de Saint-Fiacre ou de cire à greffer, à moins qu'on ait besoin de lui pour remplacer une branche de charpente d'un arbre déjà formé. S'il se trouve un yide par suite de ce retranchement , on y placera une greffe en approche herbacée.

106. La coursonne ne se taille pas, à proprement parler. C'est elle qui porte la branche à fruits; on se contente d'enlever les onglets qu'elle pourrait présenter et de la rapprocher sur le rameau de remplacement, lorsqu'il y a lieu. Ainsi il peut se faire qu'un œil apparaisse, soit à sa base, soit sur elle-même; il faut alors tailler la branche à fruits plus court qu'on ne Taurait fait sans cette circonstance , ébourgeonner et pincer rigoureusement ses bourgeons, afin de concentrer la^sève sur cet œil et exciter son développement. S'il hésitait à partir, ou s'il poussait très faiblement, on rapprocherait en vert, en sacrifiant le fruit pour l'assurer complètement. L'année suivante on rabattra la coursonne a (fig. 52) , soit en totalité , soit en partie , et le nouveau bourgeon de remplacement commencera une nouvelle branche à fruits qui se trouvera plus près de la branche de charpente, Lorsque la coursonne est trop allongée, on peut chercher à produire un œil ainsi placé, en la courbant très fortement, et même en lui faisant subir la rupture de quelques fibres, indiquée par un léger craquement. Ce procédé réussit toutes les fois qu'existe le rudiment d'un œil à la base. Cependant, quelquefois les branches coursonnes périssent, et de leur mort résultent des vides désagréables sur les branches de charpente. En traitant de la restauration des pêchers, nous indiquerons les moyens de remédier à cet inconvénient.

107. La branche chiffonne peut, si elle est bien portante, donner quelques fruits; alors on la taille sur deux ou trois boutons; dans le cas contraire, on sup-

prime le fruit, et on la rabat sur Toeil de la base afin d'obtenir de lui un bon bourgeon. Si l'œil de la base manquait 9 ce qui arrive quelquefois , on laisserait le rameau dans son entier, pour utiliser comme branche à fruits le rameau de prolongement.

108. La branche à bouquet , comme je l'ai déjà dit, ne se taille point, on la supprime après la récolte de son fruit. Toutefois si, par sa position, elle est nécessaire pour remplir un vide, ou pour remplacer un rameau à fruits qui a produit , on la conserve et on la traite comme une branche à fruits, Tœil du milieu donnant un rameau.

109. Les branches à fruits se taillent toutes. La longueur qu'on leur conserve dépend de leur position. Si elles sont placées sur le dessus des branches charpentières, on les taille sur le quatrième bouton; si elles sont en dessous, sur le quatrième ou le cinquième bouton, suivant leur force » il y a intérêt à les tenir un peu plus longues pour attirer la sève dans cette partie (fig. S6). Dans cette figure le rameau a été rabattu à quatre boutons; les yeux qui le garnissent vont se développer avec d'autant plus de vigueur, qu'ils s'éloignent du point de la naissance sur la branche de charpente (fig. 57). C'est à cette tendance de la sève qu'il faut s'opposer énergiquement : ainsi, dans la figure 56, l'œil qui doit donner le bourgeon de remplacement est Tœil a; c'est celui dont nous avons le plus besoin , et c'est celui qu'elle néglige le plus. Si donc on veut assurer sa sortie, il importe de pincer les bourgeons supérieurs sans crainte

pour le fruit, qui grossit toujours bieu. Si, malgré ces précautions, il poussait faiblement, il ne faudrait pas hésiter à retrancher un ou deux bourgeons sans ménager le fruit (fig. 58). Enfin, si son existence se trouvait compromise, on renoncerait totalement au fruit, et Ton rapprocherait la branche sur le deuxième bourgeon, qui serait toujours arrêté dans sa croissance (fig. 57, ce), pour rendre le bourgeon de remplacement prédominant.

Cependant, quelquefois il n'est pas besoin de ces opé-

Fig. 56.

rations, eu égard au bourgeon de remplacement; il se développe de lui-même : s'il végète modérément, tant mieux ; si au contraire il pousse trop fort, il convient de Paffaiblir. Pour cela on le palisse de bonne heure en le serrant un peu ; on laisse les autres libres et on ne le pince que tard ou même point du tout. S'il ne s'arrête pas, il sera pincé lui-même et taillé en vert au besoin. Par contre, lorsqu'il est faible, on le palissera tard et peu serréf En général, si, sur une branche à fruits, quelle que soit sa position, on s'aperçoit que le bourgeon

de remplacement soit trop faible, on pince celui de prolongement, indépendamment des intermédiaires, à O'^jlO ou 0",12, sans que cela nuise au fruit. Par ce moyen on oblige la sève à se porter dans ce bourgeon, ce qui lui fait prendre le degré de force nécessaire « Au contraire, si le bourgeon de remplacement avait une tendance à devenir trop fort, il faudrait conserver intact

Fig. 57.

celui de prolongement en le palissant dans une direction / convenable, /

Il ne faut pas oublier que la branché à fruits, pour être bonne, ne doit pas avoir trop de vigueur ; autrement le fruit venu à Pextrémité se trouve souvent sacrifié à la taille.

Toiitefois, lorsque les boutons sans être près de la base n'en sont pas trop éloignés, pour avoir du fruit, il est nécessaire de tailler long , et Ton éborgne tous les

188 DE LA TAILLE DES ARBRES FrtUITIKRS.

yeux inutiles, c'est-à-dire tous ceux compris entre les deux premiers de la base qui sont réservés et les premiers boutons, comme nous l'avons indiqué. Ces yeux intermédiaires au lieu d'être éborgnés ont quelquefois leurs bourgeons pinces très court, à une feuille ou deux, pour ne pas dégarnir la branche. Parce moyen on évite la confusion qu'occasionnerait une trop grande quantité de bourgeons.

Fig. 58.

Nous avons taillé sur quatre boutons, nous pouvons espérer quatre fruits , ce qui serait trop ; un ou deux au plus suffisent, suivant la vigueur de la branche, et encore faut-il diminuer ce nombre à mesure que l'arbre vieillit, c'est-à-dire ne laisser qu'un fruit pour deux branches. Mais toutes les fleurs ne produisent pas toujours; en taillant long, nous nous réservons plus de chances. Si donc les fruits ne nouent pas, ou s'ils tombent, on peut rapprocher la branche en c sur deux

bourgeons de la base (fig. 57). S'ils ne tiennent que partiellement, on supprime les bourgeons de ceux qui ne sont pas restés (fig. 58, é). Cependant, si Ton craignait un trop fort développement du bourgeon de remplacement, on ne ferait cette taille en vert ou cet ébourgeonnement que tard.

Mais la branche à fruits peut aussi, soit par suite d'une taille trop allongée, soit par suite du peu de vigueur de l'arbre, être trop faible pour qu'on exige d^elle des fruits. On ne doit pas se laisser tenter par le désir d'en avoir, il faut au contraire supprimer tous les boutons à la taille, et ne viser qu'à obtenir une nouvelle branche; dans ce cas, on taille très court, c'est-à-dire sur le deuxième œil à partir du talon : la branche, n'ayant pas de fruits à nourrir, produira du bois qui, Tannée suivante, donnera des branches convenables pour fructifier. Si la branche était par trop courte, ayant le caractère d'une branche à bouquet, au lieu de la rabattre sur le deuxième œil, on la laisserait dans son entier, afin qu'elle prenne de l'accroissement; on aurait seulement le soin de retrancher les boutons.

Sur les arbres vigoureux et peu fructifères, il conviendra de tailler la branche ou le rameau à fruits plus long que nous ne l'indiquions tout à l'heure et de les pincer de même, pour ne pas trop faire développer l'œil ou les deux yeux les plus rapprochés du talon. Par un pincement modéré les yeux supérieurs seuls poussent; et en cherchant ainsi à conserver ceux de la base dans une sorte d'état de langueur relative, il arrive très

^souvent qu'ils forment une ou deux branches à bouquet. Cependant quelquefois ils restent inactifs. Les branches à bouquet produisent , indépendamment de leurs fruits, de bons bourgeons de remplacement pendant le cours de l'année suivante. Cette manière de tailler les pêchers trop vigoureux ou peu disposés à se mettre à fruit donne de bons résultats pour la fructification. Quand la végétation de l'arbre se modère, on- revient à la taille ordinaire. /

HO. Taille ordinaire. — Une branche à fruits bien dirigée, d'après ce que je viens de dire, se compose donc de deux rameaux : Tun qui a donné du fruit, l'autre qui est le rameau de remplacement (ûg. S9). La branche a qui a produit sera retranchée, et le rameau 6 qui doit produire sera taillé sur le quatrième bouton. Ce dernier sera à son tour traité comme le premier; il donnera donc du fruit et le bourgeon destiné à le remplacer.

m. Taille en crochet (fig. 60). — Souvent une branche à fruits, au lieu d'avoir un seul nouveau rameau de remplacement, en a deux. Si elle est bien portante, on retranche une partie de la coursonne et le rameau a^ et l'on taille les deux autres : le plus éloigné de la branche de charpente b sera taillé audessus du quatrième bouton, il est destiné à donner du fruit; le plus près c sera rabattu sur le deuxième œilj il est chargé de fournir le bourgeon de remplacement. C'est la taille en crochet : un rameau est taillé court et Pautrelong (fig; 61); Elle se pratique aussi lorsque le

rameau le plus rapproché de la branche de charpente n'a pas de fruit ou que celui-ci est très éloigné de la base/bn est souvent obligé de la pratiquer encore sur les vieux arbres dont les branches de charpente commencent à se dégarnir^ afin de la protéger par quelques feuilles. /

H 2. Taille en toute perte (fig. 62). — Nous avons dit que les petites branches doivent être distancées entre

Fig. 59.

elles d'environ O^'jlO à 0*",16. Quelquefois il s'en rencontre de plus rapprochées et qui nuisent; elles demandent à être supprimées, mais au lieu de le faire, si Parbre est bien portant on peut les garder un an : alors on les taille très long pour avoir beaucoup de fruit, on néglige le bourgeon de remplacement devenu inutile , et on les enlève Pannée suivante. Cette opération s'aptaille en toute perte. Elle ne peut être pratiquée que

sur les pêchers vigoureux, qu'elle maîtrise un peu, mais

Fig. 60.

qu'elle affaiblirait promptement si Ton en abusait. Le rameau a est toute perte.

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